Indicateurs et conjoncture

La Géorgie fait partie des pays à revenus moyens de tranche inférieure, avec un PIB par habitant de 3 865 USD en 2016. Le pays essaie de contrer l’étroitesse de son marché intérieur en s’ouvrant largement, que ce soit en termes d’échanges commerciaux, financiers ou touristiques. En 2017, la Géorgie a connu une accélération de sa croissance, basée sur les exportations, les investissements étrangers, le tourisme et les remises de fonds des migrants. La Géorgie bénéficie actuellement d’une facilité du FMI, renforçant la confiance déjà ancrée de la part des investisseurs internationaux grâce à un excellent climat des affaires et la bonne coordination des politiques monétaires et budgétaires. Sa dépendance à l’égard des financements extérieurs, si elle semble maitrisée pour le moment, pourrait nécessiter une attention particulière en cas de resserrement des conditions monétaires internationales, notamment de remontée des taux américains, ou de dépréciation du lari.

 

  1. La croissance économique accélère en 2017 et devrait se stabiliser à moyen terme

Après deux années de croissance inférieure à 3% en 2015 et 2016, le PIB a progressé de 4,8% en 2017. Cette croissance est principalement tirée par l’amélioration des conditions extérieures, permettant une forte hausse des exportations, la confirmation du secteur touristique et la progression des transferts de fonds des Géorgiens de l’étranger (dont le nombre est évalué entre 700 mille et 1 M). Ainsi, les exportations ont crû de 29%, portées à la fois par l’amélioration de la situation dans l’Union européenne mais aussi dans la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Le pays a confirmé son attrait touristique en 2017, les revenus progressant de 27% par rapport à 2016 pour atteindre 2,8 Mds USD, soit 18,2% du PIB. Les arrivées de touristes ont progressé de 27,9%, atteignant désormais 3,5 M de visiteurs. Les transferts des migrants ont également augmenté, de 19,8%, et ont soutenu la consommation privée. L’amélioration de la confiance des consommateurs et des entreprises ont soutenu l’activité, tout comme l’investissement public. Les autorités prévoient une croissance de 4,8% pour 2018. La croissance devrait néanmoins rester au-dessus des 4%. Cette dernière sera une nouvelle fois tirée par la reprise de l’activité des principaux pays partenaires de la Géorgie, le début programmé de grands projets d’investissements (Anaklia et Nenskra), l’impact positif des réformes mises en place par le gouvernement et le léger relâchement de la politique monétaire. Par ailleurs, l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux affichent leur confiance quant à la pérennité de la croissance économique à court et moyen terme, notamment assurée par l’excellente position (9ème) de la Géorgie au classement Doing Business et l’absence de problèmes majeurs de corruption.

1. La contrainte extérieure reste bien présente malgré des signes d’amélioration et l’appui des institutions financières internationales

Depuis 2005, et à l’exception de l’année 2013, le déficit courant géorgien est à deux chiffres. Il s’inscrit pour autant en forte baisse en 2017, se situant sous les 10% (9,8%), après 12,8% en 2016. Le déficit du compte courant est fortement influencé par le déficit commercial structurel géorgien. Ainsi, en 2017, malgré une progression de 29% des exportations, atteignant 2,7 Mds USD, le déficit commercial s’est creusé en valeur de 1,4% (soit +71M USD) à 5,25 Mds USD, pénalisé par la hausse de 9,4% (à 7,9 Mds USD) des importations. Le déficit commercial représente 34,4% du PIB, malgré une baisse de six points depuis 2015. Les revenus du tourisme permettent néanmoins d’atténuer en partie cet important déficit, en améliorant les recettes des services.

Les flux d’IDE ont progressé de 16,2% en 2017, pour un total de 1,9 Md USD, soit environ 12% du PIB, et permettent le financement de ce fort déficit courant. A noter qu’en 2017, 38,2% des IDE sont des réinvestissements, facilités par des incitations fiscales, contre 19,4% en 2016, prouvant l’attrait et la confiance des investisseurs. Un quart des IDE provenaient d’Azerbaïdjan, 15% de Turquie, 13% du Royaume-Uni et 12% des Pays-Bas. Le secteur le plus attractif a été celui des transports et communication (28% du total), devant le secteur financier (16%), la construction (16%), l’énergie (10%) et l’immobilier (8,5%).

Au niveau comptable, le déficit courant structurel de la Géorgie est la conséquence de la faiblesse de l’épargne domestique par rapport aux investissements réalisés. Dans ce cadre, le développement du secteur financier et la réforme des retraites pourraient permettre un rééquilibrage progressif du compte courant.

La Géorgie est actuellement soutenue par un programme du FMI « Extended Fund Facility », signé en avril 2017, pour une durée de trois ans. Le montant de la facilité est d’environ 297,5 M USD, dont 84,8 M USD ont été déboursés à ce jour. L’objectif est d’apporter une assistance financière au gouvernement géorgien dans la réalisation de son programme de réformes économiques visant à améliorer le système éducatif, investir dans les infrastructures routières et rendre l’administration publique plus efficiente. Dès la première revue, le Fonds a salué l’atteinte de l’ensemble des objectifs de la part du gouvernement, ce qui a permis de libérer une nouvelle tranche financière. A ce jour, l’ensemble des institutions financières internationales sont présentes dans le pays, saluent l’action du gouvernement et se concurrencent pour financer des projets d’investissements. Si l’impact sur l’économie du pays est réel, la dépendance du pays envers ces financements extérieurs est également réelle. Le remboursement de ces prêts ne pose, à l’heure actuelle et toutes choses égales par ailleurs, pas de question majeure, le pays bénéficiant de conditions concessionnelles et de maturités longues. En revanche, alors que près de 80% de la dette publique, d’environ 42% du PIB à fin 2017, est libellée en devises étrangères, une dépréciation du lari (surévalué, d’après les estimations du FMI, entre 5,1 et 9%) ou un resserrement monétaire au niveau international pourrait mettre sous pression l’Etat géorgien.

2. Les politiques budgétaires et monétaires s’articulent efficacement

Si en 2016 le déficit budgétaire s’était creusé à 4,1% du PIB (contre 3% prévus initialement), suite à des dépassements de dépenses (notamment santé, défense, prêts du budget), l’année 2017 a permis une réduction du déficit budgétaire. Ce dernier devrait s’établir à 3,9% du PIB, grâce à des entrées fiscales supérieures (+11,3%) aux prévisions (+10,9%). De meilleures recettes de TVA ont dans ce cadre eu l’impact le plus significatif et ont compensé la hausse des dépenses courantes[1]. La réforme de l’impôt sur les sociétés entrée en vigueur au 1er janvier 2017 pour stimuler l’activité (exonération d’IS sur les bénéfices réinvestis) s’est traduite par une diminution des recettes fiscales d’environ 600-650 M GEL (200-215 M EUR) en 2017, compensée par la hausse des droits d’accise sur le tabac, les alcools, les carburants et les véhicules d’occasion. La consolidation budgétaire devrait se poursuivre à moyen terme.

Cette politique budgétaire est d’autant plus efficace que les autorités monétaires sont réactives et bénéficient d’une importante confiance de la part des acteurs économiques. Ainsi, la Banque centrale intervient régulièrement sur les taux directeurs. En 2016, alors que l’inflation (1,8%) était nettement sous la cible des 5%, la politique monétaire a graduellement été assouplie. En 2017, l’inflation s’est établie à 6,7% en g.a., un chiffre situé au-dessus des objectifs de la Banque centrale, fixés à 4%. Cela a conduit cette dernière à relever en trois fois ses taux directeurs en 2017, jusqu’à atteindre 7,25% aujourd’hui. Ainsi, l’intervention de la Banque centrale a été efficace pour contenir l’inflation, dont près de 40% de la hausse provient de mesures fiscales (hausse des droits d’accises notamment). En 2018, l’objectif de la Banque centrale se situe à 3% d’inflation. Les risques sont relativement modérés en raison d’un bon ancrage des anticipations, de la crédibilité de la Banque centrale et d’un effet de base positif. L’appréciation du lari l’été dernier et le programme du FMI ont permis d’augmenter les réserves internationales en 2017. Elles atteignent désormais environ 3,2 Mds USD, soit 3,7 mois d’importations. Elles devraient continuer à se renforcer en 2018.

 3. Un secteur financier en bonne santé mais fortement concentré

Le secteur bancaire est composé de 17 banques, mais seulement deux acteurs se partagent plus de 80% du marché, Bank of Georgia et TBC Bank. Cette faible concurrence sur le marché bancaire entraîne des surcoûts dans l’accès au crédit, notamment en lari, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises. Le secteur enregistre d’importants profits (rentabilité ROE supérieure à 20% en 2017). Les indicateurs de stabilité demeurent satisfaisants, avec un ratio d’adéquation des fonds propres d’environ 24,5% en 2017. La part des créances douteuses selon la méthodologie FMI a légèrement augmenté, à 3,7% fin 2017, mais reste à un niveau faible. Les provisions représentent quant à elles 3,2% du portefeuille. La qualité du portefeuille s’expliquerait par une approche prudente des banques, ainsi que par la possibilité effective d’exécuter le collatéral le cas échéant, ce qui stimule la discipline de paiement. Des difficultés semblent cependant poindre pour les grandes entreprises, ayant eu un recours important à la dette, notamment celles des secteurs ne générant pas de revenus en devises étrangères. Au total, la confiance dans le secteur est très importante, la troisième en Europe. De fait, la dollarisation demeure le principal point d’attention de la Banque centrale (64% des dépôts sont libellés en devises étrangères). Pour faire face, les dépôts en devises sont soumis à une obligation de réserve plus importante et les crédits en devises, à une pondération de 175% dans le calcul des ratios. Parmi les mesures complémentaires mises en place en 2017, l’introduction de ratios de couverture de liquidité (moins sévères pour les dépôts en monnaie locale), l’obligation d’afficher les prix en lari et non en dollar, des limites renforcées sur les prêts hypothécaires en devises, et interdiction de faire de la publicité pour des prêts en dollars. La politique de dédollarrisation du système est menée par la Banque centrale de manière volontariste et les premiers résultats se font déjà sentir (baisse de la part des dépôts en USD en janvier 2018, et des crédits de 6% sur 2017). Néanmoins, cette politique s’opérera nécessairement sur le long terme et pour le moment il reste moins coûteux de se financer en devises qu’en lari. De manière plus générale, la supervision va se consolider : retour de la stabilité financière dans la compétence de la Banque centrale, mise en place de ratios de solvabilités spécifiques pour les banques systémiques et augmentation progressive du minimum de fonds propres des banques, régulation du secteur financier non bancaire. Concernant ce dernier secteur, notamment celui des institutions de microfinance, une loi vient de fixer un maximum de 100% annuel pour les taux d’intérêts. Si cette limite ne parait pas particulièrement contraignante, c’est une première étape pour un secteur décrié par beaucoup d’acteurs pour ces pratiques abusives, en particulier en milieu rural.

 

La Géorgie démontre une solidité certaine et recueille les satisfaisis de l’ensemble des acteurs internationaux. L’accord de libre-échange avec l’Union européenne constitue une opportunité pour approfondir les liens économiques avec la zone et permettrait au pays de converger en termes de niveau de vie grâce à l’adoption d’un cadre législatif et normatif aux standards européens. Néanmoins, certains défis persistent. L’étroitesse du marché, avec une population de 3,7 M d’habitants, est une limite pour les entreprises qui ne peuvent bénéficier d’économies d’échelle. Ainsi, le fonctionnement du marché local est encore fortement oligopolistique, dominé par les entreprises de grande taille, quand les PME n’ont d’autres choix que de se tourner vers l’international, bien que leur avantage compétitif soit plus faible. Le souhait du pays de devenir une plateforme logistique régional est récent et qui pourrait commencer prendre forme dans le cadre du projet de route de la soie impulsé par la Chine. La modernisation de l’agriculture est également essentielle, alors que le secteur emploie 50% de la main d’œuvre pour représenter seulement 9% du PIB. De fait, le pays est encore largement rural et la Géorgie ne bénéficie que peu des effets d’entrainements et d’agglomérations liés à l’urbanisation et la concentration d’activités dans les villes, hormis à Tbilissi où près de la moitié du PIB est produit. L’éducation constitue certainement le principal frein de développement de l’économie géorgienne. Au-delà de la faiblesse du niveau, l’inadéquation entre les diplômes et compétences de la population avec les besoins des entreprises est souligné par l’ensemble des acteurs. Une refonte du système est nécessaire, d’autant plus que l’écart entre ceux qui ont eu l’opportunité d’étudier à l’étranger et ceux restés au pays se creuse. Enfin, le niveau de pauvreté et d’inégalités demeure préoccupant et même aumente selon le récent rapport d l'UNICEF (mai 2018). Ceci d’autant plus que le niveau choisi pour la retraite minimale se situe juste au-dessus du seuil de pauvreté, excluant l’ensemble des retraités de la pauvreté en termes statistiques. Le coefficient de GINI était de 38,5 en 2015, un niveau relativement élevé.


[1] Le stock de créances de TVA atteignait 4,8% du PIB à la fin 2016 alors que la part remboursée chaque année n’est de seulement 0,5% du PIB, affaiblissant l’efficacité de l’administration fiscale.

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