Sturcture de la dette : Un pays en risque élevé de surendettement très dépendant de la Chine

Bien que le niveau d’endettement de Djibouti soit relativement faible (38,7 % du PIB en 2019), le risque de surendettement est élevé. La dette publique, majoritairement extérieure (64,6 % du PIB en 2019), demeure presqu’exclusivement détenue par des créanciers publics, dont 77,4 % par des entreprises d’Etat. Alors que les bailleurs multilatéraux constituaient les principaux créanciers du pays entre 2000 et 2009, ce sont désormais les partenaires bilatéraux dont la Chine (55,7 % de la dette publique extérieure en 2019) qui concentrent près de 70 % de sa dette extérieure. Les bailleurs soutiennent néanmoins Djibouti dans la gestion de sa dette.

En 2019, la dette souveraine de Djibouti représentait 38,7 % du PIB, contre 29,5 % du PIB en 2009. Cette hausse modérée s’explique par la croissance soutenue du PIB djiboutien, lequel a cru de 8,9 % par an en moyenne entre 2009 et 2019. La dette publique extérieure djiboutienne s’élevait à 25,9 % du PIB en 2019, et 64,6 % du PIB en prenant en compte les emprunts contractés par les entreprises publiques. Le montant et la part de la dette du gouvernement dans l’encours total sont en forte baisse par rapport à l’année précédente (-18,3 % ; -6,3 pts) tandis que le montant et la part de la dette des entreprises publiques augmentent (+4,6 % ; +6,3 pts). En 2019, 22,6 % de l’encours de la dette extérieure était due par l’État et 77,4 % par les entreprises publiques. Le service de la dette souveraine représentait 3,2 % du PIB et 10,3 % des recettes en 2019.

Les créanciers de cette dette sont quasiment exclusivement publics : seulement 0,2 % de la dette publique extérieure est détenue par des créanciers privés, représentés essentiellement par des banques commerciales. En 2019, alors que les bailleurs multilatéraux (BAD, BM, UE, PNUD) ne détiennent plus que 29,5 % de la dette extérieure djiboutienne, (contre 58,0 % en 2000 et 54,1 % en 2009), les créanciers bilatéraux représentent près de 70,3 %. La montée en puissance des bailleurs bilatéraux est caractérisée par la hausse de l’encours de la dette contractée envers la Chine, 1er créancier bilatéral de Djibouti (55,7 % de la dette publique extérieure du pays[1] en 2019 contre seulement 3,6 % en 2009 et 1,8 % en 2000). Cela s’explique par les nombreux investissements dans les infrastructures (à partir de 2012), lesquels ont été financés via des prêts des banques publiques chinoises.[2] A la suite du FOCAC de 2018, le gouvernement djiboutien a conclu un accord avec l’Exim Bank of China pour restructurer sa dette contractée pour la construction de la ligne ferroviaire Addis-Abeba/Djibouti.[3] Après la Chine, le Koweït constitue le 2ème créancier bilatéral du pays (7,6 %), suivi de l’Inde (1,8 %) et de l’Arabie Saoudite (1,5 % en 2019 contre 9,3 % en 2000). Enfin, le Club de Paris a vu ses créances diminuer tant en valeur absolue que relativement aux autres bailleurs (19,2 % de la dette souveraine en 2000, 26,7 % en 2009, contre 2,3 % en 2019).

Si le niveau d’endettement de Djibouti reste faible et en deçà de la moyenne en Afrique sub-saharienne (57,8 % du PIB en 2020), la dernière analyse de viabilité de la dette de mai 2020 maintient le pays en risque élevé de surendettement en raison du dépassement du ratio de valeur actuelle de dette extérieure sur PIB de 2020 à 2026 et de service de la dette sur recettes à partir de 2022.

Djibouti a pu bénéficier de la première phase de l’Initiative pour la Suspension du Service de la Dette (ISSD) proposée par le Club de Paris et le G20. En outre, afin d’aider le gouvernement djiboutien dans la gestion de sa dette, l’initiative conjointe (BM, UE, AFD) d’audit des finances publiques (Public Expenditure and Financial Accountability – PEFA) sera relancée dès 2022 pour une durée d’un an (coût d’environ 16 MUSD).

Figure 1 : Evolution de la dette externe et de sa décomposition, 2000-2019

Evolution de la dette externe et de sa décomposition, 2000-2019

Figure 2 : Service de la dette externe bilatérale, 2020-2022, MUSD

Service de la dette externe bilatérale, 2020-2022, MUSD

Figure 3 : Evolution et projection de la dette publique djiboutienne 

Evolution et projection de la dette publique djiboutienne

[1] En incluant la dette privée, la dette djiboutienne envers la Chine correspond à 70 % du PIB, le taux le plus élevé du monde.

[2] Au cours des dernières années, les banques chinoises ont financé le port de Doraleh (340 MUSD), le port de Damerjog (240 MUSD), le chemin de fer reliant Djibouti à l’Éthiopie (492 MUSD côté Djibouti), un projet d’adduction d’eau potable avec l’Éthiopie (332 MUSD), un câble sous-marin reliant le Kenya au Yémen, et plusieurs routes.

[3] Le délai de remboursement a été étendu de 15 à 30 ans et le délai du différé de paiement de 5 à 10 ans. Une partie du taux rattachée au LIBOR (le taux dépend de nombreux paramètres variables) a déjà été abaissée.

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