Commerce extérieur de la Bolivie en 2018

Le commerce extérieur de la Bolivie connait sa deuxième année de récupération en 2018, avec une hausse des échanges commerciaux de +8,6% (19 Mds USD), mais il se situe encore nettement en retrait par rapport à la période 2012 - 2014. Les exportations ont atteint  9 Mds USD tandis que les importations se situent  à 10 Mds USD. Le déficit commercial progresse légèrement, à hauteur de - 980 M USD malgré un dynamisme plus fort des exportations (+9,5%) que des importations (+7,9%). La hausse du prix du pétrole a fortement impacté à la hausse à la fois les exportations d’hydrocarbures et les importations de combustible.  

 

1) Les échanges commerciaux progressent en 2018 mais se situent encore nettement en deçà du niveau des années 2012 - 2014

Les échanges commerciaux de la Bolivie s’élèvent à 19 Mds USD, soit une hausse de 8,6% par rapport à 2017. Il s’agit de la deuxième année de croissance consécutive, mais le niveau reste inférieur à ceux affichés entre 2012 et 2014. La hausse des cours du pétrole a contribué à cette progression des deux côtés : le tiers des exportations sont constitués de gaz, dont les prix sont indexés au pétrole, tandis que les importations de combustible ont fortement augmenté en 2018. Outre le pétrole, on assiste à une reprise de la production de soja et à la bonne santé des exportations d’or, notamment vers l’Inde. Quant aux importations, les achats de biens d’équipement progressent en cohérence avec la croissance économique soutenue du pays.  

Le déficit commercial de la Bolivie se maintient à -980 M USD (léger creusement de 12 M USD), soit la quatrième année de déficit consécutif, confirmant la conversion du commerce extérieur bolivien de structurellement excédentaire (jusqu’en 2014) à structurellement déficitaire. Le taux de couverture des importations par les exportations de 89% reste relativement stable par rapport à 2017 (88%).

2) La progression des exportations est toujours liée aux résultats du gaz naturel qui a bénéficié de l’effet-prix

a) Les exportations ont atteint un niveau de 9 Mds USD, en hausse de 9,5% par rapport à 2017. Une part de 33,9% (soit 3 Mds USD) des exportations provient des « hydrocarbures » - dont 98% de gaz naturel à destination du Brésil et de l’Argentine. Cette part est en hausse de 1,8 point par rapport à 2017 mais reste nettement inférieure à celle de plus de 40% enregistrée au début de la décennie 2010 (49% en 2013). Les exportations d’hydrocarbures connaissent ainsi une hausse de 15,6% en valeur (+15,1% pour le gaz), en raison de la hausse du prix du gaz bolivien (indexé sur l’indice pétrolier WTI) alors que le volume exporté s’est réduit de 9%.  

Les exportations de « produits miniers » restent stables avec une hausse de 0,6% (2,4 Mds USD) entrainant une réduction de leur part dans le total des exportations de 2,3 points (26,7%). Le zinc et l’argent représentent à eux deux 85 % du total des minerais exportés. Le zinc représente 16,9% du total des exportations (hausse de 5,7% avec 1,5 Md USD), l’argent (part de 5,8%) connaît, en revanche, une deuxième année de recul avec de -9,7% (521 M USD). Concernant « l’industrie manufacturière » on relève la bonne performance de l’or métallique (13% des exportations, +9,9%, soit 1,2 Md USD). Le soja et ses produits dérivés (802 M USD) augmentent de 15,9%, se récupérant partiellement de la forte chute de 2017 et atteignant une part 8,9% dans le total des exportations. On remarque également l’apparition de l’urée (67 M USD) dont la production a débuté en 2018. Enfin, le secteur « agriculture, élevage, chasse, sylviculture et pêche » (434 M USD) connaît une progression de 13,1% avec un fort progrès des noix du Brésil (221 M USD ; +29%).

 

b) En ce qui concerne les pays clients de la Bolivie, le Brésil (19,2% du total des exportations soit 1,7 Md USD ; +18%) conserve sa première position, suivi de l’Argentine (16% soit 1,4 Md USD +15,1%). Les hausses observées pour le Brésil et l’Argentine s’expliquent par l’importance des contrats gaziers avec ces pays[1]. L’Inde (8,1% du total des exportations ; +26,4%) grimpe de 3 positions et devient le 3ème client de la Bolivie (et 1er client non-gazier) avec 723 M USD dont le 99,7% correspond à des exportations d’or. Le Japon (7,5% soit 670 M USD ; +13,3%) progresse d’une position tandis que la Corée du sud (6,4% soit 577 M USD ; -8%) recule de deux pour se situer en 5ème position. Les achats de ces 2 clients  sont extrêmement concentrés sur les produits minéraux : à hauteur de 99% pour le Japon et de 95% pour la Corée du sud. Les Etats-Unis (5,6% soit 504 M USD ; -17,5%) recule pour la 3ème année d’affilée jusqu’à la 6ème position, or on remarque que la gamme des exportations boliviennes vers ce pays est plutôt diversifiée. La France, reste le 25ème client, représente 0,22% des exportations boliviennes, soit une récupération  de 5,6% pour atteindre 19,6 M USD en 2018[2].

 

3) Une hausse des importations poussée par les combustibles et les intrants industriels

 

a) Composées à 98,8% de produits manufacturés, les importations boliviennes atteignent 10 Mds USD en 2018 soit une hausse de 7,4%. Concernant l’usage ou la destination économique, (selon la classification CUODE), environ la moitié (48%) des importations correspond à des matières premières et produits intermédiaires (4,8 Mds USD, +14% par rapport à 2017); 30% à des biens d’équipement (3 Mds USD, +8%) et 22% à des  biens de consommation (2,2 Mds USD, -3%).   

 

Concernant les matières premières et les produits intermédiaires, le combustible constitue à lui seul  13,5% du total des importations. En 2018, la Bolivie en a importé pour une valeur de 1,4 Md USD soit +44,8% par rapport à 2017, dû à la hausse des prix mais  le volume importé a aussi considérablement augmenté  (+26%). En outre, on relève  une  progression des intrants pour l’agriculture (+9,5%, 427 M USD), des intrants pour l’industrie (+4,8%, 2,1 Mds USD) et des matériaux de construction (13,4%, 559 M USD). Le seul sous-groupe qui affiche un recul est celui des pièces et accessoires de transport (-5,8%, 285 M USD). 

 

Pour les biens d’équipement, on constate une progression pour les biens d’équipement agricoles (+16,1%, 149 M USD) et industriels (+18,3%, 2,4 Mds USD) et un recul chez les équipements de transport (-29,5%, 431 M USD). Enfin, pour les biens de consommation on observe une légère hausse des biens non-durables (+1,4%, 1,2 Md USD) et un recul des biens durables[3] (-7,1%, 1 Mds USD).

 

On constate donc que les intrants pour l’industrie sont toujours très sollicités mais on assiste à un recul de la demande des ménages. Face à une industrie locale limitée, les importations continuent d’augmenter, incitées par un BOB surévalué et à taux de change fixe qui les rend moins chères. 2018 marque une quatrième année de déficit, situation qui risque de rogner les réserves internationales (qui demeurent toutefois toujours élevées).  

 

b) Les principaux fournisseurs de la Bolivie sont la Chine (20,7% soit 2,1 Mds USD ; +2,4%), le Brésil (16,1% soit 1,6 Mds USD ; +3,4%), l’Argentine (11,6% soit 1,2 Mds USD ; +0,2%), le Pérou (6,7% soit 670,2 M USD ; +9,9%) et les Etats-Unis (6,4% soit 638,2 M USD ; -14%). La France, 13ème fournisseur, représente quant à elle 1,7% des importations boliviennes, soit 169,3 M USD (+79,2% par rapport à 2017) et récupère 4 positions dans le classement par rapport à 2017.

 

4) Des échanges extérieurs toujours très dépendants du contexte régional

Pays géographiquement enclavé, les échanges commerciaux de la Bolivie demeurent en grande  partie concentrés - hormis la Chine - sur l’Amérique du sud : parmi les 10 premiers partenaires commerciaux du pays, 5 sont issus de la région (Brésil, Argentine, Pérou, Colombie et Chili) et représentent 43,4% du total des échanges en 2018.

Cette forte concentration des échanges extérieurs rend la Bolivie dépendante de la conjoncture régionale, la performance de ses exportations étant directement liée à la demande du Brésil et l’Argentine. À cela s’ajoute l’imminente renégociation des contrats gaziers où ces deux pays vont réviser leur demande à la baisse, en particulier pour l’Argentine qui développe son industrie gazière locale. Ainsi la Bolivie doit investir en exploration-production pour parvenir à diversifier à l’avenir ses marchés et augmenter sa production de gaz (celle-ci  stagne face à l’absence de nouvelles découvertes).

En 2018, la part de marché de la Chine dans le commerce extérieur bolivien décline et se stabilise à 13,3% (-0,84 p.p. par rapport à 2017) avec un fort excèdent commercial en faveur de l’empire du Milieu de 1,62 Mds USD qui plombe la balance commerciale de la Bolivie.

La France est le 21ème partenaire commercial de la Bolivie (progression de  2 places): avec un volume total de 190 M USD, elle représente 1% des échanges, en hausse de 67,1% par rapport à 2017. Elle est le 7ème partenaire européen et communautaire, de la Bolivie. L’UE représente 11,4% du commerce extérieur bolivien, ce qui fait du bloc le 4ème partenaire commercial du pays andin.  



[1] En 2018, 94% des exportations boliviennes vers le Brésil et vers l’Argentine sont issues des ventes de gaz naturel.

[2] Les statistiques boliviennes font apparaitre un excédent en faveur de la France dans notre commerce bilatéral alors que les douanes françaises affichent le résultat inverse : ces divergences statistiques ne sont toutefois pas inhabituelles (comptabilisation FOB vs CIF).

[3] Il y a une rubrique «armes et équipement militaire» dans les non-durables pour 3,7 M USD en 2018 (+280% par rapport à 2017).

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