SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DU BOTSWANA - Avril 2018

  • Un changement politique avec une inflexion en faveur des investissements étrangers.

M. Mogkweetsi E. MASISI, le président nouvellement élu du Botswana, a prêté serment en qualité de président de la République le 1er avril dernier. Il a salué le bilan de son prédécesseur immédiat, Ian KHAMA et globalement a inscrit son gouvernement dans la continuité du précédent pouvoir, tant aux niveaux social qu’économique, mais avec une politique économique a priori plus ouverte aux investissements étrangers pour accélérer la diversification de son économie.

 

  • Une gestion exemplaire de la rente diamantifère mais une diversification limitée de l’économie.

Le Botswana a atteint le statut de pays à revenu intermédiaire de tranche supérieure grâce à un taux de croissance annuel moyen de 6,6 % entre 1980 et 2010. Le pays est désormais l’une des économies africaines les plus prospères (PIB de 15,6 Mds USD en 2017 et PIB par habitant de 6 972 USD en 2016 soit le plus élevé d’Afrique australe, en raison de la taille réduite de sa population - 2,2 millions d’habitants - et de sa rente diamantifère). Depuis deux décennies, l’Etat botswanais affiche une croissance robuste fondée sur une gestion prudente des revenus du diamant, illustrée notamment par la création en 1994 d’un fond souverain, le Pula Fund. Cette dynamique a été soutenue ces dernières années par un cours du diamant élevé, un cadre institutionnel stable, une gouvernance solide et une politique budgétaire plutôt expansionniste.

Sur le plan social, en dépit d’améliorations significatives, le pays souffre d’un taux de chômage élevé (18,6 % de la population active), d’importants déséquilibres sociaux (indice de Gini à 0,60 comparable à celui de l’Afrique du sud) et d’un niveau élevé de pauvreté (18,2 % de la population vit avec moins de 1,9 USD par jour et 26,3 % avec moins de 3,1 USD par jour). Néanmoins, en terme d’IDH, le Botswana reste parmi les pays africains les mieux notés (6ème au niveau du continent ; 108ème sur 188 pays au niveau mondial).

La structure de l’économie, largement dépendante du secteur minier et notamment du diamant (80 % des exportations, 38 % des recettes budgétaires et 23% des recettes douanières), est inchangée depuis les années 1990. Le pays évolue au rythme des fluctuations de la demande internationale en minerais et en pierres précieuses. Bien que les industries extractives soient l’atout majeur du pays, elles entretiennent parallèlement le sous-développement des secteurs agricole et manufacturier qui ne représentent, respectivement, que 2,4 % et 6,3 % du PIB. La croissance reste ainsi peu créatrice d’emplois. Le nouveau gouvernement affiche, parmi ses priorités, sa volonté d’accélérer la diversification de la base productive du pays par une politique économique visant à favoriser l’investissement privé.

 

  • Une croissance qui reprend dans un contexte d’inflation modérée et d’un pula qui s’apprécie.

Alors que la croissance avait dépassé les 11 % en 2013, conséquence de la très bonne performance des industries extractives, l’activité a sensiblement décéléré en 2014 (4,1 %) et 2015 (-1,7 %, du fait du fort repli de l’activité minière). En 2016, la reprise de l’activité économique est restée timide (2,9 % contre 7,6 % en moyenne sur 2010/13) en raison de la baisse de la demande externe en diamants, notamment américaine. A cette conjoncture défavorable se sont ajoutés la baisse de la demande mondiale pour les autres minerais exportés ainsi que l’impact sur le secteur agricole de la pire sécheresse connue par le pays depuis 1992. L’an passé, le rebond de la croissance botswanaise s’est confirmé avec une augmentation du PIB de 4,5% (FMI), l’économie ayant profité d’une politique budgétaire accommodante ainsi que de la hausse des prix du diamant. Pour 2018, le gouverneur de la Banque Centrale, Moses Pelaelo, a annoncé une prévision de croissance à +5,3%, l’activité économique devant être soutenue par une augmentation de la dépense publique et du niveau plus faible des taux d’intérêt. Le Fonds Monétaire International envisage, quant à lui, un taux inférieur, à 4,8%.

L’inflation botswanaise est resté contenue, à +3,3 % en glissement annuel en 2017 contre +2,8% en 2016, soit bien en dessous des niveaux observés dans la quasi-totalité des pays de la région. La faible progression des prix de détail résulte essentiellement de la modération de l’inflation importée (appréciation graduelle du Pula face à l’USD depuis début 2016), du niveau toujours bas des cours du pétrole et de l’absence de pression par la demande. En 2018, l’inflation devrait atteindre +3,9 % selon le FMI (+3,3 % en moyenne au T1 2018) dans le sillage de l’augmentation de la croissance et des prix des hydrocarbures.

Le pula est ancré à un panier de devises composé du rand sud-africain (45% de quote-part) et des Droits de Tirages Spéciaux (55 %). Après s’être déprécié de –14,9 % face à l’USD en 2015, le pula s’est apprécié graduellement depuis février 2016 et s’établit aujourd’hui autour de 9,6 BWP pour 1 USD (+8,8 % en 2017 et +11,2 % entre le 1er janvier et le 6 avril 2018).

Au plan monétaire, grâce à une inflation modérée et la stabilité du taux de change, la Banque Centrale a pu ramener son taux directeur à 5 % en octobre 2017.

 

  • Un solde courant structurellement excédentaire.

Au plan externe, l’excédent courant, après avoir atteint 11,7 % du PIB en 2016, s’est fortement réduit en 2017 à 4,5 % du PIB ( FMI) en raison de l’augmentation des prix des hydrocarbures, du renforcement de la demande intérieure ainsi que de la faiblesse de la demande externe. Ce solde devrait continuer à diminuer en 2018 en raison de la dégradation de la baisse des revenus de la SACU.

Les réserves de change restent relativement élevées : plus de 10 mois d’importations de biens et de services en décembre 2017, soit bien au-dessus du niveau prudentiel préconisé par le FMI.

En 2018, la trajectoire expansionniste du budget 2018/2019 s’inscrit dans la continuité des années précédentes. Le pays avait enregistré des excédents budgétaires de 2012 à 2016, à l’exception de l’année 2015 où le déficit avait atteint -4,8 % du PIB en raison d’une contraction des recettes fiscales, du déclin continu des revenus de la SACU (plus d’un quart des recettes) ainsi que d’une augmentation volontariste des dépenses courantes et d’investissement. Le solde budgétaire est redevenu excédentaire en 2016 (+0,6 % du PIB) grâce à l’augmentation des recettes issues de l’exploitation diamantifère (augmentation de +6 % de la production). Depuis deux ans, les autorités ont mis en place une politique contra-cyclique visant à favoriser la diversification de l’économie vers les secteurs non-miniers (tourisme, agriculture, services, infrastructure). Pour l’année fiscale de 2018 (débutant en avril), le gouvernement prévoit de porter ses dépenses à 63,3 Mds BWP (6,6 Mds USD) soit une augmentation de +13,6% comparé à l’année 2017. Près de 45 Mds BWP (4,7 Mds USD) seront consacrés, comme  chaque année, à l’éducation, la santé, la défense et la sécurité tandis que 19,3 Mds BWP (2  Mds USD, soit 30% du budget) seront alloués à des dépenses en capital (soit une hausse de 16% par rapport à l’année précédente). Le solde public s’établirait ainsi à +1,3% en 2017 et +1,8% en 2018.

L’Etat botswanais est un client important de la France s’agissant des équipements militaires et de défense.

 

  • Un secteur bancaire solide dont la supervision par les autorités demande à être modernisée.

En 2016, les banques présentaient un ratio de capitalisation de 21,6 %, en hausse sur un an (19,7 %) et toujours supérieur au seuil minimum obligatoire (15 %). Le ratio rapportant les actifs liquides au total des actifs s’est dégradé de façon importante, perdant 5,5 points de pourcentage sur un an à 14,1 % en 2016. De son côté, s’il reste mesuré, le taux de créances douteuses tend aussi à diminuer (5 % en 2016). L’offre de crédits est très fortement orientée vers les ménages qui concentrent 60 % du portefeuille de prêts et sont globalement très endettés. Dans ce contexte, l’octroi des crédits par les banques ralentit. Conséquence notamment d’une forte concentration du secteur (cinq banques réalisent plus de 80 % de l’activité), la rentabilité des établissements est élevée (ROA de 1,1 % et ROE de 5 % en 2016), bien qu’en baisse (ROA de 1,8 % et ROE de 7,6 % en 2015).

Le Fonds Monétaire International, lors de son dernier rapport Article IV a fortement encouragé les autorités du Botswana à moderniser leur dispositif de supervision bancaire.

 

  • Des réformes structurelles qui peinent à se mettre en place.

L’un des défis de moyen et de long terme pour le pays, notamment pour réduire significativement les taux de chômage et de pauvreté ainsi que les inégalités, réside dans l’amélioration de l’environnement des affaires (difficulté à obtenir des permis de travail et de résidence notamment) afin de favoriser le développement du secteur privé dont le rôle en matière de diversification de l’économie doit être renforcé. Or, le Botswana a perdu 10 places au dernier classement Doing Business de la Banque Mondiale (81ème place sur 190) notamment du fait de sa faible capacité à améliorer son attractivité économique et commerciale.

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