Indicateurs et conjoncture

Pays émergent de 50 millions d'habitants doté de ressources naturelles abondantes (pétrole, charbon, minerais et café) et de la 2ème plus grande biodiversité au monde, la Colombie est la 4ème économie d'Amérique latine avec un PIB estimé à 323 Mds d'USD et un PIB par habitant de 6423 USD en 2019. Le pays a affiché une croissance solide et régulière sur la décennie 2010-2019 (en moyenne 3,7%). Malgré l'abondance des matières premières, notamment de pétrole (885 000 barils/jours en 2019) et de charbon (11ème producteur et 5ème exportateur mondial), l'économie présente un certain degré de diversification, même si le potentiel agricole et agroalimentaire, considérable, demeure sous-exploité faute d'investissements.

Après une croissance de 3,3% en 2019 et de 1,4% au 1er trimestre 2020, le pays a enregistré une forte récession ( (-15,8% au 2ème trimestre puis -9% au 3ème trimestre) suite aux mesures de confinement prises par les autorités colombiennes pour enrayer la propagation du coronavirus. Les dernières prévisions du FMI tablent sur une récession de 8% pour 2020, et une croissance de 4,4% en 2021, la Colombie ne retrouvant son niveau de richesses pré-crise qu’en 2022. Au niveau sectoriel, les contractions les plus fortes des activités ont été enregistrées dans les transports, notamment aérien (-27,6% au 3ème trimestre 2020 par rapport à la même période 2019 et -22,1% sur l’année courante) et l’hôtellerie-restauration (-45,8% en 3ème trimestre 2020 par rapport au 3ème trimestre 2019 et -40,5% sur l’année courante). Avec une croissance attendue de 2,8% en 2020, le secteur agricole affiche une bonne vitalité et résiste bien à la crise économique issue de la pandémie. En revanche le tourisme, secteur très prometteur pour la Colombie et en pleine expansion ces dernières années (le flux de touristes était en constante progression, atteignant un record de 4,5 millions de touristes en 2019, avec des recettes supérieures à 7 Mds USD) a été fortement impacté par la crise: le nombre de touristes enregistré au cours des 10 premiers mois de 2020 est en recul de 69% par rapport à 2019.

 

Les conséquences sociales de la crise sont fortes dans un pays où les disparités de revenus sont importantes (le pays occupe le 10ème rang des pays les plus inégalitaires au monde). Les inégalités, qui tendaient à se réduire ces deux dernières décennies, devraient se creuser à nouveau en 2020: le coefficient de Gini (qui était passé de 0,567 en 2002 à 0,497 en 2018), enregistrera une hausse située entre 4 et 4,9% cette année, selon la Cepal. Si les taux de pauvreté et d’extrême pauvreté ont été réduits lors de la dernière décennie (de 37,2 à 29% et de 12,3 à 9,2% respectivement), malgré la subsistance de fortes disparités régionales, la crise a pour conséquence une hausse marquée du chômage à court terme et un risque de rechute dans la pauvreté pour de nombreux ménages à moyen terme. Le taux de chômage a ainsi doublé avec la crise sanitaire et économique (de 10% avant crise à 20% entre avril et août) puis est redescendu à 14,7% en octobre, mais 1,5 millions d’emplois restent manquants. Les femmes sont plus durement touchées (entre août et octobre leur taux de chômage est 8,7 points au-dessus de celui des hommes, à 20,8%), ainsi que les jeunes. Cette situation impacte les taux de pauvreté et d’extrême pauvreté qui augmentent : les dernières estimations rapportent que 6 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté suite à la pandémie et que le taux de pauvreté monétaire pourrait attendre 49% fin 2020 contre 37,5% en 2019. Par ailleurs, la Colombie compte 7,8 millions de déplacés internes en raison du conflit armé et des violences, auxquels s’ajoutent 1,8 millions de réfugiés vénézuéliens. Enfin, le secteur informel, qui continue de peser fortement dans l’économie (il représente 56% de l’emploi total hors agriculture) a été durement touché par la mise en place des mesures de confinement et de distanciation sociale et n’a pas pu jouer de rôle d'amortisseur.

Pour atténuer l’impact de la crise, les mesures prises par les autorités colombiennes se sont centrées sur trois volets :

  • soutien direct aux ménages, notamment au travers de l’Ingreso Solidario (subvention mensuelle de 37 EUR pour 3 M de ménages), prolongé jusqu’en juin 2021 et de la compensation de la TVA pour les foyers les plus pauvres. Ces dispositifs complètent les dispositifs sociaux préexistants et augmentés pendant la crise, pour atteindre 7,8 M de personnes, soit  89% de la population pauvre et vulnérable;

  • soutien à l’emploi au travers de subventions aux salaires (40% d’un salaire minimum par employé) à destination des entreprises touchées (soutien à 3,4 M d'emplois);

  • soutien à la solvabilité des entreprises, en particulier au travers de lignes de crédits sectorielles, de moratoires sur les impôts et les loyers et de garanties étatiques de prêts, notamment à destination des PME pour le financement du fonds de roulement ou des salaires.

La Banque centrale a par ailleurs abaissé à plusieurs reprises son taux directeur, l’amenant à un plus bas historique de 1,75% en octobre. Elle a également révisé ses obligations de réserves en faveur des banques, en contrepartie de renégociation de crédits en faveur des particuliers et PME par celles-ci et du financement d’une partie des mesures de réponse à la crise.

 

En conséquence, le déficit du gouvernement central se creuse: 8,9% attendu au lieu de 2,2% en 2020, suivi d’un déficit prévu à 7,6% en 2021. Le budget 2021 atteint 11% du PIB et prévoit notamment une hausse importante de l’investissement public (+35,7% par rapport au budget 2020) pour alimenter le Plan de relance économique (« Nuevo Compromiso por Colombia ») qui s’élève à environ 15% du PIB, majoritairement en financement privé. Le ministère de l’économie estime que ce plan de réactivation pourrait engendrer un gain de 2% de PIB en 2021 et de 27% de PIB d’ici à 10 ans. Afin de retrouver la trajectoire budgétaire assignée dans le cadre fiscal à moyen terme (2,5% de déficit en 2022) et sachant la majeure partie des dépenses incompressibles dans un contexte de relance, le gouvernement a annoncé une réforme fiscale fin 2021 devant permettre de collecter 2 points de PIB sur deux ans.

La dette publique augmente de façon significative (68% du PIB prévus fin 2020 contre 52,3% en 2019), ce qui a conduit deux des trois grandes agences de notation à abaisser la note souveraine de la Colombie au dernier cran investment grade, avec perspective négative (Fitch ayant suggéré fin juillet que le niveau d’endettement prévu fin 2020 n’était pas compatible avec un maintien en investment grade). Le service de la dette augmente de 35% à un peu plus de 16 Mds EUR (soit 22,5% du budget global) notamment en raison d’échéances de remboursement en 2021 (8 Mds EUR). Cette situation n'imapcte pas pour le moment la capacité de la Colombie à se financer tant en interne que sur les marchés obligataires internationaux : le gouvernement a ainsi réussi à lever des financements en dollars à des taux favorables en janvier (environ 1,35 Mds USD) et début juin (pour 2,5 Mds USD). En outre, le gouvernement a émis avec succès ses premières obligations à long terme (échéance à 2050) en pesos le 9 septembre 2020, ce qui lui a permis de lever environ 1,3 Mds USD à un taux fixe de 7,25%.

Le déficit du compte courant se réduit de plus de 4,5 Mds USD et devrait se situer à -3,4% du PIB en 2020 (estimation de la Banque centrale colombienne), contre -4,3% en 2019, en raison de la contraction des dépenses d’importations et des revenus des entreprises étrangères. La baisse sensible de la consommation et des investissements privés, conjuguée à la dépréciation du peso colombien conduisent à cette diminution du déficit, toutefois contrebalancée par le choc négatif sur les termes de l’échange et la demande extérieure (notamment sur le pétrole et le charbon qui composent entre la moitié et deux tiers des exportations de biens), la réduction des remesas (même si elles semblent montrer une certaine résilience), la contraction du tourisme international et l’élargissement du déficit budgétaire. Les IDE, bien qu’en recul significatif, (1,34 Mds USD au 2ème trimestre 2020 contre 4,15 Mds USD au 2ème trimestre 2019 et 3,39 Mds USD au 1er trimestre 2020) continuent de couvrir la majeure partie de ce déficit.

Le déficit de la balance commerciale se réduit en 2020, passant de 8,624 Mds USD sur la période  janvier-octobre 2019 à 7,829 Mds USD sur cette même période en 2020, en raison d'une baisse plus importante des importations que des exportations. Le solde des échanges s'est notamment amélioré avec le Mexique, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde, el Vietnam et l’Argentine. Le déficit avec les Etats-Unis, principal partenaire commercial du pays, se chiffre à plus de 900 M USD, tandis que le déficit avec la Chine se creuse à plus de 5 Mds USD en 2020.

Les réserves de changes se renforcent de façon continue et sont ainsi passées ces deux dernières années de 47 Mds USD (en 2018) à 53 Mds USD (2019) puis à près de 57 Mds USD (novembre 2020). La ligne de crédit flexible (FCL) étendue à 17 Mds USD par le FMI en octobre 2020 a consolidé les niveaux de réserves.

Enfin, l'inflation se maintient au-dessous de 2% en raison de la faiblesse de la demande et du surplus de la capacité de production.

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