Eléments structurels de l’économie éthiopienne

L’Éthiopie enregistre des taux de croissance parmi les plus élevés au monde. Alors que la croissance moyenne s’élevait à 2,8 % sur la décennie 1990, elle est passée à 8,6 % au cours de la décennie 2000 et à 9,9 % entre 2010 et 2016. Cette performance s’explique, outre par un effet de rattrapage, par la politique ambitieuse d’investissements publics dans les infras­tructures, politique déclinée dans des plans quinquennaux. Le deuxième plan quinquennal, qui porte sur les années 2015 à 2020, vise plus particulièrement le développement des secteurs des transports, de l’énergie et des télécommunications.

Malgré cela, le PIB par tête – 795 USD en 2016 – reste faible par rapport aux moyennes de la région et de l’Afrique. Cette situation s’explique par la croissance démographique relativement forte de l’Éthiopie, de l’ordre de 2,5 % par an. Avec près de 100 millions d’habitants en 2015, l’Ethiopie est aujourd’hui le 2ème pays le plus peuplé d’Afrique.

L’agriculture reste le pilier socio-économique du pays. L’agriculture éthiopienne est fondée sur la culture du café, des légumineux, du teff, de la pomme de terre et de la canne à sucre. Elle représente 39% du PIB, 85% des exportations et 80% de l’emploi. Le pays peine néanmoins à satisfaire les besoins alimentaires croissants de la population et reste très vulnérable aux épisodes de sécheresse. Il doit également faire face à de nombreux défis tels que la dégradation des sols et la moindre disponibilité des terres. Le poids de l’industrie reste modeste, avec 15% du PIB ; le gouvernement entend développer l’industrie légère, intensive en main d’œuvre, par le déploi­ement de parcs industriels dont le décollage industriel tarde aujourd’hui à s’amorcer. Enfin, le secteur tertiaire contribue à hauteur de 47% au PIB ; il est tiré par les entreprises publiques dans le secteur des transports (Ethiopian Airlines), des banques (Commercial Bank of Ethiopia) mais aussi par le tourisme.

Conjoncture économique, finances publiques et dette publique

En dépit de conditions externes défavorables, la croissance aurait atteint 9,0 % en 2016/17 après 8,0 % en 2015/16. Cette bonne performance est la conséquence du dynamisme de l’agriculture, de l’énergie et de la construction. Les mauvaises conditions météorologiques, dans l’est et le sud du pays, ont marginalement affecté l’activité, même si un soutien humanitaire a dû être apporté à 8,5 millions d’individus dans les zones concernées.

L’inflation, à un niveau élevé, constitue un risque croissant pour la stabilité macroéconomique de l’Ethiopie. De 7,3 % en 2015/16, l’inflation a progressé pour atteindre 8,1 % en 2016/17. Cette hausse de l’inflation résulte pour partie des tensions sur les produits agricoles suite à la sécheresse de 2016/17, mais aussi des effets induits par la dévaluation du birr en octobre 2017. L’évolution annuelle des prix a même atteint 15,6 % fin février 2018.

 Le déficit public est passé de 2,4 à 3,4 % du PIB entre 2015/16 et 2016/17. Le niveau de dépenses de l’Etat est stable, oscillant autour de 17,7 % du PIB depuis 2010 et ce, grâce à unîe gestion bud­gé­taire jugée prudente selon le FMI. Ainsi, en 2016/17, les dépenses ont-elles atteint 18,5 % du PIB, dont 9,9 % de dépenses courantes et 8,6 % de dépenses d’investissement. Le niveau des recettes fiscales 11,8 % du PIB en 2016/17 est faible au regard des besoins de l’Etat.

Sur le plan externe, le déficit courant, bien qu’en baisse en 2016/17, demeure à un niveau élevé : 8,2 % du PIB contre 9,1 % un an plus tôt. Le modèle de crois­san­ce éthiopien s’est traduit par un creusement du déficit commercial, en raison des impor­ta­tions de biens d’équipe­ments requis pour la mise en œuvre de la politique d’industrialisation. Les importations ont toutefois diminué de 5,4 % en 2016/17 passant de 23,1 à 19,8 % du PIB, du fait des retards dans la mise en œuvre des projets d’investissement publics. En parallèle, les expor­tations ont quasiment marqué le pas, augmentant de 1,4 % en 2016/17, ce qui conduit à une diminution de leur part dans le PIB, 4,0 à 3,6 %, compte tenu de la croissance forte de l’économie éthiopienne. Il en a résulté un déficit commercial élevé, esti­mé à 16,1 % du PIB. Néanmoins, les import­ants transferts de la diaspora et, dans une moindre mesure l’ai­de des bailleurs, conduisent à un déficit courant inférieur de près de moitié au déficit commercial, à 8,2 % du PIB, en baisse par rapport aux 9,1 % du PIB enregistrés en 2015/16. En 2016/17, les IDE, à plus de 5 % du PIB, ont financé la majorité du déficit courant, le reliquat con­sis­tant en le recours à l’endettement public et parapublic.

Les réserves de changes sont à un niveau particulièrement bas, ce qui a conduit la Banque centrale à déva­luer le birr de 15 % en octobre 2017. Malgré la réduction des tensions externes, les réserves ont atteint un niveau critique fin de l’année budgétaire 2016/17, avec 1,9 mois d’importations, un niveau en reflux depuis lors. L’at­tri­tion des ré­­ser­­­ves, de même que la volonté de redynamiser les exportations, a amené la Banque centrale à dévaluer le birr de 15 % par rap­port au dollar en octobre 2017.  Cet­te action s’est doublée d’un durcissement tant des conditions relatives à l’accès aux de­vi­ses que de la politique monétaire, afin de contrôler la demande en devises et la masse monétaire en cir­cu­­­lation.

Suite à l’analyse de la viabilité de la dette du FMI réalisée fin 2017, le risque de surendettement a été reclassé dans la catégorie « élevé ». En 2015, le ratio de dette externe éthiopienne rapportée aux exportations avait dépassé le seuil d’alerte de 150 % ce qui a fait basculer l’Éthiopie de risque « faible » à risque « modéré ». Fin juin 2017, la dette publique représentait 57,0 % du PIB, dont plus de la moitié 30,7 % correspondait à la dette externe. Selon le FMI, en raison d’une croissance plus modeste qu’attendue des exportations et d’une hausse du service de la dette dès 2018, le ratio de service de la dette rapporté aux exportations se situerait jusqu’en 2022 au-delà du seuil prudentiel, ce qui a conduit le Fonds à faire passer le risque de surendettement à « élevé » en septembre 2017.

 

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