Situation macroéconomique de l’Espagne

Après un épisode récessif de 4 ans (2009-2013, excepté 2010), au cours duquel le PIB espagnol s’est contracté de 8,9 % en volume, l’Espagne a retrouvé le chemin de la croissance en 2014 (+1,4 %), qui s’est confirmée en 2015 (+3,6 %), 2016 (+3,2 %) et 2017 (+3,0 %). L’Espagne efface graduellement les séquelles héritées de la crise et aurait fermé l’écart de production en 2017 (d’après les calculs de la Commission européenne).

1. Situation macroéconomique : en 2017, la reprise économique se maintient en Espagne malgré une situation encore fragile sur le marché du travail.

En 2017, la robustesse de la croissance a été surprenante (+3,0 %) et la dynamique de rattrapage s’est maintenue. La légère décélération de la consommation des ménages a été compensée par l’accélération de la consommation publique et par la dynamique d’investissement en biens d’équipement tout comme en construction. La contribution du solde extérieur à la croissance s’est modérée, mais demeure positive. La DGTrésor prévoit une croissance de +2,7 % en Espagne pour 2018.

Depuis le T1 2014, 2,4 millions d’emplois en équivalent temps plein ont été créés, ce qui porte le taux de chômage à 15,4 % au T2 2018[1] (51 % des chômeurs recherchent un emploi depuis plus d’un an) alors que l’Espagne avait affronté une destruction nette de près de 3 millions d’emplois entre 2009 et 2013. Néanmoins, la précarité des travailleurs espagnols[2] et la situation des jeunes de moins de 25 ans, dont le taux de chômage atteint 34,7 % au T2 2018, restent préoccupantes.

Les pressions déflationnistes enregistrées au cours des trois années précédentes se sont dissipées dès la fin de 2016, notamment en raison de la remontée du prix des matières premières et du redressement de l’inflation sous-jacente (hors biens alimentaires et énergétiques). Le retour de l’inflation s’est ainsi confirmé en 2017 (+2,0 %, variation en moyenne annuelle de l’IPC) et la Banque d’Espagne anticipe le maintien du taux d’inflation en 2018 (1,8 %), tiré par la hausse des prix pétroliers.

Plusieurs risques pourraient peser sur l’activité à court et moyen terme. Les risques politiques représentent les principaux aléas à court terme (orientation budgétaire du nouveau gouvernement, calendrier électoral, résurgence des tensions avec la Catalogne). Le maintien de la dynamique de l’activité est par ailleurs fortement conditionné à l’insertion sur le marché du travail des chômeurs restants. En outre, l’endettement de l’économie demeure élevé et l’Espagne est de ce fait vulnérable à des variations dans la perception des marchés et aux prochaines hausses des taux d’intérêt. Enfin, une montée du protectionnisme pourrait mettre fin aux bonnes performances des exportations espagnoles et l’Espagne est particulièrement dépendante des prix du pétrole, du fait de son tissu productif et de son mix énergétique.

2. Situation du secteur extérieur : la dynamique des exportations reste allante (tableau 1). La France est le premier client de l’Espagne et son second fournisseur.

En 2017, selon les données provisoires des douanes espagnoles, le déficit commercial espagnol se dégraderait par rapport à l’année antérieure, pour atteindre -24,7 Md €[3]. Cette détérioration résulterait d’une croissance des importations en valeur (+10 % a/a) plus soutenue que celle des exportations, du fait notamment du dynamisme de la demande interne et de la hausse du cours du pétrole. Les principaux secteurs auraient augmenté leurs exportations, hormis l’automobile dont les ventes auraient été similaires à celles de 2016. Les exportations espagnoles, en progression chaque année depuis 2009, atteignent ainsi un pic historique en 2017, dépassant 277 Md € de biens exportés. La situation commerciale hors énergie se serait dégradée puisque l’Espagne enregistrerait un déficit commercial hors énergie de -4 Md € en 2017[4].

Selon les douanes françaises, la France a un excédent commercial avec l’Espagne qui s’élève à 0,8 Md € en 2017 (-7 % g.a). Les exportations françaises en Espagne, bien que dynamiques en 2017 (+6,9 % a/a), ne compensent pas les importations en provenance d’Espagne, très soutenues sur la période (+7,3 % a/a). Ce repli du solde repose en partie sur le creusement de notre déficit en matériels de transport, plus particulièrement sur nos échanges en aéronefs et engins spatiaux. La France est le premier client commercial de l’Espagne et son second fournisseur, derrière l’Allemagne.

En 2017, l’Espagne se positionne comme le 15e récepteur d’IDE et le 15e investisseur mondial. La France investit en Espagne pour la troisième année consécutive, après un désinvestissement en 2014. Le flux d’IDE français en Espagne s’établit à 0,5 Md € en 2017, un chiffre inférieur à celui de l’année antérieure (4,2 Md €). Le stock d’IDE français en Espagne progresse depuis 2014 et atteint 48,2 Md € en 2017. L’Espagne concentre 4,0 % du stock mondial d’IDE français, ce qui en fait le 8e récepteur d’investissement français. La France est le 4e investisseur en Espagne derrière les Pays-Bas, le Luxembourg et le Royaume-Uni mais devant l’Allemagne.

D’après les données de l’enquête OFATS réalisée par l’INSEE, 1899 entreprises françaises sont implantées en Espagne en 2015[5], générant un chiffre d’affaires de plus de 89 Md € et employant environ 300 000 personnes. En 2016, 8 entreprises françaises apparaissent dans le top 100 des entreprises en Espagne en termes de chiffre d’affaires. Elles se distinguent dans les secteurs de la grande distribution (Carrefour, Auchan, Décathlon, Leroy Merlin), de l’automobile (Renault, Peugeot Citroën, Michelin) et des télécommunications (Orange).

3. Situation budgétaire : l’Espagne sortirait de la procédure de déficit excessif en 2018 (tableau 2), mais la dette publique reste élevée.

L’Espagne aurait respecté la cible de déficit pour 2017 (3,1 % du PIB). L’Espagne a bénéficié d’une nouvelle recommandation de déficit public à l’été 2016, repoussant la date de retour sous les 3 % à 2018. La diminution du ratio de dépenses non-financières, qui s’établit à 41,0 % du PIB (contre 42,2 % en 2016) a été accompagnée de la légère augmentation des revenus non-financiers (37,9 % contre 37,7 %). Par niveau, les soldes sont déficitaires pour l’Administration centrale (-1,9 %), la Sécurité sociale (-1,5 %) et les communautés autonomes (-0,3 %), alors que les entités locales ont enregistré un excédent (+0,6 %).

Le Parlement a finalement approuvé au mois de juin dernier le Projet de loi de finances 2018 dans un contexte marqué par le changement de gouvernement suite à la motion de censure déposée par Pedro Sánchez contre Mariano Rajoy. Le nouveau Chef du gouvernement avait déjà annoncé lors du débat sur la motion de censure qu’il maintiendrait le Budget, qui avait déjà été approuvé par le Parlement lors d’une première votation. La politique budgétaire serait expansive, avec la baisse de l’impôt sur les revenus et les hausses des retraites et des salaires des fonctionnaires.

Avec l’accord implicite, semble-t-il, de Bruxelles, la nouvelle Ministre de l’économie Nadia Calviño a annoncé la définition d’une nouvelle trajectoire de déficit pour 2018  et 2019 (-2,7 % et -1,8 %, soit +0,5 p.p. chaque année par rapport à la trajectoire précédente qui reste toutefois la trajectoire officielle de la Commission). Selon la Ministre, le respect des objectifs fixés par le gouvernement antérieur en avril dernier aurait rendu nécessaire la mise en place de mesures d’ajustement ayant un effet adverse sur la croissance (entre -0,4 p.p. et -0,5 p.p. de PIB).

Néanmoins, le Parlement a pour le moment rejeté cette nouvelle trajectoire (en Espagne, la révision du plafond de dépense doit être approuvée par le Parlement, où le gouvernement actuel est en minorité). La nouvelle trajectoire fait ainsi toujours l’objet de discussions politiques, tout comme le projet de budget 2019, qui n’a pas encore été présenté par le gouvernement et nécessitera le soutien du parti anti-austérité  de gauche radicale Podemos et de plusieurs partis régionaux nationalistes pour être approuvé au Parlement, dans un contexte politique marqué par des élections régionales et municipales au printemps 2019.

La dette publique a, en outre, très fortement augmenté ces dix dernières années, passant de 35,5 % du PIB en 2007 à 98,8 % au T1 2018.

4. Point sur le secteur bancaire.‎

Banco Popular, jugée insolvable par le Mécanisme de Surveillance Unique (MSU), a été vendue à Banco Santander pour 1 € symbolique, sans l’aide de l’Etat espagnol. Le MSU a déclaré la banque « insolvable ou sur le point de l’être » le 6 juin 2017, en raison des problèmes de liquidité (fuite des dépôts du groupe financier) et de l’incertitude de ses plans pour affronter les possibles détériorations du bilan de l’entité dont les créances douteuses s’élevaient à 37 Md €, soit un quart de ses actifs. Conformément à la procédure, la MSU en a donc informé le Conseil de résolution unique européen, qui a décidé – pour la première fois depuis sa création en 2014 – une résolution ordonnée : le CRU a procédé à l’annulation et à la conversion de certains éléments de passifs avant de transférer l’ensemble des actifs et passifs résiduels à Santander au prix d’un euro symbolique (alors que le montant de l’offre initialement attendue de la part de Santander était d’environ quelques centaines de millions d’euros), sans recours à des fonds publics dans le cadre de cette opération. Santander devient ainsi la première entité bancaire en Espagne, devant CaixaBank. La résolution garantit ainsi la sécurité des dépôts de Banco Popular et la continuité ordinaire de ses opérations avec pour effet immédiat le contrôle de Banco Santander. Par ailleurs, l’Etat espagnol, à travers le FROB (fonds de restructuration bancaire espagnol) a pris la décision de fusionner en 2017 Bankia et BMN pour un montant de 825 M €, plutôt que de procéder à leur privatisation séparément en espérant de maximiser la valeur boursière.

Les résultats des banques espagnoles sont en forte hausse en 2017. La marge d’intérêt agrégée des six principales banques espagnoles a augmenté de 3,7 % au cours de l’année (de 61 Md € à 64 Md €) et résiste bien à l’environnement de taux bas. Le bénéfice agrégé de ces banques s’établit à 13,7 Md € (+48 % g.a.). La situation particulière de Banco Popular, avant son sauvetage et son rachat par Banco Santander, dégradait la position du secteur bancaire espagnol puisqu’elle faisait chuter les bénéfices agrégés de 20,6 % en 2016, à 9 Md € (contre 11,6 Md € en 2015). Quant à la rentabilité, la ROE (return on equity[6]) atteint 7,6 % (+0,3 p.p.)[7]. Bien que Banco Santander ait racheté Popular, sa rentabilité n’a pas été impactée.

L’assainissement des bilans des banques progresse mais le taux de prêts non performants (NPL) demeure élevé. Il est en nette amélioration et s’élève à 7,8 % en décembre 2017 (14 % en décembre 2013)[8]. Les grands acteurs comme BBVA et Santander ont entièrement nettoyé leur bilan et affichent de très bonnes performances, tandis que le taux de NPL est supérieur pour les banques moyennes, notamment Bankia (8,9 %). Dans un contexte marqué par l’intense désendettement du secteur privé, le volume d’encours de crédit s’est replié de 1,2 % en 2017 et les banques espagnoles semblent plus enclines à ouvrir le robinet du crédit (+5,8 % en 2017 après -13,9 % en 2016), au profit surtout des entreprises les plus productives et les moins endettées. L’accès au financement des PME n’est plus considéré comme un problème de l’économie espagnole.

 

 

 

Annexes

 

 

Tableau 1 - Montants et variations en valeur des échanges commerciaux espagnols depuis 2015

 

 

2015

2016

2017

Montants

(Md €)

Variation

(Md €)

Montants

(Md €)

Variation

(Md €)

Montants

(Md €)

Variation

(Md €)

Total

Exportations

249,8

9,2

256,4

6,6

277,1

20,7

Importations

274,8

9,2

273,8

-1,0

301,9

28,1

Solde

-25,0

0,0

-17,4

7,6

-24,7

-7,4

Total

hors

énergie

Exportations

237,2

14,3

242,6

5,4

257,5

14,9

Importations

236,3

25,3

243,3

7,0

261,5

18,2

Solde

0,9

-11,0

-0,8

-1,6

-4,0

-3,3

Source : Douanes espagnoles (Data Comex). Données définitives pour 2015 et 2016 ; provisoires pour 2017.

 

 

Tableau 2 – Trajectoire budgétaire de l’Espagne

 

Cibles nominales (% du PIB)

2018

2019

Cibles européennes
(décision du Conseil 08/2016)

–2,2

–1,3

Prévisions de la CE
(mai 2018)

–2,6

–1,9

 

 



[1] Données corrigées des variations saisonnières, calculs de la Direction Générale du Trésor.

[2] Au T2 2018, 27 % des contrats de travail salariés étaient à durée déterminée.

[3] En 2016, celui-ci atteignait -18,8 Md € selon les données provisoires des douanes espagnoles pour cette année-là et -17,4 Md € selon les dernières données actualisées (données définitives pour 2016).

[4] Contre -2,5 Md € selon les données provisoires de 2016 des douanes espagnoles et -0,8 Md € selon les dernières données actualisées (données définitives pour 2016).

[5] A noter que 2 384 filiales contrôlées par des entreprises françaises ont été identifiées en 2017 par la banque de données ORBIS.

[6] Il s’agit du rapport entre le résultat net et les capitaux propres de l’entité.

[7] Calculs du SER de Madrid. Le ROE de Banco Popular n’a pas été pris en compte en 2016 car il avait été négatif de 4,7 % et impactait très durement à la baisse le ROE du secteur.

[8] Le taux de créances douteuses des banques espagnoles demeure néanmoins très éloigné du niveau d’avant-crise (1 %), bien qu’en nette amélioration.

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