Indicateurs et conjoncture

1.Conjoncture et perspectives macroéconomiques

Après deux années de récession qui ont vu le PIB brésilien fondre de 7 %, 2017 et 2018 ont constitué une période de transition confirmant la sortie de récession, avec respectivement 1,0% et 1,1% de croissance. Alors que la croissance devait sensiblement s’accélérer en 2019, les deux premiers trimestres ont été particulièrement décevants et laissent entrevoir une croissance inférieure aux deux précédentes années, à 0,9%.

D’après l’IBGE, le PIB brésilien a progressé de 0,7% sur le premier semestre 2019. Côté offre, l’activité a été portée par les secteurs agricole (+0,7% sur le S1 par rapport au S1 2018) et des services (+1,2%). A l’inverse, le secteur industriel a été en souffrance (-0,3%). L’activité industrielle a été entravée par la chute de l’industrie extractive (-3,8%), dans le sillage de la catastrophe de l’entreprise Vale à Brumadinho (effondrement d’un barrage dans une mine de fer faisant 237 morts en janvier dernier) entraînant l’arrêt de production sur d’autres sites miniers. De plus, l’industrie automobile a été particulièrement impactée par la crise argentine. En effet, en 2018, 10% de la production automobile brésilienne était destinée à l’Argentine. Or, depuis le début de l’année, les exportations d’automobiles vers l’Argentine ont été divisées par 2, celles des véhicules de charge sont en baisse de 70% et les pièces détachées de véhicules de 29%.

Côté demande, la consommation des ménages est en hausse de 1,5% sur le semestre. Principal moteur historique de la croissance brésilienne, la consommation est bridée par un taux de chômage élevé (environ 12% depuis le début de l’année) et des inégalités en hausse. La Formation Brute de Capitale Fixe est en hausse de 3,2%, sous l’effet notamment de la politique accommodante de la BCB, facilitant l’accès au crédit pour les entreprises. A l’inverse, les dépenses des administrations publiques sont en baisse, dans un contexte global consolidation budgétaire face à la détérioration des finances publiques (cf. section suivante). Le commerce extérieur contribue négativement à la croissance sur le semestre, en raison d’une hausse plus forte des importations que des exportations.

Pour les prochaines années, il est probable que la croissance s’accélère et se situe autour de 2%. Le contexte politique incertain des 2 dernières années (élections en 2018 et réformes en 2019) a entravé la confiance des producteurs et des consommateurs. Le contexte domestique devrait ainsi s’améliorer à moyen terme. Cependant, la situation extérieure risque de se dégrader à court terme sur fonds de tensions entre les grandes puissances commerciales et ralentissement de la croissance mondiale.

 

2. Situation des finances publiques

Le déficit primaire décroît, sous l’effet de dépenses maîtrisées

Alors que le Brésil a enregistré un ratio déficit primaire/PIB en 2017 et 2018 respectivement de 1,7% et 1,6%, le solde primaire réalisé en août sur les 12 derniers mois, qui correspond à celui anticipé par les marchés pour 2019, (1,4% du PIB) est largement en deçà de l’objectif fixé par la Loi de Finances 2019 pour l’année (132 Mds R$, soit 1,8% du PIB).

Malgré une croissance du PIB bien inférieure à celle prévue (+0,9% attendu, contre 2,5% prévu en début d’année), la réduction réalisée du ratio déficit primaire/PIB est notamment à mettre à l’actif du plafonnement des dépenses publiques (teto do gasto). Ce mécanisme existe depuis la mise en place de l’amendement constitutionnel (PEC55) en décembre 2016. Pour 2019, cette limite était placée à 1407 Mds R$. Sur les 8 premiers mois de l’année, les dépenses ne sont en hausse que de 1,92%, soit un niveau bien inférieur à l’inflation prise en compte pour calculer le plafond de dépenses (+4,4%).

Deux facteurs pèsent cependant encore sur les finances publiques : le régime des retraites et les charges de la dette

D’une part, le régime des retraites représente un déficit d’environ 4% du PIB, sans quoi le solde budgétaire primaire serait excédentaire. D’autre part, les intérêts de la dette ont pesé en 2017 et 2018 pour presque 5,5% du PIB, ce qui a porté le déficit budgétaire nominal consolidé (le solde primaire plus les charges de la dette) à plus de 7%.

En 2019, les intérêts de la dette sont passés pour la première fois depuis 2014 sous la barre de 5% du PIB sur 12 mois. Cette baisse du ratio intérêts de la dette/PIB est à mettre à l’actif de la politique de swap cambial de la BCB (dont les dépenses ont été diminuées), de la baisse du taux Selic dans le sillage de la politique monétaire accommodante, et du recul de l’inflation sur 12 mois (qui réduit les coupons payés sur les titres obligataires indexés à l’IPCA).

Au global, le déficit public consolidé (nominal) est attendu à 6,4% du PIB pour 2019 (attentes  du marché rapportées par la BCB), contre 7,3% du PIB l’an dernier.

Malgré la légère amélioration du déficit budgétaire, les déséquilibres structurels font croître inexorablement la dette publique brésilienne, passée de 82% en août 2017 à 89% du PIB en août 2019, et devrait atteindre 91,6% du PIB à la fin de l’année 2019 d’après de FMI.

 

3. Réformes en cours

La réforme du système des retraites va être approuvée d’ici la fin 2019

Principale faiblesse des finances publiques brésiliennes, le système de retraites est en passe d’être réformé. En cours d’approbation au Sénat, cette réforme durcit particulièrement les conditions des travailleurs cotisant pour le régime du secteur public pour les faire converger à terme avec les celles des travailleurs du secteur privé, cotisant au régime général. Entre autres, la réforme impose un âge minimum de départ à la retraite, qui diffère selon le type de régime. D’après les dernières estimations du gouvernement, cette réforme devrait rapporter un total de 735 Mds R$ d’économies sur 10 ans, entre 2020 et 2030. Les intervenants de marché et la communauté d’affaires sont optimistes quant à son impact et tablent sur un déficit budgétaire primaire se stabilisant autour de 1% d’ici 2 ans.

La réforme fiscale, qui vise essentiellement une simplification de l’imposition indirecte et une réduction du « coût Brésil », devrait être votée en 2020

Débattue actuellement au Congrès et dans les média, la réforme fiscale comporte des enjeux importants. D’après le classement Doing Business de la Banque Mondiale, le Brésil est classé 184ème sur 190 pays quant à la facilité à payer des impôts. Plutôt qu’une volonté de réaliser des économies budgétaires, la réforme a pour objectif principal une simplification du système actuel et une réduction in fine du « coût Brésil ».

Le régime actuel présente plusieurs problèmes : régressivité (il nuit aux ménages les plus modestes, dépensant une plus grande proportion du revenu dans les biens et services faisant objet des impôts indirects), fragmentation de la base d’imposition, prélèvement à l’origine (bénéficiant les états producteurs), lourdeur bureaucratique, incitations à la guerre fiscale entre états.

Trois propositions sont au débat actuellement : (1) de la Chambre des députés (PEC 45/2019) ; (2) du Sénat (PEC 110/2019) ; et (3) du Gouvernement (encore sans texte formel). La réforme s’annonce laborieuse car les trois propositions s’attaquent à trois volets du système fiscal, avec des points focaux et des approches différentes.

La chambre basse (1) et la haute (2), et dans une moindre mesure l’exécutif (3), visent une simplification de l’imposition indirecte. En général, elles préconisent un remplacement de divers impôts indirects par une sorte de TVA unique (dite IBS ou IVA selon le cas), prélevée à la consommation finale plutôt qu’à l’origine du produit. Enfin, le gouvernement (3) se concentre, quant à lui, sur une réduction de certains taux d’imposition directe, avec pour but une baisse de la pression fiscale incitant à l’investissement. L’exécutif envisage également un désadossement des dépenses obligatoires par rapport aux recettes fiscales, visant à laisser plus de marge de manœuvre aux états et municipalités dans la politique budgétaire.

 

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