CHILI
Situation économique et financière du Chili
Après une croissance de +2,6 % en 2025, tirée par la demande interne (+4,4 %), l’économie chilienne devrait ralentir en 2026. L’OCDE, le FMI et la Banque centrale chilienne ont tous revu à la baisse leurs projections, à respectivement +1,7 %, +1,8 % et entre +1,0 % et +1,75 %. Le premier trimestre a en effet été marqué par une contraction de l'activité (-0,3 % en g.t.) sous l'effet de la faible performance des secteurs du cuivre, de la pêche et de l'agriculture, ainsi que du recul du tourisme. Au-delà de ce ralentissement conjoncturel, la croissance potentielle du Chili reste contrainte par une productivité atone, un faible niveau d'investissement public et une dynamique démographique défavorable. Le pays conserve toutefois des fondamentaux macroéconomiques solides, soutenus notamment par la résilience de son secteur financier et la prudence de sa Banque centrale, qui a maintenu son taux directeur à 4,5 % face aux pressions inflationnistes engendrées par le choc pétrolier (+4,3 % en g.a. en juin 2026).
Le président José Antonio Kast, entré en fonction en mars 2026, entend relancer la croissance par l'investissement et l'attraction de capitaux étrangers à travers une « méga-réforme », qui prévoit notamment une baisse de l'impôt sur les sociétés de 27 % à 23 % et une diminution de la fiscalité sur le capital. Ces mesures s'accompagnent d'un ajustement significatif des dépenses (-4 Mds USD en 2026), mais leur coût budgétaire immédiat intervient alors que la dette publique (41,5 % du PIB en 2025) pourrait franchir le seuil prudentiel de 45 % dès 2029. La reprise attendue en 2027, estimée à +2,6 % par le FMI, dépendra de la capacité du gouvernement à soutenir l’investissement tout en préservant les équilibres budgétaires. Elle reposera aussi sur la performance des atouts externes du pays, à commencer par le secteur minier, qui représente environ 60 % des exportations de biens du Chili.
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2021 |
2022 |
2023 |
2024 |
2025 |
2026(p) |
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PIB nominal (milliards USD) |
315,4 |
301,3 |
335,6 |
330,2 |
358 |
407,9 |
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Population (millions) |
19,4 |
19,6 |
19,8 |
19,9 |
20,0 |
20,2 |
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PIB nominal par habitant (USD) |
16 265 |
15 385 |
16 988 |
16 590 |
17 847 |
20 240 |
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Croissance du PIB réel (%) (série désaisonnalisée sur les années observées) |
11,6 |
2,1 |
0,8 |
2,6 |
2,6 |
1,8 |
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Inflation (fin de période, %) |
7,2 |
12,8 |
3,9 |
4,5 |
3,4 |
4,2 |
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Chômage (moy. annuelle, %) |
8,9 |
7,9 |
8,7 |
8,5 |
8,5 |
8,8 |
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Solde budgétaire (% du PIB) |
−7,5 |
1,4 |
−2,3 |
−2,8 |
−2 ,8 |
−2,4 |
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Dette publique (% du PIB) |
36,4 |
37,9 |
39,4 |
41,8 |
41,5 |
43,2 |
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Solde courant (% du PIB) |
−7,3 |
−8,9 |
−3,1 |
−1,2 |
−1,2 |
−1,4 |
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Dette extérieure (% du PIB) |
74,6 |
76,9 |
72,4 |
74,4 |
77,6 |
72,3 |
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Perception de la corruption (rang du classement Transparency International) |
27 |
27 |
29 |
32 |
31 |
/ |
- Sources: FMI, Banque centrale du Chili (BCCh), Transparency International
1. Malgré une activité dynamique en 2025 due au soutien à la demande interne, la croissance chilienne se heurte en 2026 à un ralentissement conjoncturel et à des freins structurels
En 2025, le PIB chilien a progressé de +2,6 %[i] après +2,6 % en 2024 et +0,8 % en 2023, portant la croissance moyenne du mandat du gouvernement Boric (2022-2026) à +2,0 % par an. Il s’agit cependant de la seconde plus faible performance depuis le retour à la démocratie en 1990. En 2025, la croissance a principalement été tirée par la demande interne (+4,4 %) portée par la consommation des ménages (+2,8 %), la consommation publique (+3,1 %) et surtout l’investissement (+7,1 %) grâce aux achats de machines et équipements.
Pour 2026, la Banque centrale chilienne a révisé à la baisse sa projection de croissance annuelle l’estimant entre +1,0 % à +1,75 % (contre +1,5 % à +2,5 % en mars). Cette tendance baissière est unanime, le FMI ayant révisé sa projection à +1,8 %[ii] (contre +2,4 % en avril 2026) et l’OCDE à +1,7 % (contre +2,2 % en décembre 2025). Ces révisions intègrent l’impact du choc pétrolier sur les prix et la consommation, la baisse de production des secteurs extractifs (cuivre principalement), la baisse du tourisme liée à la dissipation de l'avantage de change des visiteurs argentins, qui se traduisent dans les chiffres du 1er trimestre (−0,3 % en g.t.). En dépit des annonces du gouvernement, la révision la plus importante concerne l'investissement, la projection de la Banque centrale pour 2026 passant de +4,0 % à +2,2 %. Un rebond est cependant attendu dès 2027, en raison d’investissements annoncés dans de grands projets miniers et par la mise en place progressive des réformes de stimulation de la croissance initiées par le nouveau gouvernement.
Au-delà des évolutions conjoncturelles, la croissance du Chili montre un ralentissement plus structurel depuis plus d’une décennie. Après les fortes progressions des années 1990-2000 (+5,5 % par an entre 1990 et 2008), la croissance chilienne n’a été en moyenne que de +2,0 % par an entre 2014 et 2025. Cette situation s'explique par un déficit de compétitivité, une productivité atone, un faible investissement public, et surtout par la fin du super-cycle des matières premières au début des années 2010. Le Chili connaît par ailleurs depuis plusieurs années une crise démographique avec un vieillissement accéléré de sa population et un effondrement de son taux de fécondité (0,92 enfant par femme prévu en 2026), bridant fortement sa croissance potentielle.
2. Le pays est confronté à des tensions inflationnistes et défis budgétaires, mettant à l’épreuve la traditionnelle solidité de son cadre macroéconomique
L'inflation totale a fortement progressé à +4,3 % en g.a. en juin 2026, contre +2,4 % en février, sous l'effet conjugué du choc pétrolier lié à la fermeture du détroit d'Ormuz et de la suspension du mécanisme de stabilisation des carburants (MEPCO), qui a amoindri son rôle d’amortisseur et amplifié la répercussion de la hausse du cours du pétrole sur les prix à la pompe (+35 % pour l’essence, +60 % pour le diésel). La Banque centrale, prudente, a maintenu son taux directeur à 4,5 % en attendant d'évaluer les effets de second tour, avec un retour à la cible (+3,0 %) espéré à l’horizon 2027. Malheureusement en parallèle, le marché du travail s’est dégradé avec un taux de chômage en hausse (9,4 % sur la période mars-mai), et un emploi informel qui s’établit à 27,0 %.
Au plan budgétaire, le déficit structurel a dépassé en 2025 sa cible pour la troisième année consécutive (3,6 % du PIB, pour une cible à −1,6 %), non par excès de dépenses mais par érosion des recettes fiscales non minières, tombées à leur plus bas niveau depuis 2014. La dette publique s'est stabilisée à 41,5 % du PIB, un niveau proche du seuil prudentiel de 45 % fixé par le gouvernement précédent en 2022 et réaffirmé par le nouveau ministre des Finances. Selon le Conseil Fiscal Autonome (CFA) chilien, ce seuil pourrait être franchi dès 2029, une affirmation qui ne prend pour l’instant pas en compte l’effet fiscal net du projet de loi de Reconstruction nationale porté par la nouvelle administration Kast. En sus des mesures d’ajustement budgétaires prévues par le ministre des Finances à son arrivée en poste (−4 Mds USD de dépenses prévues), cette « méga-réforme » prévoit une série de mesures censées relancer la croissance et l’investissement, mais avec un coût budgétaire immédiat, telles qu’une baisse de l'impôt sur les sociétés de 27 % à 23 %, une diminution de la fiscalité sur le capital, un crédit d'impôt sur les rémunérations pour endiguer l'informalité, des exonérations d’impôts et de contributions sur le logement, les donations etc.
Malgré le ralentissement de l’activité, le Chili peut toujours compter sur un secteur financier solide et bien supervisé. Régulé selon les standards internationaux de Bâle III, le secteur bancaire chilien affiche une grande solidité financière, soutenue par un niveau élevé de solvabilité et une liquidité confortable. C’est ainsi un pilier de la résilience du pays. Malgré un contexte de taux d'intérêt durablement élevés et une légère hausse des créances douteuses et une légère baisse du crédit aux entreprises début 2026 liée au ralentissement économique, les banques maintiennent une rentabilité solide et une gestion prudente du risque. Ce secteur bancaire très développé − notamment en comparaison avec les pays voisins − joue ainsi un rôle d'amortisseur indispensable puisqu’il assure la fluidité du financement de l'économie réelle et offre un cadre sécurisant pour les capitaux étrangers, renforçant la capacité du pays à absorber les chocs conjoncturels sans crise systémique.
3. Les perspectives de croissance du pays reposent plus que jamais sur la performance du secteur externe (essentiellement minier) et sur l’attraction de nouveaux investissements.
Le secteur externe offre, de son côté, un ancrage solide. Le déficit du compte courant s'est stabilisé à −1,2 % après −1,2 % en 2024. Le Chili affiche une balance commerciale des biens structurellement excédentaire, mais ce solde est historiquement neutralisé par le déficit de la balance des revenus, sous l'effet des rapatriements de bénéfices par les entreprises étrangères, ainsi que par le déficit de la balance des services. Les exportations de biens demeurent largement dépendantes du secteur minier : le cuivre représente à lui seul environ 50 % des exportations totales, et l'ensemble du secteur minier (cuivre, or, lithium, molybdène) pesait 60 % des exportations de biens en 2025. Cette concentration rend le compte courant particulièrement vulnérable à la volatilité des cours mondiaux des matières premières et à la demande chinoise. Ce déficit a été financtsé par le compte financier, marqué en 2025 par un endettement net de 6,6 Mds USD (émissions obligataires souveraines et d'entreprises, apports en capital), après une année 2024 portée davantage par les investissements directs étrangers. Les réserves brutes de change de la Banque Centrale atteignaient 52,2 Mds USD fin mai 2026, en hausse de 7,8 Mds USD depuis fin 2024, portées par le programme d'accumulation lancé en août 2025 et un achat d'or de 1 Md USD en février 2026.
La perception des investisseurs reste très favorable : le Chili conserve la signature financière la plus solide d'Amérique latine, devant l’Uruguay. Les trois agences le maintiennent en catégorie « investment grade » (A2 Moody's, A S&P, A- Fitch). Son risque pays (EMBI JP Morgan) est très bas, se situant autour de 90-95 pb mi-2026, contre 190-220 pb pour le Brésil ou le Mexique, ce qui lui permet de se refinancer à des conditions avantageuses. Pour compenser des coûts de production supérieurs à la moyenne régionale, le pays mise sur sa stabilité institutionnelle et sur les résultats à venir du Plan de reconstruction nationale (avec la baisse de l’impôt sur les sociétés) destiné à renforcer l'attractivité pour les grands projets industriels (cuivre, lithium et hydrogène vert entre autres).
Au niveau bilatéral, la relation économique demeure solide et dynamique : plus de 300 filiales françaises sont implantées dans le pays, employant directement 70 000 personnes, pour un stock d'IDE, selon la Banque centrale chilienne[iii], de 1,96 Md USD et des échanges commerciaux bilatéraux de 2,83 Mds USD en 2025 (soit +21% sur un an). La tenue d’un forum d’affaires organisé par la CCIFC en juin 2026 a mis en évidence un portefeuille de 6 Mds USD de projets français à l'étude pour les prochaines années. Ce dynamisme dépasse le seul cadre bilatéral, 85 projets d'investissement (16,6 Md USD) ont été approuvés lors des 100 premiers jours du gouvernement Kast, et plus de 80 sont entrés en processus d’évaluation environnementale pour un montant total de 23 Mds USD sur la même période. Des records historiques qui montrent la bonne réception par les entreprises du signal pro-business envoyé par la nouvelle administration.
[i] Toutes les données observées concernant la croissance correspondent aux séries désaisonnalisées. Concernant les prévisions, celles de l’OCDE sont désaisonnalisées, alors que celle de la Banque centrale et du FMI ne le sont pas.
[ii] Donnée révisée lors de la publication de l’article IV Chili en juillet 2026.
[iii] Ces données sont considérées comme peu représentatives de la réalité économique en raison des mécanismes de comptabilisation des investissements et de l’organisation des groupes multinationaux.