Les relations économiques entre la France et l'Allemagne

En 2022, l’Allemagne demeure de loin le premier partenaire commercial de la France, bien que sa part se réduise tendanciellement. La France est quant à elle le quatrième partenaire de l’Allemagne. Par ailleurs, en termes de stocks, l’Allemagne est le deuxième investisseur étranger en France derrière les Etats-Unis. Les relations économiques entre la France et l’Allemagne sont soutenues par un dispositif étoffé d’appui au commerce extérieur, notamment à destination des PME et des ETI.

1. L’Allemagne demeure le premier partenaire commercial de la France, en dépit d’une diminution de la part des échanges franco-allemands dans les échanges français. Inversement, la France est le quatrième partenaire de l’Allemagne.

En 2022, l’Allemagne demeure, de loin, le principal partenaire commercial (échanges de biens) de la France. Selon les douanes françaises, les échanges de biens franco-allemands représentent 12,7 % des échanges totaux de la France ; ils se situent loin devant les 8 % que réalise la France avec chacun de ses partenaires suivants (Belgique, Etats-Unis, Italie et Chine). Par ailleurs, l’Allemagne constitue environ 28 % des échanges de la France avec la zone euro et 24 % de ses échanges avec l’Union européenne.

Plus en détail, l’Allemagne est à la fois le premier client et fournisseur de la France. En 2022, l’Allemagne représente 13,8 % des exportations françaises (devant l’Italie, à 9,3 %) et 12,0 % des importations françaises (devant la Chine, à 10,1 %).

La reprise économique post-Covid et l’inflation élevée en 2022 ont entraîné une augmentation de la valeur des échanges commerciaux franco-allemands, à la fois vers l’Allemagne et vers la France. Les échanges de biens franco-allemands ont progressé de 14 % entre 2021 et 2022. La hausse des exportations et des importations ayant été relativement équilibrée, le déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne s’est peu dégradé (-12,2 Mrd€ contre -11,3 Mrd€ en 2021). Au total, les exportations françaises en Allemagne se sont élevées à 80,3 Mrd€ et les importations françaises depuis l’Allemagne à 92,5 Mrd€ en 2022.

Au cours des dernières années, les échanges franco-allemands ont toutefois moins progressé que l’ensemble des échanges français, de sorte que la part de l’Allemagne recule. La part des échanges franco-allemands dans les échanges totaux de la France atteignait presque 17 % de 2013 à 2016, mais s’est repliée à moins de 15 % en 2019, 14 % en 2021 et 13 % en 2022.

La France, quant à elle, se maintient depuis 2017 en quatrième position des échanges commerciaux de l’Allemagne. Selon Destatis, l’office fédéral de la statistique, les échanges de biens franco-allemands représentent 6,1 % des échanges allemands totaux en 2022, derrière la Chine (9,7 %), les Etats-Unis (8,1 %) et les Pays-Bas (7,6 %). La France constitue le sixième fournisseur et le deuxième client de l’Allemagne derrière les Etats-Unis. Elle a, en 2022, dépassé la Chine en tant que client.

Par ailleurs, sur le plan des échanges de services, en 2021 (dernières données disponibles d’Eurostat), les échanges franco-allemands ont presque retrouvé leur valeur d’avant la pandémie. En dépit du solde positif du secteur des voyages (+2,1 Mrd€ en 2021 contre +0,9 Mrd€ en 2020), la France enregistre avec l’Allemagne un déficit de ses échanges de services (-5,2 Md€) qui correspond au déficit moyen affiché depuis 2015.  

2. La forte hausse des prix énergétiques affecte peu le solde commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne ; les échanges aéronautiques restent très en repli en 2022 par rapport à leur niveau avant pandémie.

La France et l’Allemagne s’échangent principalement des biens industriels. En 2022, les matériels de transport représentent 20 % des échanges franco-allemands, les produits chimiques, parfums et cosmétiques 13 %, les produits métallurgiques et métalliques 11 %, les machines industrielles et agricoles et machines diverses 11 %, les produits des industries agroalimentaires (produits transformés) 7 %, les produits informatiques, électroniques et optiques 6 %, les produits en caoutchouc et en plastique et produits minéraux divers 6 %, les produits pharmaceutiques 5 % et les équipements électriques et ménagers 5 %. L’Allemagne est souvent le premier fournisseur et le premier client de ces secteurs.

Les échanges de matériels de transport demeurent très en deçà de l’avant-Covid en raison du net ralentissement des échanges aéronautiques. Alors que les échanges de matériels de transport représentaient 29 % des échanges franco-allemands en 2019, ils n’en représentent plus que 20 % en 2022. Si la valeur des échanges automobiles retrouve son niveau de 2019, celle des échanges aéronautiques diminue de près de 10 Mrd€ entre 2019 et 2022 du fait surtout d’un fort recul des importations françaises depuis l’Allemagne. La part de l’automobile dans les échanges franco-allemands passe de 15 % en 2019 à 13 % en 2022 et celle de l’aéronautique de 13 % à 6 %. 

Le niveau relativement faible des importations d’énergie depuis l’Allemagne évite une dégradation notable du solde commercial français vis-à-vis de l’Allemagne. La flambée du prix de l’énergie explique une large partie de la hausse des échanges franco-allemands, la valeur des produits issus du pétrole et celle des produits électro-intensifs ayant fortement augmenté. L’Allemagne n’étant qu’un fournisseur d’énergie mineur pour la France, la facture énergétique n’a cependant eu qu’un impact limité sur son déficit commercial.

3. Les investissements entre la France et l’Allemagne sont nombreux et variés.

La valeur des investissements directs allemands en France dépasse la valeur des investissements directs français en Allemagne. Selon la Bundesbank, la France accueille, fin 2021, un stock d’ID allemands de 53 Mrd€ (5ème pays d’accueil de l’Allemagne) mais ne détient qu’un stock de 32 Mrd€ en Allemagne (7ème investisseur en Allemagne) (selon l’approche par investisseur ultime, qui filtre notamment les pays de transit que sont le Luxembourg et les Pays-Bas). D’après la Banque de France, l’Allemagne est le 2ème pays investisseur en France après les Etats-Unis (stock également selon l’approche par investisseur ultime) ; elle représente 6 des 25 principaux groupes étrangers ayant investi en France (Allianz, Daimler, HeidelbergCement, Merck, SAP et Sartorius).

La France crée toutefois davantage d’emplois en Allemagne qu’inversement, bien que cette dernière soit plus puissante économiquement. Selon la GTAI[1], l’agence de promotion économique allemande, quelque 5 700 filiales françaises sont implantées en Allemagne en 2021[2]. La France figurerait ainsi, avec plus de 400 000 emplois en Allemagne, parmi les cinq investisseurs étrangers créant le plus d’emplois dans le pays, avec la Suisse, les États-Unis, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. À l'inverse, l’Allemagne compte 4 600 filiales allemandes en France employant 320 000 personnes[3] . Les statistiques présentant le nombre de filiales doivent néanmoins être interprétées avec précaution : selon la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Allemagne, une large part des filiales aussi bien françaises qu’allemandes n’auraient qu’une activité purement commerciale d’achat revente ou d’agence commerciale pour leur maison mère.

La relation franco-allemande a été marquée par des opérations d’investissement significatives dans la période récente. Depuis 2019, plusieurs opérations significatives sont intervenues en Allemagne, comme l’implantation du constructeur de batteries franco-allemand ACC à Kaiserslautern, le rachat de Bombardier Transport – et l’acquisition des sites allemands correspondants – par Alstom finalisé en 2021 ou l’acquisition de l’équipementier Hella par son homologue Faurecia en 2022 (donnant lieu au groupe Forvia). En France, des investissements importants ont été réalisés en 2021 et 2022 par le groupe pharmaceutique et chimique Merck (sur le site de production Life Science de Molsheim en Grand Est), BASF, Vorwerk (appareils électroménagers), Hager (équipements électriques) ou encore Saarstahl (sidérurgie) qui a repris deux sites (Hayange et Saint-Saulve). En 2022, Schaeffler (équipementier automobile) choisi le Grand-Est pour produire des plaques bipolaires, et ACC inaugure sa gigafactory dans le Pas-de-Calais pour la production de batteries ion lithium liquide.
 
Au-delà de ces opérations d’envergure, la relation économique franco-allemande se caractérise également par de nombreux projets de plus petite taille, notamment en zone frontalière, contribuant à intensifier la coopération économique franco-allemande. Au total, en termes de nombre de projets et d’emplois, l’Allemagne est en 2022, selon Business France, le 2ème investisseur en France, avec près de 256 projets représentant 7 181 emplois, après les Etats-Unis (280 projets et 17 107 emplois). Les investissements allemands en France se concentrent notamment sur les secteurs du commerce et de la distribution, du transport et stockage, de l’énergie et recyclage, du conseil et service aux entreprises, et des constructeurs et équipementiers automobiles.  

4. Un dispositif étoffé d’appui au commerce extérieur pour les PME et les ETI.

Les entreprises françaises intéressées par le marché allemand peuvent s’appuyer sur un dispositif d’appui étoffé. Les équipes de Business France (BF) installées à Düsseldorf organisent à la fois des accompagnements individuels et des pavillons sur les grands salons présents en Allemagne. Business France propose aux filiales françaises les Volontaires internationaux en entreprises (environ 1000). La Chambre de commerce franco-allemande de Sarrebruck propose quant à elle des prestations sur l’aval (implantation, domiciliation, conseils juridiques). BF prospecte également les investisseurs allemands potentiels en liaison avec le Service économique régional de l’Ambassade à Berlin. Le bureau de BPI France également à Düsseldorf assure la promotion des instruments financiers mis à la disposition des ETI. Les conseillers du commerce extérieur français en Allemagne (une centaine répartie sur tout le territoire) sont disponibles pour apporter leur expertise et leur connaissance du terrain aux PME intéressées. Des clubs d’affaires franco-allemands sont également présents dans la plupart des grandes métropoles allemandes.  Enfin, des communautés French Tech se sont constituées à Berlin et à Munich pour faciliter l’implantation de start-ups françaises sur le marché allemand. Plusieurs Licornes allemandes et françaises et des fonds de capital-risque ont porté et soutenu l’initiative Scale up Europe (fonds européen pour financer le late stage du développement des start up) lancée pendant la PFUE. La France et l’Allemagne ont d’ailleurs contribué à ce titre à l’initiative « champions technologiques européens » (ICTE), lancée en février 2022 dans le cadre de Scale-up Europe, pour améliorer le financement d’entreprises européennes innovantes.



 

1] GTAI, « Französische Investitionen in Deutschland behaupten sich », article du 17 août 2021.

[2] Selon l’INSEE, la France détient 4 000 filiales en Allemagne employant 438 000 salariés (données 2020).

[3] Selon Business France, « Environ 3 000 filiales d’entreprises allemandes sont présentes sur le territoire français où elles emploient plus de 325 000 salariés. »

 

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