Indicateurs et Conjoncture en 2020

L'année 2020 signe le vingt-cinquième anniversaire de la paix en Bosnie-Herzégovine (BiH), issue de l'Accord-cadre général généralement  dénommé « les accords de Dayton », dont la signature a eu lieu à Paris le 14 décembre 1995.

Selon ces accords, le pays est constitué de deux entités, la Republika Srpska et la Fédération de Bosnie-Herzégovine, et du district de Brcko. Les deux entités rassemblent, pour une large part, les communautés du pays : la Republika Srpska est majoritairement peuplée de Serbes, orthodoxes, alors que la Fédération de Bosnie-Herzégovine regroupe les Bosniaques, musulmans, et les Croates catholiques. La Fédération est elle-même subdivisée en dix cantons.

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La Bosnie-Herzégovine a subi, lors du conflit post-yougoslave, l’une des plus grandes contractions économiques connues dans l’histoire contemporaine : 70 % environ du potentiel agroindustriel et 80 % des infrastructures du pays ont été détruits. La Banque Mondiale a estimé les dégâts entre 15 et 20 Mds USD. Au sortir de la guerre, le PIB était équivalent à 25 % de celui de 1991. Depuis lors, la consolidation du pays reste longue et difficile : il convient à la fois de reconstruire les infrastructures, de renforcer l’Etat et d’achever la transition du système socialiste à l’économie de marché dans un paysage politique complexe.

C’est dans ce contexte que le pays développe ses échanges commerciaux avec les pays de l’UE. Il s’inscrit pleinement depuis quelques années dans une trajectoire européenne comme l’atteste sa demande d’adhésion à l’Union Européenne (UE) le 15 février 2016, marquant le début d’un processus particulièrement exigeant.

Ce processus de rapprochement avec l’UE recèle des opportunités économiques pour nos entreprises encore peu présentes sur ce marché.

Historique : Faits marquants de l’évolution du pays depuis 1995 :

  • l’établissement de la Banque centrale en 1997, puis la nouvelle monnaie (le Mark convertible), introduite en 1998. La Banque centrale joue un rôle unificateur majeur par la monnaie, gérée dans le cadre d’une caisse d’émission (« currency board ») avec un taux nominal fixe avec l’euro (2 Marks bosniens = 1 Euro). Elle est la seule institution étatique supra- communautaire en Bosnie-Herzégovine ;
  • l’introduction de la TVA en 2006 et la création d’une Direction nationale pour la collecte des taxes indirectes (ITA) ;
  • le secteur bancaire, largement privatisé, est solide et bien capitalisé ; les principales banques bosniennes sont aujourd’hui des filiales de grands établissements étrangers (notamment autrichien et italien ; pas de banque française) ;
  • le régime sans visa pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine ayant un passeport biométrique, pour voyager dans l’Union européenne (depuis décembre 2010) ;
  • la conclusion de l’Accord de stabilisation et d’association (« ASA »), en 2007, entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union européenne ; l’accord est entré en vigueur en juin 2015 ;
  • des progrès importants ont été accomplis dans la coopération régionale, tant dans le cadre du traité de libre-échange centre européen (« CEFTA ») que dans les relations bilatérales avec ses  voisins ;
  • enfin, le dépôt  de demande d’adhésion à l’Union Européenne (UE) le 15 février 2016, dont la prochaine étape serait l’octroi par le Conseil de l'UE du statut de pays candidat à l’Union européenne, qui constituera un levier important pour accélérer les réformes et la mise à niveau institutionnelle en Bosnie-Herzégovine.

Depuis la crise financière de 2008, qui a durement frappé le pays, la croissance s'est stabilisée mais elle restait inférieure aux taux d'avant la crise.

BM

Source: Banque mondiale, « Systematic country diagnosis update», 2020

La pandémie de COVID-19 a plongé la Bosnie-Herzégovine dans une profonde récession, avec des baisses de la demande intérieure et extérieure, couplées à des perturbations des chaînes d'approvisionnement, conduisant à une trajectoire de croissance négative pour 2020. La demande interne est fortement impactée par la baisse des transferts de la diaspora, une source importante de revenus du pays (12% du PIB).

L’aggravation de la pandémie à l’été 2020 et l’actuelle 2ème vague retardent la reprise économique. Le FMI prévoit une récession de -6,5% en 2020, suivie d’une croissance de +5% en 2021.

FMI

Source : FMI octobre 2020

Le modèle de développement actuel de la Bosnie-Herzégovine ne permet pas d’augmenter significativement la croissance potentielle en raison des facteurs suivants :

  • la consommation (publique et privée) est le principal moteur de la croissance ;
  • l’investissement en capital est faible contrairement aux dépenses courantes élevées (salaires, retraites, transferts etc…)
  • les entreprises publiques (SOE’s), nombreuses et de faible productivité,  pèsent lourdement sur les finances publiques;
  • la participation du secteur industriel et agricole dans la valeur ajoutée est  faible ;
  • la balance commerciale est structurellement déficitaire, l’offre bosnienne à l’export se limitant à quelques secteurs: la métallurgie, le textile et cuir, le bois et l'industrie chimique (coke, soude) ;
  • le tissu industriel est vulnérable aux facteurs extérieurs, tels que la baisse du prix des métaux sur le marché mondial et la baisse de la demande des principaux clients européens en temps de crise économique ;
  • le stock d’investissements directs étrangers est faible, les investissements sont concentres sur les services (56 %) ;
  • le chômage est élevé et touche très largement les jeunes ;
  • les tendances démographiques sont négatives, ce qui constitue une menace importante pour le développement du pays (flux migratoires  sortants, diminution et vieillissement de la population)

 

A contrario, on note, parmi les avantages comparatifs du pays :

  • la position géographique favorable et sa proximité avec l’Union européenne : la modernisation et l'expansion des infrastructures de transport offrent des opportunités d'investissements supplémentaires, notamment grâce à des partenariats public-privé ;
  • certaines entreprises industrielles étrangères pourraient investir dans le pays et réexporter, permettant d' intégrer la Bosnie Herzégovine  dans les chaines de valeur européennes et globales. 
  • la diaspora importante est la première source de financement de l’économie, devant les IDE. Les transferts courants représentent entre 10 et 11 % du PIB. Elle pourrait investir plus massivement dans le pays et contribuer plus largement à son développement.
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