Situation macroéconomique

Les conséquences de la crise sanitaire sur la sphère économique semblent avoir relativement épargnées l'Estonie. Malgré une baisse de l'activité globale qui s'est traduite par une diminution du PIB et une légère déflation, la chute n'a pas été aussi brutale qu'anticipée au déclenchement de la crise. L'année 2020 reste marquée par une forte dégradation des finances publiques et une hausse du chômage. Le quatrième trimestre n'a pas connu de rebond d'activité, cependant la diminution du PIB trimestriel est à nuancer, en effet, le quatrième trimestre de l'année 2019 avait connu une activité record, en hausse de 6,7% par rapport au quatrième trimestre 2018. La reprise de la croissance devrait intervenir à partir du deuxième semestre 2021, mais le chômage devrait atteindre un pic avant de diminuer à partir de 2022.

Bilan de l’année 2020

Dans l’ensemble, l’impact de la crise sanitaire sur l’économie du pays a été relativement limité. La bonne situation économique en 2019 et les mesures de soutien adoptées par le gouvernement ont permis à l’Estonie de connaitre une baisse d’activité moins forte qu’anticipée. La fin de la première vague et la levée des restrictions à l’été 2020 ont montré la bonne capacité de l’économie estonienne à rebondir. Cependant, une nouvelle vague en ce début d’année 2021 a obligé le gouvernement en place à prendre de nouvelles restrictions, impactant directement les performances économiques. Au mois de mars, le taux d’incidence dans le pays était le plus élevé au monde, et le système de santé est arrivé à saturation. Le pic a été atteint à la mi-mars et le gouvernement envisage pour la fin avril une levée progressive des restrictions.

Impacts globaux sur l’économie estonienne

Croissance économique

Sur l’année 2020, le PIB a reculé de 2,9%. Il s’élevait à 27,1 Mds EUR. Au quatrième trimestre 2020, le PIB était en baisse de 1% par rapport au quatrième trimestre 2019 mais en hausse de 2,1% par rapport au troisième trimestre 2020 et il s’élevait à 7,3Mds EUR. Le pays a également connu une baisse de son PIB par habitant de 3,7% , qui s’établit pour l’année 2020 à 20 442 EUR/hab. Le secteur du tourisme a été le plus impacté par la crise. Par rapport à 2019, le nombre de touriste a diminué de 48%, à hauteur de 2M de touristes en 2020. Seuls 676 000 touristes étrangers ont été accueillis en 2020, contre 2,2M en 2019, ce qui représente une chute de 69,9%. La production des secteurs manufacturier et énergétique a également connu une baisse, bien que plus limitée, avec respectivement -5% et -19%.

La consommation des ménages a reculé de 2,5% en 2020 sur un an et a atteint 12,9Mds EUR. Au quatrième trimestre, elle s’élevait à 3,38Mds EUR (en baisse de 1,3% par rapport au même trimestre en 2019).

Pour faire face à la crise, le gouvernement a adopté des mesures de soutien à l’économie qui ont fait augmenter les dépenses publiques et entrainé la dégradation des finances publiques. Le dépenses de l’Etat se sont élevées à 12,2Mds EUR en 2020, en hausse de 11% par rapport à 2019. Le déficit public atteint donc 1,3Mds EUR (soit 4,9% du PIB) et la dette publique atteint 4,9Mds EUR (soit 18% du PIB). L’Estonie a emprunté pour 2,8Mds EUR sur l’année.

Inflation

Le pays a connu une phase de légère déflation en 2020, avec un indice des prix à la consommation en baisse de 0,4%. Le prix des biens a diminué de 0,6%, tandis que le prix des services a augmenté de 2,7%. Au quatrième trimestre 2020, par rapport à 2019, les prix ont baissé de 1,1%. La baisse observée en 2020 a été limitée par une hausse des prix de l’alimentation (en moyenne +15%) et de l’énergie (+26,7%). L’indice des prix aux exportations et aux importations et des prix à la production industrielle ont également diminué sur l’année, respectivement de 5%, 5% et 2,4%. En revanche, l’année 2020 n’a pas freiné la hausse des prix de l’immobilier dans le pays. Au niveau national, les prix du mètre carré étaient en hausse de 7,6%, à hauteur de 1 412,20 EUR (contre une hausse de 5,6% en 2019). A Tallinn, le m2 atteint 2 109,72 EUR (en hausse de 6,7% par rapport à 2019).

Commerce extérieur

La grande ouverture de l’économie estonienne la rend vulnérable aux changements dans la conjoncture internationale. L’intégration économique régionale étant la plus importante, les performances économiques des pays voisins sont des facteurs déterminants pour les performances estoniennes. Les économies des principaux partenaires commerciaux ont été particulièrement résilientes durant cette année, ce qui a permis à l’Estonie de limiter la baisse générale de ses échanges. Les importations ont enregistré la plus forte diminution, avec -6%. Elles s’élevaient en 2020 à 15,1Mds EUR. Quant aux exportations, elles ont atteint 14,3Mds EUR, une baisse de 0,5% par rapport à 2019. L’Estonie connait donc un déficit commercial de 846M EUR à la fin de l’année 2020. Toutefois, la baisse moins forte des exportations par rapport aux importations a permis de réduire ce déficit, qui s’élevait à 1,7Mds EUR à la fin de l’année 2019.

Les importations et les exportations avec des pays non-membres de l’Union européenne ont connu une année de progression en 2020, avec respectivement +33% et +6,5%.

Pour les deux premiers mois de l'année 2021, les exportations étaient en hausse de respectivement 4,2% et 16% par rapport aux mêmes mois de l'année précédente, quant aux importations, elles étaient en hausse de 12,8% et 10% respectivement.  Le déficit commercial en février 2021 s'élevait à 73M EUR, 49M EUR de moins qu'en février 2020.

Secteur bancaire et financier

Le secteur financier est resté solide pendant la crise, et la capacité des banques à prêter est restée élevée. La première moitié de l’année 2020 a connu un durcissement des conditions d’accès aux crédits, qui se sont peu à peu allégées grâce à un retour de la confiance avec la levée des restrictions durant l’été 2020. L’impact de la crise sanitaire sur le secteur a alors été très limité pour la seconde moitié de l’année et une tendance à l’amélioration était même observée. La part de créances douteuses est passée de 2,1% au deuxième trimestre à 1,9% au troisième et la part des prêts en retard de remboursements de plus de 90 jours est passée de 0,8% à 0,7%. Au troisième trimestre 2020, le secteur bancaire a enregistré un bénéfice de 90M EUR.

Les dépôts bancaires ont connu une forte hausse. Au deuxième trimestre de l’année 2020, ils étaient en hausse de 15,3% sur un an, et au troisième trimestre de 14,7%, toujours sur un an. Fin septembre 2020, le montant total des dépôts a atteint 13,8Mds EUR. En 2020, l’épargne des ménages était en hausse de 16% par rapport à 2019.

Le total des prêts accordés par les banques aux ménages estoniens a atteint 9,81Mds EUR en 2020 (contre 9,33Mds EUR en 2019), dont 8,7Mds EUR pour l’immobilier.

La Banque centrale d’Estonie a décidé de réduire la marge de risques systémiques pour les banques commerciales de 1 à 0% à compter du 1er mai 2020. Elle considère, à la fin de l’année 2020, qu’il n’est pas nécessaire de changer ces mesures macro-prudentielles. Elle n’exclut pas que le secteur bancaire et financier soit touché par la crise avec un temps de retard, mais dans l’ensemble la bonne santé du secteur dans le pays laisse peu de place à un risque majeur.

Marché du travail

Emploi

La crise sanitaire a entrainé une hausse significative du nombre de chômeurs. En moyenne sur l’année 2020, le taux de chômage a atteint 6,8%. En comparaison, le taux de  chômage en 2019 était de 4,4%. A la fin de l’année 2020, 47 900 personnes étaient sans emploi, ce sont 16 600 de plus qu’à la fin 2019 (soit une hausse de 53%). Le taux de chômage au quatrième trimestre 2020 était de 7,4%. L’Estonie reste en dessous de la moyenne européenne pour l’année 2020, mais la hausse enregistrée entre 2019 et 2020 est la plus forte de l’Union européenne.

Les emplois à temps plein ont été les plus touchés par la crise, en effet 568 200 personnes travaillaient à temps plein en 2020, soit 17 900 de moins qu’en 2019. En revanche, les emplois à temps partiel ont connu une hausse. En effet 88 300 personnes travaillaient à temps partiel, 3 200 de plus qu’en 2019.

Le taux d’emploi moyen sur l’année 2020 était de 66,7% et il était de 67% au quatrième trimestre 2020. Le taux de participation au marché du travail était de 71,6% en moyenne sur l’année 2020 et de 72,4% au quatrième trimestre. La participation au marché du travail est restée stable par rapport à 2019, mais le taux d’emploi a légèrement diminué, perdant 2 points. Le nombre de postes occupés était de 595 339 à la fin 2020, en hausse de 0,9% par rapport à la fin 2019.

Les mesures de compensation salariale adoptées au printemps 2020 ont permis de limiter l’impact de la crise sur le marché du travail, et la fin des mesures à l’été 2020 n’a pas fait bondir le taux de chômage.

Au premier trimestre 2021, le taux de chômage était de 8,7% et 57 030 personnes étaient sans emploi. Le chômage poursuit donc sa hausse en ce début d’année.

Salaires

Le salaire moyen a connu une nouvelle année de croissance en Estonie. En effet, selon les statistiques officielles, le salaire moyen a augmenté de 2,9% et s’établit désormais à 1 448 EUR. Il faut toutefois nuancer cette hausse, en effet le pays est habitué à une croissance du salaire moyen de l’ordre de 5-7%, et c’est la première fois depuis dix ans que cette croissance est aussi modeste.

La différence de salaire entre hommes et femmes est l’une des plus élevées d’Europe en Estonie. Pour l’année 2020, elle s’élevait à 15,6%. Le salaire horaire moyen des femmes était de 7,7 EUR, contre 9,13 EUR pour les hommes. On note cependant une tendance à la baisse de cette différence des salaires. En effet, elle était de 17,1% en 2019.

Le secteur public connait un meilleur salaire mensuel moyen que le secteur privé, avec respectivement 1 563 EUR et 1 399 EUR. La croissance des salaires est également meilleure dans le secteur public, qui enregistre une hausse de 2,5% par rapport à 2019, contre une hausse de 2,2% dans le secteur privé. Les disparités de salaires se font aussi entre secteurs économiques. En effet, les secteurs des TIC, de la finance et de l’énergie enregistrent les plus hauts salaires mensuels moyens, supérieurs à 2 000 EUR et c’est également dans ces secteurs que leur croissance est la plus soutenue, de l’ordre des 9%.  En revanche, les secteurs de l’immobilier et de l’hôtellerie-restauration connaissent les salaires mensuels moyens les plus faibles, avec respectivement 860 EUR et 1 050 EUR.

Au niveau géographique, le comté d’Hiiu connaît le salaire mensuel moyen le plus faible, à hauteur de 1 063 EUR. A l’inverse, dans le comté d’Harju (qui comprend la capitale, Tallinn), le salaire moyen s’élève à 1 588 EUR, c’est 50% de plus que dans le comté d’Hiiu. A Tallinn, le salaire mensuel moyen atteint 1 637 EUR en 2020. Dans l’ensemble, les salaires mensuels moyens au quatrième trimestre 2020 étaient en hausse dans tous les comtés par rapport au trimestre précédent.

Vacances des postes

Le nombre de postes vacants a connu une forte diminution entre le quatrième trimestre 2019 et le deuxième trimestre 2020 (-22,1%) mais est reparti à la hausse à la fin de l’année 2020. Au quatrième trimestre 2020, il atteignait 8 707, contre 8 689 au troisième trimestre et 8 088 au deuxième.

Les secteurs de l’agriculture et de l’exploitation minière sont ceux qui connaissant le plus faible besoin de main d’œuvre, en revanche les secteurs de l’administration publique et des TIC connaissent les plus forts taux de vacances de postes.

Au quatrième trimestre 2020, le taux de vacances de postes était le plus élevé à Tallinn (2%), viennent ensuite les comtés d’Ida-Viru (1,5%), de Valga (1,4%) et d’Harju (hors Tallinn, 1,2%). On observe cependant une diminution de la vacance des postes sur un an, en effet, la moyenne nationale est passée de 1,7% à 1,4%.

Perspectives pour 2021

Les prévisions faites par la Banque centrale d’Estonie en septembre 2020 ont été balayées par la reprise de l’épidémie et le retour de restrictions pour les mois de mars et d’avril 2021. Le contexte politique a également été bouleversé au début de l’année 2021, avec le passage d’un gouvernement de coalition de la droite conservatrice et de l’extrême droite à un gouvernement libéral et pro-européen.

La Banque Centrale prévoit un taux de chômage de 7,9% en moyenne sur l’année (en hausse par rapport à la moyenne de 2020), et une croissance des salaires de 3,2%. Malgré cette hausse du chômage, la Banque centrale donne une prévision de croissance de 2,7% pour 2021 et de 5% pour 2022, avec un retour de l’inflation à 1,6% en 2021.

Le ministère des Finances prévoit une croissance de l’ordre de 2,5% en 2021 et de 4,8% en 2022. L’inflation devrait atteindre 2% en 2021. Malgré ces perspectives de croissances le taux de chômage devrait avoisiner les 8%. Les finances publiques ne devraient pas s’améliorer en 2021, en effet le ministère prévoit un déficit public de 6% (contre 4,9% en 2020) et une dette publique à hauteur de 21,4% du PIB (contre 18% en 2020).

La bonne capacité de l’économie estonienne à rebondir courant de l’été 2020, lors de la levée des premières restrictions, laisse envisager un scénario similaire pour le printemps-été 2021. Les restrictions en place devraient prendre fin progressivement tout au long du mois de mai, mais cela reste largement dépendant de l’évolution de l’épidémie dans le pays.

 

Tableau récapitulatif des prévisions de croissances 2021 et 2022 et des prévisions d'inflation 2021 par les principaux organismes publics et les principales banques privées.

 

Croissance 2021 (%)

Croissance 2022 (%)

IPC 2021 (%)

Banque centrale

2,7

5

1,6

Ministère des Finances

2,5

4,8

2

Commission européenne

2,6

3,8

1,2

Swedbank

3

5

1,5

Luminor

2,5

5

1,9

SEB

3,3

3,8

1,5

 

 

 

 

 

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