Indicateurs et conjoncture

 

Grâce à des mesures de soutien sans précédent en 2020, le Brésil affichait des indicateurs économiques résilients en 2021 et de bons résultats au 1er semestre 2022. La situation devrait toutefois se dégrader au cours du 2ème semestre et en 2023, sous l’effet d’une inflation soutenue, du resserrement monétaire et de la contrainte budgétaire. Alors que se rapproche les élections générales d’octobre, le rythme soutenu des réformes devrait ralentir.

 

1. Une reprise de l’économie perturbée par les pressions inflationnistes

Après le choc du T1 2020, la reprise de l’activité a été plus dynamique qu’attendue. La récession en 2020 a été limitée (-3,9% du PIB) par rapport aux autres pays émergents et même plus avancés. En 2021, la progression de la couverture vaccinale a favorisé la reprise des services permettant ainsi un T1 2021 dynamique. Néanmoins, côté demande, la consommation des ménages, principal moteur de l’économie (67% du PIB), a été lestée par l’inflation (+10,1% g.a. en 2021) notamment alimentaire et énergétique. Si la levée des politiques de soutien dès 2021 a permis d’améliorer les chiffres des finances publiques en ramenant le solde budgétaire primaire en territoire positif (+0,8% en 2021)  et en réduisant le poids de la dette publique brute (80,3% du PIB), elle a néanmoins pénalisé la reprise de la demande. Malgré le solide T1 et le dynamisme des exportations, qui a permis à la balance commerciale d’afficher un excédent annuel record de 61 Mds USD grâce aux ventes de minerai de fer, soja et pétrole, le rebond de l’activité en 2021 (+4,6%) a ainsi été limité par la faible croissance observée sur le reste de l’année.

En 2022, le S1 s’est révélé meilleur qu’anticipé, soutenu par le commerce extérieur - grâce à des exportations boostées par la hausse du prix des commodités - et une récupération du marché de l’emploi. Le taux de chômage est en effet descendu à 9,3% en juin 2022, une valeur inférieure à son niveau pré-pandémique. Des mesures budgétaires prises dans le contexte pré-électoral ont également stimulé la consommation des ménages, au prix d'une montée des inquiétudes sur la soutenabilité à moyen et long terme des finances publiques.

Il est toutefois attendu un ralentissement au S2, l’activité devant notamment être freinée par la hausse du taux directeur (13,75% en août 2022, soit un niveau inédit depuis 2016) et par la persistance de l’inflation, les deux générant des difficultés à la fois pour les entreprises et les ménages brésiliens. La croissance des prix s’est accélérée, atteignant son pic en avril (+12,13% g.a, un record depuis octobre 2003). Bien au-dessus de la cible de la politique monétaire (3,75% +/-1,5 p.p.), cette inflation était déjà forte en 2021, tirée par des facteurs spécifiques au Brésil, comme l’effet des politiques de soutien, un réal faible et la hausse des prix de l’énergie électrique liée à la crise hydrique. Mais son niveau est surtout expliqué par des facteurs globaux, comme la hausse du prix des matières premières et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, accentuées début 2022 par la guerre en Ukraine.  

 

2. Quid de l’agenda des réformes à l’approche des élections

Après les succès tels que la réforme de la prévoyance sociale en 2019 ou l’autonomie de facto de la Banque centrale en 2021, l’agenda des réformes pourrait être freiné à l’approche des élections générales d’octobre.

La réforme fiscale, chantier prioritaire mais fort complexe, a dû être morcelée en plusieurs projets de réformes constitutionnelles. Par ailleurs, le projet de réforme qui prolongeait le dispositif de chômage partiel et prévoyait des dispositifs additionnels de flexibilisation de la loi du travail a été rejeté par le Sénat, qui craignait qu’il n’accroisse davantage la précarité de l’emploi. Enfin, le projet de réforme administrative qui vise à faire des économies dans les administrations, soulève une forte opposition de plusieurs partis au Congrès. Ceux-ci mettent en avant le risque d’aggravation de la corruption au sein de la sphère publique, induit par la détérioration de la stabilité et des perspectives de carrière des nouveaux fonctionnaires. A l’approche des élections générales d’octobre 2022, la fenêtre pour l’adoption de réformes ambitieuses se referme peu à peu.

 

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