Indicateurs et conjoncture

 

La croissance économique a ralenti à 2,3% en 2025, après 3,4% en 2024, et devrait continuer de décélérer en 2026 à 1,6–1,8%. L'activité 2025 a été portée côté offre par l'agriculture (+11,7%, avec des récoltes records de soja et maïs) et les services (+1,8%), tandis que l'industrie manufacturière a reculé de 0,2%. Côté demande, la consommation des ménages (~64% du PIB) n'a progressé que de 1,3%, ralentie par la politique monétaire restrictive, même si le marché du travail est resté soutenu avec un taux de chômage tombé à 5,1%, son plus bas historique. L'investissement a progressé sur l'année (+2,9%) mais a nettement reculé au T4 (-3,5%), le taux d'investissement s'établissant à 16,8% du PIB, bien en deçà de la moyenne régionale (20%). Le commerce extérieur a joué un rôle d'amortisseur en fin d'année, les exportations progressant de 6,2% malgré la guerre commerciale qui a particulièrement ciblé le Brésil. En 2026, le conflit au Moyen-Orient pourrait néanmoins offrir un contrechoc positif : devenu exportateur net d'hydrocarbures, le Brésil bénéficierait mécaniquement de la hausse des cours du pétrole. En revanche, la politique monétaire très restrictive, avec des taux réels dépassant encore les 10%, continue de freiner l'activité, même si la Banque centrale a amorcé un premier assouplissement en mars 2026 (Selic à 14,75%). Les taux élevés alourdissent aussi le service de la dette, qui atteint 7,9% du PIB en 2025. Dans ce contexte, même si l'objectif de déficit primaire nul a été respecté, le déficit nominal est resté supérieur à 8%. La dette a atteint ainsi les 91,4% du PIB fin 2025 (FMI), en nette hausse par rapport à 2024 (87,3%), et devrait continuer d'augmenter (95% en 2026, 97% en 2027).

1.  La croissance devrait ralentir en 2026 sous l’effet de la politique monétaire

La croissance de l'économie brésilienne devrait continuer de ralentir en 2026, entre 1,6% et 1,8% selon les projections du FMI et des analystes locaux, après 2,3% en 2025 et 3,4% en 2024. Le principal frein reste la politique monétaire, avec un taux directeur (Selic) porté à 15% entre juin 2025 et mars 2026, dont les effets continueront de peser sur le crédit, la consommation et l'investissement. Deux forces devraient toutefois atténuer ce ralentissement. D'une part, une forte impulsion budgétaire est attendue dans le contexte des élections générales d'octobre (présidence, gouverneurs, députés et 2/3 du Sénat), qui devrait soutenir la demande. D'autre part, un assouplissement progressif attendu de la politique monétaire devrait redonner un élan à l'activité.

Sur l'année 2025, l'économie a toutefois nettement décéléré au second semestre. Le PIB a quasi stagné aux deux derniers trimestres (0% puis +0,1% en glissement trimestriel), après une première moitié d'année plus dynamique. L'activité a été principalement portée par les services (+1,8% en moyenne annuelle), qui représentent 2/3 du PIB, et l'agriculture (+11,7%). Ce secteur a bénéficié de récoltes records de soja (+14,6%) et de maïs (+23,6%), d'un effet de base favorable, et d'une forte demande extérieure. Les industries extractives ont également contribué positivement, avec une hausse de 8,6% tirée par l'extraction de pétrole et gaz, dont la production a atteint en 2025 un record historique de 4,9 M de barils/jour (+13,3%), confirmant la montée en puissance du Brésil comme grande puissance exportatrice d'hydrocarbures (environ 2 Mb/j de pétrole exportés pour une production record de presque 4 Mb/j en décembre 2025). À l'inverse, l'industrie manufacturière a reculé de 0,2%, affectée par le coût du crédit et la modération de la demande.

Du côté de la demande, la consommation des ménages (~64% du PIB) n'a progressé que de 1,3% en 2025 après +5,1% en 2024, sous les effets de la politique monétaire. Le marché du travail a néanmoins soutenu l'activité, avec un taux de chômage tombé à 5,1% en fin d’année, le plus bas niveau de la série historique. L'investissement a progressé sur l'année (+2,9%), avant de nettement reculer au T4 (-3,5% t/t). Le commerce extérieur a joué un rôle d'amortisseur en fin d’année, avec des exportations en hausse de 6,2% et une contribution positive à la croissance, alors que les importations ont ralenti.

 

2. La guerre en Iran pourrait affecter positivement la croissance et l’équilibre externe du pays

Le conflit au Moyen-Orient — déclenché par l'opération américano-israélienne contre l'Iran — et la paralysie du trafic dans le détroit d'Ormuz agissent sur l'économie brésilienne principalement via un choc pétrolier positif. Devenu exportateur net d'hydrocarbures, le pays bénéficie mécaniquement de la hausse des cours : pour un Brent stabilisé à 80 USD, l'effet sur la croissance est estimé à +0,3/0,4 point de PIB en 2026, et jusqu'à +0,8 point à 100 USD. La balance commerciale progresserait d'environ 28 Md USD à ce niveau, et le déficit courant se réduirait de près de 1 point de PIB. Les finances publiques bénéficieraient également de la hausse des royalties et dividendes de Petrobras, dont l'État est actionnaire majoritaire. Le choc comporte toutefois des risques : une répercussion de la hausse du pétrole sur les prix à la pompe pourrait porter l'inflation à près de 5% en 2026, tandis que le secteur agricole reste exposé via sa dépendance aux fertilisants importés (85% des besoins) et la perturbation possible des routes logistiques. Le bilan net demeure favorable à condition que le conflit ne s'installe pas dans la durée.

 

3. La politique monétaire reste l’une des plus restrictives au monde afin d’ancrer les anticipations

Le taux directeur (Selic) a été abaissé de 25 points de base à 14,75% lors du Comité monétaire (Copom) de mars 2026, marquant le début d'un cycle d'assouplissement prudent. En termes réels, il dépasse encore les 10%, l'un des niveaux les plus élevés au monde. La Banque centrale avait engagé en septembre 2024 un cycle agressif de resserrement monétaire, après avoir abaissé ses taux à 10,5%, afin de rétablir sa crédibilité face aux pressions inflationnistes. Son objectif principal était d’ancrer les anticipations d'inflation. La stratégie a produit des effets : l'inflation est retombée à 4,26% fin 2025, réintégrant la fourchette cible (3% +/- 1,5%), et les anticipations, qui atteignaient 5,5% début 2025, convergent désormais vers l'objectif, à 4% attendus pour fin 2026.

La décision du Comité ne constitue pas un signal fort d'assouplissement, mais une simple « calibration » de la politique monétaire après une période prolongée de taux élevés. L'escalade des tensions au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole ont en effet conduit le Copom à relever sa projection d'inflation pour 2026, de 3,4% à 3,9%, et à opter pour une réduction minimale des taux. Les marchés anticipent néanmoins une poursuite du cycle, avec un taux à 12,25% d’ici fin 2026. L'inflation des services demeure le principal moteur des pressions résiduelles, alimentée par la robustesse du marché du travail. La demande reste soutenue également par les mesures gouvernementales, comme la revalorisation annuelle automatique du salaire minimum en termes réels, tandis que l'inflation sous-jacente s'établit encore à 4,64%, reflétant des pressions salariales persistantes.

 

4. La dette est la principale inquiétude économique du pays, suivie d’investissements insuffisants

Avec la hausse des taux d'intérêt, la charge de la dette brésilienne est en forte hausse, atteignant 7,9% du PIB en 2025 (~1 000 Md BRL ou ~165 Md EUR). Dans ce contexte, bien que le gouvernement ait formellement respecté son objectif de déficit primaire nul — le déficit retenu pour le calcul de la règle s'établissant à 0,1% du PIB, dans la bande de tolérance de +/- 0,25% — ce résultat repose largement sur l'exclusion de certaines dépenses du périmètre de la règle, notamment les décisions judiciaires (precatórios). Le déficit primaire effectif s'est ainsi établi à 0,48% du PIB, et le déficit nominal — qui inclut les paiements d'intérêts — est resté supérieur à 8%. Selon l'Institution fiscale indépendante, près de 8% des dépenses primaires ont été sorties du périmètre de la règle en 2025, ce qui en affaiblit la crédibilité. En l'absence d'ajustement structurel, la combinaison de déficits primaires persistants et de taux réels élevés devrait continuer d'exercer une pression haussière sur le ratio de dette. Celle-ci a atteint 91,4% fin 2025 selon le FMI (78,7% selon la BCB qui exclut les titres de dette publique qu'elle détient dans son bilan), en nette hausse par rapport à l’année précédente (87,3%). Elle devrait continuer son ascension dans les années à venir (95% en 2026 et 97% en 2027), avant de se stabiliser autour de 98% en 2029.

Les taux d’intérêt élevés pèsent également sur les investissements : le taux d'investissement s'est établi à 16,8% du PIB en 2025, quasi stable par rapport à 2024 (16,9%), mais toujours en deçà de la moyenne régionale (20%) et de celle des économies émergentes (23%). Cela constitue une entrave majeure au développement du pays, au-delà des politiques de demande. En plus de subir l'un des taux d'intérêt réels les plus élevés au monde, les investissements sont pénalisés par le « Coût Brésil » — bureaucratie lourde, complexité fiscale, charges sociales élevées, insécurité, corruption — auquel s'ajoute la faiblesse des investissements fédéraux.

 

5. Les évènements climatiques extrêmes deviennent une perturbation économique majeure

Le Brésil est particulièrement vulnérable au changement climatique, en raison de l'étendue de son territoire et de la dépendance de son économie aux ressources naturelles. En 2025, les catastrophes climatiques ont coûté 28,4 Md BRL (4,6 Md EUR), un niveau toutefois deux fois inférieur à celui de 2024. Les sécheresses ont concentré 88% des pertes, touchant principalement les régions Centre-Ouest et Sud-Est et affectant l'agrobusiness, la production d'énergie et l'approvisionnement en eau. Les centrales hydroélectriques ont atteint en 2025 leur deuxième plus bas niveau historique (48% de la production nationale d'électricité, contre une moyenne de 66%), renchérissant l'énergie. Ces risques s'inscrivent dans une tendance de long terme préoccupante : sur les trente dernières années, les sécheresses ont coûté 726 Md BRL (120 Md EUR) au pays. En 2024, le Brésil avait subi un choc climatique d'une ampleur exceptionnelle — inondations historiques dans le Rio Grande do Sul, épidémie record de dengue, sécheresses et incendies touchant plus de la moitié du territoire — pour un coût total de 62,8 Md BRL.

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