Profil de l'économie de Bahreïn (juin 2019)

 L’économie bahreïnienne est l’une des plus diversifiées de la région, le développement de son industrie et des services financiers étant au cœur de ses priorités économiques depuis les années 1970.

 

L’économie nationale se distingue à plusieurs égards de celles des autres Etats du CCEAG : dotée de la population et du PIB nominal les moins élevés de la péninsule (respectivement 1,5 M d’habitants et 37,8 Mds $ en 2018 selon le FMI), elle est également la plus faible productrice de pétrole (200 000 barils / jour, 124,6 M de barils de réserves prouvées selon l’AIE), la plus ouverte (taux d’ouverture de 147,4% du PIB en 2018 selon le FMI) et la plus diversifiée, le secteur financier et l’industrie manufacturière représentant respectivement 16,5% et 14,8% du PIB en 2018. Cette diversification apparente masque une forte dépendance aux recettes pétrolières et gazières, qui constituent 75% des recettes budgétaires en 2017 et 46% des recettes d’exportation de biens en 2016 selon COMTRADE. En l’absence de ressources publiques robustes (fiscalité, produits de fonctionnement et produits financiers), la conduite d’une politique budgétaire procyclique et la baisse cyclique des cours du pétrole conduisent structurellement à l’apparition de soldes public et externe dégradés.


Les hydrocarbures demeurent le premier secteur de l’économie avec une part de 18,5% du PIB en 2018. La production conventionnelle de pétrole provient du champ historique onshore d’Awali, exploité depuis 1932 (45 000 barils / jour) et du champ offshore d’Abu Safah partagé avec l’Arabie Saoudite et opéré par Saudi Aramco (150 000 barils / jour). Le 1er avril 2018, les autorités ont annoncé la découverte d’un nouveau gisement de pétrole de roche mère (Khaleej Al Basin). Si les réserves estimées avoisinent les 80 Mds de barils, plusieurs zones d’ombre persistent : le taux de récupération est très incertain (entre 5% et 50%), le coût d’extraction supérieur au non-conventionnel onshore américain, et le mode d’exploitation reste à déterminer. Dans l’aval pétrolier, la Bahrain Petroleum Company (BAPCO) dispose d’une raffinerie en phase d’expansion (de 260 000 à 380 000 barils / jour) et de modernisation (compatible avec les nouveaux standards de contenu en soufre de l’Organisation maritime internationale). Dans le secteur gazier, Bahreïn produit 21 Mds m3 / an de gaz naturel depuis le réservoir de Khuff, et s’est doté d’un terminal d’importation de GNL de 800 000 m3 / jour, opérationnel en mai 2019.


Les services financiers constituent le deuxième secteur de l’économie avec une part de 16,5 % du PIB en 2018. La création dès 1973 d’un superviseur-régulateur unique (Bahrain Monetary Agency), et l’octroi à partir de 1975 d’une licence de banque offshore sans condition de seuil de propriété nationale du capital, contribuent à attirer les capitaux issus de la vente de pétrole et les banques fuyant la guerre civile au Liban. La place financière s’est par la suite étoffée, et enrichie d’une spécialisation sur les actifs islamiques : création d’une bourse de valeurs (1987) affichant une capitalisation de 22 Mds $ en 2018, édiction d’un rulebook faisant référence dans la région (2006), adoption d’infrastructures post-marché, et mise en place d’institutions de régulation de la finance islamique telles que l’Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions et l’Islamic International Rating Agency. En 2017, 393 sociétés financières disposent d’un agrément auprès de la Banque centrale dont 72 banques offshore représentant 68,2% des actifs bancaires, et 22 banques islamiques. Les participations de l’Etat sont placées dans deux fonds souverains, Mumtalakat pour les actifs non-pétroliers depuis 2006 (15,4 Mds $ d’actifs en 2017) et Nogaholding pour les actifs pétroliers et gaziers depuis 2007 (6,4 Mds $ d’actifs mi-2017).


Le secteur manufacturier représente 14,8 % du PIB en 2018. Les complexes industriels les plus importants sont la fonderie d’Aluminium of Bahrain (Alba), qui doit devenir la première fonderie en site unique du monde avec une capacité de 1,5 M tonnes / an à l’issue du programme d’expansion (ouverture de la ligne 6, opérationnelle à 25% en mars 2019), et le complexe pétrochimique de Gulf Petrochemical Industries Co.


Les nouvelles priorités de la diversification et du développement économique inscrites dans la Vision 2030 du Royaume sont le tourisme, les infrastructures, le manufacturing, les énergies renouvelables et les TIC. A cet égard, Bahreïn a mis en place un écosystème d’innovation dans les fintechs comprenant un cadre réglementaire allégé (sandbox de la Banque centrale), un incubateur public (Bahrain Fintech Bay), et un fonds de fonds de capital-risque abondé en février 2019 à hauteur de 55 M $ sur les 100 M $ espérés (Al Waha Fund). Le Royaume a en outre entamé le processus de libération et d’attribution des bandes de fréquence pour le déploiement de la norme 5G, pour lequel Huawei a signé un accord de partenariat avec l’opérateur mobile VIVA Bahrain.

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