Situation économique et financière

Croissance économique et développement

La Guinée est un PMA de 13 millions d’habitants avec un PIB par tête de 883 USD. Le pays est classé 175ème (sur 189 pays) en termes d’IDH (classement 2018) et 40ème en Afrique (sur 53 pays). Le secteur primaire représente 18% du PIB, le secteur secondaire 28% (dont 13% au titre des activités extractives) et le secteur tertiaire 54%. Outre le développement des filières agricoles, les espoirs d’accélération de la croissance reposent sur les développements attendus dans le secteur minier. En effet, le sous-sol guinéen abrite plus du tiers des réserves mondiales de bauxite (25 milliards de tonnes). L’exploitation de la bauxite/alumine, l’or (environ 15 T /an) et plus marginalement le diamant, constituent déjà 85% des exportations du pays.

Après une période difficile due à la crise Ebola (croissance moyenne de 1,8% par an sur 2012-2015), l’économie guinéenne a renoué avec une croissance soutenue depuis 2016. Bénéficiant d’un « effet de rattrapage », celle-ci a atteint un plus haut historique de 10,5% en 2016, puis 8,2% en 2017. En 2018, la croissance a été de 5,8%, tirée essentiellement par le dynamisme de la production minière (+7,5%). Pour 2019, le FMI table sur une prévision de croissance à 5,9% qui devrait se stabiliser à 6% sur 2020-2021 puis ralentir autour de 5% à l’horizon 2024.

Ces évolutions traduisent un retour de l’économie guinéenne sur sa trajectoire pré-Ebola. Néanmoins, ces perspectives demeurent fragiles en raison de leur dépendance à la vigueur du secteur minier, peu inclusif par nature et fortement tributaire du partenaire économique chinois (1er client avec une part de marché de plus de 60%), ainsi que de l’évolution de la situation politique (tenue des prochaines élections présidentielles en 2020). Les autorités continuent d’affirmer leur engagement à accélérer la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES 2016-2020).

Finances publiques

Le pays s’est engagé dans un processus de consolidation budgétaire mais les efforts doivent être renforcés notamment s’agissant de la collecte fiscale. En effet, la Guinée enregistre un des taux de pression fiscale parmi les plus faibles d’Afrique de l’Ouest, estimée à 12,5% du PIB en 2018.  En 2018, pour respecter la cible d’excédent budgétaire primaire[1] de 0,8% du PIB convenue dans le cadre du programme avec le FMI (FEC 2017-2020), les autorités ont procédé à des ajustements au niveau des dépenses notamment d’investissement. Ces ajustements se sont traduits par un déficit budgétaire global de 1,1% du PIB contre une prévision de 2,5% du PIB. Pour 2019, les autorités ont adopté un budget 2,3 Mds EUR et tablent sur un déficit budgétaire global de 2,6% du PIB. A noter : une loi de finances rectificative est attendue au 3ème trimestre.  

S’agissant de la dette publique, la Guinée demeure en catégorie de risque de surendettement modéré. En 2018, le pays a enregistré un encours de la dette de 37,8% du PIB (contre 39,6% en 2017). En 2019, l’encours devrait augmenter à environ 45% du PIB, avant de progressivement baisser pour s’établir aux alentours de 40% à moyen terme. L’augmentation en 2019 serait le fait de la contraction de nouveaux prêts non-concessionnels destinés au financement d’infrastructures routières et énergétiques (souscrits quasi exclusivement auprès de la Chine).

Politique monétaire

Les comptes extérieurs se dégradent, mais la politique monétaire ne devrait pas connaître d’inflexion majeure à moyen terme du fait de la stabilité actuelle du taux de change et de la tendance baissière de l’inflation. Le déficit courant s’est fortement dégradé en 2018, à 18,4% du PIB contre 7,1% en 2017 ; le creusement devrait se poursuivre en 2019 à 20,7% du PIB, en raison (i) d’une hausse des importations des biens d’équipements liés aux investissements miniers et dans les infrastructures publiques et (ii) d’une augmentation de la facture énergétique. Le déficit courant de 2018 a été couvert par le compte financier du fait des entrées d’IDE (1,6 Md USD en augmentation de 23% en g.a.), qui ont en partie contribué à la reconsolidation des réserves de change (3,6 mois d’importations à fin mars 2019 contre un niveau moyen optimal estimé à 3,8 mois).

Le Franc guinéen demeure relativement stable depuis plus de 2 ans, mais le FMI souligne une appréciation de 11% du taux effectif réel (à fin avril 2019). La stabilité du taux de change contribue à une maîtrise des pressions inflationnistes, bien qu’elles demeurent encore élevées en moyenne à 9,8% sur l’année 2018. Pour 2019, le FMI table sur une moyenne de l’inflation de 8,9% en 2019, conforme à l’objectif de la Banque centrale d’un taux à un chiffre.

Climat des affaires

Le climat des affaires s’est amélioré ces dernières années, mais beaucoup d’efforts restent à faire. Le pays est passé du 179ème au 152ème rang mondial (190 pays) entre 2013 et 2018 dans le classement Doing business du groupe Banque mondiale. Des progrès ont été accomplis en matière de délais et de coûts de création d’entreprises mais l’environnement des affaires reste particulièrement miné par la faiblesse du cadre juridique (absence d’un tribunal de commerce, difficulté à faire appliquer les décisions de justice…) et l’insuffisance d’infrastructures notamment routières (seulement 25% du réseau est bitumé) et ferroviaires (seulement 1047 km de chemin de fer). Les services de base (eau, électricité, transport) sont irrégulièrement assurés et nécessitent encore des investissements lourds, notamment dans le secteur électrique. Par ailleurs, les lourdeurs administratives et le poids de la corruption (138ème pays au classement de Transparency International sur 180 pays) continuent d’entacher l’environnement des affaires.

 

1

[1] Recettes totales (hors dons)-dépenses totales (hors intérêts sur dette extérieure et dépenses en capital financées sur ressources extérieures).

 

Août 2019

Publié le