Cadrage général

Éléments structurels de l’économie

Malgré une croissance économique soutenue au cours de la dernière décennie, le pays fait face à des difficultés structurelles caractérisées par la faiblesse des finances publiques, une pénurie structurelle de devises, une forte inflation, l’insoutenabilité de la dette extérieure et l’accès restreint aux financements privés. La croissance est passée de 2,5 % pendant la décennie 1990, à 8,5 % au cours de la décennie 2000 et 9,6 % depuis 2010. Cette performance s’est appuyée principalement sur l’investissement public dans les infras­tructures et le recours à l’endettement externe, chinois en très grande partie. Le plan quinquennal 2015-2020, visait particulièrement les transports, l’énergie et les télécommunications. Le modèle planificateur génère cependant de fortes distorsions de prix. Les marchés monétaire et bancaire étant administrés, le coût du financement ne répond à aucune logique de marché. La croissance est donc alimentée par un investissement dont l’efficience apparaît très limitée et source de déséquilibres majeurs, rendant le diagnostic sur la trajectoire économique du pays très complexe. 

Les indicateurs sociaux illustrent les progrès à parcourir. Le PIB par tête – 878 USD en 2019 – reste faible du fait de la croissance démographique (2,6 % par an). Avec 115M d’habitants, l’Ethiopie est le 2ème pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigéria. Le taux de pauvreté était de 30,8% en 2015, et l’Éthiopie est 173ème sur 189 pour l’IDH.

L’agriculture reste le pilier socioéconomique du pays, basée sur le café, les légumineux, le teff, la pomme de terre et la canne à sucre. Elle représente 1/3 du PIB, 81% des exportations et 75% de l’emploi. Le pays peine néanmoins à satisfaire les besoins alimentaires croissants de la population et reste très vulnérable aux évènements naturels (sécheresses, inondations, invasion de criquets), la dégradation des sols et la moindre disponibilité des terres. Le gouvernement entend développer l’industrie manufacturière (7% du PIB), intensive en main d’œuvre, par le déploiement de parcs industriels dont le décollage tarde. Enfin, le secteur tertiaire (40 % du PIB) est tiré par Ethiopian Airlines, Commercial Bank of Ethiopia et le tourisme.

Conjoncture économique, finances publiques et dette publique

 

Après un rebond à 9,0 % du PIB en 2018/19, la croissance était attendue en baisse à 6,2 % pour 2019/20. Avec la pandémie, elle ne serait plus que de 3,2 %. Malgré une politique budgétaire et d’endettement restrictive à l’égard des entreprises publiques en 2019, le dynamisme s’est maintenu, porté par le secteur privé (+12,6% pour l’industrie, +11% pour les services). En 2020, la croissance pâtit de la consolidation fiscale et des mesures préventives prises face au COVID. Les canaux de transmission extérieurs sont surtout les transferts de la diaspora et les IDEs. Au niveau domestique, si les services et l’industrie seront significativement affectés, la prédominance de l’agriculture de subsistance atténuerait le choc. 

L’érosion des recettes domestiques et le coût des mesures d’atténuation de la pandémie pourraient porter le déficit budgétaire à 4,0 % du PIB pour 2019/20 contre une estimation initiale à 2,5 %. La baisse des recettes fiscales (-10 % par rapport aux prévisions initiales) ramènerait les recettes domestiques à 10,7 % du PIB. Côté dépenses publiques, l’ajustement sur les dépenses de développement (-0,3% pt de PIB) contiendrait la hausse des dépenses courantes (+1,6% pt) à 16,3 % du PIB. Les dons atteindraient 1,6% du PIB (soit +75% par rapport aux estimations initiales), et les recettes non-fiscales 1,5% du PIB. Le déficit serait financé à 55% de sources domestiques. Pour 2020/21, le FMI prévoit une amélioration de la collecte permettant de retrouver la trajectoire de consolidation fiscale, avec un déficit à 2,5% du PIB.

La contraction des échanges avec le reste du monde serait significative, ramenant le déficit courant à 4,9 % du PIB contre 9,5 % et 5,3 % respectivement en 2018/19. Le Fonds anticipe un recul des exportations de biens et services de 18,5%, le maintien des recettes d’exportation de café ne permettant pas de compenser les pertes d’Ethiopian Airlines, mais également un recul des importations de 14,3% en raison de la baisse des prix du pétrole et de la demande d’intrants et biens d’équipements, liée au ralentissement de la mise en œuvre de projets. De leur côté, les transferts de la diaspora, pilier de la balance des paiements, reculeraient de 30% par rapport aux estimations initiales pour ne représenter que 4,6% du PIB contre 6,2% en 2018/19.

La compression des recettes en devises et des flux de capitaux augmente considérablement les besoins de financement de la balance des paiements et génère des tensions supplémentaires sur le marché des changes. Le ralentissement et le report de projets, ainsi que du processus de privatisation entraînerait une baisse du flux d’IDE pour atteindre 1,8 % du PIB, tandis que le financement net du secteur public s’établirait à 850 MUSD, portant les besoins en financement à près de 4 Mds USD, soit 2,3 Mds USD après APD. Les besoins additionnels non identifiés pour financer le déficit courant atteignent 1,5 % du PIB. Avec des réserves de change inférieures à 2,5 Mds USD en avril 2020, la situation apparaît critique.

L’endettement public ralentit. Après un pic à 61% du PIB en 2018, la dette publique diminuerait à 57% en 2020, répartie équitablement entre sources externes et domestiques. La part externe (29 Mds USD) est répartie entre bilatéraux (30%), multilatéraux (45%) et commerciaux (25%). Les entreprises publiques représentent 53 % de l’encours domestique (15% du PIB), dont les ¾ détenus par la Commercial Bank of Ethiopia (CBE).

Le risque élevé de surendettement du pays découle d’un accroissement significatif du service de la dette rapporté aux recettes publiques, d’un taux de change surévalué et d’une base exportatrice étroite. Après être passé de «faible» à «modéré» en 2015, le risque de surendettement a été de nouveau revu à la hausse, à «élevé» en 2017, niveau maintenu en avril 2020 malgré un niveau d’endettement externe modéré (29,5 % du PIB). Le scénario de référence du DSA prévoit un dépassement des ratios pour l’encours de dette externe rapporté aux exportations jusqu’à 2024 et du service de la dette rapporté aux exportations jusqu’à 2022.

L'Éthiopie en chiffres

Informations générales

Principaux indicateurs macroéconomiques

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