Le commerce extérieur du Brésil

En 2025, les exportations et les importations brésiliennes ont atteint leurs plus hauts niveaux historiques. L’excédent commercial se resserre mais reste à un niveau très élevé à 68,3 Md USD, soit 3,1% du PIB. La Chine renforce sa position de premier client et fournisseur, et ses achats de matières premières et alimentaires contribuent à la croissance des exportations malgré la baisse des ventes aux Etats-Unis du fait des droits de douane de Trump. Les importations manufacturières, dominées par le pétrole raffiné et les engrais, progressent rapidement. La France se hisse à la 7e place des fournisseurs du Brésil (13e place en 2022), alors qu’elle n’est que son 30e client.

 1. Un excédent commercial en baisse qui masque un record des échanges totaux

L’excédent commercial brésilien de biens s’est établi à 68,3 Md USD en 2025, soit 3,1% du PIB[i], selon les données douanières locales[ii]. En recul pour la deuxième année consécutive, après le pic de 2023 à 98,9 Md USD, il reste néanmoins le 3e plus haut niveau de la série historique. Les exportations (348,7 Md USD), comme les importations (280,4 Md USD) ont atteint des niveaux records. Ainsi, malgré des exportations dynamiques (+3,5% sur l’année) en dépit des droits de douane élevés imposés par Trump, la baisse de solde commercial est due à une accélération plus marquée des importations en 2025 (+6,7% sur l’année).

Le niveau record des échanges permet une légère augmentation du taux d’ouverture du Brésil pour le commerce de biens, qui atteint 28,2% en 2025 contre 27,5% en 2024. Cette évolution confirme toutefois le ralentissement du processus d’ouverture commerciale observée entre les gouvernements Bolsonaro et Lula III. Si la volonté du gouvernement actuel de conclure des accords de libre-échange à travers le MERCOSUL devrait soutenir les échanges dans les prochaines années, le Brésil reste l’une des grandes économies mondiales les plus fermées au monde, caractérisée par des barrières tarifaires[iii] et non tarifaires élevées.

Malgré une performance commerciale solide, le Brésil affiche un déficit courant de 3,1% du PIB (68,8 Md USD) en 2025[iv]. Ce déficit résulte principalement du solde négatif des échanges de services (- 52,9 Md USD) et de la balance des revenus primaires (- 81,3 Md USD). La légère dégradation du compte courant depuis 2024 (- 4%) s’explique par la dégradation du solde commercial, et par la légère augmentation des dividendes versés par les filiales de multinationales opérant au Brésil vers leur siège à l’étranger.

 

2. Prédominance de produits primaires à l’exportation et montée en puissance de la Chine

En 2025, le profil des exportations brésiliennes demeure inchangé : plus de la moitié des biens exportés proviennent de l’industrie de transformation, 24% de l’industrie extractive, et 22% de l’agriculture et de l’élevage. Les exportations brésiliennes sont majoritairement composées de produits situés en amont des chaînes de valeur mondiales : les trois biens les plus exportés par le Brésil – pétrole brut, soja, minerais de fer – sont des produits primaires, tandis que la plupart des autres, comme la viande bovine ou le sucre, sont peu peu transformés.

Le pétrole brut reste le premier produit d’exportation du Brésil, avec des exportations stables en valeur (44,7 Md USD) mais en hausse de 10% en volume par rapport à 2024. La Chine demeure de loin le premier acheteur (45% du total), devant les EUA (11%), dont les importations ont reculé de 13% en volume sur la période. Les exportations de soja progressent légèrement (+1% à 43,5 Md USD), portées par la demande chinoise au second semestre, tandis que les ventes de minerais de fer, dominées par la Chine à près de 70%, diminuent légèrement (- 3%). L’année 2025 aura été marquée par une forte hausse des exportations de viande bovine (+43% par rapport à 2024), tirée par les achats chinois, et de café non torréfié (+31%), sous l’effet des ventes vers les pays européens. Ces deux produits ont dépassé les sucres et les mélasses, dont les exportations ont baissé de 24%, et sont devenus respectivement les 4e et 5e biens exportés par le Brésil.

La Chine a renforcé sa position de première destination des exportations brésiliennes, absorbant 29% du total (100 Md USD). Sous l’effet des droits de douane de 50% imposés par les Etats-Unis au Brésil en juillet[v], les exportations brésiliennes vers ce pays ont nettement reculé à partir du mois d’août, entrainant une baisse à l’automne des exportations totales de certains biens manufacturés non alimentaires (fer et acier, bois, pâtes à papier, appareils électroniques) par rapport à 2024. Les Etats-Unis restent néanmoins le deuxième client du Brésil, représentant 11% des exportations (- 7% sur l’année à 37,7 Md USD). L’Argentine conserve la troisième position avec 5% des exportations brésiliennes, en hausse de 31% sur l’année, majoritairement composées de voitures et de pièces automobiles. L’Union européenne capte 14,3% des exportations brésiliennes, et la France, qui représente 0,9% des exportations du Brésil, recule de la 29e à la 30e place parmi les clients du pays[vi].

 

3. Une deuxième hausse consécutive marquée des importations

Les importations brésiliennes sont composées à 93% de produits transformés. Le pétrole raffiné reste le premier produit importé par le Brésil (5,5% du total) et provient à nouveau majoritairement des Etats-Unis (39%), qui ont compensé la baisse observée à l’été 2025 des livraisons russes[vii]. Les achats d’engrais, provenant pour plus de la moitié de Chine et de Russie, ont progressé de 14% par rapport à 2024 et atteignent désormais un niveau comparable à celui du pétrole raffiné en valeur (15,5 Md USD). La hausse des importations de moteurs (+30%) et de composants chimiques (+14%) a aussi contribué au nouveau record des importations totales, alors que le pétrole brut recule de la 4e à la 10e place des produits les plus importés (-24%).

La Chine (25,3% des importations), les Etats-Unis (16,1%), l’Allemagne (5,1%) et l’Argentine (4,6%) sont les principaux fournisseurs du Brésil. La Chine consolide sa position de premier fournisseur, avec une augmentation de 11% de ses exportations vers le Brésil en un an. Les principaux produits importés de Chine restent les composants et tubes électroniques (4,9% du total, -23% sur l’année), ainsi que les équipements de télécommunications (4,6%), et les achats de produits chimiques chinois (pesticides, engrais, composants chimiques complexes) continuent de se renforcer. Depuis les Etats-Unis, 2e fournisseur avec 16,1% des importations, le Brésil achète principalement des moteurs et du pétrole raffiné (+55% d’achats par rapport à 2024). L’UE accroît ses exportations vers le Brésil à 50 Md USD, maintenant ainsi une part de marché de 18%. Avec une hausse de 16% de ses ventes[viii], la France dépasse l’Italie et devient le 2e fournisseur européen du Brésil avec 2,6%, derrière l’Allemagne.

Au total, la Chine continue de contribuer de manière significative à l’excédent commercial brésilien, à hauteur de 42,6% du total. A l’inverse, les Etats-Unis dégagent en 2025 un excédent commercial marqué vis-à-vis du Brésil (7,5 Md USD), après deux ans de forte contraction, et contribuent à la dégradation du solde commercial du pays.

 

4. Quelles perspectives pour le commerce extérieur brésilien en 2026 ?

Les premières estimations du ministère brésilien du Commerce prévoient un excédent commercial élevé pour 2026, compris entre 70 et 90 Md USD, porté par une hausse des exportations[ix]. La reprise des exportations brésiliennes vers les Etats-Unis observée en novembre et décembre 2025, à la suite du retrait de certains droits de douane imposés par l’administration Trump, devrait se prolonger en 2026 et soutenir le commerce extérieur du pays. Toutefois, cette dynamique pourrait être partiellement contrebalancée par un ralentissement des achats chinois de soja et de viande bovine. La Chine s’est en effet engagée à accroitre significativement ses importations de soja des Etats-Unis, son deuxième fournisseur après le Brésil, après avoir suspendu ses achats entre mars et novembre 2025 ; période pendant laquelle le Brésil avait gagné des parts de marché[x]. Par ailleurs, Pékin a annoncé limiter ses importations totales de viande bovine à partir du 1er janvier en imposant des quotas à ses principaux fournisseurs[xi], dont le Brésil.


 
 

[i] Le Produit Intérieur Brut pour 2025 a été estimé à partir de la prévision de croissance du PIB du Ministère des Finances, à 2,2% sur l’année (Boletim MacroFiscal - Novembro/25 — Ministério da Fazenda).

[ii] D’après les données de commerce extérieur du Ministère du Développement, de l’Industrie, du Commerce et des Services brésilien (ComextStat/MDIC).

[iii] D’après les données de l’OMC, le Brésil imposait en moyenne 12% de droits à l’importation à ses partenaires, selon la clause de la nation la plus favorisée. Parmi les 10 plus grandes économies mondiales (le Brésil se classe désormais 10e), seule l’Inde applique des taux supérieurs au Brésil (15,8% en moyenne simple).

[iv] D’après la balance des paiements publiée par la Banque Centrale du Brésil (BCB). La BCB et le Ministère du commerce brésilien (MDIC) utilisent des méthodologies différentes pour le calcul de l’excédent commercial en biens du Brésil ; selon la BCB, qui utilise la méthodologie BPM6 du FMI, celui-ci s’établit à 60 Md USD en 2025, contre 68,3 Md USD selon les calculs du MDIC qui suit la méthode International Merchandise Trade Statistics des Nations Unies. Les évolutions de l’excédent commercial, des exportations et des importations restent cohérentes entre les deux sources. D’après une étude de la Banque nationale de développement économique et social (BNDES), le traitement différencié du régime douanier spécial concernant le pétrole et le gaz naturel et des achats en ligne explique en grande partie ces divergences. 

[v] Les exportations de la plupart des biens brésiliens vers les Etats-Unis ont été soumises à partir du 30 juillet 2025 à une surtaxe de 40%, qui s’ajoute aux droits déjà existants de 10% imposés en avril, en punition contre le procès alors en cours contre l’ancien président Bolsonaro. Les droits sur plusieurs biens alimentaires (notamment café, cacao, viande bovine, fruits) ont été supprimés en novembre. Pour plus d’informations, voir Note sur l’effet des droits de douane américains sur les exportations brésiliennes.

[vi] Il existe des divergences significatives entre les données du commerce bilatéral France-Brésil publiées par le Ministère du commerce brésilien et celles publiées par les Douanes françaises, du fait de différences méthodologiques. Afin de comparer la France aux autres partenaires commerciaux du Brésil, les analyses conduites ici se fondent exclusivement sur les données du Ministère du commerce brésilien.   

[vii]  Les importations brésiliennes de pétrole et huiles minérales raffinés américains ont augmenté de 54% en 2025, alors que celles de pétrole raffiné russe ont diminué de 22%. Concernant le diesel en particulier, la Russie est le premier fournisseur du Brésil depuis 2023. Les Etats-Unis, leader historique, ont commencé à récupérer des parts de marché après l’été 2025 lorsque la Russie a limité ses exportations à la suite de frappes ukrainiennes sur les raffineries du pays. Pour plus d’informations, voir Note sur les dépendances brésiliennes envers les importations en provenance de Russie

[viii] D’après les données brésiliennes c’est essentiellement une croissance de la section 84 « Réacteurs nucléaires, chaudières, machines, appareils et instruments mécaniques, et leurs parties » entre 2024 et 2025 [qui passe de 1,9Md USD à 3,0Md USD) sur des importations du Brésil depuis la France qui passent de 6,2Md USD à 7,2Md USD

[ix] Dans ses estimations datant du 6 janvier 2026, le Ministère du Développement, de l’Industrie, du Commerce et des Services (MDIC) prévoit des exportations entre 340 et 380 Md USD, et des importations entre 270 et 290 Md USD pour l’année 2026.

[x] Début mars 2025, la Chine a suspendu ses importations de soja américain. Comme la Chine importe majoritairement son soja depuis les Etats-Unis et le Brésil, les exportations brésiliennes de soja vers la Chine ont fortement augmenté, dépassant dès septembre 2025 le volume total de 2024 de 72,5 Mt. Le 1er novembre, la Chine a levé la suspension et s’est engagée auprès du président Trump à importer 12 Mt de soja américain avant la fin de l’année 2025. Selon Bloomberg, la Chine aurait importé 8 Mt de soja américain depuis le 1er novembre. On remarque effectivement que le pays se détourne légèrement du soja brésilien (- 34% entre novembre et décembre 2025), ce qui pourrait faire décliner les performances d’exportation du Brésil dans le secteur au début de l’année 2026. Toutefois, simultanément, l’abandon par des grandes entreprises du secteur du moratoire sur le soja, un accord volontaire qui interdit la vente de soja provenant de surfaces amazonienne déforestées après 2008, pourrait étendre leur périmètre de production, et donc d’exportation.    

[xi] Le 31 décembre 2025, pour protéger sa production domestique, la Chine a annoncé limiter ses importations de viande bovine pour les trois prochaines années, à partir du 1er janvier 2026. En 2026, les importations totales sont limitées à un total de 2,7 Mt, avec des quotas spécifiques pour les principaux exportateurs (Brésil, Australie, Uruguay, Argentine, USA), au-delà desquels la Chine appliquera une surtaxe de 55% s’applique. Le Brésil dispose du quota le plus élevé, à 1,1 Mt, mais devra nettement réduire ses exportations pour respecter cette limite, le pays ayant exporté 1,65 Mt de viande bovine vers la Chine entre janvier et décembre 2025, dont 1,1 Mt de janvier à septembre. Selon les prévisions de l’Association Brésilienne d’Industries Exportatrices de Viandes (ABIEC), cette mesure ne devrait pas réduire les exportations brésiliennes totales de viande bovine, qui trouveraient d’autres débouchés en Asie et aux Etats-Unis pour compenser la baisse des achats chinois.

 

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