Le commerce extérieur canadien: une reprise dynamique, quoique freinée par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement

Le commerce extérieur canadien: une reprise dynamique, quoique freinée par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement

NB : cette fiche s’appuie sur les données canadiennes de Statistique Canada

Suivant la tendance mondiale, le commerce canadien a vigoureusement rebondi au cours de l’année 2021 (+16,7%). Le Canada a profité du dynamisme du secteur énergétique pour enregistrer son premier excédent commercial depuis 2014 (4,5 Md CAD/3,4 Md €). Le S1 2022 confirme les bons résultats de 2021 avec des exportations et importations en forte hausse (respectivement +27% et +20% en glissement annuel), et permet au Canada d’enregistrer un excédent commercial record de 19,9 Md CAD (15 Md €), cinquante fois plus élevé qu’au S1 2021 (421 M CAD/322 M €). Le Canada tire notamment bénéfice de l’important excédent vis-à-vis des Etats-Unis, dont son commerce est particulièrement dépendant, tant comme fournisseur (50% des importations) que comme débouché (75% des exportations).

La dynamique de forte croissance des exportations canadiennes avec le reste du monde en 2021 est confirmée par les bons résultats du premier semestre 2022

Après une année 2020 marquée par la pandémie, les exportations ont fortement rebondi en 2021 et au 1er semestre 2022. L’année 2020 avait vu les exportations canadiennes de marchandises diminuer de 12,3%, mais celles-ci ont fortement rebondi à l’aune de la reprise en 2021 (+21,8%, à 636 Md CAD/485 Md €),rattrapant le niveau de 2019.Cette reprise s’est confirmée sur le premier semestre 2022 : les exportations ont atteint 365 Md CAD (276 Md €) au cours des 6 premiers mois, soit une hausse de 27% par rapport au S1 2021.

La reprise des échanges de marchandises a toutefois été inégalement observée dans les différents secteurs de l’économie canadienne. Après une contraction sans précédent en 2020 liée aux confinements, les exportations de produits énergétiques ont atteint un niveau record en 2021 (+ 61,8%, soit 143,7 Md CAD/98,9 Md €) et confortent l’énergie en tant que premier poste d’exportation canadien, avec près d’un quart des exportations (Annexe III). La situation s’est confirmée au S1 2022, puisque les exportations énergétiques ont quasiment doublé entre le S1 2021 et le S2 2022 (+82%), un record qui s’explique principalement par un effet-prix, passant de 61 Md à 110 Md CAD (44 Md € à 83 Md €), soit 30% des exportations totales canadiennes. Les biens de consommation (12% du total, +19%) et les produits métalliques (11% du total, +16%) suivent en tant que 2ème et 3ème postes d’exportation au S1 2022, dans le même ordre et dans le même ordre de grandeur qu’en 2021. Autrefois secteur dynamique à l’export, l’industrie automobile canadienne a connu en 2021 son pire résultat depuis 10 ans, avec une baisse de 7,3% (60,9 Md CAD/41,8 Md €, soit 10% du total) notamment expliquée par la pénurie de semi-conducteurs ayant frappé le secteur ; même s’il a rebondit au S1 2022 en progressant de 15% par rapport au S1 2021, mais continue de peser moins dans le total des exportations canadiennes (Annexe I).

Après un net recul en 2020, le commerce avec les Etats-Unis, principal débouché des exportations canadiennes, a substantiellement progressé au cours de l’année 2021, dépassant les niveaux observés avant la crise sanitaire. Les exportations vers les Etats-Unis (476,7 Md CAD/327,9 Md €, +24% par rapport à 2020) représentaient ainsi plus de 75% des exportations canadiennes en 2021. Aucun autre pays ne représentait plus de 5% des exportations en 2021 : l’Union européenne comptait en 2021 pour 4,9% des exportations canadiennes, la Chine 4,5%, le Royaume-Uni 2,9% et le Mexique 1,4%. Cette dynamique est confirmée en 2022 : les exportations vers les Etats-Unis s’élèvent à 226 Md € au S1 2022, en augmentation de 20% entre le S1 2021 et le S1 2022. Les Etats-Unis comptent ainsi au S1 2022 pour 77% du total des exportations totales canadiennes, confirmant l’importance de ce partenaire pour les exports (Annexe II).

L’Ontario, qui représente 40% de la population et du PIB canadien, est le moteur principal des exportations canadiennes. Avec environ un tiers des exportations canadiennes, l’Ontario s’appuie sur les exportations de son industrie automobile (25% des exportations de la province) et du secteur de la métallurgie (21% des exportations de la province). Grâce au rebond du secteur énergétique (72% des exportations de la province), l’Alberta demeure au S1 2022 le 2ème exportateur du pays avec une hausse des exportations de plus de 90% entre le S1 2021 et le S1 2022 qui s’explique par la hausse des cours du pétrole. Le Québec reste un acteur important du commerce canadien, grâce à ses produits métalliques et minéraux, à l’industrie manufacturière et au secteur forestier ; la Belle Province représente ainsi 17% des exportations.

Les importations du Canada depuis le reste du monde augmentent avec la reprise mondiale

Les importations ont également rebondi après une année 2020 marquée par la pandémie, signe de la vigueur de la demande intérieure canadienne. Alors que les importations avaient diminué de 8% en 2020 par rapport à 2019, essentiellement à cause de la pandémie, les importations canadiennes ont atteint 631 Md CAD (481 Md €) en 2021, en augmentation de 12,6% par rapport à 2020, suffisant pour rattraper et dépasser le niveau pré-pandémie. La tendance haussière des importations canadiennes se confirme au S1 2022 avec une augmentation de 20% entre le S1 2021 et le S1 2022, comptant au total pour 365 Md CAD (279 Md €).

Les importations ont connu une évolution plutôt homogène d’un point de vue sectoriel en 2021 et continuent de progresser au S1 2022 (Annexe IV). Les biens de consommation, comptant pour 131 Md CAD/100 Md € demeurent le premier poste d’importations de l’économie canadienne (22% du total des importations) et ont progressé de 7,3% en 2021. Malgré le contexte défavorable sur le marché automobile nord-américain, les importations de pièces et véhicules automobiles ont également progressé de 7,2% (16% du total des importations), à des fins de stockage pour anticiper la poursuite des pénuries. Cette évolution de la balance commerciale du secteur automobile, sensible depuis 2016, souligne le recul structurel du Canada dans les chaînes de valeur de cette industrie, très intégrée à l’échelle du continent américain. Les importations de machines et pièces électroniques (74,3 Md CAD/51,1 Md €, 12% du total des importations) ont progressé de 8,9% en 2021, retrouvant un niveau similaire à celui de 2019.

Les Etats-Unis demeurent le 1er fournisseur du Canada, avec 49% des importations totales du Canada en 2021. Après avoir connu une reprise de 12,2% en 2021, les importations en provenance du voisin du Sud ont augmenté de 20% au S1 2022 sur un an, portées par les produits énergétiques (+72%) et les produits chimiques industriels (+39%). Les deux autres principaux fournisseurs du Canada, la Chine et l’Union européenne (comptant chacun pour 9% du total des importations), ont connu une progression de 23% et de 19% des importations entre le S1 2021 et le S1 2022.

L'Ontario, le Québec et la Colombie Britannique sont les trois régions les plus importatrices du Canada et comptent respectivement au S1 2022 pour 61%, 14% et 10% des importations du pays. Au total l’Ontario a importé notamment des véhicules automobiles (43 Md CAD/32,8 Md €, soit 20% des importations de la province) et des biens de consommation (47 Md CAD/35,8 Md €, 22% des importations). Le Québec a importé 51 Md CAD (39 Md €, 14% des importations du pays) dont 10 Md CAD (6 Md €) de biens de consommation (20% des importations de la province) tandis que la Colombie-Britannique a importé au total 37 Md CAD (28 Md €, 10% du total des importations du pays) contre seulement 20 Md (15 Md €) pour l’Alberta (5% des importations du pays). L’Alberta importe peu (6% des importations du pays).

Une balance commerciale excédentaire depuis la reprise économique post-pandémie qui s’explique principalement par l’excédent commercial canadien vis-à-vis des Etats-Unis

L’excédent canadien pour le commerce de marchandises s’est établi à 4,5 Md CAD (3,4 Md €) pour l’année 2021, marquant un retournement de situation complet par rapport au déficit constaté en 2020 (39,8 Md CAD/30 Md €). Cet excédent de la balance des biens, le premier depuis 2014, s’inscrit dans un contexte de reprise des échanges (+16,7% au total). Au S1 2022, l’excédent canadien pour le commerce de marchandises a atteint 19,9 Md CAD/15,2 Md €, soit davantage que l’excédent sur l’ensemble de l’année 2021, soutenu par la balance positive du secteur énergétique et par l’excédent commercial historique du Canada avec les Etats-Unis (83,8 Md CAD/64 Md €). Hors Etats-Unis, le Canada aurait présenté un déficit de 79,2 Md CAD (60,4 Md €) en 2021.

L’excédent commercial canadien se scinde ainsi en deux composantes : un excédent majeur vis-à-vis des Etats-Unis, et un déficit vis-à-vis de ses autres partenaires commerciaux principaux (à l’exception du Royaume-Uni,+8,1 Md CAD/6,2 Md €). En 2021, la balance commerciale du Canada avec les Etats-Unis demeurait largement excédentaire, et en progression par rapport à 2020 : 179,1 Md CAD (123,2 Md €, + 52%). Les produits énergétiques qui représentent plus du quart des exportations canadiennes vers les Etats-Unis (129,1 Md CAD/88,8 Md €, +63,8%) sont la principale source de l’excédent commercial avec les E-U (108 MD CAD/84,4 Md €), suivis des produits issus du bois et de la forêt (+25 Md CAD/19 Md €) et des minerais (+21 Md CAD/16 Md €) (Annexe I). Les machines et équipements industriels (déficit commercial de 4,6 Md CAD/3,5 Md €), les moteurs et autres produits de l’industrie automobile (-2,9 Md CAD/2,2 Md €) et les produits industriels en caoutchouc et en plastique (-2,6 Md CAD/2 Md €) sont quant à eux les principaux secteurs où le Canada entretient un déficit commercial avec les E-U. En dehors des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le Canada entretient des déficits vis-à-vis de ses autres principaux partenaires commerciaux (26,2 Md CAD/20 Md € vis-à-vis de l’Union européenne, 28,6 Md CAD/21,8 Md € avec la Chine et 10,7 Md CAD/8,2 Md € avec le Mexique).

Sur le premier semestre 2022, l’Union européenne dépasse la Chine en volume d’échanges commercial pour devenir le deuxième partenaire commercial du Canada (50 Md CAD contre 47,7 Md CAD/ 38 Md € contre 36,4 Md €). Alors que la Chine était en 2021 le 2ème client du Canada, l’UE a pris sa place au S1 2022, (4,5% des exportations canadiennes, tandis que la Chine est passé de 4,8% au S1 2021 à 3,3% au S1 2022), mais est toujours en retard vis-à-vis de la Chine pour ravir la place de 2e fournisseur (9% des importations canadiennes, stable par rapport au S1 2021, contre 9,6% pour la Chine au S1 2022). Au sein de l’UE, l’Allemagne (1e partenaire), la Belgique (2e, passée devant les Pays-Bas entre 2020 et 2021) et le Pays-Bas (3e) se positionnent notamment devant la France (4e). Le Royaume-Uni reste le 3e marché pour les exportations canadiennes en 2021 avec 16,3 Md CAD/12,4 Md € exportés, dont 11,4 Md CAD/8,7 Md € de produits en métal et en minerais.

 

Chiffres-clés (2021)

  • Balance commerciale de biens: +4,5 Md CAD (3,4 Md €).
  • Exportations totales: 636,3 Md CAD ;  485 Md € (+ 21,8 %).
  • Importations totales: 631,7 Md CAD ; 481 Md € (+12,6 %).
  • Principaux partenaires commerciaux :

1. Etats-Unis : 75% des exportations - 50% des importations.

2. Chine : 4,5% des exportations - 14% des importations.

3. Union Européenne (UE27*): 7,4% des exportations - 12,3% des importations 

 

  • Principaux clients du Canada dans l’UE (UE27*) :

1. Allemagne (6,9 Md CAD; 5 Md €) 

2. Pays-Bas (4,8 Md CAD; 3,5 Md €) 

3. France (4 Md CAD; 2,5 Md €) 

 

  • Principaux fournisseurs du Canada dans l’UE (UE27*):

1. Allemagne (19 Md CAD; 13,7 Md €)

2. Italie (10,5 Md CAD ; 7,5 Md €)

3. France (7,1 Md CAD; 5,1 Md €)

 

  • Rang de la France:

0,64% des exportations totales du Canada : 8ème client du Canada et 3ème client au sein de l’UE.

1,16% des importations totales du Canada : 11ème fournisseur du Canada et 3ème fournisseur au sein de l’UE. 

 

(*) : suite au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne au 31 décembre 2020, nous avons choisi de faire apparaître les chiffres UE27 dans ce bilan du commerce extérieur canadien. Toutefois il convient de préciser qu'en cas de prise en compte du Royaume-Uni dans les données UE, le Royaume-Uni se classerait au 1er rang des pays clients du Canada au sein de l'UE (19,9 Md CAD/13,4 Md€), et au 3ème rang des pays fournisseurs (7,8 Md CAD/5,2 Md€). 

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