SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DU COSTA RICA

Description de la structure de l’économie

Taille de l’économie : le Costa Rica a un PIB nominal de 57,4 Mds USD en 2016 pour 4,9 millions d’habitants. Il s’agit de la deuxième économie d’Amérique Centrale (derrière le Guatemala) et le FMI la classe parmi les économies émergentes.

Degré d’ouverture : le Costa Rica a mis en œuvre une transformation sociale et économique profonde depuis les années 1980 axée sur l’ouverture à l’exportation et la diversification productive. L’économie est plutôt ouverte grâce à une stratégie de signature d’Accords de Libre-Echange bilatéraux et régionaux : les Etats-Unis demeurent de très loin le premier partenaire commercial (39% des exportations et 38% des importations en 2017, accord CAFTA-DR entré en vigueur en 2009) mais le Costa Rica diversifie sa politique commerciale vers l’Amérique Latine, l’Asie et l’Europe[1]. Le pays est actuellement en procédure d’entrée à l’OCDE, les sujets d’ouverture des marchés et de concurrence étant au centre des discussions[2]. Le Secrétaire Général de l’OCDE a annoncé qu’étant donnée la bonne avancée des comités validant l’entrée du pays (12 sur 22), le Costa Rica devrait intégrer l’OCDE en 2018 ou 2019.

Niveau de développement : le PIB par habitant s’établit à 11 888 USD en 2016 (FMI), le niveau le plus élevé d’Amérique Centrale après le Panama. Le Costa Rica est beaucoup plus développé que la plupart des pays de la région: son IDH le place 66ème sur 188 pays en 2016 : seuls l’Argentine, l’Uruguay et le Panama devancent le niveau de développement humain du Costa Rica. Le taux de pauvreté est de 20% en 2017 (contre 22,4% en 2014) et celui de pauvreté extrême de 5,7% selon l’Institut National de Statistique (INEC).

Avantages comparatifs et structure de l’économie : le Costa Rica présente des indicateurs de développement et de compétitivité supérieurs à ceux de ses voisins centraméricains. Le Costa Rica est la 47e économie la plus compétitive du monde en 2017 (WEF), en progression de 7 places depuis la précédente estimation, devançant ainsi le Panama et le Mexique, et deuxième en Amérique Latine derrière le Chili. Le pays parvient ainsi à préserver la compétitivité d’une économie essentiellement tournée vers le développement du secteur exportateur et l’attraction de flux d’investissements productifs, en particulier dans le secteur des services (informatique, centre d’appels…). Les principaux avantages compétitifs du Costa Rica relativement au reste de la région sont la diversification de son économie et la meilleure qualification de la main d’œuvre, même si sur ces aspects le pays reste en-deçà de la moyenne de l’OCDE.

Performances sur le long terme : après une période de faible croissance entre 2013 et 2015, en raison de la fragilité de ses principaux clients américains et européens, la croissance du Costa Rica a été plus importante en 2016 (+4,2%). Le ralentissement de 2017 (+3,2%) ne devrait pas se poursuivre en 2018. Le FMI estime la croissance pour 2018 à 3,6%, l’OCDE à 3,7%.

Place du secteur privé : l’économie est libéralisée. Il existe plusieurs monopoles d’Etat (entreprise d’électricité et de télécommunications ICE, institut qui administre et opère les aqueducs et les égouts et facture le service de l’eau AyA, entreprise de raffinage de pétrole RECOPE...) ainsi que des monopoles locaux de services publics (distribution de l’eau). Les ouvertures de capital des entreprises publiques paraissent peu viables politiquement, même si l’augmentation de la concurrence dans le secteur de l’énergie serait nécessaire étant donné son manque de productivité et ses prix élevés.

Eléments d’analyse conjoncturelle

Performance récente de la croissance : on assiste à un regain de croissance depuis 2016 (+4,2% en 2016, +3,2% en 2017[3]). Pour 2018, les prévisions s’établissent entre 3,6% (Banque Centrale, FMI) et 3,7% (OCDE). Cette amélioration des perspectives de croissance s’expliquent par l’amélioration des termes de l’échange et de la reprise des exportations de biens (+6,5% en 2017).

Moteurs de la croissance (consommation, investissement, commerce extérieur) : en 2017, la croissance était tirée par les exportations de biens, qui ont crû de 6,5% par rapport à 2016. Cependant, la consommation domestique privée était peu dynamique (+2,4% g.a. au 3ème trimestre 2017). La formation brute de capital s’est, quant à elle, contractée lors des trois premiers trimestres de 2017 de 6%, 12,6% et de 7,6% respectivement en raison de la baisse d’ouvrages privés.

Situation du commerce extérieur : le déficit commercial s’est réduit pour la deuxième année consécutive en 2017 et est passé de 5,36 Mds USD en 2016 à 5,32 Mds USD en 2017. Les exportations de biens et services s’élevaient en 2017 à 19,9 Mds USD, et à 10,9 Mds USD pour les exportations des seuls biens, soit 6,5% de plus qu’en 2016 tandis que les importations étaient de 15,2 Mds USD, soit 4,4% plus élevées qu’en 2016. L’équipement médical et de précision était le premier poste d’exportations (27,8% des exportations en 2017 et 9,1% de plus qu’en 2016), une part plus importante que celle occupée par le secteur agricole (26%). En 2017, 39,8% les exportations costaricaines sont à destination des Etats-Unis. 16% à destination des autres pays d’Amérique Centrale, 10,5% à destination des pays d’Amérique du Sud et 22,4% à destination de l’Europe. Plus précisément, la France reçoit 0,6% des exportations costaricaines, contre 12,9% pour le BENELUX. Sur les quatre premiers mois de 2018, la part des exportations à destination des Etats-Unis a diminué de 2,2 points de pourcentage par rapport à la même période en 2017. 38,4% des importations costaricaines proviennent des Etats-Unis, 6% des autres pays d’Amérique Centrale, 9,6% des pays d’Amérique du Sud et 12% d’Europe. L’Asie représente 22,8% de leurs importations (13,3% pour la Chine). L’OCDE, dans son dernier rapport d’analyse de l’économie costaricaine (2018) considère que l’économie costaricaine a l’opportunité de se spécialiser dans des domaines moyennement et hautement technologiquement intensifs.

Flux d’IDE : alors que la tendance était à la réduction des flux d’IDE entrants (-6% en 2015, -7,7% en 2016), ils sont repartis à la hausse sur les trois premiers trimestres de 2017 (+18,3% par rapport à la même période de 2016). Ils représentaient 1,3% du PIB, un montant supérieur à celui du déficit de la balance courante.  Ils étaient à 47% destinés à l’industrie manufacturière, et à 14,8% dédiés au tourisme. Ce secteur ne recevait que 3,8% des IDE entrants en 2016 (+355% g.a. en montant). En 2017, les Etats-Unis étaient le premier investisseur, à l’origine de 54,9% des IDE entrants (33% en 2016, +97%). Ils sont suivis de la Suisse (9,5%), la Colombie et les Pays-Bas (6% chacun). Les Pays-Bas représentaient 15% des IDE entrants en 2016 (52.8% g.a. en montant).

Dépendance aux financements externes : la dette extérieure a atteint 26,9 Mds USD à la fin du 4ème trimestre 2017, soit plus de 51% du PIB. Dans un contexte de finances publiques sous pression et de dégradation de la notation souveraine, l’accès aux financements externes est de plus en plus difficile pour le secteur public, ce qui conduit à un financement accru sur le marché domestique qui se substitue à l’offre de crédit et contribue à l’augmentation des taux d’intérêt en colons, ce qui peut freiner l’économie. A noter que les IDE, relativement aux transferts des migrants, sont structurellement beaucoup plus élevés au Costa-Rica que dans les autres pays d’Amérique Centrale.

Politique économique

Policy mix : l’Etat-Providence est fort : la santé, l’éducation et la justice sont des postes de dépense extrêmement importants et protégés par la Constitution. 7,9% du PIB sont consacrés à l’éducation : un niveau sans commune mesure au sein des pays de l’OCDE. Toutefois, le niveau élevé d’évasion fiscale (6-7% du PIB), des exemptions fiscales (6% du PIB) et les conditions de traitement des fonctionnaires (croissance des salaires plus rapide que l’inflation, retraites élevées...) menacent l’équilibre des comptes publics et la survie du modèle. L’augmentation de la TVA, de l’impôt sur le revenu et une réforme de l’emploi public nécessitent une négociation difficile entre le gouvernement, le Congrès, les partenaires privés, les syndicats et l’opinion publique. La fragmentation politique du Congrès et la fragilisation du gouvernement jusqu’à très récemment expliquent le retard dans la mise en place d’une réforme pourtant extrêmement nécessaire pour la stabilité et la soutenabilité de la dette du pays. Toutefois, la situation a évolué depuis début mars 2018 et l’approbation par l’assemblée législative du traitement accéléré de la réforme fiscale, et l’élection du nouveau président de la République. Ce dernier a été élu sur la base d’un programme promettant de réduire à 3% le déficit fiscal d’ici à 2022. Ces avancées ont été saluées par le FMI lors de sa visite du 12 au 15 juin 2018, qui invite toutefois à la mise en place d’une réforme fiscale d’envergure bien plus importante.

Pro ou contra cyclicité de la politique budgétaire : la trajectoire des finances publiques est préoccupante : le déficit public s’est creusé d’1,1 point de pourcentage et représentait 6,2% du PIB en 2017. Les recettes publiques, qui ont augmenté de 3,8%, n’ont pas permis de compenser la hausse de 9,1% des dépenses publiques, due en grande partie à l’augmentation du poids du service de la dette. Le FMI considère la tendance de l’évolution du niveau de dette comme insoutenable pour l’économie costaricaine, et a rappelé la nécessité de compléter cette réforme urgente par un ensemble de politiques fiscales exhaustif afin de stabiliser la situation fiscale du Costa Rica à long terme. Ce besoin a également été rappelé par l’OCDE dans l’Economic Survey dédié au Costa Rica en 2018.  Le FMI prévoit un déficit fiscal à hauteur de 7,2% du PIB en 2018, proche du niveau attendu par la Banque Centrale, à 7,1% du PIB pour 2018. Ainsi, si elle a accepté la candidature d’adhésion du Costa Rica en juin 2015, l’OCDE conditionne l’entrée du pays dans l’organisation à une meilleure gestion fiscale.

Inflation et politique monétaire/ de change : lors de sa mission en mars 2016, le Fonds Monétaire International (FMI) avait noté la (toujours) fixité du taux de change malgré l’abandon le 30 janvier 2015 du système de bandes. Il avait appelé à augmenter la profondeur du marché FX, créer un marché secondaire d’échanges de bons du gouvernement et à passer à un régime de change un peu plus flexible en rendant moins active la politique d’intervention. Le Colon semble depuis le second trimestre 2016 connaître une plus grande flexibilité: alors que le taux de change moyen au 1er semestre 2016 était de 536,8 colons/1 USD, il était de 567.21 colons/1 USD mi juin2018, soit une dépréciation de 5,7%. La réduction des réserves internationales depuis mi-2016 témoigne cependant du contrôle que continue d’exercer la Banque Centrale sur le marché des changes: celles-ci ont baissé de 1,3 Md USD, soit 15,4% entre le 30 juin 2016 et le 20 février 2018, pour descendre à 7,0 Mds USD. Par ailleurs, la Banque Centrale a revu son taux d’inflation cible un point de pourcentage à la baisse pour le fixer à 3% +/- 1 point, avec comme ambition une réduction progressive de l’inflation sur le long terme. Après avoir pratiqué une politique monétaire accommodante (baisse du principal taux d’intérêt directeur à 8 reprises entre janvier 2015 et janvier 2016 jusqu’à 1,75%), la Banque Centrale semble désormais procéder à un changement de stratégie, conséquence d’une inflation qui repart légèrement à la hausse depuis le mois de juillet 2016, après avoir connu des valeurs négatives pendant 12 mois consécutifs. En effet, la hausse des prix du pétrole depuis juillet 2017 a tiré vers le haut l’inflation générale, dont le taux interannuel s’établissait à 2,57% en décembre 2017. Depuis sa dernière révision à la hausse, en date de février 2018, le taux directeur s’établit à 5%. L’OCDE a estimé que la politique monétaire a permis d’atteindre un faible niveau d’inflation, mais invite toutefois à la mise en place de réformes institutionnelles permettant une plus forte indépendance de la banque centrale.

Dette externe/publique : la situation des finances publiques a justifié des révisions à la baisse des notations de la dette souveraine sans discontinuer depuis début 2014. Fitch Ratings a modifié la perspective de sa note de « stable » à « négative » en raison de la moindre flexibilité du pays pour financer ses déficits budgétaires croissants, du poids de la dette publique et de l’inertie institutionnelle face aux besoins de réforme fiscale. La dette publique a atteint 49,2% du PIB fin 2017 (contre 45% du PIB en 2016 et 25 % en 2008). Sans réforme fiscale, le FMI estime que la dette pourrait atteindre 51,7% du PIB en 2018 et 65% du PIB en 2021. La dette extérieure représentait, quant à elle, 26,9 Mds USD à la fin du 4ème trimestre de 2017, soit 51,3% du PIB.

Secteur bancaire   

Taille du secteur et structure : particularité dans la région, le système bancaire est dominé par deux banques publiques. Le système financier est relativement solide : les créances douteuses sont de 1,91% du portefeuille de crédits, la rentabilité est relativement bonne (ROE de 8% et ROA de 1%) de même que la liquidité : la somme des dépôts et des investissements de court terme est égale à 43,6% des dépôts et 27,1% des actifs. L’OCDE considère que, malgré un secteur bancaire qui semble sein, les problèmes de gouvernance au sein de ces 2 banques publiques sont un défis pour l’économie costaricaine. Ainsi, et en ligne avec la modification des perspectives de la note souveraine de stables à négatives, l’agence de notation Fitch a abaissé les perspectives de 5 banques au début de l’année 2018: BAC San Jose, Banco Davivienda, Banco de Costa Rica (BCR), Banco Nacional de Costa Rica (BNCR) et Banco Popular y de Desarrollo Comunal (BPDC).

Dollarisation et évolution des crédits (volume et taux) : le système financier costaricain est fortement dollarisé, ce que le FMI pointe comme l’une de ses plus grandes vulnérabilités. La dollarisation est la plus importante d’Amérique Latine après l’Uruguay : 40% des crédits au secteur non financier sont libellés en monnaie étrangère et 70% d’entre eux sont accordés à des non-générateurs de dollars. Les crédits au secteur privé sont en augmentation régulière depuis 2011 et représentaient 61% du PIB en 2016. Sur les dix premiers mois de 2017, le portefeuille de crédit a augmenté de 12,2% par rapport à la même période de 2016.  

Mesures de soutien et réformes en matière de supervision : le 14 juin 2017, le Conseil National de Supervision du Système Financier (CONASSIF) a approuvé une loi sur l’administration du risque de marché, de taux d’intérêt et de change pour renforcer les processus de gestion des risques du système financier. De plus, les autorités ont pris des mesures pour lutter contre la dollarisation qui vont dans le bon sens : application de preuves de stress pour les prêts en dollars à des non générateurs de dollars ; provision générique de 0,5% sur tous les prêts en dollars ; besoin de 125% de capital pour des crédits en dollars à des non générateurs de dollars contre 100% pour des crédits à des générateurs de dollars. Ces mesures commencent à porter leurs fruits, la croissance des prêts en USD ayant ralenti depuis août 2016 d’après la Banque Centrale.

Perspectives et réformes structurelles

Stratégie et modèle de croissance : le Costa Rica doit réinventer son modèle de croissance en diminuant le niveau de déficit et de dette et en acceptant d’accroître la concurrence dans les secteurs clés. Le processus d’adhésion à l’OCDE représente une opportunité de croissance et de mise à niveau qualitative dont bénéficiera l’ensemble de la chaîne économique publique mais aussi privée.

Climat des affaires : le Costa Rica est classé 61ème sur 190 pays au classement Doing Business 2018 (contre 79ème place en 2015). Le Costa Rica est notamment très bien placé en termes d’accès au crédit (12ème) et d’accès à l’électricité (21ème). Le pays a gagné 7 places au classement 2017-2018 du Forum Economique Mondial (47ème/137). Le rapport pointe l’éducation et le développement du marché financier comme des forces de l’économie. Toutefois, les entreprises identifient comme problèmes majeurs l’importance de la bureaucratie, le manque d’infrastructures et le niveau élevé des impôts. L’OCDE estime que les politiques régulatrices anti-compétitives et relativement peu sévères avec les trusts, ainsi qu’une forte segmentation sur le marché du travail, sont les principaux obstacles au développement d’une croissance plus inclusive.

Forces et faiblesses structurelles (R&D, marché du travail, concurrence, corruption, éducation…) : les coûts économiques de la violence et des crimes représentent 3,6% du PIB (contre 10% environ dans les autres pays d’Amérique Centrale). Le système d’éducation publique fonctionne mieux que chez ses voisins du Nord, la main d’œuvre est relativement bien formée et productive et les dépenses en R&D sont élevées pour la région (0,6% du PIB). Le secteur académique déplore toutefois un manque de main d’œuvre qualifiée et une incapacité à pourvoir les besoins du marché du travail, ce qui contribue à une inflation des salaires des professionnels et techniciens. La situation fiscale du pays, et ce malgré la réforme approuvée par l’assemblée législative et la volonté du nouveau gouvernement à cet égard, reste la principale difficulté à laquelle fait face la classe politique et le corps social dans son ensemble.



[1] Accords de libre-échange avec :

  • l’Amérique Centrale (marché commun centraméricain - MCCA), le Mexique (entré en vigueur en 7/2013), la Colombie (signature en 5/2013) et le Pérou (entré en vigueur en 6/2013) ;
  • la Chine (entré en vigueur en 8/2011, le Costa Rica étant le seul pays d’Amérique centrale à avoir établi des relations diplomatiques avec la Chine dès 2007), Singapour (entré en vigueur en 7/2013) ;
  • accord d’association entre l’UE et l’Amérique Centrale (entré en vigueur le 1/10/2013 pour le Costa Rica).
  • En procédure d’intégration de l’Alliance du Pacifique

[2] Le pays a formellement initié le processus d’adhésion en avril 2015 et la « feuille de route » pour le processus d’adhésion a été approuvée en juillet 2015.

[3] OCDE et Banque Centrale

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