Commerce extérieur de l'UEMOA en 2018

D’après la BCEAO, en 2018, les échanges commerciaux de biens de l’ensemble des pays de l’UEMOA se sont élevés à 52,8 Mds EUR[1], en augmentation de +7,4% en g.a.. Malgré la légère augmentation des exportations (+0,7% en g.a. à 22,8 Mds EUR), l’année 2018 a été marquée par une dégradation du déficit commercial de la zone (de -4,2 Mds EUR en 2017 à -7,5 Mds EUR en 2018) sous l’effet d’une importante hausse des importations (+13% à 25,6 Mds EUR au total) et notamment de l’alourdissement de la facture énergétique (+34,6% à 6,9 Mds EUR). En 2018, le principal client de la zone est la Suisse (17,5% des achats, notamment l’or) et son principal fournisseur est la Chine (15,5% des ventes). La France est le 5ème client et le 2ème fournisseur de la zone, avec des parts respectives de 5,8% et 13,2%. Les échanges intracommunautaires demeurent faibles autour de 14%, largement en deçà de l’objectif communautaire de 25%. 

Une légère progression des exportations (22,8 Mds EUR, +0,7% en g.a.), grâce à la hausse des ventes de pétrole et d’or compensant la baisse des ventes de cacao

Des exportations principalement composées de matières premières ou de produits faiblement transformés

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En 2018, les exportations de biens des pays de l'UEMOA sont ressorties à 22,8 Mds EUR, en hausse de 0,7% en g.a.. Composées essentiellement de matières premières ou de produits faiblement transformés, elles sont dominées par l'or (23,2%) et le cacao (17,1%), suivis des produits pétroliers (10,0%), de l'anacarde (6,5%) et du coton (6,3%). L'analyse de l'indicateur de diversification des exportations (indice de Theil[1]) montre une lente amélioration du degré de diversification des produits exportés par l'Union sur la période 2007-2018. D’après l’indice, le Sénégal et le Togo sont les pays dont les ventes sont les plus diversifiées de la zone, tandis que la Guinée-Bissau est le pays dont les exportations sont les moins diversifiées sur la période.

La légère progression des exportations est essentiellement imputable à la hausse des ventes de produits pétroliers (+15,6% à 2,3 Mds EUR) et d'or (+9,6% à 5,3 Mds EUR), cette dernière hausse étant liée à la mise en production de nouvelles mines au Mali (4ème producteur africain en 2018 avec 61,2 tonnes extraites). Les exportations de coton (+9,4% à 1,4 Md EUR) ont également progressé – tirée principalement par la remontée des cours – ainsi que les ventes de noix de cajou (+4,5% à 1,5 Md EUR). Ces augmentations ont été modérées par le net recul des exportations de cacao (-12,8% en valeur à 3,9 Mds EUR) – en raison d’une baisse des prix d’achat bords champ[2]et de caoutchouc (-14,4% à 638 M EUR).

2Des exportations originaires de Côte d’Ivoire à près de 45%

L'analyse des parts des exportations par pays fait ressortir une légère baisse de la prédominance de la Côte d'Ivoire, qui représente tout de même 44% des ventes extérieures de l’UEMOA en 2018 (son plus bas niveau depuis ces 10 dernières années), et est suivie du Sénégal (13,5%), du Mali (13,5%) et du Burkina Faso (12,5%). La Côte d’Ivoire a en effet vu ses exportations se contracter de -4,8% en 2018 par rapport à l’année précédente, tandis qu’elles ont progressé de +15,2% au Sénégal et +11,5% au Mali.

Des ventes toujours principalement destinées à l’Europe malgré l’augmentation du poids des géants asiatiques

Les ventes de l’UEMOA sont principalement destinées à l’Europe (43,7%, dont 17,5% à la Suisse et 5,8% à la France), mais la part de l’Asie dans les exportations de la zone est en constante augmentation depuis 2009, passant de 10,8% à 23% en 2018 (dont 7,3% rien que pour l’Inde (notamment, anacarde et or) mais seulement 2,2% pour la Chine). La Suisse (17,5%) et l’Afrique du Sud (7,5%) – importateurs d’or – ainsi que le Nigéria (10,6%) – importateur de pétrole raffiné – sont les principaux clients de la région.

Une augmentation des importations (30,1 Mds EUR, +13% en g.a.), en partie attribuable à l’alourdissement de la facture énergétique

Des pays qui continuent d’importer la large majorité de leurs biens de consommation finale et intermédiaires

Les importations de biens des pays de l’UEMOA sont ressorties à 30,1 Mds EUR en 2018, en hausse de 13% en g.a.. Le premier poste est constitué de biens de consommation (8 Mds EUR, soit 26,4% des importations totales, dont 21,4% de produits alimentaires). Les biens d’équipement représentent 23,5% des importations totales, les produits énergétiques 22,8% et les biens 2intermédiaires (principalement des matériaux de construction et des produits chimiques) 19%, sans que le document de la BCEAO ne fournisse de nomenclature précise sur la typologie de ces biens.

La hausse des importations est imputable aux augmentations des achats enregistrés de façon conjuguée pour tous les postes : +34,6% pour les produits énergétiques – tirés par la remontée des cours du pétrole –, +15,4% pour les biens intermédiaires, +9,3% pour les biens d'équipement et enfin, +2,8% pour les biens de consommation.

Poids lourds économiques et démographiques de la sous-région, la Côte d’Ivoire (9 Mds EUR) et le Sénégal (6,8 Mds EUR) réceptionnent à eux seuls à 52,6% des importations de l’UEMOA.

Depuis 2016, un maintien de la Chine au rang de 1er fournisseur de la zone (15,5% des importations), devant la France (13,2%)

Les pays de la région s’approvisionnent principalement en Chine (15,5% des importations totales, en augmentation de 0,7 points en g.a.) et en France (13,2%, en recul d’1 point), devant le Nigéria (7,5%) et l’Inde (6,1%). La part des importations en provenance des autres pays de la CEDEAO dans les importations totales de l’UEMOA a progressé de 1,2 point en 2018, s'établissant à 9,6%. A noter que les achats extérieurs de l'Union en pétrole brut se sont effectués à 88,7% au Nigéria en 2018, tandis que les achats de produits pétroliers raffinés se sont effectués à 46,8% auprès de l’Union européenne.

Un creusement important du déficit commercial – structurel – de l’UEMOA de 4,2 Mds EUR en 2017 à -7,5 Mds EUR en 2018

Le déficit commercial de l'Union en 2018 s'est établi à -7,5 Mds EUR, contre -4,2 Mds EUR en 2017. La balance commerciale de tous les pays de la zone se détériore. La Côte d'Ivoire (+974 M EUR) et, dans une proportion moindre, la Guinée Bissau (+32 M EUR) sont les seuls pays de l'Union à réaliser un excédent commercial, mais celui de la Côte d’Ivoire connaît toutefois une chute brutale de -1,6 Md EUR par rapport à 2017. Le Sénégal (-3,8 Mds EUR, contre -3,3 Mds EUR en 2017) enregistre pour sa part le plus gros déficit de la région.

Des échanges intracommunautaires limités, reflet de la faiblesse de l’intégration commerciale régionale

Les échanges intra-UEMOA en 2018 sont estimés à 3,8 Mds EUR (dont 29% de produits pétroliers), en hausse de +6,3% par rapport à l’année précédente, soit 14,1% des exportations totales de la région. La Côte d'Ivoire et le Sénégal, dont les tissus industriels sont les plus développés, sont ainsi logiquement les principaux fournisseurs intra-régionaux, avec respectivement 35,3% et 24,7% des exportations intra-régionales totales en 2018. A l’inverse, le Mali et le Burkina – pays géographiquement enclavés – occupent les 1ère et 2ème places des importateurs intra-communautaires, avec respectivement 35,6% et 23,9% des approvisionnements.

Alors que les pays partagent une monnaie commune, la part des échanges intracommunautaires demeure faible et très en deçà de l’objectif de 25% fixé par le programme régional de développement des échanges commerciaux dans l’espace UEMOA. Plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse au premier rang desquels l’homogénéité des biens et services échangés dans cet espace ; cette intégration souffre du manque de complémentarité entre les économies nationales, du fait de la similarité des biens exportés (matières premières brutes ou produits faiblement transformés) et importés (biens de consommation finale et intermédiaires) par chaque pays, reflétant la faible diversification de leurs tissus productifs. Par ailleurs, outre la faiblesse des infrastructures routières, les échanges sont contraints par les nombreux contrôles effectués sur les corridors, des prélèvements illicites et autres faux frais ainsi que de longs délais pour le transport des marchandises[4]. La zone se caractérise également par des distorsions en matière de concurrence et en particulier, des difficultés pour certaines entreprises à avoir accès aux marchés, notamment publics, de certains pays de l’Union.

 

 


[1] Les montants, initialement libellés en FCFA dans le document de la BCEAO, ont été convertis en EUR dans cette note. 1 EUR = 657 XOF.

[2] L’indice de Theil prend en compte le nombre de produits exportés par un pays et le degré de concentration de la structure des exportations sur quelques produits.

[3] La BCEAO indique que le cours mondial du cacao a augmenté de +7,8% en 2018, portée par la vigueur de la demande en provenance notamment d'Asie et d'Europe. Cependant dans les pays de l'Union notamment en Côte d'Ivoire (99,4% de la production de la zone), les cours réel à l'exportation du cacao se sont repliés de l’ordre de 12% en 2018, en liaison avec les opérations de ventes à terme sur la base d'une hypothèse de repli du prix bord champ anticipé par rapport au niveau de 2017. Ainsi le prix bord champ est ressorti à 713 FCFA/kg en 2018, en baisse de 12% par rapport à 2017. A noter, les quantités sont restées quasi stables de 1984,9 kT en 2017 à 1995,9 kT en 2018.

[4] Les transporteurs terrestres sont contrôlés en moyenne 20 fois par voyage, sept fois plus que la norme communautaire, soit deux postes de contrôle pour 100  km parcourus. Les perceptions illicites hors frontières, par voyage et par camion représentent en moyenne selon l’UEMOA 41 245 FCFA (62,9 EUR) soit environ le salaire minimum d’un travailleur au Bénin. Le maximum de perceptions illicites est enregistré sur le corridor Dakar-Bissau pour 101 000 FCFA (154 EUR) par camion.

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