RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
Les relations économiques bilatérales franco-tchèques en 2024
Les échanges commerciaux de biens et services entre la France et la Tchéquie, en croissance continue depuis l’entrée du pays dans l’UE, ont progressé de 1 % pour atteindre 18,3 Md€ en 2024. La France, 6ème fournisseur et 4ème client de biens de la Tchéquie avec une part de marché à 3 % derrière l’Allemagne, la Slovaquie et la Pologne, a vu en 2024 ses exportations croître de 3,3 % et ses importations baisser de 0,5 %, permettant au déficit de la balance commerciale d’être réduit de 8,7 % à 3,1 Md€. Les investissements français en Tchéquie, estimés à 13,3 Md€ et représentant 6,6 % du stock total d’IDE, font de la France le 3ème investisseur étranger ultime. Les compagnies tricolores, présentes dans de nombreux secteurs d’activité avec plus de 550 filiales, emploient près de 77 k salariés et génèrent un chiffre d’affaires estimé, en 2022, à 18,4 Md€ tout en permettant un excédent de balance des revenus primaires et secondaires de 1,2 Md€ en 2024.
1/ Echanges commerciaux de biens à 15,8 Md€ en 2024, en hausse de 1 % par rapport à 2023
Compte tenu de ce dynamisme inversé, le déficit bilatéral s’est réduit de 10 % en 2024 à 2,88 Md€ après 3,2 Md€ en 2023. Si nos échanges bilatéraux sont structurellement déséquilibrés en faveur de la Tchéquie depuis 2004, la part française demeure stable autour des 40 % des volumes échangés. Par ailleurs, sur les dix dernières années, la dynamique des exportations françaises est légèrement meilleure (+6 % de croissance annuelle moyenne) que celle des exportations tchèques (+4 % de croissance annuelle moyenne).
En 2024, la France est restée le 4ème client de la Tchéquie, après l’Allemagne, la Slovaquie et la Pologne, et le 6ème fournisseur, après l’Allemagne, la Chine, la Pologne, la Slovaquie et l’Italie. La part de marché des exportations françaises est de 3% contre 2,9 % en 2023, quand la France totalise 4,6 % des exportations tchèques. Les échanges franco-tchèques totalisent ainsi 3,8 % du total des échanges de biens de la Tchéquie. Côté français, la Tchéquie, 19ème client (1,1 % des parts) et 14ème fournisseur (1,4 % des parts) est un partenaire commercial significatif avec des volumes d’échanges comparables à ceux observés avec des pays tels que l’Irlande, le Portugal, la Suède, ou encore l’Inde, la Corée du Sud ou le Maroc.
Au plan sectoriel, nos échanges de biens sont surtout des échanges intra-branche, concernant à 98 % des produits manufacturés, dont 60% sont des équipements mécaniques et matériels électriques, électroniques et informatiques et des matériels de transport. Les principaux secteurs affichant de bonnes performances à l’export pour la France sont les produits chimiques, les parfums et cosmétiques, les produits pharmaceutiques, les produits agro-alimentaires, les produits métallurgiques et métalliques, les équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que l’automobile.
2/ Les échanges de services
Les échanges bilatéraux de services ont progressé de 8 % en moyenne par an depuis 2004 pour atteindre un volume de 2,54 Md€, en hausse de 2 % par rapport à 2023. La France présente un déficit limité, mais en hausse de 12 % à 239 M€ résultant d’exportations tchèques plus dynamiques (+ 2,9 % à 1,39 Md€) que les exportations françaises (+ 1,3 % à 1,15 Md€). Les principaux secteurs d’exportation de services sont les transports (20 %), le tourisme (17 %), les frais d’utilisation de propriété intellectuelle (11%) ainsi que les services de télécommunications (8 %).
3/ Investissements croisés (IDE) et présence française en Tchéquie
Le stock d’IDE français en Tchéquie est estimé à 13,3 Md€ (CNB - 2023), soit 6,6 % du stock d’IDE en Tchéquie en légère baisse par rapport à 2022 (-0,1%)[i]. La France demeure le 3ème investisseur du pays après l’Allemagne et l’Autriche selon la règle de l’investisseur ultime. Entre 2022 et 2023, les IDE français ont augmenté de 325 M€, soit une hausse de 2,5 %, représentant 4,3 % des nouveaux IDE en Tchéquie[ii]. Sur la période 2014-2023, les IDE ont plus que doublé passant, selon la CNB, de 6,1 Md€ à 13,3 Md€ permettant de générer un volume moyen de 1,2 Md€ de revenus primaires[iii] vers la France, soit environ 11 % des IDE investis, avec un pic de 1,7 Md€ en 2024 après 1,4 Md€ en 2023. Les revenus secondaires[iv] ont également progressé pour atteindre 63 M€ en 2024 contre 29 M€ en 2014. Ces revenus permettent de générer un excédent de 1,22 Md€ qui ne compensent que partiellement le déficit commercial bilatéral.
La Tchéquie accueillerait entre 550 et 800 filiales contrôlées par des groupes ou entités françaises, selon les sources disponibles[v]. La dernière enquête OFATS, à partir des données collectées en France, comptabilise en 2022[vi] : 556 filiales (552 en 2021 et 493 en 2020), 76,6 k salariés (70,2 k en 2021) et un chiffre d’affaires de 18,4 Md€ (13,4 Md€ en 2021). L’enquête IFATS, à partir des données collectées en Tchéquie, comptabilise en 2022[vii] : 787 filiales de groupes français dans le pays, (762 en 2021), 73 k employés (70,4 k en 2021), réalisant 16,7 Md€ de chiffre d’affaires (13,8 Md€ en 2021). Enfin, l’enquête Orbis 2025 permet d’identifier 897 filiales françaises en Tchéquie[viii]
Ces filiales sont présentes dans de nombreux secteurs en particulier : l’automobile et les matériels de transport (17 k emplois) ; l’énergie, l’eau et l’économie circulaire (10 k emplois) ; la construction et le BTP (12 k emplois) ; l’industrie agroalimentaire (2,5 k emplois) ; le secteur pharmaceutique (~700 emplois) ; les autres industries manufacturières (2 k emplois) ; les services financiers (10 k emplois) ; la distribution spécialisée (5 k emplois) ; les services de transport et la logistique (3 k emplois) ; les services informatiques, la communication, les autres services aux entreprises.
Selon la Banque nationale tchèque, le stock des IDE tchèques en France s’élève à la fin 2023 à 1,5 Md€, soit 2,4 % du total des IDE tchèques à l’étranger[ix]. Cette asymétrie dans nos investissements croisés est observable également avec les autres grands pays d’Europe de l’Ouest. La présence tchèque en France se développe néanmoins régulièrement depuis 2018. M. Daniel Kretinsky, principal actionnaire des groupes EPH, Czech Media Invest et Vesa Equity multiplie les secteurs d’investissement dont l’énergie (Gazel Energie), la poste (Quadient), les médias, la presse et l’édition (TF1, Editis, Marianne, l’Obs, Elle) et la distribution (FNAC-Darty, Casino). En 2024, le groupe PPF a lui finalisé l’achat de l’entreprise Privilège Marine, quand sa société produisant des véhicules ferroviaires Skoda Group a acquis auprès de Vinci la société spécialisée dans les composants électriques Cegelec. Par ailleurs, le groupe agrochimique Agrofert de l’ancien Premier ministre A. Babis est présent en France depuis 2023 et l’acquisition de la branche engrais azotés du groupe autrichien Boréalis comprenant plusieurs usines en France.
[i] Les dernières données Banque de France (BdF) publiées, arrêtées au 31 décembre 2021, font état d’un stock d’IDE s’élevant à 8,5 Md€. La méthodologie utilisée par la Banque de France et la CNB pour réaliser la cartographie des IDE est la même (BPM6 - Balance of Payments Manual Sixth Edition). La Banque de France indique : « les investissements directs sont des investissements internationaux par lesquels des entités résidentes d'une économie acquièrent ou détiennent le contrôle ou une influence importante sur la gestion d’une entreprise résidente d'une économie tierce. Par convention, on considère qu'il y a investissement direct lorsque l’entité investisseuse acquiert ou détient au moins 10 % du capital ou des droits de vote de l’entreprise investie ». Elle précise que la déclaration est obligatoire dès que le seuil de 15 M€ est franchi. La différence entre les montants publiés par la Banque de France et la CNB peuvent s’expliquer par plusieurs éléments : outre l’écart temporel des publications publiées de 2 années (31/12/21 pour la BdF et 31/21/23 pour le CNB), la CNB réalise également des estimations en fonction des réponses obtenues : « estimates for sub-limit and non-responding entities, corrections of patently incorrect data (such as inconsistencies between data in reports and data in audited financial statement », et ajoute aux IDE comptabilisés les profits de la filiale non distribués à la société mère : « Reinvested earnings consist of the direct investor’s share (in proportion to direct equity participation) of earnings not distributed as dividends ».
[ii] Les nouveaux IDE recensés en 2023 proviennent de Suisse (2 Md€ / 26,4 %), des Pays-Bas (1,6 Md€ / 21,3%), du Luxembourg (1,5 Md€ / 20,1%), de Slovaquie (696 M€ / 9,1 %), d’’Autriche (689 M€ / + 9,1 %), des Etats-Unis (598 M€ / 7,9%), d’Italie (531 M€ / 7%), d’Irlande (396 M€ / + 5,2 %).
[iii] Les revenus primaires correspondent aux revenus dont disposent les unités résidentes du fait de leur participation directe à des processus de production et les revenus qu’elles reçoivent d’actifs financiers ou de ressources naturelles en échange de leur mise à disposition à une autre unité institutionnelle.
[iv] Les revenus secondaires retracent les transferts courants entre résidents et non-résidents. Un transfert est une écriture qui correspond à la fourniture d’un bien, d’un service, d’un actif financier ou d’un autre actif non produit sans la contrepartie d’un élément de valeur économique. Les transferts courants sont tous les transferts qui ne constituent pas des transferts en capital. Les revenus secondaires sont ventilés par secteur institutionnel. Il s’agit ainsi des impôts courants sur le revenu et sur le patrimoine, des cotisations et prestations sociales, primes nettes d’assurance dommages et de garantie standard, des indemnités d’assurance dommages et appels en garanties standard, transferts courants divers.
[v] Selon Eurostat : les statistiques sur les filiales étrangères décrivent les activités des filiales étrangères: les entreprises résidentes d'un pays ou d'une région contrôlées ou détenues par des entreprises (multinationales) qui résident en dehors de ce pays ou de cette zone :
- Les FATS sortantes (OFATS - données compilées en France) décrivent l'activité des filiales étrangères à l'étranger contrôlées par le pays compilateur. Une société étrangère affiliée aux termes des FATS sortantes est une entreprise non résidente du pays compilateur sur laquelle une unité institutionnelle résidente du pays compilateur exerce un contrôle. En termes plus simples, les données FATS sortantes décrivent, par exemple, combien de salariés travaillent pour des filiales d’entreprises de l’UE basées à l’étranger. Dans ce cas, les FATS sortantes donnent une idée de l’impact économique des investissements de l’UE à l’étranger (par exemple, combien d’employés travaillent pour des filiales d’entreprises allemandes en Chine, etc.).
- Les FATS entrantes (IFATS - données compilées en Tchéquie) décrivent l'activité globale des filiales étrangères résidant dans l'économie déclarante. Une société étrangère affiliée au sens des FATS entrantes est une entreprise résidente du pays compilateur sur laquelle une unité institutionnelle non résidente du pays compilateur exerce un contrôle. En termes plus simples, les FATS entrantes décrivent le nombre d’emplois, le chiffre d’affaires, etc., générés par les investisseurs étrangers dans une économie d’accueil donnée de l’UE. Alors que les statistiques sur les IDE donnent une idée du montant total des capitaux investis par les étrangers dans l'économie de l'UE, les FATS ajoutent à ces informations en donnant un aperçu de l'impact économique de ces investissements dans l'UE en termes de création d'emplois, etc.
[viii] L’enquête Orbis est une base de données financières de 580 M d’entreprises. Elle est réalisée par la filiale BvD appartenant à Moody’s.