Indicateurs et conjoncture

Éléments structurels de l’économie

L’économie camerounaise reste la plus importante et la plus diversifiée de la région, avec un PIB nominal estimé à 52,5 Mds EUR en 2025 et plus de 44 % du PIB de la CEMAC. Le secteur primaire contribue à hauteur d’environ 17 % du PIB, essentiellement porté par l’agriculture (près de 10 % du PIB), avec des filières clés telles que le cacao, le coton, la banane, l’huile de palme et le caoutchouc. La filière cacao a profité en 2024 et 2025 d’une offre mondiale contrainte, qui a hissé le Cameroun au 4ème rang mondial des exportateurs, mais le reflux des cours amorcé fin 2025 pèse désormais sur les recettes d’exportation  — le FMI anticipe une dégradation des termes de l’échange de 16,3 % en 2026. À l’inverse, la filière café décline, fragilisée par l’insécurité dans les bassins de production des régions anglophones, tandis que le secteur bois, très dépendant de la demande chinoise, connaît un ralentissement en raison du relèvement des droits de sortie sur le bois brut.

Le secteur secondaire représente près de 25 % du PIB. Les hydrocarbures, bien que toujours stratégiques, voient leur part dans le PIB décliner, passant de 6,7 % en 2015 à 3,6 % en 2024. La production pétrolière, qui s’élevait à près de 180 000 barils/jour en 1985, s’est réduite à environ 58 000 barils/jour en 2024. L’incendie de la SONARA survenu en 2019 a mis un coup d’arrêt au projet d’augmentation de capacités de la raffinerie nationale, obligeant le Cameroun à s’approvisionner en carburants importés. En revanche, le secteur gazier connaît une forte croissance, stimulé par la mise en service en 2015 par Perenco d’une unité de liquéfaction : la production annuelle de gaz naturel liquéfié (GNL) est passée de 9,7 à 76 Mds de pieds cubes entre 2015 et 2024. L’industrie manufacturière reste concentrée sur des segments traditionnels (boissons, sucre, huile, ciment, bois, cacao, café) et souffre d’un manque de compétitivité lié aux coûts de production élevés et à un accès insuffisant à l’électricité. Des améliorations sont attendues grâce aux projets hydroélectriques, notamment les barrages de Memve’ele (211 MW), Lom Pangar et Nachtigal (420 MW). A l’instar des années précédentes, le secteur du BTP a connu une croissance soutenue, principalement grâce à la demande privée, alors que la demande publique, qui avait soutenu la croissance les années précédentes, décroit.

Le secteur des services (54 % du PIB) est dominé par les télécommunications, les transports, le commerce, l’hôtellerie et la restauration et les services financiers. La solidité du secteur bancaire s’est améliorée, mais des vulnérabilités subsistent. Le ratio de solvabilité des banques s’est amélioré depuis 2020, passant de 10,7 % à 15,3 % à fin 2023. La part des prêts non performants est restée stable, bien qu’elle demeure élevée à environ 15 % fin mars 2025. Par ailleurs, l’exposition des banques au souverain, y compris aux entreprises publiques, a augmenté depuis 2020, passant d’environ 27 % en 2019 à 37 % des actifs totaux en décembre 2023.

Malgré des avancées modestes dans les exportations de produits transformés, notamment dans la filière cacao, les exportations restent largement dépendantes des matières premières. Environ 85 % des exportations du pays sont constituées de produits peu ou pas transformés — pétrole brut, cacao, bois, gaz naturel liquéfié, coton — ce qui, combiné à la forte dépendance aux importations, contribue à un déficit commercial structurel. Sur le plan des échanges, la Chine demeure le principal fournisseur du Cameroun en 2024 avec 22,2 % de parts de marché, devant l’Inde (7,6 %), la Belgique (6,1 %) et la France (5,9 %).

Conjoncture économique

Selon le FMI, la croissance économique du Cameroun aurait atteint 3,1 % en 2025 contre 3,5 % en 2024, portée par le dynamisme des activités non pétrolières grâce à l'essor des services, de l'agriculture, de l'élevage et du secteur manufacturier, alors que les activités pétrolières ont affiché une baisse d’environ 9,2 % du PIB. Pour 2026, les autorités projettent une croissance à 3,3 %, reposant sur le secteur non pétrolier, toujours en dessous de l’ambition affichée dans la Stratégie Nationale de Développement (croissance moyenne de 8,1 % sur la décennie 2020–2030).

Les pressions inflationnistes s’estompent progressivement. La politique monétaire stricte, la consolidation budgétaire, l'appréciation du taux de change ainsi que le ralentissement de la hausse des prix alimentaires ont contribué à cette accalmie. Ainsi, le taux d'inflation a été ramené à 3,4 % en 2025 (après 4,5 % en 2024 et 7,4 % en 2023). Pour 2026, le FMI anticipe un taux  à 3,5 %.

En 2025, le déficit budgétaire global, dons inclus, s’est établi à –0,8 % du PIB, contre –1,5 % en 2024, principalement sous l’effet de la quasi-suppression des subventions aux hydrocarbures. Parallèlement, le déficit primaire non pétrolier (dons inclus) s’est également amélioré, revenant à –1,4 % du PIB, après –2,4 % en 2024, traduisant la poursuite du redressement budgétaire engagé pendant le programme avec le FMI, dont une réduction notable des subventions aux hydrocarbures à la pompe (–94 %). Leur enveloppe a ainsi été ramenée à 15 Mds FCFA, contre 263 Mds en 2024 et 640 Mds en 2023.

En revanche, pour 2026, les perspectives apparaissent plus contrastées. La reprise de la dynamique des dépenses entraînerait un creusement du déficit budgétaire à 1,7 % du PIB, marquant une rupture avec la trajectoire de consolidation observée durant le programme avec le FMI. Dans le même temps, le déficit primaire non pétrolier se détériorerait, passant à 1,6 % en 2026.

Le besoin de financement, toujours substantiel, est attendu à 3 104,2 Mds FCFA (4,7 Mds EUR), marquant une hausse de 39 %. Pour y répondre, le gouvernement envisage un mix de financements reposant sur des prêts-projets (827 Mds FCFA), des émissions de titres publics sur le marché régional (400 Mds FCFA), des concours bancaires (590 Mds FCFA), ainsi que des appuis budgétaires de la Banque mondiale (120 Mds FCFA), des financements exceptionnels (168 Mds FCFA) et des emprunts extérieurs à hauteur de 1 000 Mds FCFA.

La dette publique du Cameroun demeure globalement soutenable et poursuit une progression modérée. À fin septembre 2025, l’encours total s’élevait à 14 591 Mds FCFA (43,9 % du PIB), en hausse de 2,6 % en glissement annuel, principalement en raison de la signature de nouvelles conventions de financement d’environ 956 Mds FCFA, dont 575 Mds FCFA de prêts projets extérieurs, 133 Mds FCFA d’appuis budgétaires et 236 Mds FCFA de prêts bancaires intérieurs. La structure de la dette reste dominée par la dette extérieure (63 % du total), qui atteint 9 000 Mds FCFA (27 % du PIB). Celle-ci est majoritairement détenue par des créanciers multilatéraux (54,6 %, notamment la Banque mondiale, le FMI et la BAD), tandis que la dette bilatérale représente 30,3 % de l’encours extérieur. La dette commerciale issue des marchés financiers représente 15,2 % du total.

Parallèlement, la dette intérieure s’établit à 5 573 Mds FCFA (17 % du PIB), en hausse de 7 %, portée par les émissions de titres publics qui représentent désormais 54,7 % de cette composante. Le service de la dette atteignait 1 030 Mds FCFA à fin septembre 2024 et pourrait absorber près de 35 % des recettes budgétaires en 2026, soit 3 006 Mds FCFA (8,3 % du PIB). Selon le FMI, la dette resterait soutenable et devrait reculer à 35 % du PIB à moyen terme, conformément à l’objectif de la stratégie d’endettement visant un ratio inférieur à 50 % du PIB d’ici 2026. Toutefois, des vulnérabilités subsistent, notamment le dépassement des seuils critiques pour les ratios du service de la dette rapporté aux recettes publiques et aux exportations, signalant un risque élevé de surendettement à moyen terme.

Relations avec la communauté financière internationale

Après l’expiration de son précédent programme en 2020, le Cameroun a conclu en juillet 2021 un nouvel accord triennal avec le FMI dans le cadre des dispositifs de Facilité Elargie de Crédit (FEC) et de Mécanisme Elargi de Crédit (MEDC), pour un montant de 689,5 M USD sur 2021-2024, axé sur l’élargissement de la base fiscale, la réforme des entreprises publiques, la maîtrise de la dette et l’amélioration du climat des affaires. Malgré des avancées ponctuelles, comme la mise en place du Compte Unique du Trésor ou la hausse des prix du carburant en 2024 pour alléger les subventions, les réformes structurelles progressent lentement, en raison notamment de problèmes de coordination administrative. Face à ces défis, le FMI et les autorités ont convenu d’une prorogation du programme jusqu’en juillet 2025, avec un financement additionnel de 145 M USD. Par ailleurs, le FMI a approuvé en janvier 2024 l’accès du Cameroun à la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), pour un montant de 185 M USD sur 18 mois, en complément de l’accord en cours. Les autorités sont parvenues, en juillet 2025, à la validation des dernières revues des programme, notamment la 8ème revue des programme FEC\MEDC et de la 3ème revue pour le programme FRD.

Outre le FMI, le Cameroun bénéficie de l’appui de nombreux partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne, France, etc.) dans de nombreux domaines : infrastructures (transport, énergie, télécommunications, eau et assainissement, etc.), secteurs sociaux (éducation, santé, etc.), développement du secteur rural, gouvernance, etc.

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