Indicateurs et conjoncture

Malgré des performances économiques solides et des perspectives de reprise rapide, le Guatemala reste contraint par des défis structurels.

 

Le Guatemala fait preuve de résilience face à la crise économique engendrée par le COVID-19. Les prévisions macroéconomiques prévoient la plus faible contraction du PIB de l’Amérique continentale en 2020 et une forte reprise en 2021 pour retrouver le niveau pré-crise. Malgré des indicateurs macroéconomiques solides, le Guatemala peine à faire face aux défis structurels qui touchent le pays depuis des années. De plus, les conséquences des ouragans et de la pandémie exacerbent ces faiblesses et vont également peser sur les finances publiques du pays. Le gouvernement cherche à concevoir l’après crise en cherchant notamment à attirer les investissements étrangers tout en approfondissant l’intégration régionale.

Malgré la pandémie, l’économie guatémaltèque montre une forte résilience.

Face à la pandémie du COVID-19, le gouvernement guatémaltèque a été l’un des premiers de la région à mettre en place des mesures pour limiter la propagation du virus. Ainsi, dès la mi-mars, alors que seuls six cas étaient recensés dans le pays, le Président a annoncé des mesures ciblées telles que la fermeture des frontières (fermées pendant six mois, de mars à septembre), la fermeture des écoles et la restriction des activités économiques (d’abord la cessation de toutes les activités économiques considérées comme non-essentielles puis des couvre-feux dans l’ensemble du pays).

Du fait de la crise engendrée par le COVID-19, le Guatemala devrait connaître en 2020 une contraction de l’activité économique comprise entre -1,5% (Banque centrale) et -2% (FMI) du PIB. Il s’agit de la plus faible contraction du PIB du continent pour 2020 et la reprise pour 2021 devrait frôler les 4% de croissance du PIB, un niveau très similaire au Honduras, qui devrait cependant subir une contraction du PIB de -9% en 2020. Cette résilience de l’économie s’explique notamment par l’augmentation des envois de fonds des migrants (hausse de 6,3% à fin novembre par rapport à l’année précédente, contrairement aux premières prévisions) et du fait de la résilience de la demande domestique des Etats-Unis, qui a permis une forte persistance des flux commerciaux bilatéraux. Parallèlement, les exportations de biens et de services ont aussi montré une résilience remarquable tout au long de la crise (-0,1% g.a de janvier à octobre) ; les principaux secteurs exportateurs du Guatemala (notamment les matières premières[1], les produits chimiques et le textile) n’ont été que peu affectés par la baisse de la demande globale et par les mesures de restriction de l’activité. En outre, la résilience économique du pays s’explique aussi par le poids du secteur informel, qui a été largement épargné des mesures de restriction de l’activité. L’informalité représentait près de 22% du PIB guatémaltèque et 76% de l’emploi total avant le début de la pandémie.

Les mesures de soutien à l’économie mises en place par le gouvernement ont représenté près de 2% du PIB guatémaltèque pour un déficit budgétaire prévu à 5,3% du PIB en 2020. Le gouvernement a ciblé les mesures de soutien selon trois axes : le soutien aux ménages les plus défavorisés au travers de transferts directs en espèces « bono familia » (près de 770 M USD) ; le soutien aux travailleurs du secteur privé avec un dispositif de chômage partiel (doté de 256 M USD) et le soutien aux PME qui peinent à accéder au crédit avec des prêts à taux favorables (fonds doté de 385 M USD). Le montant total du programme de soutien s’est élevé à 11 Mds GTQ, soit 1,4 Md USD, financés par l’émission d’obligations souveraines, rachetées par la Banque centrale. 

La position extérieure du pays et la robustesse du secteur financier soutiennent le secteur privé face à la crise économique.

Les comptes extérieurs du pays restent solides dans un contexte compliqué. La baisse prononcée des importations, à hauteur de -11,1% g.a en 2020 (principalement des biens de consommation), tout comme la hausse des remesas (+6,4% g.a), ont eu pour conséquence d’augmenter le niveau des réserves internationales de la Banque centrale, qui s’élèvent désormais à 18,2 Mds USD (24% du PIB) en décembre, soit une hausse de 23,4% g.a. Cela a permis à la Banque centrale de préserver la stabilité du taux de change depuis le début de la crise (entre 7,60 et 7,80 GTQ par USD).

Le secteur bancaire est particulièrement bien armé pour faire face à la récession économique et ne présente pas de risque systémique pour le pays. Le ratio de créances douteuses a même sensiblement diminué à 2% en octobre (contre 2,2% en décembre 2019), les crédits octroyés par les banques au secteur privé devraient augmenter de 7% en 2020 (contre une augmentation de 6,3% en 2019) et la rentabilité des acteurs bancaires est restée solide (ROE à 17,6% et ROA à 1,6% en octobre 2020). En parallèle, le secteur bancaire a renforcé ses ratios de couverture des créances douteuses, qui est passé de 136,7% en 2019 à 178,3% en octobre 2020.

La Banque centrale a joué un rôle essentiel en réponse à la pandémie. Ainsi, l’autorité monétaire a abaissé le taux directeur à trois reprises au cours de l’année. D’abord en mars de 2,75% à 2,25% puis à 2%, et en juin à 1,75%. En outre, dans ce contexte d’incertitude élevé, la Banque centrale a soutenu les mesures temporaires mises en œuvre par le secteur financier (et qui ont eu un coût de près de 8 Mds USD), à savoir le report des échéances de crédit, les renégociations des prêts et la flexibilisation du remboursement pour les crédits arrivés à échéance avec moins de 180 jours de retard. Cependant, on observe un rebond de l’inflation depuis juin 2020, avec une inflation cumulée qui atteint 4,83% en novembre 2020 (contre 3,41% en novembre 2019) et une inflation moyenne annuelle à 3,07% en novembre (contre 3,7% en novembre 2019). Cette reprise de l’inflation pourrait limiter la marge de manœuvre de la Banque centrale quant à la poursuite d’une politique accommodatrice.

Standard & Poor’s et Moody’s ont maintenu les notes souveraines du risque pays, respectivement à BB- et Ba1 du fait des perspectives d’une reprise économique rapide et de la solidité des fondamentaux macroéconomiques.

De nombreux défis en perspective pour le Guatemala.

Malgré les indicateurs macroéconomiques, les effets sociaux de cette crise se font d’ores et déjà ressentir : le nombre d’emplois formels perdus est estimé à 120 000 (soit près de 13 % de l’emploi formel du pays) et 180 000 travailleurs ont bénéficié des dispositifs de chômage partiel. Près de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (21,8 % pour l’extrême pauvreté) et la malnutrition infantile touche 46,7% des enfants de moins de cinq ans. Le PIB par habitant du pays devrait passer de 4354 USD en 2019 à 4240 USD en 2020 selon les prévisions du FMI.

Le pays a par ailleurs été touché par deux ouragans devenus dépressions tropicales (Eta et Iota) en l’espace de deux semaines en novembre : ces ouragans ont frappé le nord et le nord-est du pays et endommagé des infrastructures et des productions agricoles en raison d’inondations et de vents très forts. A fin 2020, près de 190 000 personnes ont été affectées par les ouragans et au moins 65 personnes sont décédées. L’impact des ouragans pourrait de même compliquer la situation face au COVID-19 dans les régions affectées du fait de la dégradation des infrastructures et de la saturation des abris d’urgence.

Les finances publiques devraient également se dégrader davantage pour financer le plan de reconstruction annoncé par le gouvernement dans le projet de loi des Finances pour 2021. Le projet de budget comprenait initialement un chapitre pour la reconstruction du pays après l’impact d’Eta et Iota d’un montant de 128 M USD.

Le Guatemala cherche à se réformer pour l’après COVID-19

Le gouvernement voit dans la crise actuelle une occasion d’attirer les investisseurs étrangers et renforcer la croissance potentielle du pays. Le gouvernement cherche à transformer l’économie guatémaltèque pour que le pays reste compétitif en attirant les investissements directs étrangers (IDE). Ainsi, une étude du cabinet de conseil McKinsey (financé par le secteur privé) souligne les priorités en termes de secteurs stratégiques pour attirer les IDE, notamment l’objectif de devenir une plaque tournante centre-américaine dans les secteurs de la sous-traitance (surtout les centres d’appel), des produits pharmaceutiques et de la production d’appareils électroniques. Le pays pourrait tirer avantage de sa position géographique privilégiée dans le contexte de la relocalisation des chaines de valeur mondiales et de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, de la stabilité macroéconomique du pays (taux de change stable et fort, croissance dynamique) et d’une population très jeune.

L’agenda d’intégration économique régionale avec les pays de l’Amérique centrale est présenté comme une question prioritaire pour le Guatemala. Le gouvernement cherche à renforcer les liens économiques avec ses voisins les plus proches géographiquement, soit le Honduras et le Salvador. Avec le Honduras le Guatemala partage depuis 2017 une union douanière et depuis 2018 le Salvador a entamé les négociations pour rejoindre cet accord. Le renforcement de la relation économique entre les pays membres pourrait conduire à une hausse du commerce intra-régional et aider le Guatemala à devenir la porte d’accès au marché centre-américain pour les investisseurs étrangers (y compris en faveur d’une desserte commerciale du sud du Mexique, à l’image des produits de panification Bimbo).


[1] Les exportations de produits agroalimentaires représentent près de 45% des exportations du Guatemala en octobre 2020, et ont montré une résilience considérable au cours de l’année. Par ailleurs, la cardamome est devenue le troisième poste des exportations guatémaltèques, avec une croissance de 57% g.a en octobre 2020, pour atteindre 647 M USD.

 

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