Indicateurs et conjoncture

La crise économique liée à la Covid-19 a frappé une économie brésilienne en phase de reprise très graduelle. Le Brésil a enregistré des performances positives quoique modestes depuis la récession de 2015-2016. En dépit d’une croissance économique de +1,4% en 2019, portée par la consommation privée (+2,2% ; 68,3% du PIB) et l’investissement (+0,6% ; 17,8% du PIB), le PIB était toujours 2,5% inférieur à son niveau d’avant-crise et le marché du travail restait en berne (taux de chômage à presque 12% et forte informalité). La crise liée à la Covid-19 a frappé le Brésil dès le premier trimestre 2020 en affectant particulièrement la demande externe, tandis que les mesures de distanciation sociale et de fermeture des activités ont pesé sur la demande interne et la production dès la mi-mars.

 

Sur le premier semestre, l’activité s’est contractée de -6,1% par rapport au S1 2019, faisant revenir le PIB à son niveau de 2009. Côté offre, les services et l’industrie ont fortement chuté (respectivement -5,4% et -7%). Côté demande, l’activité a été principalement pénalisée par la chute de l’investissement (-4,4%) et de la consommation privée (-6,5%). Bien que cette dernière ait été soutenue par les programmes d’aides aux travailleurs du gouvernement, elle a subi la forte dégradation du marché du travail (taux de chômage à 13,3% et taux d’emploi à 47,9% au T2), la chute de la confiance et les mesures de distanciation sociale. A l’inverse, le commerce extérieur a positivement contribué à la croissance car les exportations ont assez bien résisté à la baisse de la consommation externe (-1,6%) et aux ruptures de chaînes de valeur, tandis que les importations se sont contractées sous l’effet de la récession interne (-6%). La dépréciation du réal par rapport au dollar (-27% sur le premier semestre 2020) a également joué en faveur des exportations et au détriment des importations. Les chiffres du troisième trimestre attestent d’un fort rebond (+7,7% t.t., cf. annexe 1), ce qui met « techniquement » fin à la récession du Brésil. La reprise reste néanmoins inégale. Côté offre, l’industrie et les ventes de détail ont déjà dépassé leur niveau d’avant-crise, attestant d’une reprise en « V » tandis que dans les services, les activités encore impactées par l’isolement sociale récupèrent plus graduellement, si bien que le secteur n’a pas encore retrouvé son niveau d’activité d’avant-crise. Côté demande, la consommation privée et l’investissement ont fortement rebondi (respectivement +7,6% et +11%) et la balance commerciale a contribué positivement au PIB trimestriel, la baisse des importations dépassant encore celle des exportations.

 

Bien que les résultats du T3 se soient révélés en-deçà des attentes du marché (+8,8% t.t.), la poursuite de la reprise est attendue à court terme. Ainsi les prévisions du PIB pour 2020 produites par les institutions financières et internationales n’ont cessé de s’améliorer au fur et à mesure les signes de reprise se sont renforcés. En revanche, le niveau d’incertitude pour 2021 reste très élevé, car la consommation devrait rester faible et l’investissement encore déprimé. En effet, l’arrêt de l’aide d’urgence (auxilio emergencial) prévu à la fin de décembre 2020 est susceptible de porter un coup de frein à la reprise économique initiée depuis juin ainsi qu’à l’amélioration du marché du travail : au T3 2020, le taux de chômage s’élève à 14,6% et le taux d’emploi à 47,1%, un plancher historique.

 

L’incertitude est également alimentée par la capacité des autorités politiques à s’accorder sur le plafond des dépenses (teto de gasto). Son vote d’ici l’année prochaine sera en effet nécessaire pour redresser les finances publiques qui se sont fortement dégradées en 2020 : le solde primaire, initialement ciblé à -1,6% du PIB, devrait chuter à -11% du PIB en 2020 et la dette publique (selon la mesure des autorités) passerait de 76% du PIB à la fin de l’année 2019 à 87% à la fin de l’année 2020.

 

Les autorités devraient également débattre plusieurs réformes d’ici l’année prochaine : l’unification de deux taxes fédérales à la consommation (PIS et Cofins) en une taxe fédérale sur la valeur ajoutée, ainsi que des réformes concernant les carrières des fonctionnaires et l’ajustement de leurs plans salariaux. A partir de février, les autorités devraient également reprendre leurs discussions concernant la création d’un nouveau programme de soutien aux plus pauvres, devant prendre le relais de l’aide d’urgence et être plus généreux que l’actuelle Bolsa Familia, bien que ce projet se heurte à l’objectif de redressement des finances publiques.

 

(Cf. la fiche infra avec :
  • des graphiques sur la croissance trimestrielle du PIB en glissement trimestriel et en glissement annuel, côté offre et côté demande 
  • les prévisions de croissance du PIB pour 2020 et 2021)
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