Relations bilatérales

 

L'apocalypse avant le rebond ? Evolution des exportations françaises vers la Colombie en 2017

 

Avec un nouveau repli de 20,3% en 2017, à 502 Meur à peine, du fait principalement de l’absence totale de livraisons d’avions, nos exportations affichent leur plus mauvais résultat depuis 2007 et reculent désormais de 52,4% sur quatre ans. La Colombie, troisième débouché commercial en Amérique latine en 2013, ne ressort plus ainsi qu’au 5ème rang, très loin désormais derrière le Chili et l’Argentine. L’orientation, à l’inverse favorable, des exportations colombiennes vers la France (+31,2%) ramène le solde quasiment à l’équilibre (4,6 Meur en notre faveur contre 618 en 2014). 2018 et surtout 2019 se présentent toutefois sous de meilleurs auspices.

1. Eléments de contexte

Cette analyse des échanges commerciaux entre la France et la Colombie s’inscrit pourtant dans un contexte économique globalement positif : après deux années difficiles, le commerce mondial a enregistré une nette reprise (+3,6% estimés), et les exportations françaises de biens à destination du monde entier ont été encore plus dynamiques, à +4,5%.

Si les données s’agissant de la Colombie sont un peu moins favorables, avec une croissance de nouveau en baisse, à 1,8% (après 2% en 2016, 3,1% en 2015 et 4,4% en 2014), les importations ont en revanche légèrement rebondi (+2,6% à 43,98 Mds Usd), après deux années en chute libre (-17% % en 2016 et -23,8% en 2015, l’ajustement à la nouvelle donne issue de la fin du super-cycle des matières premières s’étant effectué principalement par le canal de la balance des biens).

La progression des importations constatée en 2017 concerne toutefois uniquement les produits manufacturés – qui représentent au demeurant 76,5% du total – en hausse de 3,9% à 35,2 Mds. Les importations de produits combustibles diminuent ainsi de 1,2% à 4,5 Mds, tandis que celles de produits agricoles et agro-alimentaires s’affichent en baisse de 0,3% à 6,25 Mds.

Enfin, après deux années consécutives de forte dépréciation monétaire (-11,2% en 2016 par rapport au dollar après déjà -37,3% en 2015), le taux de change effectif réel du peso est demeuré quasiment inchangé en 2017 (-0,45%% par rapport à l’euro), si bien que l’évolution des parités monétaires ne constitue pas un déterminant pertinent pour apprécier l’évolution de nos échanges au cours de l’année écoulée.

2. L’absence de livraisons d’avions au départ de France amplifie la chute de nos exportations, au demeurant mal orientées de manière transversale

Après une chute de 25% en 2016, les exportations françaises vers la Colombie ont de nouveau accusé une forte baisse (-20,3%), pour ne plus s’établir qu’à 502 Meur, soit notre pire résultat depuis 10 ans (409 Meur en 2007).

On notera que ce résultat est malheureusement très spécifique à notre pays : les exportations de l’Union européenne vers la Colombie ont en effet progressé, selon les données préliminaires obtenues auprès de la délégation de l’Union à Bogotá, de 10,38%, ce pourcentage étant en outre largement influencé par notre contre-performance : parmi nos grands concurrents européens, tous enregistrent une progression de leurs exportations : +1,64% pour l’Italie, +10,7% pour l’Espagne, +16,3% pour l’Allemagne, et même + 62,5% pour le Royaume-Uni. Nous ne sommes ainsi plus, selon ces données, que le 5ème fournisseur européen de la Colombie, dépassés désormais et par l’Italie et par le Royaume-Uni : notre part des exportations communautaires recule de plus de 3 points en un an, passant de 11,63 à 8,43%[1].

Si l’Amérique latine en général s’est de nouveau avérée un continent peu porteur pour nos exportations (-4,8% après déjà -4% en 2016), il n’en reste pas moins que la Colombie affiche pour la deuxième année consécutive la chute la plus marquée parmi nos 5 premiers marchés dans la région (-3,3% au Brésil, -8,6% au Mexique, +37,3% au Chili, qui dépasse ainsi l’Argentine, vers laquelle nos exportations baissent de 16%).

3ème destination latino-américaine pour nos marchandises en 2014 (derrière le Brésil et le Mexique), 4ème en 2015 (derrière l’Argentine), et 5ème en 2016 (dépassée par le Chili), la Colombie conserve ce rang continental, mais l’écart se creuse avec les pays qui la précèdent, notamment le Chili (80 Meur en 2016, 473 en 2017). Elle demeure en revanche notre premier débouché au sein des pays andins (hors Chili), devant le Pérou (240,6 Meur, en chute de 24,4% du fait d’un effet de base défavorable lié à la livraison du satellite Peru-Sat fin 2016), l’Equateur (106,2 Meur, en baisse de 10,5%) et le Venezuela, où, pour des raisons évidentes, nos exportations s’effondrent littéralement (-73,3% à 57 Meur).

Après quatre années consécutives en territoire négatif, la baisse de nos exportations atteint désormais 52,4% par rapport à 2013, année historique où elles avaient pour la première fois dépassé le milliard d’euros d’exportations (1,054 Mds). 52ème client de la France en 2014, la Colombie ne pointe ainsi plus qu’au 69ème rang en 2017 (-6 places par rapport 2016), entre le Cameroun et la Croatie.

Cette nouvelle baisse de nos exportations – 128 Meur d’une année sur l’autre - apparaît principalement imputable à la débâcle de nos exportations aéronautiques (-97% à 3,4 Meur contre 110,5 Meur en 2016, 288 en 2015 et 562 en 2013). Outre l’étalement des livraisons d’appareils à la compagnie privée Avianca, 6ème client d’Airbus dans le monde, et, pour l’essentiel, leur report à fin 2018/2019, les deux seuls appareils livrés en 2017 (A321neo) l’ont été au départ de Hambourg.

La part des aéronefs dans nos exportations ne représente ainsi plus que 0,68% du total, contre 17,55% en 2016 ou encore 47,5% en 2014 !

Pour autant, nos exportations hors aéronautique ne sont guère flamboyantes non plus, puisqu’après -5,7% en 2016, elles s’affichent de nouveau en repli de 4% à 498,6 Meur, alors même, rappelons-le, que les importations colombiennes se redressaient timidement (+2,6%).

Cette contre-performance est en outre quasi-généralisée, puisque, à l’exception des produits pétroliers raffinés (+63,5%, mais pour des montants marginaux : 7 Meur), tous les autres agrégats sont en baisse : -2,2% pour les autres produits industriels à 267 Meur (soit 53 ,8% du total), -3% pour les équipements mécaniques et le matériel électrique, électronique et informatique, à 113 Meur (22,5% du total), -57% pour les matériels de transport (dont les avions), à 85,3 Meur (soit 17% du total), -18,3% pour les produits des industries agroalimentaires et -48,3% pour les produits agricoles (ensemble 26 Meur, ou 5,2% du total).

Dans le détail par produits, 68 rubriques dépassent le million d’euros d’exportations vers la Colombie, contre 73 les deux années précédentes, parmi lesquelles 13, comme en 2016, représentent chacune plus de 10 Meur.

Pour la première fois depuis très longtemps, les avions ne sont donc plus notre premier produit d’exportations. Nos cinq principaux postes d’exportations, au demeurant tous en baisse, sont : les préparations pharmaceutiques (-5,6% à 80,5 Meur), les pièces et accessoires pour véhicules automobiles (-10% à 39,1 Meur), les véhicules automobiles (-4% à 35,3 Meur), les autres produits chimiques organiques de base (-2,9% à 19,7 Meur) et enfin les autres produits chimiques non classés ailleurs, en baisse de 3,6% à 17,3 Meur.

On relèvera que, parmi les produits censés bénéficier de l’ouverture du marché colombien permis par l’accord de libre-échange Ue-Colombie, les produits laitiers et fromages affichent une forte chute (-25,6% à 4,6 Meur), comme, à plus forte raison, les vins de raisin (-31,1% à 4,5 Meur), affectés par une forte hausse, au demeurant non-discriminatoire, de la fiscalité.

3. Les exportations colombiennes vers la France, les vraies gagnantes de l’année croisée France-Colombie

Selon l’institut national des statistiques, les exportations colombiennes, exprimées en dollars, ont nettement rebondi (+19%) après deux années consécutives de net repli (-13% en 2016 et -34,9% en 2015), les hydrocarbures et autres produits des industries extractives contribuant à hauteur de 16,1 points à cette hausse.

 

Dans ce contexte, les exportations colombiennes vers la France, telles qu’elles sont enregistrées par les Douanes françaises à l’arrivée, ont été encore plus dynamiques, avec une progression de 31,2%, nettement plus rapide que la hausse pourtant déjà substantielle de nos importations en provenance du monde entier : +6,6%[2]

Il vient de là que la part de marché de la Colombie dans nos importations progresse, à des niveaux qui restent toutefois quasi-anecdotiques (0,092% contre 0,0075 en 2016). En revanche, la progression est plus sensible dans le classement de nos fournisseurs, la Colombie gagnant 5 rangs et pointant désormais à la 67ème place, entre l’Ukraine et le Cameroun.

Surtout, les exportations colombiennes vers la France sur-performent nettement celle de l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes (+4,4%), si bien que la Colombie devient, avec 497,4 Meur,  notre 4ème fournisseur latino-américain (6ème rang en 2015 et 2016), devançant désormais - de surcroît assez nettement - le Pérou (458,4 Meur) et l’Argentine (370 Meur), elle-même dépassée par l’Equateur (398,8 Meur).

Les exportations colombiennes vers la France restent très largement le fait du secteur primaire : elles sont en effet constituées principalement d’hydrocarbures naturels et autres produits des industries extractives, pour 43,94% du total (218,5 Meur), en forte hausse (+30,3%), et de produits de l’agriculture et de la pêche (27,5% du total, en très nette progression - +51,7% - à 136,8 Meur), tandis que les autres produits industriels, également en progression (+6,6% à 88,1 Meur) représentent 17,7% du total (contre 21,4% en 2016).

Dans le détail par produits, 23 rubriques (21 en 2016 et 22 en 2015) dépassent le million d’euros d’importations françaises en provenance de Colombie, dont 6 représentent chacune plus de 10 Meur : la houille (218,5 Meur , en hausse de 36,6%) qui accroît légèrement sa contribution aux exportations colombiennes vers la France (43,94% contre 42,2% en 2016) ; les fruits tropicaux et subtropicaux (+58,5% à 78,1 Meur, soit 15,7% du total), les articles de joaillerie et bijouterie (10,4% comme en 2016, en hausse de 31,6% à 51,7 Meur), les plantes à boisson (8,9% contre 7,3% en 2016, du fait d’une hausse de 60,7% à 44,4 Meur), les préparations et conserves à base de poisson et de produits de la pêche qui, grâce à une progression de 97,3% supplantent, avec 17,2 Meur, le ciment, en baisse de 32,7% à 16,2 Meur.

On observera en revanche que, de manière sans doute contre-intuitive, certains des produits les plus emblématiques de la Colombie demeurent anecdotiques dans nos importations en provenance de ce pays : 0,63% pour le café transformé, et même 0,034% pour le cacao, le chocolat et les produits de confiserie, dont, au surplus, les exportations s’effondrent: -66,8%.

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L’évolution pour le moins contrastée de nos échanges bilatéraux conduit à une baisse absolument drastique de notre excédent commercial, qui ne ressort plus qu’à 4,6 Meur contre 251 Meur en 2016, 459 en 2015 et 619 en 2014. La Colombie n’est ainsi plus que notre 115ème excédent commercial dans le monde alors qu’il était encore le 35ème en 2016 (et même le 20ème en 2014), et notre 16ème en Amérique latine et dans les Caraïbes (loin derrière les Bahamas, la Jamaïque et Haiti….), quand il était traditionnellement le 5ème.

Il est toutefois permis de penser que ce mouvement est appelé à s’inverser dès cette année: d’abord parce que le contexte économique s’annonce plus favorable (la croissance est attendue aux alentours de 2,7% par le FMI) ; et ensuite – sous la réserve toutefois de l’origine : Toulouse ou Hambourg - du fait de livraisons programmées d’avions, non seulement à Avianca, mais aussi à la compagnie low cost Viva Colombia. De fait, cette hypothèse semble se confirmer, avec une progression de nos exportations de 49% au cours des 4 premiers mois, pour un solde positif d'environ 71 MEUR.

 

 



[1] On relèvera toutefois que, selon les statistiques douanières colombiennes, l’évolution est tout à fait différente puisque les importations de la Colombie en provenance de France sont réputées avoir progressé de 14,64% à 948,5 Musd, portant notre part de marché de 1,84 à 2,06%, loin toutefois encore des 3,54% de 2015.

[2] On notera que, pour le coup, les statistiques locales sont assez convergentes avec les nôtres, puisqu’elles reflètent une progression des exportations colombiennes vers la France de 25,9%, dans des montants au demeurant beaucoup plus faibles (194,5 Musd).

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