Indicateurs et conjoncture

Si l’économie britannique n’a pas connu de fortes perturbations à la suite du référendum de 2016, les incertitudes concernant la relation future entre le RU et l’UE ont graduellement réduit l’investissement privé et freiné l’activité économique. Alors que la croissance du PIB s’est maintenue à 1,9 % en 2016 et à 1,8 % en 2017, elle a ensuite ralenti à 1,3 % en 2018 et 1,4 % en 2019. En 2019, les incertitudes liées au Brexit ont pesé sur l’économie en influençant l’accumulation et l’écoulement des stocks, en déprimant l’investissement privé, et en accroissant la volatilité des échanges commerciaux. La consommation, portée par le dynamisme du marché du travail et la hausse des salaires a toutefois continué de soutenir la croissance. La crise sanitaire a cependant perturbé la trajectoire de l’économie qui devrait, comme dans l’ensemble des pays européens, connaître une récession très importante en 2020.

Les incertitudes liées au Brexit ont alimenté la volatilité de l’économie britannique tout au long de l’année 2019. En effet, le dynamisme affiché au T1 (+ 0,5 %) reflétait essentiellement la constitution de stocks des entreprises qui se préparaient à l’éventualité d’une sortie de l’UE sans accord dès le 31 mars 2019. L’activité s’est ensuite contractée au T2 (- 0,2 %) alors que les entreprises écoulaient leurs stocks, puis a repris au T3 (+ 0,4 %) à l’approche de la nouvelle échéance du 31 octobre 2019. Elle est restée stable au T4 (+ 0 %) en raison d’un affaiblissement de la consommation privée. 

Le niveau d’activité en 2020 sera significativement inférieur à celui de 2019, l’impact des mesures de restriction d’activité ayant entraîné une contraction de 2,5 % au T1 2020 et de 19,8 % au T2, suivi d’un rebond de 15,5% au T3. L’OCDE prévoit une récession de l’ordre de - 11,5 % du PIB en 2020 et une reprise de + 9 % en 2021, en écartant l’hypothèse d’une seconde vague de Covid-19. Le PIB ne retrouverait pas son niveau d’avant-crise avant fin 2022. Le PIB ne retrouverait pas son niveau d’avant-crise avant fin 2022. Pour sa part, l’Office for Budget Responsability (OBR), estime que l’activité se contractera de 11,8 % en 2020 et rebondira à + 5,2 % en 2021. Le Royaume-Uni pourrait ainsi être une des économies développées les plus touchées par la crise.

Bien que la consommation des ménages ait ralenti depuis 2016, la demande intérieure a continué de soutenir la croissance en 2019, la consommation étant essentiellement portée par le dynamisme du marché du travail et la hausse des salaires. Le marché du travail, soutenu par le recrutement des entreprises (qui s’est toutefois modéré) et le travail indépendant, présentait avant la crise une situation très favorable avec, en décembre 2019, un taux d’emploi à 76,5 % – record depuis 1971 – et un taux de chômage à 3,8 %, soit le point le plus bas depuis 1975. Si le taux de chômage officiel demeure faible (4,9 % à fin octobre 2020) en raison notamment des dispositifs de chômage partiel maintenus jusqu’à fin mars 2021, le Royaume-Uni devra probablement faire face à une crise sociale dans les prochains mois. 820 000 emplois auraient été perdus entre janvier et octobre 2020. Le taux de chômage officiel pourrait atteindre, selon le consensus, au moins 5,9 % à la fin de l’année et 6,7% en 2021, avec un pic au deuxième trimestre.

Le faible niveau d’investissement des entreprises a eu un effet défavorable sur la croissance. En 2019, elles ont continué à différer une partie de leurs investissements dans le contexte d’incertitudes imputables au Brexit. Après avoir fortement reculé en 2018 (- 1,5 %), l’investissement des entreprises a légèrement rebondi au T1 (+ 1 %) avant de ralentir au T2 (+ 0,1 %), de stagner au T3 (+ 0,0 %) et de se contracter au T4 (- 1,3 %), pour atteindre une croissance de 0,2 % sur l’ensemble de l’année 2019. En raison du faible niveau d’investissement des entreprises, le RU est aujourd’hui le pays du G7 avec le plus faible taux de formation brute de capital fixe (FBCF), soit + 0,4 % en 2019). Par ailleurs, le manque d’investissement des entreprises accentue la stagnation de la productivité de l’économie britannique, particulièrement marquée depuis la crise de 2008 (+ 0,4 % par an en moyenne depuis 10 ans).

La Banque d’Angleterre (BoE) a pris des mesures substantielles afin de soutenir l’économie. Depuis les fortes baisses des années 2008-09 (- 4,75 pp) et celle ayant suivi le vote du Brexit en 2016 (‑ 0,5 pp), deux hausses de taux directeur à + 0,25 pp chacune ont été décidés en novembre 2017 et août 2018, portant le taux à 0,75 %. Le stock de rachat de dette (QE) avait quant à lui été maintenu à 435 Md£ de dette souveraine et 10 Md£ de dette privée depuis 2016 et ne devrait pas être réduit tant que le taux directeur reste inférieur à 1,5 %.

Dès les premiers signes de crise en mars 2020, la BoE a abaissé son taux directeur de 0,75 % à 0,1 % (un plus bas historique) et élargi son programme d’achats d’actifs de 200 Md£, puis de 100 Md£ supplémentaires en juin, portant à 745 Md£ la valeur totale des obligations détenues par la BoE. Des indications claires d’orientations monétaires ayant été données pour la première fois en août (forward guidance) indiquant que la politique monétaire ne serait pas resserrée tant que l’inflation n’atteindrait pas la cible de 2 %, le programme d’achats d’actifs pourrait être encore augmenté et la perspective d’un passage du taux directeur en territoire négatif est par ailleurs sous revue active.

Après neuf ans d’austérité budgétaire, les conservateurs menés par Boris Johnson ont adopté une politique plus expansionniste. Après avoir enregistré son déficit public annuel le plus faible en 11 ans en 2017-18 à 2,6% du PIB, le gouvernement de Theresa May avait affiché en 2018-19 un déficit de 1,8% du PIB et un ratio de dette publique en baisse à 81 % du PIB. Cette amélioration résultait de l’augmentation des recettes, en lien avec le taux d’emploi élevé et le dynamisme des salaires, et une réduction de la charge de la dette du fait de la baisse des taux d’intérêt. Le scénario des finances publiques s’est détérioré au cours du deuxième semestre 2019 avec les dépenses annoncées lors de la Spending Review de septembre 2019 (13,4 Md£) et la modification des règles de comptabilité de l’ONS. Ce scénario a par ailleurs été perturbé par l’ampleur du soutien public apporté aux entreprises et aux ménages dès le Budget de mars 2020 pour contrer les effets de la pandémie et du confinement. 

Compte tenu de l’ampleur du soutien public apporté aux entreprises et aux ménages ainsi qu’aux services publics (280 Md£, soit 14 % du PIB), l’Office for Budget Responsibility estime que le déficit public pourrait atteindre 19 % du PIB à la fin de l’année, tandis que la dette publique représenterait 105,2 % du PIB (contre 85,5 % sur l’exercice 2019-20). Cette détérioration importante des finances publiques pourrait conduire le gouvernement à faire des choix entre ses engagements, dont les investissements dans le nord du pays (agenda de « levelling-up », cf. supra), et une hausse de la fiscalité des entreprises et des ménages pour limiter la dérive des finances publiques. Plusieurs scénarios de hausse de la fiscalité ont été évoqués dans les médias (alignement des taux d’imposition des plus-values - capital gain tax - sur ceux applicables aux revenus, révision des abattements fiscaux sur les versements effectués sur les plans épargne retraite, augmentation de l’impôt sur les sociétés). Dans son rapport sur la soutenabilité budgétaire de juillet 2020, l’Office for Budget Responsability a estimé qu’une augmentation des recettes fiscales de 60 Md£ serait nécessaire pour réussir à stabiliser la dette publique à son ratio actuel.

Avec 33,6 Md€ d’exportations et 21,1 Md€ d’importations, le Royaume-Uni était en 2019 le 6ème client de la France et son 7ème fournisseur. La France reste quant à elle le 5ème fournisseur du Royaume-Uni avec 13 % de part de marché, derrière l’Allemagne (27,5 %), la Chine (19,9 %) et les États-Unis (19,6 %), et son 4ème client après les États-Unis, l’Allemagne et la Chine.

L’intensité des flux commerciaux entre la France et le Royaume-Uni a été affectée par la crise sanitaire et ses conséquences économiques : au cours des 8 premiers mois de 2020, un net recul des importations et des exportations de biens a été observé par rapport à la même période en 2019. Entre janvier et août 2020, les exportations de biens de la France vers le Royaume-Uni se sont ainsi élevées à 16,3 Md€ (en valeur), contre 23,2 Md€ sur la même période en 2019, soit une baisse de près de 30 %. Quant aux importations, elles ont atteint 10,7 Md€ sur les 8 premiers mois de 2020, contre 14,5 Md€ pour la période précédente, soit un repli de 26 %. Si la balance des échanges de biens reste excédentaire pour la France sur la période, le solde s’est toutefois dégradé (- 35,7 %) compte tenu de la baisse des volumes échangés et s’est établi à 5,6 Md€, contre 8,7 Md€ sur la même période de 2019.

En dépit des importantes variations constatées sur les 8 premiers mois de 2020, le commerce de biens entre la France et le Royaume-Uni reste caractérisé par l’importance des échanges intra-branches (les principaux postes d’exportation sont donc les mêmes que ceux pour les importations). Les deux premiers postes à l’exportation, les aéronefs et les véhicules automobiles, ont accusé un fort recul entre janvier et août 2020, en chute de 43,8 % et de 41,1 %. De même, les principaux postes à l’importation (également les aéronefs et les véhicules automobiles) ont enregistré une forte baisse entre janvier-août 2020 en glissement annuel, en repli respectivement de 30 % et 38 %. 

Signe du ralentissement de l’activité économique en raison de la crise sanitaire, le solde excédentaire de la balance énergétique française vis-à-vis du Royaume-Uni s’est fortement dégradé. Son excédent sur la période janvier-août 2020 a atteint environ 67 M€, contre 321 M€ sur la même période en 2019, soit une chute de 79 %, essentiellement attribuable à la diminution de moitié des exportations françaises d’électricité.

 

                          tableau de conjoncture

 

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