ÉTHIOPIE
Indicateurs et conjoncture
Éléments structurels de l’économie
L'Éthiopie demeure l'une des économies les plus dynamiques du monde depuis le début des années 2000. Selon la Banque mondiale, la croissance a atteint en moyenne +8,4 % par an depuis 2000 (contre +4,0 % pour l'Afrique subsaharienne), portée par une croissance démographique soutenue (environ +2,5 % par an), qui a porté la population à 135,5 millions d'habitants en 2025, probablement à 139 millions en 2026, faisant de l'Éthiopie le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique derrière le Nigéria, ainsi que par d'importants investissements publics dans les infrastructures et une urbanisation rapide. L'économie repose désormais principalement sur les services (environ 40 % du PIB), notamment le commerce, les transports et les télécommunications, suivis de l'industrie (près de 30 %), portée par la construction, les activités manufacturières et l'extraction aurifère, puis de l'agriculture (environ 30 %), dominée par le café, les céréales et l'élevage. L’agriculture demeure toutefois le principal employeur du pays, mobilisant près de 65 % de la population active. Cette trajectoire de croissance a néanmoins permis une amélioration du niveau de développement humain : l'indice de développement humain (IDH) est passé de 0,420 en 2010 à 0,497 en 2023, ce qui place l'Ethiopie au 180ème rang mondial (sur 193 pays).
L'économie reste toutefois confrontée à d'importantes fragilités structurelles. L'Éthiopie demeure le plus grand pays enclavé au monde, dépendant très largement du corridor djiboutien pour son commerce extérieur. Les conflits ou tensions persistants dans plusieurs régions, notamment au Tigray, en Amhara et en Oromia, continuent de peser sur l'activité économique, les investissements et les déplacements de population. À ces contraintes s'ajoutent une capacité d'endettement limitée. Depuis juillet 2024, les autorités ont engagé un vaste programme de réformes visant à libéraliser progressivement l'économie (réforme du régime de change, ouverture du secteur bancaire aux investisseurs étrangers, création d'une bourse des valeurs et poursuite des privatisations), permettant d'améliorer progressivement la disponibilité des devises et l'attractivité du pays. Les perspectives d'exportation restent toutefois pénalisées par la suspension de l'accès préférentiel au marché américain dans le cadre de l'AGOA depuis 2022, même si l'Éthiopie continue de bénéficier du régime européen « Tout sauf les armes ».
Conjoncture économique, finances publiques et dette publique
L'économie éthiopienne poursuit sa dynamique de croissance, soutenue par les réformes macroéconomiques engagées dans le cadre de la Homegrown Economic Reform Agenda et du programme appuyé par le FMI. La croissance s'est établie à +9,2 % en 2025 (après +8,1 % en 2024), largement au-dessus des prévisions initiales du FMI, portée par les exportations d'or et de café, le dynamisme de la construction et de l'industrie manufacturière, ainsi que par de bonnes récoltes. Cette performance intervient toutefois dans un contexte sécuritaire toujours dégradé, marqué par la persistance des conflits en Amhara et en Oromia, la reprise des tensions au Tigray et de nouvelles tensions au Benishangul-Gumuz. Par ailleurs, il faut noter que les entreprises ne perçoivent pas à ce jour de traduction de ces réformes macro-économiques d'apleur, en termes d'amélioration du climat des affaires.
L'inflation a poursuivi son recul en 2025 (+13,2 % en moyenne, contre +21,0 % en 2024), atteignant +9,7 % en décembre, son plus bas niveau depuis 2018, sous l'effet de la baisse des prix alimentaires, du resserrement monétaire et des réformes engagées depuis 2024. Les perspectives demeurent favorables, mais le conflit au Moyen-Orient constitue désormais le principal risque extérieur. Le FMI maintient sa prévision de croissance à +9,2 % en FY2025/26, mais a abaissé celle de FY2026/27 à +7,8 % en raison de la hausse des prix du pétrole, des engrais et des coûts de transport. L'inflation est repartie à la hausse au deuxième trimestre 2026, atteignant +15,1 % en août, sous l'effet du renchérissement des importations énergétiques.
Dans ce contexte, la Banque nationale d'Éthiopie poursuit la modernisation de son cadre monétaire. En juillet 2026, elle a supprimé le plafond de croissance du crédit bancaire, relevé son taux directeur de 15 % à 16 % et poursuivi la libéralisation du marché des changes afin de renforcer la transmission de la politique monétaire et d'améliorer la compétitivité des exportateurs. Le secteur bancaire demeure globalement solide, avec un taux de prêts non performants ramené à 3,6 % fin 2025 et des niveaux de liquidité et de capitalisation supérieurs aux exigences réglementaires.
La consolidation budgétaire s'est poursuivie en 2025 grâce à une forte progression des recettes publiques (10,9 % du PIB, après 7,5 % en 2024), portée par la réforme fiscale, le renforcement de la fiscalité sur les carburants et la hausse des recettes douanières. Malgré une progression des dépenses, le déficit public s'est réduit à -1,2 % du PIB (contre -2,0 % en 2024).
La position extérieure s'est également nettement améliorée en 2025. Le déficit courant est revenu à - 0,9 % du PIB (contre -4,2 % en 2024), grâce à la forte progression des exportations de café et surtout d'or, permettant aux réserves de change de remonter à 1,8 mois d'importations (contre 0,7 mois un an auparavant). Cette amélioration a toutefois été fragilisée par le conflit au Moyen-Orient : la hausse des prix du pétrole et les perturbations des approvisionnements ont provoqué des pénuries temporaires de carburants, un recours à des achats d'urgence sur le marché spot et une hausse des coûts de transport. Parallèlement, les autorités ont poursuivi la réforme du marché des changes, réduisant l'écart entre le taux officiel et le marché parallèle grâce à l'automatisation des transactions interbancaires, à l'assouplissement des règles applicables aux exportateurs et à un meilleur accès aux devises pour les acteurs privés.
La dette éthiopienne demeure jugée insoutenable par l’analyse de soutenabilité de la dette (DSA de juin 2026), et le pays reste classé en situation de détresse de la dette depuis le défaut sur son euro-obligation en décembre 2023. La dette publique a de nouveau augmenté à 43,1 % du PIB en 2025 (après 33,4 % en 2024). Cette hausse résulte à la fois des importants décaissements des institutions financières internationales (3,25 Md USD sur FY2024/25) et de la dépréciation du birr consécutive à la réforme du régime de change de juillet 2024, qui a mécaniquement accru le poids de la dette extérieure exprimée en pourcentage du PIB. Cette dernière représente désormais 62,9 % de l’encours total de la dette publique. Cependant, des avancées significatives ont été enregistrées via le Cadre commun du G20. La restructuration de la dette de l’Éthiopie détenue par des créanciers officiels bilatéraux (8,5 Md USD) a été finalisée par un protocole d’accord (MoU) conclu le 2 juillet 2025 entre l’Éthiopie et les 14 créanciers du Comité des créanciers officiels (OCC), et signé par tous fin 2025. Plusieurs accords bilatéraux le mettant en œuvre ont déjà été conclus, notamment avec la France, l’Italie, Israël, la Turquie, la Finlande, le Danemark et la Suisse. Les négociations entre l’Éthiopie et ses créanciers obligataires sont désormais achevées, un accord de principe ayant été atteint fin juin 2026, jugé conforme à la comparabilité de traitement par l’OCC le 17 juillet.