Indicateurs et conjoncture

Situation économique de la Chine (SER de Pékin)

Deuxième économie mondiale, la Chine a connu depuis les années 1990 un rattrapage exceptionnel. Sa croissance s’inscrit tendanciellement en baisse (+6,1% en 2019 ; +6,6% en 2018 et +6,8 % en 2017), compte-tenu de la structure démographique et de l’épuisement du modèle des années 2000, fondé sur des investissements dans les infrastructures et des exportations de biens manufacturiers. Ce ralentissement découle en partie de la volonté des autorités chinoises de réorienter le modèle de croissance vers un « développement de qualité » en minimisant les risques de déséquilibre, comme énoncé lors du XIXème Congrès du Parti Communiste Chinois en octobre 2017. 

La crise économique résultant de l’épidémie de Covid-19 a fortement affecté la Chine, qui devrait néanmoins connaitre une croissance positive sur l’ensemble de l’année. En février 2020, compte tenu de l’ampleur du double choc d’offre et de demande, les autorités ont adopté un plan de relance modérément expansionniste. Lors des « Lianghui » au mois de mai (les « deux sessions » sont les sessions plenières annuelles de l’Assemblée Nationale Populaire et de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois, rythmant le cadre politico-économique chinois en marge des sessions plenières du Comité Central du PCC), aucun objectif de croissance n’a été fixé. En revanche, le gouvernement a établi un objectif de création de 9M de nouveaux emplois.

Après une brutale contraction du PIB de -6,8% au T1, le rebond observé au T2 (+3,2%) s’est confirmé au T3 (+4,9%), tout en restant en-deçà des prévisions. La reprise lente de la demande intérieure en comparaison avec celle de l’offre pèse sur le potentiel de rebond de l’économie chinoise. La croissance risque également d’achopper sur le fardeau croissant de la dette et une demande extérieure qui pourrait se dégrader en 2021. Ainsi, les prévisions de croissance pour la Chine en 2020 ne dépassent pas +2%.

Fin octobre 2020, à la suite du 5ème Plenum du Comité Central du PCC, les orientations stratégiques du 14ème Plan Quinquennal et de la Vision 2035 ont été rendues publiques, réitérant l’objectif d’un «développement sain et durable», fondé sur la poursuite des réformes structurelles et la promotion du modèle de «circulation duale». Bien qu’aucun objectif de croissance chiffré n’ait été dévoilé pour 2021, le président Xi a annoncé l’objectif d’un doublement du PIB d’ici 2035, qui impliquerait un taux de croissance annuel moyen 4,7% sur la période.

 

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1. Le « miracle » économique chinois

La Chine, très largement bénéficiaire de la globalisation de l’économie mondiale, est aujourd’hui la deuxième économie du monde, tout en restant un « pays à revenu intermédiaire supérieur » selon la classification de la Banque mondiale. La Chine a connu, depuis le début de son processus d’ouverture et de réformes au début des années 1990, un rattrapage exceptionnel : une croissance réelle de 9 % par an en moyenne, un revenu par habitant passé de 700 à 18 000 USD (en parité de pouvoir d’achat), un salaire réel dans le secteur manufacturier multiplié par 14. Ce « miracle », fondé sur une main-d’œuvre abondante et bon marché, des investissements étrangers et des exportations de biens manufacturiers, en particulier depuis l’accession de la Chine à l’OMC en 2001, a permis au pays, selon la Banque mondiale, de sortir 800 millions de personnes de la pauvreté absolue.

La crise économique de 2008 a mis en lumière les limites du modèle économique chinois de rattrapage. Face à l’effondrement de la demande extérieure lors de la crise de 2008, les autorités chinoises ont mis en place un plan de relance de 12,5% du PIB s’appuyant particulièrement sur l’endettement des collectivités locales et des entreprises publiques. D’importantes surcapacités sont apparues, en particulier dans l’industrie et la construction, dégradant la productivité de l’investissement. Par ailleurs, l’industrie est particulièrement consommatrice de matières premières et contribue à la dégradation de l’environnement, préoccupation majeure pour la population. Enfin les autorités font face au vieillissement de la population avec la baisse de la part de la population active, à une augmentation des salaires réels plus rapide que celle de la productivité, à de fortes disparités provinciales et à l’augmentation des inégalités globales (+12,5 pts de Gini net sur la période 1990-2010). Le ralentissement de la croissance chinoise s’inscrit dans le rééquilibrage du modèle économique prôné par les autorités.

Depuis 2017, la Chine tente d’effectuer un rééquilibrage vers un modèle plus soutenable en cherchant à réduire les déséquilibres externes et les risques financiers. Si le rééquilibrage s’est traduit par une hausse de la part des services dans le PIB au détriment de l’industrie (54% du PIB en 2019 contre 43% en 2009), la part de la consommation demeure quant à elle relativement faible (39% en 2019 contre 35% en 2009). Le rééquilibrage a par ailleurs accéléré le ralentissement de la croissance. De plus, si les déséquilibres externes se réduisent, les vulnérabilités macroéconomiques et financières persistent. L’endettement total de l’économie est passé de 150% du PIB en 2007 à  259 % fin 2019 (le niveau d’endettement des ménages atteignant 56% du PIB à fin 2019 contre 24% du PIB à fin 2009, selon la Banque des Règlements Internationaux). Le secteur bancaire demeure fragile (hausse des NPLs, shadow banking, inadéquation entre les besoins des acteurs économiques et les financements octroyés par les banques commerciales, sous-capitalisation des petites et moyennes banques). En outre, en lien avec la dynamique continue d’appréciation du RMB (+45,8% de hausse du TCER de fin 2005 à fin du S1 2020) la réduction tendancielle de l’excédent courant (de 7% du PIB en 2005 à 1% en 2019) ;  conjuguée à la crainte de fuites des capitaux, entrave la réalisation des réformes d’ouverture et de libéralisation financière, dans un contexte marqué par une guerre commerciale avec les Etats-Unis depuis 2018.   

 

2. En 2020, l’économie chinoise a été brutalement frappée par la crise du Covid-19, mais a renoué avec la croissance dès le second trimestre.

La crise du Covid-19 a entraîné un double choc de demande et d’offre, se traduisant par une mise à l’arrêt de l’appareil productif et de la consommation des ménages. Au T1 2020, la Chine affiche une croissance négative, pour la première fois depuis 1992, à -6,8% en g.a. Le secteur industriel a été le plus affecté, enregistrant un repli à -9,6% en g.a., principalement dû au secteur automobile (-41% en g.a.). Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration a également connu un fort repli de -35,3% en g.a. L’atonie de la demande a duré, notamment en raison de la hausse du chômage (en février, le taux de chômage urbain s’élevait à 6,2%, ce taux ne reflétant qu’imparfaitement la situation réelle du marché du travail, notamment le chômage des travailleurs migrants et des jeunes diplômés) et de la contraction du revenu disponible par habitant (-3,9% en g.a. au T1).

Si les mesures budgétaires ont été d’ampleur limitée, les mesures monétaires et macro-financières ont revêtu une envergure sans précédent. Le volet budgétaire a reposé sur un déficit officiel relevé de 2,8% à 3,6% du PIB, sur des émissions de Special Government Bonds fixées à 1000 Mds et sur un relèvement du plafond d’émissions de 3750 Mds RMB au titre des Special Purpose Bonds, alloués aux gouvernements locaux et destinés à financer l’investissement public et les nouvelles infrastructures (5G, rénovation urbaine, stations de chargement de véhicules électriques, internet des objets, développement régional). Le volet monétaire a reposé sur la stimulation de l’offre de crédit à destination des PME, des différés de remboursement accordés aux PME (jusqu’à mars 2021) et une plus grande tolérance du régulateur bancaire en matière de provisionnement. Lors des Lianghui, le gouvernement n’a pas fixé d’objectif de croissance, se limitant à définir un objectif de création de 9M d’emplois.

Dans la continuité de la reprise observée au T2 (+3,2% en g.a.), le rebond s’est poursuivi au T3 à +4,9%, tout en étant en-deçà du consensus (+5,4% en g.a.). La Chine affiche ainsi une légère croissance de +0,7% au cours des trois premiers trimestres 2020. Néanmoins, la normalisation de l’offre doit être mise au regard d’une demande se redressant moins vite. Au cours des trois premiers trimestres, la Chine a enregistré une croissance positive de +1,2% en g.a. pour la production industrielle, contre une contraction importante des ventes au détail à -7,2% en g.a. et une faible croissance de +0,8% pour les investissements bruts en capital fixe, grâce notamment aux investissements en infrastructures des gouvernements locaux. Le taux de chômage urbain poursuit sa réduction à +5,3% en octobre en g.a., ne représentant cependant qu’imparfaitement la situation du marché de l’emploi. A fin octobre, 10,1M nouveaux emplois ont été créés (contre 11,93 M sur la même période de 2019), l’objectif établi lors des Lianghui étant donc atteint. En ce qui concerne la balance commerciale au T3, les exportations ont fortement augmenté de +8,9 % en g.a., alors que les importations sont moins dynamiques à +3,6% en g.a. Il conviendra de suivre l’ampleur du rebond et les impacts sur la stabilité financière au cours des prochains mois. La détérioration de la stabilité financière est consécutive à la forte progression des NPL (de l’ordre de 2,1% actuellement) et imposera la recapitalisation d’un grand nombre de petites et moyennes banques, dont l’activité est concentrée vers les PME.

 

3. Les grandes orientations stratégiques du 14ème Plan Quinquennal et de la « Vision 2035 » ont été rendues publiques à la suite du 5ème Plenum du 19ème Comité Central du PCC

Fin octobre 2020, les orientations stratégiques du 14ème Plan Quinquennal et de la « Vision 2035 » ont été rendues publiques, réitérant l’objectif d’un « développement sain et durable ». La réalisation de cet objectif repose sur l'approfondissement de la réforme de la structurelle du côté de l'offre afin de renforcer le marché; ainsi que la réforme de l’innovation afin de moderniser la Chine et d’assurer son indépendance technologique. A ce stade, aucun objectif chiffré en termes de croissance économique n’a été divulgué, à la différence du dernier 5ème Plénum en 2015 où l’objectif annuel était alors de 6,5%. Le concept théorique de « circulation duale », présenté pour la première fois en mai 2020 comme force motrice du nouveau modèle de développement, a été mis en avant. Il vise à la construction d’un « cycle intérieur » comme moteur principal, et à la conjugaison du double « cycle » national et international. Sur le volet  social, la réforme du Hukou (système d'état civil et d'enregistrement des familles utilisé en Chine, entravant la mobilité des populations, et définissant les conditions d’accès au système de santé et d’éducation) est mentionnée, avec un accent mis sur l’accélération du processus d’urbanisation et de l’amélioration des conditions de vie des plus démunis, sans qu’à ce stade les mesures de financement ne soient spécifiées. Le texte intégral du 14ème Plan Quinquennal sera publié en mars 2021.  

Dans le sillage du discours prononcé par le président XI le 18 octobre 2017, le Plenum a réitéré l’objectif de long terme de construire un « pays socialiste globalement moderne » d’ici 2035, sous le nom de « Vision 2035 ». Cette ambition de long terme est déclinée en plusieurs objectifs, tels l’élévation du PIB par tête à un niveau correspondant au seuil défini par la Banque mondiale à celui d’un pays à haut revenu d’ici 2025, doublement du PIB d’ici 2035 (soit un taux de croissance annuel moyen induit entre 2019 et 2035 de 4,7%), la projection du niveau de richesse au rang des pays développés (le PIB par habitant atteindra le niveau de ceux des pays développés), le développement des classes à revenu intermédiaire, l’amélioration des services publics de base, la réduction des écarts de développement entre les zones urbaines et rurales et le niveau de vie de leurs habitants. Cette transition est déjà en cours avec une urbanisation rapide, à la fois cause et conséquence de l’essor des classes moyennes. La Chine compte actuellement plus de 400M d'habitants à revenu intermédiaire, principalement dans les villes de premier et de second rangs, représentant un important moteur de la consommation domestique.

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