Climat : Des objectifs climatiques ambitieux dont le financement dépendra largement du soutien des bailleurs internationaux

Bien que faible émetteur de gaz à effet de serre, l’Ethiopie est très vulnérable aux impacts du changement climatique en raison de sa dépendance à l’agriculture pluviale. Les principales sources d’émissions dans le pays sont l’élevage, la déforestation et l’utilisation des terres. Le secteur énergétique ne contribue que faiblement aux émissions car l’intégralité du mix énergétique éthiopien provient de sources d’énergies renouvelables. Le pays s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction de ses émissions dans le cadre de sa contribution nationale déterminée mise à jour en 2021. Néanmoins, ses capacités de financement sont très contraintes et l’Ethiopie compte donc fortement sur les bailleurs internationaux, dont le soutien est nécessaire pour financer 80 % des actions envisagées. L’Ethiopie n’a pas encore exploré d’autres modes de financement tels que les marchés du carbone.

Une vulnérabilité importante liée à la forte dépendance au secteur agricole

L’Ethiopie est un faible émetteur de gaz à effet de serre (GES), représentant 0,04 % des émissions mondiales en 2019. Néanmoins, le pays est très vulnérable aux impacts du changement climatique, en raison de la forte dépendance à l’agriculture pluviale. L’agriculture représente environ 34 % du PIB, 65 % des emplois et 75 % des exportations. La variation annuelle du niveau de précipitations moyen est de 25 % et peut atteindre 50 % dans certaines régions. La température a augmenté d’environ 1°C depuis les années 1960 et les précipitations auraient diminué d’environ 20 % dans la région centre-sud du pays. Les évènements météorologiques extrêmes sont fréquents, en particulier la sécheresse ou les inondations. Les pénuries d’eau augmentent les risques d’insécurité alimentaire, ce qui pourrait exacerber les conflits et les mouvements de population.

L’Ethiopie a ratifié la Convention Cadre sur le changement climatique des Nations Unies en 1994 et a soumis sa Communication nationale initiale (INC) en 2001, puis une Seconde communication nationale (SNC) en 2015. Le pays a lancé un Plan d’action national d’adaptation en 2007 puis un Programme d’adaptation au changement climatique et des Actions d’atténuation appropriées nationalement en 2010. L’Ethiopie a mis au point une Stratégie nationale pour la résilience climatique et l’économie verte (CRGE) en 2011. Des stratégies sectorielles ont ensuite été développées : les Stratégies de résilience climatique pour (i) l’agriculture et la foresterie, (ii) l’énergie et l’eau et (iii) les transports (2015) ; le Plan national de la santé pour l’adaptation au changement climatique (2017) et la Stratégie de résilience climatique pour le développement urbain et le logement (2017).

Le 10 Years Development Plan fait de la résilience au changement climatique et la promotion d’une économie verte un de ces principaux axes stratégiques. La Commission pour l’Environnement, les Forêts et le Changement climatique est l’agence en charge de la coordination de la réponse éthiopienne au changement climatique : elle rédige des lois et standards environnementaux et développe, coordonne et contrôle la mise en œuvre des programmes sectoriels. La Facilité CRGE sera en lien avec le secteur privé. L’Ethiopie n'a pas été efficace dans l'accueil des mécanismes du marché du carbone par rapport au potentiel d'atténuation et à l'ambition fixés par le CRGE et la NDC.

L’Ethiopie a mis à jour en 2021 une NDC ambitieuse

Une première National Determined Contribution (NDC) a été élaborée par l’Ethiopie en 2017 après avoir ratifié l’Accord de Paris en mars 2016, puis mise à jour en 2021. Cette dernière est basée sur la Stratégie nationale pour la résilience climatique et l’économie verte (CRGE) et cible de réduction des émissions de 68,8 % d’ici 2030 par rapport au scénario business as usual (BAU), contre 64 % pour la précédente NDC. L’Ethiopie propose de financer 20 % des réductions d’émissions envisagées, et de faire financer 80 % par le soutien international. Les ressources financières nécessaires à la mise en œuvre de la NDC mise à jour sont estimées à 316 Mds USD sur les 10 prochaines années, dont 40,5 Mds sur l’adaptation et 275,5 Mds sur l’atténuation. L’engagement de l’Ethiopie s’élève donc à 63,2 Mds USD, soit un investissement annuel d’environ 6,3 Mds USD.

Pour l’année de base 2010, les émissions sont évaluées à 247,5 Mt CO2éq, qui sont prévues d’augmenter à 403,5 Mt CO2éq en 2030 dans le scénario BAU. Le scénario inconditionnel permettrait une diminution de 14 % des émissions prévues dans le scénario BAU, soit 347,3 Mt CO2éq en 2030, et le scénario conditionnel (conditionné au soutien international) à 125,8 Mt CO2éq, soit une réduction de 68,8 % pour la combinaison des deux scénarii.

L’élevage est la principale source d’émissions dans le pays (48 % des émissions prévues en 2030 dans le scénario BAU), suivi de la déforestation et de l’utilisation des terres (LUCF, 35 %). La LUCF a le plus gros potentiel de réduction (171 % dans le scénario conditionnel), grâce à des cibles ambitieuses de reforestation et de restauration de forêts (15 M ha). Le potentiel de réduction des émissions issues de l’élevage s’élève à seulement 7,6 %. L’énergie ne contribue qu’à hauteur de 5 % aux émissions prévues en 2030 dans le BAU, car l’intégralité du mix énergétique éthiopien provient de sources d’énergies renouvelables (hydroélectricité 96 %). Le potentiel de réduction des émissions est évalué à 52,5 % dans le scénario conditionnel. Le secteur des déchets représente 3 % des émissions.

Les principaux engagements de l’Ethiopie concernant l’adaptation au changement climatique se concentrent dans les secteurs de l’agriculture, de la foresterie et de l’utilisation des sols et la gestion des ressources naturelles.

Le climat devient un secteur prioritaire d’action des bailleurs

La Banque mondiale a accordé en 2019 une subvention IDA de 500 M USD afin d’aider l’Ethiopie à atteindre ses objectifs en matière de résilience climatique et d’atténuation des effets du changement climatique et à gérer durablement ses ressources naturelles. L’AFD s’est engagée à financer l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI) afin de soutenir le gouvernement éthiopien dans l’élaboration d’une stratégie de long terme pour un développement bas carbone et résilient au climat pour 2050. L’Ethiopie est parmi les 16 pays pilotes de l’initiative Biodev 2030 financé notamment par l’AFD. Ce projet vise à soutenir les pays dans l’adoption et la pérennisation d’engagements sectoriels visant à enrayer le déclin de la biodiversité et ses conséquences sur la prochaine décennie. Le Fonds vert pour le climat met en œuvre six projets en Ethiopie pour une contribution totale de 265,4 M USD. Le Fonds pour l’environnement mondial a un portefeuille de 33 projets en Ethiopie, auxquels il contribue en dons à hauteur de 123,8 M USD, pour un montant total de 731,6 M USD.

Le développement du secteur peut représenter des opportunités intéressantes pour les entreprises françaises, notamment dans le cadre de l’élaboration d’un pipeline de projets PPP par le gouvernement, dont beaucoup concernent le développement des énergies renouvelables. Le fonds d’investissement Meridiam est déjà présent dans le secteur en Ethiopie avec la signature d’un contrat pour la conception, la construction, le financement et l’exploitation d’une centrale géothermique.

 

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