La finance mobile au Gabon

Le « mobile banking » ou « finance mobile» », à mi-chemin entre le numérique et la banque, est un moyen de paiement en plein essor. Cette révolution en matière de paiement, qui a démarré en 2007 au Kenya avec le service M-Pesa, s’est étendue rapidement sur le continent africain et a commencé à se répandre dans la zone CEMAC et au Gabon, il y a quelques années. Sa simplicité d’utilisation en fait une solution alternative pour l’accès des populations les plus fragiles aux services financiers de base, et le « mobile banking » a simplifié la vie quotidienne de milliers de citadins en facilitant le paiement des factures courantes. La valeur totale des transactions sur le « mobile banking » a connu au Gabon, une progression fulgurante en très peu de temps.

Le contexte

La  finance mobile désigne l’ensemble des services mobiles (applications smartphones, SMS) offerts avec ou sans compte bancaire, par tout établissement habilité. On distingue la finance mobile de la banque électronique qui désigne strictement l’accès aux services bancaires en ligne. La finance mobile s’inscrit au départ dans un contexte particulier où l’enclavement et la faible bancarisation[1] réduisent considérablement l’accès aux moyens de paiement.

Au Gabon, les banques étant très concentrées dans les centres urbains de Libreville, Port-Gentil et Franceville, les institutions financières traditionnelles n’ont pas réussi à toucher la clientèle à faible revenu, en particulier des zones les plus éloignées. L’ouverture d’un compte bancaire nécessite de plus des conditions de ressources que bon nombre de personnes ne peuvent justifier. Le sous-développement des infrastructures limite d’autant plus l’accès aux services. Dès lors, les services bancaires classiques, qui ont déjà une certaine structure de coûts (frais fixes, commissions), sont inaccessibles pour des populations paupérisées. Par ailleurs, le prépaiement des services étant de rigueur dans ce pays, la finance mobile facilite grandement le paiement rapide, sans nécessité de déplacement dans un environnement urbain difficile[2].

Grâce au support d’une très large couverture téléphonique avec un taux de pénétration exceptionnel dans le pays de 195%[3], le marché de la finance mobile s’est ainsi développé au Gabon de manière extrêmement rapide au bénéfice des populations éloignées, mais également des commerçants et des salariés. La compétition sur le marché a abouti de surcroit à une réelle baisse des prix pour les consommateurs facilitant sa diffusion et favorisant son essor. Le prix des communications a diminué de 44,5% entre 2015 et 2016[4] et les quatre opérateurs du marché (Gabon Telecom/Libertis, Airtel Gabon, Moov, Azur) se distinguent aujourd’hui par l’éventail de services proposés. La finance mobile est aussi une solution optimale pour les populations urbaines dont les familles sont restées à l’intérieur du pays, les migrations et rémittences étant inhérentes à l’économie africaine.


 

[1] Le taux de bancarisation au Gabon était d’environ 30% en 2014.

[2] Faible développement des transports en commun, coût élevé des déplacements et longues files d’attente pour effectuer un règlement dans les sociétés de service telles que Canal Plus, SEEG etc…

[3] Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP), 2016.

[4] Chiffres de la DGSEE.

Le développement de la finance mobile

Fonctionnement et utilisation

Il existe deux variantes de finance mobile au Gabon :

  • opérateur mobile : l’opérateur est le gestionnaire exclusif du compte. Le téléphone mobile devient un portefeuille électronique et aucune ouverture de compte  bancaire n’est nécessaire (e-Money). Le client non-bancarisé obtient l’accès aux services de transaction financière via Internet et le téléphone.
  • banque + opérateur mobile : le téléphone mobile est lié au compte bancaire ; l’opérateur permet à l’utilisateur une plus grande mobilité dans ses opérations bancaires. Le téléphone portable peut servir de carte bancaire virtuelle, la carte Sim étant l’équivalent d’une carte bancaire. Les informations qui y sont stockées le sont en toute sécurité.  Le téléphone portable prend dès-lors les fonctionnalités d’un terminal : il peut servir à obtenir une autorisation de transaction auprès d’un établissement financier.

    Trois services de finance mobile sont ainsi offerts par des opérateurs téléphoniques[1] au Gabon : MobiCash (Gabon Télécom), Flooz (Moov), et Airtel Money (Airtel Gabon). De nombreux services sont accessibles :

  • services de type bancaire (avec ou sans compte) : demande de solde, relevé des dernières opérations, chargement (cash in) et déchargement du compte (cash out), retrait en GAB (BGFI, Ecobank) ;
  • règlement des factures prépayées : eau, électricité ;
  • paiement et recharge d’abonnements : Internet (IPI9), télévision (Canal +), téléphonie ;
  • transfert d’argent avec ou sans retrait d’argent : de compte à compte, de compte à personne, à l’international (selon opérateur) ;
  • paiement de biens et services : achats divers dans des magasins de la place (Prix Import, Ckdo, Casino/Mbolo etc.).

Quand bien même les opérateurs fonctionnent sur la base d’un modèle générique, il n’en demeure pas moins que le mode de rémunération de chaque société varie en fonction des accords avec les partenaires commerciaux. Ainsi, une commission sur les opérations de retrait/transfert (prélevée aux clients) et sur les règlements de factures (prélevée aux partenaires) peut être prise par l’opérateur. 

Facteurs de succès

La finance mobile permet d’intégrer au circuit bancaire un pourcentage important de la population non-bancarisée mais qui a accès à la téléphonie mobile et à Internet. Ce système permet également un gain de temps important pour la population urbaine, en facilitant grandement les transactions. Son succès actuel ne serait pas intervenu sans l’essor du secteur numérique au Gabon où près de 3 millions de lignes mobiles sont actives, soit plus de deux fois plus que la population.

La finance mobile est d’autant plus facilitée par l’essor du trafic internet[2], la transition vers la 4G, et l’apparition sur le marché de téléphones portables à bas prix. Les statistiques détaillées viennent toutefois à manquer, les informations sur le sujet étant partielles, notamment la valeur totale des transactions transitant par le mode du mobile money.


 

[1]La banque BGFI possède également des services de banque électronique et de finance mobile.

[2] Selon la Banque Mondiale, le nombre d’abonnés aux services Internet pour 100 personnes est passé de 14 à 65 entre 2010 et 2016. Sur la même période, le prix du Megabyte par mois a été divisé par 36 (6% en 2016). Voir http://projects.banquemondiale.org/P122776/central-african-backbone-apl4-gabon?lang=fr&tab=results

Cadre juridique et régulation

Différents textes constituant aujourd’hui la réglementation régissant la monnaie électronique ont été adoptés  au niveau régional par la CEMAC. Ce dispositif réglementaire, dont le règlement n°01/11/CEMAC/UMAC/CM du 18 septembre 2011 constitue la base, recouvre les différents supports de la monnaie électronique dont la téléphonie mobile, les paiements par internet et les cartes prépayées. Dans ses grandes lignes, il serait proche de la celui de la CEDEAO. Les textes octroient ainsi l’exclusivité de l’exercice de l’activité d’émission aux seuls établissements de crédits. En d’autres termes, tout opérateur ouvrant un service de finance mobile doit être en partenariat avec une banque pour obtenir la licence.

La banque partenaire constitue un fond de garantie permettant de couvrir l’ensemble des volumes d’argent en circulation. La banque BGFI Bank est, par exemple, détentrice de la licence Airtel Money. La COBAC et la BEAC sont dès lors les deux organes de régulation, de contrôle et de surveillance des activités d’émission de monnaie électronique.

Afin de pallier, par ailleurs, les vulnérabilités liées à l’utilisation de la monnaie électronique, le dispositif réglementaire a été complété en 2016 par un règlement portant sur la prévention et la répression du blanchiment des capitaux et du financement du terrorisme en Afrique centrale (règlement n°01/CEMAC/UMAC/CM du 16 avril 2016). Ce texte prévoit l’adoption de diligences telles que la connaissance de la clientèle, des relations d’affaires du client, le contrôle des transactions et l’obligation de déclaration de soupçon aux agences nationales d’investigation financière.

 

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