Cadrage général

Éléments structurels de l’économie

L’Éthiopie enregistre des taux de croissance parmi les plus élevés au monde. Alors que la croissance moyenne s’élevait à 2,5 % sur la décennie 1990, elle est passée à 8,4 % au cours de la décennie 2000 et à 9,7 % entre 2010 et 2018. Cette performance s’explique, outre par un effet de rattrapage, par la politique ambitieuse d’investissements publics dans les infras­tructures, politique déclinée dans des plans quinquennaux. Le deuxième plan quinquennal, qui porte sur les années 2015 à 2020, vise plus particulièrement le développement des secteurs des transports, de l’énergie et des télécommunications.

Malgré l’expansion rapide de l'activité, le PIB par tête – 891 USD en 2018 – reste faible en raison d'une croissance démographique encore très rapide (+2,6 % par an). Avec environ 107 M d’habitants, l’Éthiopie est aujourd’hui le 2ème pays le plus peuplé d’Afrique.

L’agriculture reste le pilier socio-économique du pays. L’agriculture éthiopienne est fondée sur la culture du café, des légumineux, du teff, de la pomme de terre et de la canne à sucre. Elle représente 34 % du PIB, 81 % des exportations et environ 80 % de l’emploi. Le pays peine néanmoins à satisfaire les besoins alimentaires croissants de la population et reste très vulnérable aux épisodes de sécheresse. Il doit également faire face à de nombreux défis tels que la dégradation des sols et la moindre disponibilité des terres. Le secteur secondaire voit son poids dans le PIB, encore modeste, progresser. Le secteur ne représentait que 13 % du PIB en 2012, mais pèserait désormais 28,9 % du PIB; la construction en est le sous-secteur prépondérant (18 % à lui seul) alors que le secteur manufacturier est de taille limitée (6 % du PIB), déséquilibre que le gouvernement souhaite corriger par le développement des parcs industriels visant à favoriser l'essor d'une industrie légère exportatrice, très intensive en main d'œuvre. Enfin, le secteur tertiaire contribue à hauteur de 37 % au PIB; il est tiré par les entreprises publiques dans le secteur des transports (Ethiopian Airlines), des banques (Commercial Bank of Ethiopia) mais également par le tourisme.

Conjoncture économique, finances publiques et dette publique

Le FMI estime que la croissance du PIB a atteint 7,7 % en 2018, contre 10,1 % l’année précédente. Elle devrait demeurer stable en 2019 à 7,7 %. Le reflux de 2018 est conjoncturel : il est imputable aux troubles politiques précédents l’élection d’Abiy Ahmed. La croissance a été soutenue par des récoltes favorables, la croissance rapide du transport aérien ainsi que celle des exportations manufacturières. Le rythme de croissance devrait se maintenir  au-delà de 7 % à moyen terme. Au-delà du retour à la stabilité institutionnelle, cette dynamique devrait être encouragée par la hausse des IDE, conséquence de l’ambitieux programme de réformes destiné à catalyser l’investissement privé inscrit dans le second plan de transformation et de croissance (2015-2020).

L’inflation, à un niveau élevé, constitue un risque croissant pour la stabilité macroéconomique de l’Éthiopie. Selon la banque centrale, l’inflation, en glissement annuel, s’est établie à 12,6 % en mars 2019, stable par rapport à il y a un an. Cette inflation élevée s’explique par plusieurs facteurs : d’abord, un effet différé de l’expansion des prêts au secteur public en 2017 ; un effet induit de la dévaluation d’octobre 2017 et enfin une conséquence des précédents troubles politiques qui ont affecté les réseaux de distributions.

Sur le plan budgétaire, le déficit s’est creusé légèrement pour atteindre 3,7 % du PIB en 2017/18, en-deçà des prévisions, résultat d’une sous-exécution budgétaire chronique. Le niveau de dépenses de l’État est stable, oscillant autour de 17,7 % du PIB depuis 2010. Plus conjoncturellement, les dépenses ont sous-performé en 2017/18, conséquence des faibles capacités d’absorption de l’État : elles s’établissent ainsi à 17,4 % du PIB en 2017/18 contre 18,2 % l’année précédente, dont près de la moitié sont des dépenses d’investissement. Les recettes de l’État ont été particulièrement décevantes : elles ont baissé de 1,5 point de PIB, conséquence de la baisse conjointe des recettes fiscales – à 11,1 % du PIB en 2017/18 contre 11,6 % un an plus tôt – et de celle des recettes non-fiscales, passée de 2,6 % du PIB à 1,8 %.

Sur le plan externe en revanche, le déficit courant s’est rétréci significativement à 6,4 % du PIB en 2017/18, contre 8,2 % l’année précédente et 9,1 % auparavant. Structurellement, le modèle de croissance éthiopien s’est traduit par un creusement du déficit commercial, en raison des importations de biens d’équipements requis pour la mise en œuvre de la politique d’industrialisation. Plus conjoncturellement, si le déficit courant a été réduit au cours de l’année écoulée, il se situe toujours à un niveau élevé, asphyxiant de facto l’appareil productif dont le recours aux devises est désormais très limité. Le déficit commercial s’est légèrement contracté, à 15,2 % du PIB en 2017/18 contre 16,0 % l’année dernière, reflétant une légère baisse des importations imputable au ralentissement des projets d’investissement public alors que les exportations stagnaient. Les importants transferts de la diaspora –7,4 % du PIB en 2017/18 - et, dans une moindre mesure l’aide des bailleurs, conduisent à un déficit courant, à 6,4 % du PIB, en 2017/18, soit nettement inférieur au déficit commercial. En 2017/18, les IDE, à 4,5 % du PIB, ont financé l’essentiel du déficit courant, le reliquat étant couvert par le recours à l’endettement public et parapublic.

Les réserves de changes sont à un niveau particulièrement bas, le birr demeure surévalué malgré la dévaluation d’octobre 2017. Malgré la réduction des tensions externes, les réserves ont continué à s’amenuiser pour atteindre un niveau critique à la fin de l’année budgétaire 2017/18, avec 1,6 mois d’importations. Cette mauvaise performance s’explique par la baisse conjointe des IDE et de l’endettement public en 2017/18. L’attrition des réserves, de même que la volonté de redynamiser les exportations, avait amené la Banque centrale à dévaluer le birr de 13,4 % par rapport au dollar en octobre 2017. Cette action s’est doublée d’un durcissement tant des conditions relatives à l’accès aux devises que de la politique monétaire, afin de contrôler la demande en devises et la masse monétaire en circulation. L’utilisation des réserves de change est ainsi prioritairement allouée au paiement des importations des produits pétroliers puis aux achats de produits pharmaceutiques et enfin aux exportateurs industriels. En perspectives, la situation monétaire devrait s’améliorer en 2019 – les réserves pourraient atteindre 1,9 mois d’importations en juin 2019 – et ce grâce à un appui budgétaire de la Banque mondiale d’un montant de 1,2 Md USD.

L’analyse de la viabilité de la dette du FMI réalisée fin 2017, s’est traduite par un reclassement du risque de surendettement dans la catégorie « élevé ». En raison d’un niveau de prélèvements très faible, ainsi que du manque de profondeur du marché bancaire, l’État a eu recours à l’endettement extérieur. En 2015, le ratio de dette externe éthiopienne rapportée aux exportations avait dépassé le seuil d’alerte de 150 % ce qui a fait basculer l’Éthiopie de risque « faible » à risque « modéré ». Selon le FMI, en raison d’une croissance plus modeste qu’attendue des exportations et d’une hausse du service de la dette dès 2018, le ratio de service de la dette rapporté aux exportations se situerait jusqu’en 2022 au-delà du seuil prudentiel de 20%, ce qui a conduit le Fonds à faire passer le risque de surendettement à « élevé » en septembre 2017. En 2018, la dette publique représentait 61,0 % du PIB, dont près de la moitié – 33,0 % – correspondait à la dette externe.

L’Éthiopie en chiffres

Sources : FMI, Banque mondiale

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