Investissement Direct Etranger

L’investissement direct étranger en République dominicaine en 2018

 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les investissements en 1995, la République dominicaine a fondé sa stratégie de développement sur une politique d’ouverture économique et d’attraction des investissements directs étrangers (IDE). Cette politique a porté ses fruits avec un stock d’IDE qui est passé de 1,7 Md USD en 2000 à 39 Mds USD en 2018. Les Etats-Unis, le Canada et l’Espagne sont les principaux investisseurs. La présence française est portée par de grands groupes et les investissements liés aux grands contrats. La France se replace parmi les premiers investisseurs étrangers grâce aux récentes arrivées de Vinci Airports et Total.

 

La République dominicaine : premier récepteur d’IDE des Caraïbes[1]

La stabilité macroéconomique (caractérisée par la plus forte croissance d’Amérique Latine depuis 2013) et les importantes politiques de libéralisation des échanges de la fin des années 90 rendent le pays attractif pour les entreprises étrangères. La République dominicaine (RD) reste ainsi le premier récepteur d’IDE des Caraïbes (ou le 3ème si l’on comptabilise les centres financiers offshore, derrière les Iles Vierges britanniques et les Iles Caïmans). Selon la BCRD (Banque Centrale de République dominicaine), le stock d’IDE en RD est passé de 1,7 Md en 2000 à 39,1 Mds USD en 2018, soit près de 50% du PIB. Traditionnellement attirés par l’industrie et le commerce, les télécommunications et le tourisme, les capitaux étrangers se sont diffusés à d’autres secteurs comme l’énergie, l’immobilier et les mines.

 

Les flux d’IDE, se sont contractés en 2018 après une année 2017 historique[2]. Le flux d’IDE est de 2,5 Mds, notamment grâce au dynamisme du secteur touristique et la construction de nouveaux hôtels (854 MUSD, +21% par rapport à 2017). Le commerce et l’industrie représentent 21% des flux d’IDE et l’immobilier 20% (518 MUSD). Les premiers investisseurs en 2018 sont les Etats-Unis (708 MUSD, 28% du total), le Canada (329 MUSD, 13%) et l’Espagne (287 MUSD, 11%).

 

Les Etats-Unis sont le premier investisseur étranger depuis la fin des années 90, suite aux privatisations lancées dans le secteur électrique et aux incitations destinées au tourisme et à l’industrie manufacturière. Les investissements étatsuniens représentent un-quart du stock d’IDE en 2018, soit 9,5 Mds USD. Ils sont ainsi présents dans les principaux secteurs productifs du pays en particulier l’énergie (AES Corporation), les hôtels et l’immobilier (Hilton, Cap Cana…) et les zones franches d’exportations. Le Canada est devenu le second émetteur (7 Mds USD, 18%), en raison de l’importance de l’investissement de Barrick Gold (56% du total des investissements canadiens) et la présence de Scotiabank, une des rares banques étrangères en République dominicaine. L’Espagne, dorénavant en troisième position (4,2 Mds USD, 11%), a longtemps été en tête des investisseurs. Les capitaux espagnols se concentrent principalement dans le secteur touristique avec des groupes comme Barceló, Sol Melia, Iberostar, Globalia...

 

Les investissements latino-américains, en forte croissance ces dernières années, observent un net recul depuis 2017, à l’instar du Mexique (-460 MUSD de flux en 2018). Il reste tout de même le quatrième émetteur d’IDE du pays (2,1 Mds USD, 5%), grâce à ses investissements industriels (Cemex), agro-alimentaires (Sigma, Bepensa), touristiques (Palace Resorts/Hard Rock) et dans les télécommunications America Movil (Claro). Le Brésil, s’il n’a pas été mentionné dans les chiffres de la BCRD entre 2010 et 2017, continue d’être un important émetteur d’IDE (71 MUSD de flux en 2018). Les investissements du Venezuela (74 MUSD) et du Panama (20 MUSD) reprennent légèrement. Depuis le début de la crise politique vénézuélienne, près de 500 MUSD d’investissements ont été réalisés. La Colombie (100 MUSD de stock) est présente avec entre autres Nutresa, Seguros Sura, Argos...

 

 La France, sixième investisseur en termes de stock d’investissements

 

La France avec, selon les statistiques de la BCRD, un stock de 969,4 MUSD, soit 2% du total, est le sixième investisseur étranger. Nos flux d’IDE ont pourtant reculé en 2018 (4,5 MUSD) par rapport au pic de 2013 (48,1 MUSD) et 2014 (39,5 MUSD). Sur la période 2010-2018, nos flux cumulés sont de 164,7 MUSD. Cependant ces chiffres doivent être relativisés car on observe une différence significative entre les chiffres de la BCRD et de la Banque de France (BDF) qui n’adoptent pas la même méthode de calcul. Les flux d’IDE français en 2018 sont négatifs selon la BDF, -25 MEUR et le stock atteint 160 MEUR, contre respectivement 4,5 et 961 MUSD pour la BCRD. Certains investissements ne sont pas nécessairement considérés comme des IDE français par la BCRD, car ils ont été effectués par des filiales installées à l’étranger.

 

L’investissement français a longtemps été concentré sur le secteur des télécommunications. Depuis l’installation d’Orange en 1999 à partir de sa filiale établie en Guadeloupe, l’entreprise avait investi plus de 1,5 Md USD sur le marché dominicain. Cependant, la vente d’Orange Dominicana en 2014 à la société Altice, pour 1,1 Md EUR, a réduit nos IDE[3].

 

Notre présence s’est ensuite relancée en 2015 avec l’arrivée de Total qui a d’abord produit et commercialisé des lubrifiants. Total continue son développement en 2016, en acquérant 70% de participation de V-Energy (groupe Vicini) et de son réseau de stations-service (130 au total), auparavant opérées sous la marque Shell. Avec le rachat de la branche amont de GNL d’Engie, Total vient par ailleurs de récupérer un contrat de fourniture de GNL en partenariat avec le groupe énergétique américain AES.

Depuis 2016, Vinci Airports détient 100% du groupe Aerodom qui opère les 6 aéroports publics[4], dont celui de la capitale, St Domingue, via une concession prévue jusqu’en 2030.

Le Club Med (capitaux chinois, siège en France), a récemment annoncé la construction d’un nouveau club à Miches. L’investissement est estimé à 80 MUSD pour une ouverture prévue en 2020.

 

La RD accueille au total une trentaine de filiales de sociétés françaises. Plusieurs investissements proviennent notamment de filiales installées aux Antilles françaises. Les principaux secteurs représentés sont l’industrie (Air Liquide, Arcelor-Mittal), les transports (Air France, Air Caraïbes, XL Airways, French Blue, CMA-CGM), la distribution (Carrefour via la franchise du Groupe Bernard Hayot de Martinique), la pharmacie (Sanofi), les centres d’appels (Téléperformance), les services (JC Decaux), le matériel électrique (Schneider Electric, Legrand), les vins et spiritueux (Pernod Ricard, Les Grands Chais de France) et les énergies renouvelables (Alinea Solar, Akuo Energy, SunPower).

La présence économique française s’appuie aussi sur la réalisation de grands projets publics d’infrastructures. La construction du métro de Saint Domingue, financée en partie par l’AFD, implique Alstom, Thales, CIM-TSO, Sofratesa ; Vinci Construction finalise un programme d’assainissement d’eau financé par un prêt du gouvernement français ; et Poma, fabricant de télécabine, a participé à la réalisation d’une ligne de téléphérique urbaine, inaugurée en 2018.



[1] Hors centres financiers offshore

[2] 926 MUSD d’investissement pour le rachat complet de la brasserie nationale par le groupe brésilien Ambev

[3] Les statistiques de la BCRD ne reflètent pas cette tendance, le rachat s’étant réalisé à travers de pays tiers. Les investissements enregistrés par la Banque centrale sont déclaratifs et font l’objet d’un recensement non exhaustif.

[4] La RD compte 9 aéroports au total, dont 3 privés.

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