Indicateurs et conjoncture

L’économie cubaine traverse une crise profonde et prolongée, aggravée en 2026 par les difficultés d’approvisionnement énergétique et le durcissement des sanctions américaines. Aux conséquences de la pandémie s’ajoutent des fragilités structurelles : faiblesse de la production nationale, sous-investissement, dégradation des infrastructures et faible productivité. Après une chute de 10,9 % du PIB réel en 2020 et une reprise partielle, l’activité s’est de nouveau contractée en 2023 et en 2024, respectivement de 1,9 % et de 1,1 %. Les estimations disponibles font état d’une poursuite de la récession en 2025 et de son aggravation en 2026. La CEPAL prévoit une contraction de 10,3 % en 2026, tandis que l’Economist Intelligence Unit (EIU), dans son rapport d’août, retient un recul de 7,2 %. Ces prévisions restent soumises à de fortes incertitudes, notamment concernant les approvisionnements en combustibles et l’évolution des relations avec les États-Unis.

La crise énergétique constitue désormais l’un des principaux freins à l’activité. La vétusté des centrales électriques et du réseau, les difficultés de maintenance et le manque de combustibles entraînent des coupures prolongées et des restrictions d’approvisionnement. Ces perturbations affectent la production agricole et industrielle, les transports, la chaîne du froid et la distribution d’eau. Elles renchérissent les coûts de fonctionnement des entreprises et dégradent les conditions de vie des ménages. Le développement des capacités solaires apporte une réponse partielle, sans permettre à ce stade de garantir la continuité de l’alimentation électrique. L’émigration et le vieillissement de la population accentuent parallèlement les contraintes pesant sur la main-d’œuvre et le potentiel de croissance.

La pénurie de devises limite les capacités d’importation du pays et le règlement de ses engagements extérieurs. Le tourisme, les exportations de services professionnels, notamment médicaux, et les transferts de la diaspora restent des sources essentielles de ressources, mais ne permettent pas de rétablir les équilibres extérieurs. Le tourisme poursuit son recul : selon les données de l’Office national de la statistique et de l’information (ONEI), Cuba a accueilli environ 478 000 visiteurs internationaux entre janvier et septembre 2026, soit une baisse de 65 % sur un an. Les difficultés énergétiques, aériennes et d’approvisionnement pénalisent l’attractivité de la destination et les activités privées qui en dépendent. Le recul des ressources extérieures contraint les achats de denrées alimentaires, de combustibles, de médicaments et d’intrants, entretenant les pénuries et la faiblesse de la production nationale.

La réforme monétaire de 2021 n’a pas permis de résorber les déséquilibres monétaires et de change. La suppression du peso convertible (CUC) et l’instauration d’un taux unique de 24 CUP/USD ont été suivies d’une forte inflation, d’une perte de pouvoir d’achat et de l’émergence d’un marché informel. Les ajustements successifs, notamment l’introduction d’un taux de 120 CUP/USD, n’ont pas permis de stabiliser la monnaie. Alors que la réforme visait à supprimer la dualité monétaire et à unifier les taux de change, elle a produit l’effet inverse : la coexistence de plusieurs taux officiels et d’un marché informel s’est renforcée.

Depuis décembre 2025, trois taux officiels coexistent, dont un taux flottant destiné aux particuliers et au secteur privé, déterminé par l’offre et la demande. Présenté comme une étape vers l’unification des taux, ce dispositif ne garantit toutefois ni la disponibilité des devises ni leur libre transfert à l’étranger. Cette fragmentation entretient les distorsions économiques, tandis que le recours croissant au dollar et à l’euro traduit une dollarisation partielle de l’économie, au détriment du CUP.

L’inflation et la dépréciation du peso continuent d’éroder le pouvoir d’achat. L’inflation officielle atteignait 25,2 % sur un an en août 2026, selon l’ONEI. Cet indicateur ne rend qu’imparfaitement compte des conditions d’achat des ménages, compte tenu du poids du marché informel, des pénuries et des transactions en devises. Les tensions sur les prix résultent notamment de l’insuffisance de l’offre, des difficultés logistiques, de la dépréciation monétaire et du financement monétaire du déficit public. Elles creusent les écarts entre les ménages disposant de revenus en devises et ceux dépendant de salaires ou de pensions en monnaie nationale.

Le secteur privé occupe une place croissante dans l’approvisionnement et les services, mais son développement demeure contraint. La reconnaissance juridique des micro, petites et moyennes entreprises (MIPYMES) en 2021 a favorisé l’essor d’entreprises privées, notamment dans le commerce, la restauration et les services. Leur activité reste cependant pénalisée par la faiblesse de la demande solvable, les difficultés d’accès aux devises et au financement, les contraintes énergétiques et l’instabilité réglementaire. Les réformes annoncées en 2026 visent à élargir la participation du secteur privé et des investisseurs étrangers. Les mesures présentées début octobre ouvrent notamment davantage de possibilités aux succursales étrangères pour importer, exporter et distribuer des marchandises en gros, ainsi que pour recruter directement des salariés cubains. Leur portée dépendra de leur mise en œuvre effective et de la capacité des entreprises à financer leurs opérations.

Les marges de manœuvre des autorités restent étroites et les perspectives de redressement incertaines. Les efforts de réduction des subventions et d’ajustement des tarifs publics se heurtent à la contraction des revenus réels et aux besoins de protection sociale. La récession pèse sur les recettes budgétaires, tandis que l’accès aux financements extérieurs demeure très limité. Pour les entreprises, aux risques d’impayés s’ajoutent les difficultés de conversion et de transfert des fonds ainsi que la réticence croissante des intermédiaires financiers internationaux en raison des sanctions américaines. Le rétablissement durable de l’activité dépendra de l’amélioration de l’approvisionnement énergétique, de la reconstitution des recettes en devises et de réformes permettant de relancer la production et l’investissement.

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