Indicateurs et conjoncture

Situation économique et financière de la République dominicaine

septembre 2019

Description de la structure de l’économie

Taille de l’économie : Avec un PIB de 76,1 Mds USD, c’est l’économie la plus grande de la zone Caraïbes : elle représente 51,5% du PIB total (hors Cuba), proportion qui tend à croître. Le FMI prévoit que le pays représentera 53% du PIB de la zone en 2020, contre 46% en 2010. La République dominicaine représente 39 % de la population caribéenne (hors Cuba).

Degré d’ouverture : La République dominicaine est un pays ouvert commercialement, notamment vers les États-Unis (principal partenaire) via l’accord de libre-échange qu’elle partage avec l’Amérique centrale (CAFTA-DR). Le pays bénéficie également d’un accord avec l’Union Européenne signé avec le CARIFORUM en 2008. La reconnaissance de la République Populaire de Chine le 1er mai 2018 ouvre la voie à une croissance des échanges entre les deux pays. Son degré d’ouverture atteint 19,2 %[1] en 2018 (vs. 20,4 % en 2010).

Niveau de développement : La République dominicaine est le 94ème pays sur 189 en termes de développement humain : le pays a ainsi gagné 8 places depuis 2012 – seuls 3 pays dans le monde ont une performance meilleure ou identique. Le pays était toutefois classé 67ème en 1990. Le PIB par habitant de la République dominicaine atteint 7 880 USD en 2018[2]. 27,4 % de la population vit en dessous du niveau de pauvreté, et 8,4 % vit en situation d’extrême pauvreté en 2016, un niveau meilleur qu’en moyenne en Amérique latine (30,2 % et 10,2 % respectivement). Le coefficient de Gini reste élevé, avec 0,453 en 2016, en recul par rapport à 2014.

Avantages comparatifs et structure de l’économie : Le pays est riche en minerais (notamment l’or – 17 % des exportations) et est une des principales destinations touristiques des Amériques (6,5 M de touristes en 2018, +6,2 %).

Performances sur le long terme : La République dominicaine a crû de 7 % par an en moyenne depuis 2010, soit une des meilleures performances de la zone Amérique latine et Caraïbes. Malgré le ralentissement prévu pour les années à venir, le pays devrait continuer à croître à un rythme soutenu de 5 % (sa croissance potentielle) à compter de 2020 selon le FMI.

Place du secteur privé : La République dominicaine est une économie de marché ouverte sur l’extérieur et où le secteur privé peut se développer.

Eléments d’analyse conjoncturelle

Performance récente de la croissance : L’économie de la République dominicaine a connu la croissance la plus soutenue de la zone Amérique Latine/Caraïbes, à +7,0 % en 2018. Elle connaît toutefois désormais un ralentissement significatif de son activité à  4,7 % au S1 2019 selon la Banque centrale. Pour 2019, le FMI et la CEPAL prévoient +5,5 % de croissance. Le FMI prévoit 5,0 % de croissance en 2020. La moindre dynamique du crédit privé, la hausse de prix du pétrole, l’environnement extérieur et la baisse de la demande dans le contexte électoral sont mis en avant.

Moteurs de la croissance (consommation, investissement, commerce extérieur) : La croissance est très dépendante de la conjoncture étatsunienne. La consommation, qui représente 69 % du PIB, est notamment dopée par les transferts de fonds des migrants (remesas), qui sont elles-mêmes stimulées par les bonnes conditions de l’emploi aux États-Unis. Les remesas ont ainsi atteint 6,52 Mds USD en 2018 (+10,4 %), représentant 8,6 % du PIB. Depuis 2010, les remesas ont crû de 77 %. Elles continuent de croître en 2019 : +10 % au T1 2019. La croissance est également tirée par l’activité des zones franches. 

Situation du commerce extérieur : Le pays connaît un déficit commercial de 47,4 Mds USD en 2018 : près de la moitié des exportations dominicaines ont été à destination des États-Unis (49 %, 1ère destination – Haïti est deuxième avec 9,2 %). Les exportations ont crû de 7,3 % en 2018, en ralentissement au S1 2019 (3,2 % g.a). Les zones franches (75 dans le pays, composées de 698 entreprises) représentent 19 % des importations et 57 % des exportations. L’ouverture de relations diplomatiques avec la Chine le 1er mai 2018 a stimulé les échanges entre les deux pays : la Chine est le 7ème partenaire de la République dominicaine au 1er semestre 2019, avec 138,9 M USD (+297 % g.a, +136 % vs. S2 2019).

Flux d’IDE : Les flux d’IDE ont atteint 2,53 Mds USD en 2018, soit 29 % de moins qu’en 2017 (3,6 Mds USD). Les secteurs recevant le plus d’IDE sont le tourisme, le commerce et les minerais. Sur le S1 2019, le Mexique a été le 1er émetteur d’IDE en République dominicaine (30 %), suivi des États-Unis (27 %), de l’Espagne (19 %) et du Brésil (5 %).  

Dépendance aux financements externes : La position extérieure reste solide et plus favorable que sa moyenne sur longue période, même si elle s’est légèrement affaiblie en 2018 (déficit de 1,15 Md USD, 1,4 % du PIB – le plus élevé depuis 2015). Le déficit moyen entre 2006 et 2014 atteint ainsi 5,7 % du PIB en moyenne. La hausse des prix du pétrole et l’augmentation des importations (issue de la demande domestique) ont creusé le déficit de la balance courante, partiellement compensée par la demande extérieure (tourisme), la dépréciation du taux de change face à l’USD et les envois de remesas.

Politique économique

Policy mix : La politique monétaire est indépendante de la politique budgétaire. L’objectif principal de la Banque centrale est la stabilité des prix, à 4 ± 1 % d’inflation.

Pro ou contra cyclicité de la politique budgétaire : Le déficit public baisse en 2018, et atteint 2,6 % du PIB fin 2018 (contre 3,3 % du PIB en 2017). Les autorités dominicaines souhaitent atteindre un déficit de 1,9 % du PIB pour 2019. Ces progrès sont liés à la mise en place d’un programme de consolidation fiscale, dont les engagements ont été jugés satisfaisants par le FMI. Les revenus du Gouvernement ont crû de 11,2 % réels en 2018, notamment impulsés par la croissance des revenus fiscaux (+10,2 %). L’administration fiscale met en avant les mesures de lutte contre l’évasion fiscale et une modernisation de collecte de l’impôt. La dépense publique a, elle, crû de 6,1 % réels : la charge liée à la masse salariale publique (31 % du revenus du Gouvernement) a crû +12,4 % réels, les dépenses d’intérêt de +11,9 %. La République dominicaine est un des pays d’Amérique latine/Caraïbe collectant le moins de ressources fiscales : à 13,9 % de son PIB en 2019, vs. 20,8 % en moyenne. Le secteur électrique, dépendant des subventions de l’État, est de plus en plus contraignant pour l’équation budgétaire : Le FMI signale l’importante nécessité de réformer le secteur.

Inflation et politique monétaire/ de change :

  • La Banque centrale se trouve actuellement confrontée à une très faible inflation : celle-ci atteint 0,92 % g.a. en juin, soit le 8ème mois en dessous de la borne inférieure de l’intervalle cible (4 % ± 1 %). Dans ce contexte, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à deux reprises en 2019 : en juillet (-50 pdb) et août (-25 pdb), à 4,75 % en août. Le FMI a récemment félicité la Banque centrale pour l’amélioration de ses outils de politique monétaire notamment quant à l’efficacité du ciblage de l’inflation.
  • La Banque centrale mène une politique de taux de change flexible contrôlé depuis 2008. Le Peso Dominicain (DOP) s’est déprécié de 4,2 % face à l’USD sur l’année 2018, après avoir perdu 3,4 % en 2017. Le DOP a perdu 13,5 % de sa valeur entre janvier 2015 et janvier 2019, et la dépréciation se poursuit en 2019 : entre le 1er janvier et fin août, le DOP accumule une dépréciation de 2,4 % face à l’USD.
  • Les réserves internationales ont crû de 12,5 % (+847 M USD) en 2018, et la croissance se poursuit en 2019 : elles s’élèvent à 8,22 Mds USD fin juillet, soit une augmentation de 588 M USD depuis le début d’année.  Elles représentaient 4,9 mois d’importations de biens et services, et 71 % du niveau des réserves préconisé par le FMI étant donné le régime de change pratiqué.

Dette externe/publique :

  • La dette externe atteint 41,5 % du PIB : alors que la dette externe privée a baissé de près de 6 points de PIB, à 12,7 % en 2018, la dette externe publique a crû, à 28,7 % du PIB en 2018 (67 % de la dette publique totale en juin 2019). Le FMI estime que la dette externe devrait se stabiliser autour de 40 % à moyen terme en raison d’une poursuite de la baisse du ratio de dette externe privée et d’une stabilisation de la dette externe publique.
  • La dette publique atteint 56,8 % du PIB en juin 2019, à 47,5 Mds USD. Le Ministre des Finances la considère comme étant saine. La tendance de celle-ci est toutefois inquiétante : elle représentait 18,5 % du PIB en 2000. La dépense d’intérêt représente 24 % des revenus fiscaux en 2018 (4ème pays en Amérique latine). Le FMI invite la République dominicaine à profiter de la conjoncture économique favorable dans le pays pour accroître la soutenabilité de la dette publique. 75% de la dette publique non‑financière est libellée en devise, l’exposant significativement au risque de change.

Secteur bancaire

Taille du secteur et structure : Les risques macro-financiers restent limités et le secteur financier et jugé sain et bien régulé, selon le FMI. Les banques commerciales représentent 86 % des actifs du secteur bancaire (un niveau stable). Les autres acteurs du secteur sont les « caisses d’épargne et de crédit » (banques mutualistes – 11 %) et les « banques d’épargne et de crédit » (3 %). Le secteur bancaire est très concentré autours des 3 principales banques : en juillet 2019, BANCO POPULAR (31 %), BANRESERVAS (31 %) et BDH LEÓN (17 %) représentent 79 % du portefeuille de prêt en République dominicaine. Les 15 autres banques commerciales se partagent les 21 % restants. Ces trois mêmes banques représentent 78 % des actifs du secteur bancaires. Elles sont toutes les trois dominicaines : la première banque étrangère est SCOTIABANK (4ème, 5 % des actifs). Le secteur est rentable (ROA à 2,4 ; ROE à 20,0).

Dollarisation et évolution des crédits : Malgré une bonne progression du crédit, celui-ci ne représente que 27 % du PIB. Le portefeuille de crédit continue de croître significativement : +9,6 % g.a. en mai dernier. Les nouveaux crédits connaissent toutefois une décroissance significative : seulement 450 M USD entre janvier et mai 2019, soit une baisse de 31 % g.a. La dollarisation du secteur est stable selon le FMI : à 20 % pour les actifs et à 30 % pour le portefeuille de crédits.

Mesures de soutien et réformes en matière de supervision : Le secteur bancaire dominicain est liquide, suffisamment capitalisé et profitable, laissant supposer une vulnérabilité limitée des banques dominicaines au risque de liquidité, selon l’Article IV du FMI publié en 2019.

Perspectives et réformes structurelles

Stratégie et modèle de croissance : Le FMI signale la nécessité de réformer le système éducatif pour aligner l’offre éducative aux nécessités du marché du travail et de lutter contre des structures de marché peu compétitives dans certains secteurs (transport notamment). La République dominicaine est, à l’instar des autres pays de la zone, vulnérable aux catastrophes climatiques.

Climat des affaires : Le pays se classe 102ème/190 du classement Doing Business en 2019 (+3 places vs. 2018) et au 82ème rang sur 140 du classement sur la compétitivité du Forum économique mondial (+22 places par rapport à 2017), signe d’un faible environnement des affaires. Les points faibles identifiés sont l’exécution des contrats (149ème), le paiement des taxes (148ème) et la résolution des défauts de paiements (124ème). Le meilleur classement concerne le commerce international (63ème).

Forces et faiblesses structurelles (R&D, marché du travail, concurrence, corruption, éducation…) : Le pays souffre d’un niveau élevé d'informalité, en augmentation : l’informalité est passée de 52,9% en 2000 à 55,6% au T1 2019[3]. Par ailleurs, le trafic de drogue et la criminalité font peser un risque sur la stabilité politique, en raison de l’inefficacité des forces de police et de l’emplacement du pays comme transit pour les trafics illégaux. La corruption y est perçue comme étant très élevée : malgré 6 places gagnées en 2018, la République dominicaine reste en bas de classement, classée 129ème sur 180 pays en 2018 au classement de Transparency International. L’investissement en R&D est quasi-inexistant en République dominicaine, ne représentant que 0,03 % du PIB, et le résultat à l’enquête PISA de 2015 est le plus faible des 72 pays participants.


[1] ((X+M)/2)/Y    avec X les exportations ; M les importations ; Y le PIB.

[2] Niveau compris entre le Pérou et le Brésil.

[3] -2,2 pdp toutefois entre le T1 2018 et le T1 2019

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