Fiche pays Botswna (Juin 2019)

 

  • Un changement politique placé sous le signe de l’ouverture

M. Mogkweetsi Masisi a été élu président de la République le 1er avril 2018, avec l’étiquette du Parti Démocratique du Botswana (BDP), au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1966. Le pays est généralement considéré comme une démocratie stable, avec des élections libres et justes qui se déroulent tous les cinq ans. Le Botswana bénéficie d’un vent nouveau, avec l’action du nouveau président pour attirer les Investissements Directs Etrangers (IDE) et renforcer les échanges commerciaux. Les élections générales d’octobre prochain devraient conduire à une continuité de la politique suivie, avec une victoire anticipée du BDP. Il existe en revanche un sentiment d’accroissement de la corruption.

  • Une bonne gestion de la rente diamantifère mais une économie peu diversifiée

Avec un PIB de 19 Mds USD et une population de 2,3 M habitants en 2018, le Botswana est une petite économie. Il s’agit d’un des cinq pays les plus riches d’Afrique sub-saharienne, avec un PIB par habitant de 8 140 USD, classé par la Banque Mondiale dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Avec un taux de croissance annuel moyen de 5% depuis le début des années 2010, le pays croit plus vite que la moyenne des économies d’Afrique sub-saharienne (4,1%). Cette dynamique a été soutenue par un cours du diamant élevé, un cadre institutionnel stable, une gouvernance solide et une politique budgétaire plutôt expansionniste. Elle s’explique aussi par une bonne gestion de la rente diamantifère – illustrée par la création en 1994 d’un fonds souverain, le Pula Fund.

L’économie du pays est largement dépendante du secteur minier (environ 20% du PIB en moyenne ces dernières années, mais soumis à des variations substantielles) et notamment du diamant (80% des exportations en moyenne et jusqu’à 90% comme en 2017 – constituées en grande partie de production au Botswana mais aussi d’importations réexportées ; et 40% des recettes fiscales). Bien que les industries extractives soient l’atout majeur du pays, elles entretiennent parallèlement le sous-développement des secteurs agricole (un peu plus de 2% du PIB ces dernières années) et manufacturier (5,5% du PIB). La croissance est ainsi peu créatrice d’emplois et le secteur public représente un poids non négligeable dans le PIB (troisième secteur, soit en moyenne 15% du PIB depuis 2010) – en grande partie financé grâce à la rente diamantifère. C’est pourquoi le nouveau gouvernement affiche parmi ses priorités sa volonté d’accélérer la diversification de la base productive du pays grâce à une politique économique visant à favoriser l’investissement privé. Sur ce plan, on observe toutefois une montée en puissance du secteur du tourisme dont le poids dans le PIB est passé de 15% en 2010 à près de 20% en 2018.

Sur le plan social, le pays souffre des mêmes maux que ses voisins : un niveau élevé de pauvreté (en dépit de progrès significatifs ces dernières années puisque 16,1% de la population vivait avec moins de 1,9 USD par jour en 2018 contre 18,2% en 2009), un taux de chômage élevé (environ 18% de la population active) et des inégalités parmi les plus importantes au monde – avec l’Afrique du Sud et la Namibie. Néanmoins, le Botswana est le pays africain ayant l’Indice de Développement Humain (IDH) le plus élevé d’Afrique sub-saharienne – top 3 derrière les Seychelles et l’Ile Maurice – 101ème sur 188 pays au niveau mondial.

  • Une croissance qui se stabilise dans un contexte d’inflation modérée

L’économie du Botswana est très volatile : après un taux de croissance record supérieur à 11% en 2013, le PIB du pays s’est contracté de 1,7% en 2015 avant de rebondir à 4,3% en 2016. En 2018, la croissance devrait atteindre 4,6% (malgré la sècheresse qui a frappé le pays), l’économie ayant profité d’une politique budgétaire accommodante ainsi que de la hausse des prix du diamant. Le FMI table sur un taux de croissance de 3,9% en 2019 et supérieur à 4% au-delà, grâce notamment à des investissements qui devraient assurer la bonne performance des industries extractives – que ce soit la compagnie canadienne Lucara Diamond (mine de diamant Karowe) ou l’entreprise d’État Morupule Coal Mine (MCM – charbon).

L’inflation botswanaise est restée exceptionnellement stable ces dernières années – avec un taux moyen annuel autour de 3% depuis 2015 – permettant à la Banque centrale de mener une politique monétaire constante et relativement accommodante – avec un taux directeur de 5% qui n’a pas évolué depuis octobre 2017. Pour 2019, le FMI table sur un taux d’inflation légèrement supérieur à 3,6% sous l’effet d’une hausse du prix des transports.

  • Un solde courant structurellement et largement excédentaire qui permet de soutenir la parité du pula

La balance des transactions courantes est structurellement excédentaire au Botswana – et largement excédentaire ces trois dernières années (supérieur à 10%), ce qui est exceptionnel pour la région. En 2018, on a observé une contraction substantielle de l’excédent courant, qui s’élève tout de même à +9,6% du PIB, et qui s’explique en particulier par une nette diminution de l’excédent commercial (-60% à 260 MEUR), par un maintien des transferts courants de la Southern African Custom Union (SACU – répartition des recettes douanières, qui représentent une grande partie de l’excédent à +1,3 Md EUR) et un maintien du déficit de la balance des revenus (à -1,1 Md EUR).

En conséquence, les réserves de change du pays sont très élevées, elles s’élevaient fin décembre 2018 à environ 6 Mds EUR) correspondant à 15 mois d’importations, soit bien au-dessus du niveau préconisé par le FMI et permettant de soutenir la parité du pula ancré à un panier de devises composé du rand sud-africain (45% de quote-part) et des Droits de Tirages Spéciaux (DTS – 55 %). Le pula a toutefois tendance à se déprécier depuis septembre 2018 (il a perdu environ 5% de sa valeur face au dollar à fin mai 2019), du fait notamment des mauvais résultats commerciaux enregistrés ces derniers mois.

  • Le gouvernement manie habillement une politique budgétaire qui pourrait toutefois être rationnalisé 

Le pays a enregistré des excédents budgétaires de 2012 à 2016, à l’exception de l’année 2015 où le déficit avait atteint -4,8 % du PIB en raison d’une contraction des recettes fiscales, du déclin continu des revenus de la SACU (plus d’un quart des recettes ces dernières années). Depuis 2017, les autorités ont mis en place une politique contra-cyclique visant à favoriser la diversification de l’économie vers les secteurs non-miniers, expliquant en partie le retour des déficits.

Pour l’année 2019, le déficit public est attendu en légère hausse à 620 MEUR, soit 3,5% du PIB. De ce fait, le gouvernement prévoit une augmentation de la dette publique à 24,9% du PIB en 2019 (après 23,2% en 2018), un niveau très faible, en particulier par rapport aux autres pays de la zone australe.

Dans ce contexte relativement favorable, certaines marges de manœuvre existent pour améliorer la politique budgétaire du gouvernement : effort relatif à la mobilisation des ressources domestiques et à la rationalisation de certaines dépenses récurrentes (efficacité des programmes sociaux notamment).

  • Un secteur bancaire solide, mais dont la supervision par les autorités demande à être modernisée

Avec un ratio de fonds propres de 21.9% en décembre 2017, bien supérieur au seuil minimum obligatoire, le secteur bancaire du Botswana est considéré comme bien capitalisé, stable et bien géré. Le secteur est aussi réputé pour enregistrer de bonnes performances : bien qu’en baisse, le ROA et le ROE atteignent respectivement 1,9% et 16.3% – conséquence d’une forte concentration du secteur (les cinq plus grandes banques réalisant plus de 80 % de l’activité). On observe toutefois l’apparition de certaines fragilités : le ratio de liquidité s’est dégradé rapidement entre 2016 et 2017, passant de 16,3% à 13,4%. Le ratio de créances douteuses (même si il reste à un niveau relativement faible) est aussi en augmentation, atteignant 5,3% en 2018.

Le Fonds Monétaire International, lors de son dernier rapport Article IV datant de juin 2017 a fortement encouragé les autorités du Botswana à continuer à moderniser leur dispositif de supervision bancaire afin de réduire le risque lié au niveau d’endettement des ménages, le blanchissement d’argent et le financement du terrorisme.

  • Des réformes structurelles qui peinent à se mettre en place

Le principal défi pour le gouvernement du Botswana consiste à accélérer la diversification de l’économie et à mettre en place en environnement propice à l’investissement et au développement du secteur privé – afin de créer suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. Les secteurs prioritaires pour la diversification économique sont l’agriculture, l’industrie, les nouvelles technologies, les services logistiques, les services financiers – que le gouvernement entend promouvoir en s’appuyant sur des zones économiques spéciales. Par ailleurs, le Botswana a été inscrit sur la liste grise du Groupe d’Action Financière (GAFI) en octobre 2018 du fait de défaillances importantes de son système de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le pays a des efforts à fournir pour remplir les exigences minimales demandées par le GAFI. A titre d’exemple, il ne dispose pas de stratégie nationale en la matière. Compte tenu de l’importance des défaillances et du chemin à parcourir, le GAFI a donné une période de deux ans au pays pour se mettre en conformité. Des mesures de vigilance renforcées sont dorénavant mises en place, avec l’accentuation des contrôles sur les banques et les transactions. De façon générale, l’inscription sur la liste du GAFI a un impact sur la réputation et l’attractivité des pays.

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