Les relations économiques bilatérales franco-tchèques en 2025

Les échanges commerciaux de biens et services entre la France et la Tchéquie, en croissance continue depuis l’entrée du pays dans l’UE, ont progressé de 5,2 % pour atteindre 19,3 Md€ en 2025. La France, 6ème fournisseur et 4ème client de biens de la Tchéquie avec une part de marché à 3,9 % derrière l’Allemagne, la Slovaquie et la Pologne, a vu en 2025 ses exportations et importations croître respectivement de 5,5 % et de 5 %, pour un déficit commercial à 3,2 Md€. Les investissements français en Tchéquie, estimés entre 11,2 et 13,3 Md€ et représentant 6,2 % du stock total d’IDE, font de la France le 3ème investisseur étranger ultime. Les compagnies tricolores, présentes dans de nombreux secteurs d’activité avec plus de 550 filiales, emploient près de 74 k salariés et génèrent un chiffre d’affaires estimé, en 2023, à plus de 19 Md€ tout en permettant un excédent de balance des revenus primaires et secondaires de 1,15 Md€ en 2025.

 

1/ Echanges commerciaux de biens à 16,6 Md€ en 2025, en hausse de 4,7 % par rapport à 2024

Le dynamisme des échanges de biens entre la Tchéquie et la France s’est poursuivi en 2025, avec un volume de 16,6 Md€ en hausse de 4,7% sur l’année, soit un rythme supérieur aux échanges entre la Tchéquie et le monde (+3,9 %), ou avec l’Union Européenne (+3,6 %). Les exportations tchèques vers la France ont progressé de 5,4 % à 9,8 Md€, contre +2,7 % pour les exportations tchèques vers l’UE (197,7 Md€) et +3,4 % de façon globale (251,1 Md€). Les exportations française ont progressé de 3,7 % à 6,7 Md€, rythme inférieur à celui de l’UE (+4,8 % / 127,8 Md€) ou du monde (+4,4 % / 224,2 Md€).

Le déficit bilatéral à 3,1 Md€ en 2025 est en hausse par rapport à 2024 (2,8 Md€), mais sa part rapportée au volume diminue tendanciellement, représentant 18,8 % en 2025, contre 20,3 % en 2023 et 25,4 % en 2019. Si les échanges bilatéraux sont structurellement déséquilibrés en faveur de la Tchéquie depuis 2004, la part française progresse et est passée de 37,3 % en 2019 à 40,6 % des volumes échangés en 2025. Sur la période 2015-2025, la croissance annuelle moyenne des exportations françaises est supérieure (+6,1 %) à celle des exportations tchèques (+4,6 %).

En 2025, la France est restée le 4ème client de la Tchéquie, après l’Allemagne, la Slovaquie et la Pologne, et son 6ème fournisseur, après l’Allemagne, la Chine, la Pologne, la Slovaquie et l’Italie. La part de marché de la France est stable depuis 2020, avec des exportations et importations françaises représentant respectivement 2,9 % et 4,9 % du commerce extérieur tchèque, et 3,9 % du volume des échanges de biens de la Tchéquie. Côté français, la Tchéquie, 17ème client (1,1 % des parts) et 13ème fournisseur (1,4 % des parts) est un partenaire commercial significatif avec des volumes d’échanges comparables à ceux observés avec des pays tels que le Japon, l’Inde, l’Irlande, le Portugal, ou encore l’Inde, la Corée du Sud.

Au plan sectoriel, les échanges de biens sont surtout des échanges intra-branche, concernant à 98 % des produits manufacturés, dont 60% sont des équipements mécaniques et matériels électriques, électroniques et informatiques et des matériels de transport. Les principaux secteurs affichant de bonnes performances à l’export pour la France sont les produits chimiques, les parfums et cosmétiques, les produits pharmaceutiques, les produits agro-alimentaires, les produits métallurgiques et métalliques, les équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que l’automobile.

 

2/ Les échanges de service dynamisés par les exportations françaises progressant de 15,3 %

Les échanges bilatéraux de services ont progressé de 7,9 % en moyenne par an depuis 2004 pour atteindre en 2025 un volume de 2,75 Md€, en hausse de 8,2 % par rapport à 2024. La France présente un déficit limité (95 M€), en baisse de 60 %, avec des exportations plus dynamiques (+ 15,3% à 1,3 Md€) que les exportations tchèques (+ 2,3 % à 1,4 Md€). Les principaux secteurs d’exportation sont les transports (28 %), le tourisme (16 %), et les télécommunications (12 %).

 

3/ Stabilité des investissements directs français en Tchéquie

Le stock d’IDE français en Tchéquie est estimé à 13,3 Md€ (CNB - 2024), soit 6,2 % du stock d’IDE en Tchéquie stable par rapport à 2023[i]. La France demeure le 3ème investisseur du pays après l’Allemagne et l’Autriche selon la règle de l’investisseur ultime. Entre 2023 et 2024, les IDE français ont stagné contre une hausse des nouveaux IDE en Tchéquie de 6,3 %[ii]. En 2025, les revenus primaires[iii] français ont baissé de 8,7 % à 1,6 Md€[iv], les revenus secondaires[v] progressant de 4,9 % à 67 M€ en 2025, permettant un excédent de 1,15 Md€ compensant partiellement le déficit commercial.

La Tchéquie accueillerait entre 550 et 800 filiales contrôlées par des groupes ou entités françaises, selon les sources disponibles[vi]. La dernière enquête OFATS, à partir des données collectées en France, comptabilise en 2023[vii] : 573 filiales (556 en 2022, 552 en 2021 et 493 en 2020), 73,9 k salariés (76,6 k en 2022 et 70,2 k en 2021) et un chiffre d’affaires de 19,1 Md€ (contre 18,4 Md€ en 2022 et 13,4 Md€ en 2021). L’enquête IFATS, à partir des données collectées en Tchéquie, comptabilise en 2023[viii] : 804 filiales de groupes français dans le pays (787 en 2022 et 762 en 2021), 75,4 k employés (73 k en 2022 et 70,4 k en 2021), réalisant 23,7 Md€ de chiffre d’affaires (21,1 Md€ en 2022 17,4 Md€ en 2021). Enfin, l’enquête Orbis 2025 permet d’identifier 918 filiales françaises en Tchéquie[ix].

Ces filiales sont présentes dans de nombreux secteurs, en particulier : l’automobile et les matériels de transport (17 k emplois) ; l’énergie, l’eau et l’économie circulaire (10 k emplois) ; la construction et le BTP (12 k emplois) ; l’industrie agroalimentaire (2,5 k emplois) ; le secteur pharmaceutique (~700 emplois) ; les autres industries manufacturières (2 k emplois) ; les services financiers (10 k emplois) ; la distribution spécialisée (5 k emplois) ; les services de transport et la logistique (3 k emplois) ; les services informatiques, la communication, etc.

 

4/ Investissements directs tchèques en France

Selon la Banque nationale tchèque, le stock des IDE tchèques en France s’élève à la fin 2024 à seulement 1,1 Md€, soit 1,5 % du total des IDE tchèques à l’étranger[x]. Cette asymétrie dans nos investissements croisés est observable également avec les autres grands pays d’Europe de l’Ouest. La présence tchèque en France se développe régulièrement depuis 2018. M. Daniel Kretinsky, principal actionnaire des groupes EPH, Czech Media Invest et Vesa Equity, multiplie les secteurs d’investissement, dont l’énergie (Gazel Energie), la poste (Quadient), les médias, la presse et l’édition (TF1Editis, Marianne, l’Obs, Elle) et la distribution (FNAC-Darty, Casino). En novembre 2025 a été annoncée la création d’une co-entreprise avec TotalEnergies, cette dernière acquérant 50% d'une joint-venture regroupant les capacités de production flexibles (cycles combinés gaz, batteries, biomasse) de la société EPH dans plusieurs pays ouest-européens contre la souscription simultanée par EPH d'une augmentation de capital de TotalEnergies, au terme de laquelle EPH détiendra 4,2% du groupe français et sera l’un de ses principaux actionnaires. Filiale française d’EPH, Gazel Energie a annoncé l’acquisition du fournisseur d’énergie Ilek. Enfin, en début d’année 2026 le groupe a annoncé le lancement d'une OPA amicale sur le groupe Fnac-Darty.

Le groupe PPF est présent indirectement en France par l’intermédiaire de sa participation dans le groupe polonais Inpost, maison mère de Mondial Relay. PPF détient aussi des intérêts dans le nautisme (Cytune, Dream Yacht Charter). Par ailleurs, le groupe agrochimique Agrofert, placé dans un trust fund par le Premier ministre A. Babis pour prévenir les conflits d’intérêt, est présent en France depuis 2023 et dispose de plusieurs usines d’engrais azotés acquises auprès du groupe autrichien Boréalis. Le fonds d’investissement tchèque Pale Fire Capital a annoncé fin 2025 avoir acquis 5 % d’Edenred coté à la bourse de Paris.



[i] Les dernières données Banque de France (BdF) publiées, arrêtées au 31 décembre 2024, font état d’un stock d’IDE s’élevant à 11,165 Md€. La méthodologie utilisée par la Banque de France et la CNB pour réaliser la cartographie des IDE est la même (BPM6 - Balance of Payments Manual Sixth Edition). La Banque de France indique : « les investissements directs sont des investissements internationaux par lesquels des entités résidentes d'une économie acquièrent ou détiennent le contrôle ou une influence importante sur la gestion d’une entreprise résidente d'une économie tierce. Par convention, on considère qu'il y a investissement direct lorsque l’entité investisseuse acquiert ou détient au moins 10 % du capital ou des droits de vote de l’entreprise investie ». Elle précise que la déclaration est obligatoire dès que le seuil de 15 M€ est franchi. La différence entre les montants publiés par la Banque de France et la CNB peuvent s’expliquer par plusieurs éléments : outre l’écart temporel des publications publiées de 2 années (31/12/21 pour la BdF et 31/21/23 pour le CNB), la CNB réalise également des estimations en fonction des réponses obtenues : « estimates for sub-limit and non-responding entities, corrections of patently incorrect data (such as inconsistencies between data in reports and data in audited financial statement », et ajoute aux IDE comptabilisés les profits de la filiale non distribués à la société mère : « Reinvested earnings consist of the direct investor’s share (in proportion to direct equity participation) of earnings not distributed as dividends ».

[ii] Les hausses d’IDE recensées en 2024 s’élèvent à 12,6 Md€ et proviennent du Luxembourg (+4 Md€ / +13 %), des Pays-Bas (+3 Md€ / +9 % ), de Suède (+2,2 Md€ / +69 %), d’Allemagne (+2 Md€ / +7%), du Liechtenstein (+1,1 Md€ / +70%), d’Autriche (819 M€ / + 4%), des Etats-Unis (666 M€ / +34 %). La Suisse voie à contrario ses IDE baisser de 1,2 Md€ (-13%).

[iii] Les revenus primaires correspondent aux revenus dont disposent les unités résidentes du fait de leur participation directe à des processus de production et les revenus qu’elles reçoivent d’actifs financiers ou de ressources naturelles en échange de leur mise à disposition à une autre unité institutionnelle.

[iv] Sur la période 2014-2024, les IDE ont plus que doublé passant, selon la CNB, de 6,1 Md€ à 13,3 Md€ permettant de générer un volume moyen de 1,2 Md€ de revenus primaires vers la France, soit environ 11 % des IDE investis, avec un pic de 1,7 Md€ en 2024.

[v] Les revenus secondaires retracent les transferts courants entre résidents et non-résidents. Un transfert est une écriture qui correspond à la fourniture d’un bien, d’un service, d’un actif financier ou d’un autre actif non produit sans la contrepartie d’un élément de valeur économique. Les transferts courants sont tous les transferts qui ne constituent pas des transferts en capital. Les revenus secondaires sont ventilés par secteur institutionnel. Il s’agit ainsi des impôts courants sur le revenu et sur le patrimoine, des cotisations et prestations sociales, primes nettes d’assurance dommages et de garantie standard, des indemnités d’assurance dommages et appels en garanties standard, transferts courants divers.

[vi] Selon Eurostat : les statistiques sur les filiales étrangères décrivent les activités des filiales étrangères: les entreprises résidentes d'un pays ou d'une région contrôlées ou détenues par des entreprises (multinationales) qui résident en dehors de ce pays ou de cette zone :

  • Les FATS sortantes (OFATS - données compilées en France) décrivent l'activité des filiales étrangères à l'étranger contrôlées par le pays compilateur. Une société étrangère affiliée aux termes des FATS sortantes est une entreprise non résidente du pays compilateur sur laquelle une unité institutionnelle résidente du pays compilateur exerce un contrôle. En termes plus simples, les données FATS sortantes décrivent, par exemple, combien de salariés travaillent pour des filiales d’entreprises de l’UE basées à l’étranger. Dans ce cas, les FATS sortantes donnent une idée de l’impact économique des investissements de l’UE à l’étranger (par exemple, combien d’employés travaillent pour des filiales d’entreprises allemandes en Chine, etc.).
  • Les FATS entrantes (IFATS - données compilées en Tchéquie) décrivent l'activité globale des filiales étrangères résidant dans l'économie déclarante. Une société étrangère affiliée au sens des FATS entrantes est une entreprise résidente du pays compilateur sur laquelle une unité institutionnelle non résidente du pays compilateur exerce un contrôle. En termes plus simples, les FATS entrantes décrivent le nombre d’emplois, le chiffre d’affaires, etc., générés par les investisseurs étrangers dans une économie d’accueil donnée de l’UE. Alors que les statistiques sur les IDE donnent une idée du montant total des capitaux investis par les étrangers dans l'économie de l'UE, les FATS ajoutent à ces informations en donnant un aperçu de l'impact économique de ces investissements dans l'UE en termes de création d'emplois, etc.

[vii] Source Eurostat

[viii] Source Eurostat

[ix] L’enquête Orbis est une base de données financières de 580 M d’entreprises. Elle est réalisée par la filiale BvD appartenant à Moody’s.

[x] Les dernières données disponibles de la Banque de France, arrêtées au 31 décembre 2024, font état d’un stock d’IDE tchèques en France estimé à 810 M€.

 

 
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