Cadrage général

Éléments structurels de l’économie

Malgré une croissance économique soutenue au cours de la dernière décennie, le pays fait face à des difficultés structurelles caractérisées par la faiblesse des finances publiques, une pénurie structurelle de devises, une forte inflation, l’insoutenabilité de la dette extérieure et l’accès restreint aux financements privés. La croissance est passée de 2,5 % pendant la décennie 1990, à 8,5 % au cours de la décennie 2000 et 9,6 % sur 2010-2020. Cette performance s’est appuyée principalement sur l’investissement public dans les infras­tructures et le recours à l’endettement externe, chinois en très grande partie. Le plan quinquennal 2015-2020, visait particulièrement les transports, l’énergie et les télécommunications. Ce modèle planificateur, basé sur l’endettement public, a fortement restreint le développement du secteur privé, aujourd’hui encore embryonnaire. Si ce modèle a permis de financer des grands projets d’infrastructures nécessaires, il n’est plus viable au regard de la faible capacité du pays à faire face à la charge de sa dette externe croissante. 

Les indicateurs sociaux illustrent les progrès à parcourir. Le PIB par tête – 1098 USD en 2022 – reste faible du fait de la croissance démographique (2,7 % par an sur 2012-2022). Avec 123 M d’habitants, l’Ethiopie est le 2ème pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigéria. Le taux de pauvreté était de 30,8% en 2015, et l’Éthiopie est 175ème sur 191 pour l’IDH.

L’agriculture reste le pilier socioéconomique du pays, basée sur le café, les légumineux, le teff, la pomme de terre et la canne à sucre. Elle représente 32 % du PIB, 87 % des exportations et 65 % de l’emploi. Le pays peine néanmoins à satisfaire les besoins alimentaires croissants de la population et reste très vulnérable aux évènements naturels (sécheresses, inondations, invasion de criquets). Le gouvernement entend développer l’industrie manufacturière, intensive en main d’œuvre, par le déploiement de parcs industriels. Enfin, le secteur tertiaire (39 % du PIB) est tiré par Ethiopian AirlinesCommercial Bank of Ethiopia et le tourisme.

Conjoncture économique, finances publiques et dette publique

Après être restée résiliente face au Covid avec des taux de croissance de 6,3 % en 19/20 et 6,1 % en 20/21, l’économie éthiopienne a connu un coup d’arrêt du fait de la guerre civile au Tigré, de la sécheresse et de l’impact du conflit en Ukraine. La croissance a ainsi diminué à +3,8 % au cours de l’année fiscale 21/22 et l’inflation s’est maintenue à un niveau élevé (+35 %). Le retour à un niveau de croissance pré-Covid reste incertain et dépendra de la négociation d’un accord de paix, de la reprise du soutien des bailleurs et de la capacité du pays à transformer son modèle économique. Le FMI prévoit 5,3 % de croissance en 22/23. 

S’il est attendu que la trajectoire de la dette publique s’améliore, le risque de surendettement demeure élevé en raison d’un service de la dette externe en hausse, d’une pénurie de devises, et d’un désengagement des bailleurs. Alors que le déficit public avait été maintenu sous les 3 % du PIB entre 17/18 et 20/21, celui-ci devrait atteindre 4,1 % en 21/22 (le conflit augmentant les dépenses militaires et humanitaires et contraignant les recettes). La dette publique devrait être en baisse en 21/22 et atteindre 48 % du PIB selon le FMI (contre 51 % l’année précédente). Si le stock de dette externe n’est pas particulièrement élevé (24,5 % du PIB en 21/22 selon le MoF) et détenu pour moitié par des créanciers multilatéraux, le service de cette dette (1,9 Md USD en 20/21, soit 24 % des recettes d’exportations), aggravé par la pénurie de devises (en octobre, les réserves de change représentaient trois semaines d’importations), représente une vulnérabilité majeure. Le gel du financement par les bailleurs, dans le cadre notamment de l’expiration en septembre 2021 du programme FMI (2,9 Mds, approuvé fin 2019) dont le pays bénéficiait, accentue la vulnérabilité des finances publiques. La capacité de l’Ethiopie à négocier un nouveau programme et le rééchelonnement de sa dette dans le cadre du Common Framework est primordiale pour éviter un défaut de l’Etat éthiopien.

Le déficit courant s’est creusé en 21/22 pour atteindre 4,8 Mds USD (4,3 % du PIB) après 3,2 Mds USD en 20/21 (3,2 % du PIB). Ceci s’explique par une balance commerciale structurellement déficitaire qui a atteint -14 Mds USD en 21/22 du fait notamment de la hausse des prix des matières premières. Si les transferts de la diaspora (5,3 Mds USD) et les IDE (3,2 Mds) se sont maintenus, la chute des financements des bailleurs liée au conflit, estimée à 60 % par rapport à la situation pré-conflit, a fortement pesé sur la balance des paiements du pays.

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