Situation Economique et Financière

 

Structure de l'économie

L’économie bolivienne a connu une croissance forte et relativement régulière durant la dernière décennie (+4,6% en moyenne avec un pic à +6,8% en 2013). Elle a vu son PIB doubler en quinze ans pour atteindre 40,1 Mds USD en 2019 pour 11,6 millions d’habitants, soit 3 552 USD de PIB par habitant ce qui demeure l’un des plus faibles d’Amérique latine. L’inflation a oscillé entre 6,9% et 1,5% au cours de la décennie, des niveaux acceptables pour une économie en développement et en croissance ; on prévoit un taux d’inflation de 3,4% pour fin 2020. Si le taux de pauvreté a fortement reculé, il reste encore élevé : il est passé de 60,6% en 2005 à 37,2% en 2019, et de 38,2% à 12,9% pour l’extrême pauvreté. L’économie informelle représente 62% de l’activité économique (selon le FMI dans une étude de 2018) et 60 à 80% de l’emploi (selon les sources). Dans ce contexte d’informalité élevée, le taux de chômage s’établissait à 10,7% au 3T 2020 (contre 4,8% fin 2019). L’indice de GINI est lui tombé de 0,59 à 0,42 en dix ans.

Côté production, les secteurs qui pèsent le plus dans le PIB sont l’industrie manufacturière (18% en incluant le traitement des minerais) ; le secteur financier, assurances, immobilier et services aux entreprises (14%) ; l’agriculture, sylviculture, chasse et pêche (14%) ; les transports et communications (12%) ; et le secteur public (11%).

S’agissant du secteur exportateur, en 2019 les exportations de produits miniers ont représenté 48% du total exporté par la Bolivie, devant les hydrocarbures (32%).

Eléments d'analyse conjoncturelle

La crise politique issue des élections contestées de novembre 2019 a pesé sur la performance de l’économie bolivienne en 2019 (+2,2%, plus faible résultat sur deux décennies), puis la crise sanitaire liée au Covid-19 a mis un terme en 2020 à une longue période de croissance, de stabilité, et de réduction de la pauvreté. La Bolivie a appliqué un confinement total du 22 mars au 31 mai puis un « confinement dynamique » jusqu’au 31 août avec des mesures adaptées en fonction du risque sanitaire évalué au niveau des municipalités. L’arrêt des activités en dehors de quelques secteurs jugés essentiels a provoqué une crise qui devrait se traduire par une chute du PIB de 7,9% en 2020 selon le FMI, de 8% selon la CEPAL et de 8,4% selon la Banque centrale (BCB). Toutefois, le FMI prévoit une reprise de 5,6% pour 2021 (5,1% pour la CEPAL).

La crise sanitaire a aggravé certains déséquilibres macroéconomiques préexistants. Ainsi le déficit budgétaire pourrait atteindre 12,3% du PIB en 2020, alors qu’il oscillait entre 5 et 7 points les années précédentes. La Bolivie est désormais obligée de s’endetter, et la dette publique devrait passer de 59% du PIB en 2019 à 69,4% en 2020 (mais la dette externe publique se maintiendrait autour de 28%). Le déficit commercial devrait se réduire en 2020 en raison d’une réduction des importations liée à la crise ; toutefois celui-ci est structurel depuis 2015 et devrait persister dans les prochaines années, notamment en raison de la faiblesse des cours du pétrole qui pèsent sur les exportations boliviennes d’hydrocarbures. Enfin, les réserves internationales ont continué de baisser en 2020 passant de 6,5 Mds USD au 1er janvier (16% du PIB et 6 mois d’importation) à 5,3 Mds USD au 4 décembre.

Au plan sectoriel, des pans entiers de l’économie ont été mis à l’arrêt pendant le confinement (tourisme pesant 4% du PIB, transports, industrie non-agroalimentaire) et demeurent perturbés malgré la réactivation engagée depuis mi-mai. Parmi les plus exposés à la crise du Covid-19, Moody’s cite les hydrocarbures, l’industrie manufacturière, l’hôtellerie/restauration, la construction.

Si les livraisons gazières se sont poursuivies pendant la crise, la baisse des volumes exportés (déjà entamée avant la crise tant en raison de la baisse structurelle de la production faute d’investissements que de la demande) couplée à la chute des cours du pétrole se traduisent par une perte de recettes d’exportation (au moins 2 pts de PIB en 2020, partiellement compensée par un gain sur le pétrole importé). Petrobras a invoqué la clause de force majeure pour justifier une demande de gaz en deçà des contrats signés, clause finalement acceptée par les autorités boliviennes. Pour le secteur minier, la plus grande mine du pays, San Cristobal (1,8 Md USD d’investissement, 4,4% du PIB), a suspendu fin mars la production et l’exportation (zinc, plomb, argent), avant de reprendre mi-mai. En revanche, l’agriculture, les communications et le secteur public ont été beaucoup moins affectés par le confinement. L’agriculture en particulier a été priorisée pendant la pandémie, la Bolivie profitant même de nouveaux certificats sanitaires pour l’exportation de produits carnés vers la Chine.

Politique économique

La croissance bolivienne de cette dernière décennie a été intimement liée aux revenus issus de l’exportation de gaz, secteur contrôlé par la société publique YPFB. Le secteur gazier a ainsi représenté jusqu’à la moitié des exportations de la Bolivie à la fin du "super cycle des matières premières" (49% en 2013, contre 32% en 2019). Ayant la main sur les exportations, YPFB effectue la quasi-totalité des ventes boliviennes à l’étranger à ses homologues du Brésil (Petrobras) et d’Argentine (YPF), moyennant des contrats qui déterminent le calcul du prix du gaz (basé sur le baril de pétrole WTI). Le taux de change fixe depuis 2011 rend les importations moins chères et l’entrée importante de devises dans la période du boom du gaz a encouragé le gouvernement à soutenir l’économie via l’investissement public (autour de 13% du PIB ces dernières années, avec un point bas de 9% en 2010 et un pic de 15% en 2015) alors qu’il avoisine les 5% dans le reste de la région. Les revenus gaziers ont ainsi permis de fortes dépenses publiques dans des programmes sociaux, et une amélioration des indicateurs de développement du pays.

Toutefois, s’il a favorisé la croissance économique et l’amélioration du niveau de vie de la population, le modèle a eu des effets négatifs, tels que la perte de compétitivité des exportations, affectant l’industrie locale et rendant les consommateurs dépendant des importations. Les observateurs pointent également le manque d’incitations à l’investissement privé. Ces dernières années, la baisse des prix du pétrole, et par conséquent celle des entrées de devises, ont fragilisé ce modèle : les réserves internationales déclinantes sont utilisées pour maintenir le taux de change fixe. Le Brésil et l’Argentine ont réduit leur demande de gaz lors des dernières renégociations des contrats gaziers et cette dernière entend développer une industrie gazière locale (reposant notament sur les réserves de Vaca Muerta) qui pourrait devenir une concurrente  de la Bolivie.

La pandémie de Covid-19 a coïncidé avec le gouvernement intérimaire de Jeanine Añez (novembre 2019-novembre 2020), lequel a pris quelques mesures rompant avec la politique du MAS au pouvoir entre 2006 et 2019, telles que l’élimination de restrictions sur les exportations agricoles ou la réduction des dépenses publiques. L’investissement public en particulier s’est réduit de 66% en 2020. Le nouveau gouvernement de Luis Arce envisage un revirement, conforme à la politique menée par Evo Morales lorsqu’il détenait la Présidence.

S’agissant de la lutte contre la pandémie, le gouvernement intérimaire a pris des mesures d’atténuation, orientées vers les foyers vulnérables et les PME notamment (2 pts de PIB initialement) : report de l’impôt sur les sociétés ; versement de 3 subventions (« bono familia » par enfant inscrit en primaire à l’école publique, «  bono universal » et « bono contra el hambre » pour les personnes se retrouvant sans revenus) ; subvention de l’électricité et de l’eau pour les familles modestes ; distribution de produits de base, suspension des mensualités des crédits bancaires ; programme intensif pour l’emploi pour apporter des liquidités aux entreprises. Annoncé fin juin, le plan national de réactivation de l’emploi (2,3 Mds USD, 6 pts de PIB) a peiné à décoller, faute de financement suffisant, avant d’être annulé par le nouveau gouvernement.

Le Gouvernement a pu compter sur l’octroi de prêts par le FMI (327 MUSD);  la BID (450 MUSD), la BM (254 MUSD), la CAF (50 MUSD) et l’AFD (110 MUSD), afin de financer des transferts monétaires aux plus vulnérables notamment. Pour sa part, la Banque centrale bolivienne (BCB) a injecté 3,6 Mds USD via diverses mesures (notamment l’appui à des programmes de crédit).   

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