Situation économique et financière

Croissance économique et développement

Placée depuis 2012 sur un sentier de croissance soutenue – de l’ordre de 8% par an en moyenne –  l’économie ivoirienne a traversé plusieurs crises concomitantes en 2017 (baisse du cours mondial du cacao de près de 50%, remontée des cours du pétrole, mouvements sociaux et mutineries, etc.), qui n’ont toutefois pas altéré sa dynamique. La croissance a été de 7,8% en 2017 puis de 7,4% en 2018. En 2019, le PIB réel devrait encore croitre de 7,5% en 2019 puis graduellement décélérer autour de 6,5% à l’horizon 2023.

La performance et la résilience de l’économie ivoirienne reposent sur plusieurs facteurs structurels au premier rang desquels (i) la stabilité monétaire que lui confère son appartenance à la Zone franc (UEMOA) et qui se traduit notamment par une inflation faible (0,4% pour 2018 et 1% attendu en 2019) et (ii) un tissu productif relativement diversifié : bien que le pays maintienne son rang de 1er producteur mondial de cacao (plus de 35% de part de marché), le secteur agricole ne représente plus que 28% du PIB mais emploie toujours près de la moitié de la population active. Le secteur secondaire (25% du PIB) concerne principalement le raffinage de pétrole, l’énergie, l’agro-alimentaire et le BTP. Enfin, le secteur tertiaire (47% du PIB) est dominé par les télécommunications, les transports (portuaire et aérien), la distribution et les activités financières.

Par ailleurs, bien que l’effet semble progressivement s’atténuer, l’économie ivoirienne bénéficie encore d’un effet de rattrapage après la période de faibles investissements des années 2000. Enfin, la Côte d’Ivoire tire un avantage majeur du processus de désendettement issu de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés), qui lui a permis de retrouver des marges de manœuvre financière pour mettre en œuvre son programme d’investissements publics, grâce à un recours aux marchés financiers régional (bons et obligations du Trésor) et international (Eurobond).

Le pays reste néanmoins marqué par la persistance de disparités socio-économiques et géographiques majeures. Avec une espérance de vie à la naissance dépassant à peine 57 ans (plus de 3 ans de moins que la moyenne subsaharienne), le pays se classe 170ème sur 189 pays au dernier classement du développement humain des Nations unies. Près de la moitié de la population vivrait en-dessous du seuil national de pauvreté de 737 FCFA/jour (1,1 EUR). Des disparités géographiques majeures persistent entre Abidjan, la capitale économique et financière du pays, et le reste du territoire : 80% de l’activité économique du pays relèverait de la seule ville d’Abidjan qui abrite pourtant moins du quart de la population du pays. Par ailleurs, l’économie reste encore largement informelle avec une part estimée entre 30 et 40% du PIB, l’emploi informel occupant quant à lui plus de 90% de la force de travail.

Finances publiques

En 2017, le pays a accusé une dégradation de sa situation budgétaire marquée par un effet ciseau sur les finances publiques (diminution des recettes, augmentation de la charge salariale…) qui s’est traduit par un creusement mécanique du déficit public (4,2% du PIB contre un objectif initial de 3,7%). En 2018, la situation s’est légèrement améliorée, avec un déficit budgétaire en léger recul à 4% du PIB, permis notamment par l’adoption en cours d’année de mesures fiscales compensatoires (rétablissement de la taxe d’enregistrement sur le cacao afin de limiter les effets de la baisse des recettes sur l’anacarde et des taxes sur les produits pétroliers) et une contraction des dépenses d’investissement.

Pour 2019, la loi de finances table sur un déficit de 3% du PIB, conforme au critère de convergence macroéconomique de l’UEMOA. Les autorités ont voté un budget de plus de 11 Mds EUR, en progression de près de 9% par rapport au précédent.

La résilience financière de la Côte d’Ivoire dépend de sa capacité à reconstituer des marges de manœuvre budgétaire, en améliorant notamment la mobilisation fiscale. Bien qu’en lente amélioration  le taux de pression fiscale demeure insuffisant et en deçà de l’objectif de l’UEMOA de 20% du PIB (15,6% en 2018 et prévu à 16% en 2019).

Malgré le fort régime de croissance économique enregistré depuis 2012 et l’allègement progressif de la dette publique généré par le C2D, le ratio de dette publique sur PIB s’est accru ces dernières années pour atteindre 48,7% du PIB à fin 2018 (dont 5% du PIB au titre des entreprises publiques). Néanmoins, le pays demeure dans la catégorie des pays à risque de surendettement modéré et fin 2019, ce ratio devrait légèrement se contracter à 47,3% du PIB, un niveau qui reste d’ailleurs toujours très en deçà du plafond communautaire de 70% du PIB. Par ailleurs, les autorités disposent d’une stratégie de gestion de la dette à moyen terme qui affiche pour priorités une augmentation de l’endettement domestique (autour de 70% de la dette totale) et une baisse des engagements extérieurs en privilégiant les prêts concessionnels et semi concessionnels.

Climat des affaires

L’amélioration du climat des affaires est une condition sine qua non au maintien d’un régime de croissance soutenu à moyen terme. Depuis 2011, force est de constater que de nombreux progrès ont été réalisés notamment sur les plans juridique (codes des investissements, minier, de l’électricité, des télécommunications…) et institutionnel (création du tribunal du commerce, du guichet unique …). En 2018, le pays a même gagné 17 places dans le classement Doing Business pour se hisser au 122ème  rang  mondial sur 190 pays, faisant ainsi partie des 10 pays les plus réformateurs au monde. Néanmoins, de nombreux obstacles demeurent s’agissant notamment de la gouvernance (108ème place sur 176 pays au classement de Transparency International sur la perception de la corruption) ou encore de l’insécurité foncière.

L’émergence d’un secteur privé local reste entravée par les difficultés d’accès aux financements. Pourtant, le secteur bancaire ivoirien présente des indicateurs dans l’ensemble bien orientés, avec une augmentation soutenue des crédits à l’économie (+13% en 2017) et une amélioration de la supervision bancaire dans le cadre du nouveau dispositif prudentiel de Bâle II/III. La BCEAO poursuit les efforts pour améliorer l’inclusion bancaire ; la Côte d’Ivoire affiche un taux de bancarisation stricte de l’ordre de 20% de sa population (porté à plus de 60% en incluant l’ensemble des services financiers).

 

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Juin 2019

Publié le