La situation économique du Chili

Alors que l’économie chilienne était déjà affaiblie par les contestations sociales d’octobre 2019, l’adoption de mesures préventives pour endiguer la Covid-19 a entrainé une contraction des activités d’une ampleur inédite au 2ème trimestre 2020 (-13,5 % en glissement trimestriel). Les activités les plus affectées sont les services et la construction, et dans une moindre mesure, l’activité industrielle, qui bénéficie de son arrimage à l’économie chinoise (mines et agroalimentaire exportateur en particulier). L’assouplissement progressif du confinement et les mesures de soutien aux ménages et entreprises permettent à l’activité de repartir au 3ème trimestre (+5,2 % sur un trimestre) même si la richesse nationale reste en dessous de son niveau de 2019 (-9,1 %). Sur l’ensemble de l’année, le FMI prévoit un recul du PIB chilien de 6 %, avant un rebond de 4,5 % en 2021.   .

Le gouvernement a adopté, dès avril, un revenu minimum garanti (IMG[1]) pour les travailleurs (y compris indépendants) les plus vulnérables. En revanche, la Chambre des députés, dominée par l’opposition, a voté contre la version actuelle du projet de loi visant à augmenter de façon exceptionnelle le salaire minimum dans le contexte de pandémie. Ce texte prévoyait une revalorisation du salaire comprise entre 2 et 4 %, soit un niveau proche de l’inflation (prévisions du FMI à 2,7 % en 2020).

En réponse à la crise sanitaire, les autorités chiliennes ont fortement augmenté la dépense publique (+11,4 points sur un an) pour atteindre 28 % du PIB, un niveau record depuis une trentaine d’années. Aux mesures d’urgence adoptées entre mars et avril (17 Mds USD), se rajoute le plan de relance « Paso a Paso Chile se Recupera » de 34 Mds USD (4,6 % du PIB) sur la période 2020-2022. La stratégie de relance des activités comprend des investissements publics massifs dans les infrastructures. Le plan de relance inclut également le Fonds d’urgence doté de 12 Mds USD pendant 24 mois[2].

Le changement de paradigme dans le soutien public entraine un déficit budgétaire de 8,2 % du PIB en 2020. Le solde public pourrait néanmoins descendre à 4,3 % du PIB en 2021 grâce à l’amélioration de la situation économique et sanitaire. En dépit d’une consolidation graduelle des finances publiques, avec un objectif de déficit à 0,9 % du PIB en 2025, la dette publique pourrait progresser tout en restant à un niveau soutenable (33,7 % du PIB en 2020 puis 36,4 % en 2021 avant d’atteindre 44,1 % du PIB en 2025).

Structurellement déficitaire, la balance courante connait un surplus exceptionnel au 2ème trimestre (4,8 % du PIB) grâce à l’excédent record de la balance commerciale (4,9 Mds USD) lié à la contraction des importations. Le solde courant redevient très légèrement déficitaire au 3ème trimestre (-25 MUSD) tout comme le compte financier qui enregistre des entrées nettes de capitaux de 1,3 Md USD. Les investissements directs se soldent par des sorties nettes de 2,8 Mds USD qui restent inférieures aux entrées nettes des investissements de portefeuille (10 Mds USD).

De surcroît, le Chili traverse une crise sociale sans précédent, amplifiée par les répercussions sur le marché du travail de la crise sanitaire. Le taux chômage atteint 12,3 % sur la période allant d’août à septembre 2020, contre 7,3 % sur la même période en 2019. En ajoutant la main d’œuvre disponible (potentiellement à la recherche d’un travail), le taux de chômage est estimé à 27,8 %. Sans surprise, le recul est particulièrement marqué chez les travailleurs indépendants (-29,9 %). La population ayant un emploi augmente légèrement à la faveur de la reprise des activités (7,3 millions sur la période) mais reste inférieure aux 9 millions d’employés enregistrés par l’institut des statistiques sur la période allant de décembre à février 2020.

A cela s’ajoute le mécontentement social multiforme qui s’est exprimé avec violence fin 2019. La population chilienne, dans une grande majorité, dénonce la persistance de fortes disparités sociales malgré l’amélioration de l’indice de Gini ces vingt dernières années (0,44 en 2017) et la diminution drastique du taux de pauvreté sur la période (8,6 % en 2017).

En réponse aux demandes exprimées lors du soulèvement social de 2019, une loi ad hoc a exceptionnellement autorisé, en juin 2020, les travailleurs à retirer jusqu’à 10 % de leur épargne de retraite (AFP) de manière anticipée (équivalent de 8,3 % du PIB). Début septembre, près de 9,3 millions d’affiliés avaient retiré 12,3 Mds USD, soit environ 5 % du PIB. Devant le succès de cette disposition, plébiscitée à près de 85% de la population chilienne, et en réponse cette fois à la crise économique du Covid-19, une seconde loi a été adoptée en décembre 2020 portant sur une nouvelle tranche de 10% des AFP. La moitié des retraits de la première tranche aurait servi à financer des dépenses de consommation, en partie constituées de biens importés. Si ces mesures permettent, à court terme, de soutenir la demande en faisant porter une partie notable de l’effort par une ponction sur l’épargne long terme intangible des ménages tout en préservant au maximum les comptes publics, elle complexifie la réforme à venir du système de retraite dont les Chiliens attendent très majoritairement une revalorisation.

De plus, les Chiliens se sont prononcés avec une large majorité (78,3% des voix) en faveur d’une nouvelle Constitution lors du référendum du 25 octobre 2020. Bien qu’ayant été amendée à plusieurs reprises, l’actuelle constitution de 1980 fait figure de scorie héritée de la dictature Pinochet (1973-1990). Elle est considérée par une partie de la population comme incompatible avec les demandes de réformes sociales. Dans cette optique, l’Assemblée constituante qui sera élue en marge des élections locales d’avril 2021 aura pour mission de rédiger une nouvelle Constitution dans un délai d’un an maximum, avec prise d’effet en juin 2022.

Le Chili présente les meilleurs indicateurs de la zone en termes de transparence et de gouvernance. Le pays est classé au 59ème rang mondial dans le Doing Business 2020 et 26ème rang dans la perception de la corruption de Transparency International, faisant du Chili le pays le moins touché par la corruption en Amérique latine après l’Uruguay (21ème rang). Mais les incertitudes – apparues fin 2019 et complexifiées tout au long de 2020 avec la crise sanitaire – qui pèsent lourdement sur le climat des affaires ne disparaîtront qu’une fois proclamée la Constitution de 2022, aléas qui pourraient pénaliser la reprise économique post-Covid 19.


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