indicateurs et conjoncture

La Bosnie-Herzégovine a fêté en 2015 le vingtième anniversaire de la paix, issue de l'Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine (BiH), généralement  dénommé « les accords de Dayton » et signé le 14 décembre 1995 à Paris.
Selon ces accords, le pays est constitué de deux entités, la Republika Srpska et la Fédération de Bosnie-Herzégovine, et du district de Brcko. Les deux entités rassemblent, pour une large part, les communautés du pays : la Republika Srpska est majoritairement peuplée de Serbes, alors que la Fédération de Bosnie-Herzégovine regroupe les Bosniaques, musulmans, et les Croates, catholiques. La Fédération est elle-même subdivisée en dix cantons.

 Carte de la Bosnie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La Bosnie-Herzégovine a subi, lors du conflit post-yougoslave, l’une des plus grandes contractions économiques connues dans l’histoire contemporaine : 70 % environ du potentiel agroindustriel et 80 % des infrastructures du pays ont été détruits. La Banque Mondiale a estimé les dégâts entre 15 et 20 Mds USD. Au sortir de la guerre, le PIB était équivalent à 25 % de celui de 1991.
L’histoire économique récente de la Bosnie-Herzégovine

 PIB par habitant
Source : Banque mondiale, « a systematic country diagnosis », octobre 2015
 
La consolidation du pays est longue et difficile : il convient tout à la fois de reconstruire les infrastructures, de renforcer l’Etat et d’achever la transition du système socialiste à l’économie de marché dans un contexte politique complexe.
Beaucoup de progrès ont toutefois été réalisés depuis 1995.  À citer les plus grands succès et les étapes les plus importantes :
 
  • l’établissement de la Banque centrale en 1997, puis la nouvelle monnaie (le Mark convertible), introduite en 1998. La Banque joue un rôle unificateur majeur par la monnaie, gérée dans le cadre d’une caisse d’émission (« currency board ») avec un taux nominal fixe avec l’euro (2 Marks bosniens = 1 Euro). Elle est la seule institution étatique supra- communautaire en Bosnie-Herzégovine ;
  • l’introduction de la TVA en 2006 et la création d’une Direction nationale pour la collecte des taxes indirectes (ITA) ;
  • le secteur bancaire, largement privatisé, est solide et bien capitalisé ; les principales banques bosniennes sont aujourd’hui des filiales de de grands établissements étrangers (notamment autrichien et italien ; pas de banque française) ;
  • le régime sans visa pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine ayant un passeport biométrique, pour voyager dans l’Union européenne (depuis décembre 2010) ;
  • la conclusion de l’Accord de stabilisation et d’association (« ASA »), en 2007, entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union européenne ; l’accord est entré en vigueur en juin 2015 ;
  • des progrès importants ont été accomplis dans la coopération régionale, tant dans le cadre du traité de libre-échange centre européen (« CEFTA ») que dans les relations bilatérales avec les pays voisins ;
  • un consensus politique a été trouvé en juin 2015 sur un ensemble de réformes structurelles, dit « Agenda des réformes » (« Reform agenda »), en accord avec l’UE et les institutions financières internationales ;
  • enfin, le dépôt  de demande d’adhésion à l’Union Européenne (UE) le 15 février 2016, marquant le début d’un processus particulièrement exigeant.
Les trois conditions pour que le Conseil considère la candidature bosnienne comme crédible sont : un progrès significatif dans la mise en œuvre de l’Agenda des réformes, l’adaptation de l’ASA suite à l’adhésion de la Croatie à l’UE et la mise en œuvre d’un mécanisme national de coordination pour les affaires européennes. Les trois conditions ci-dessus ayant été remplies, cela a ouvert la voie à la décision favorable du Conseil le 20 septembre 2016.
Le 9 décembre 2016, la Bosnie-Herzégovine a reçu le questionnaire de la Commission, étape nécessaire à l’examen de sa candidature, contenant  plus de 3.200 questions regroupées en trois domaines principaux (critères politiques, critères économiques et capacité à intégrer l'acquis communautaire) répertoriés en 33 chapitres de négociation. Les autorités bosniennes ont rendu les réponses au questionnaire de la Commission à Jean-Claude Juncker lors de sa visite à Sarajevo en février 2018. Les autorités ont toutefois mis 16 mois pour répondre au questionnaire, ce qui illustre la complexité politique et institutionnelle du pays. Cette réussite prouve le fonctionnement du mécanisme de coordination interministériel pour les affaires européennes mis en place en 2016 en Bosnie-Herzégovine. La prochaine étape consiste pour la Commission à analyser la réponse et demander d’éventuels compléments, afin de rédiger un avis sur cette demande d'adhésion. Ainsi le dialogue avec la Commission européenne devrait s’intensifier en 2018. L’octroi du statut de pays candidat à l’Union européenne par la Conseil, qui pourrait résulter de ce processus, sera un levier important pour accélérer le programme de réformes en Bosnie-Herzégovine.
Le modèle économique du pays reste peu productif ; ces faiblesses les plus importantes sont :
  • la faible participation du secteur industriel et agricole dans la valeur ajoutée ; les services sont le principal moteur de la croissance du pays ;
  • la balance commerciale structurellement déficitaire pour des raisons suivantes : l’ampleur des importations, répondant  aux immenses nécessités d’après la guerre ont induit un déficit commercial significatif qui persiste jusqu’à aujourd’hui ; l’offre bosnienne a été réduite et elle se concentre aujourd’hui sur quelques secteurs : la métallurgie, le textile et cuir, le bois et l'industrie chimique (coke, soude) ;
  • une forte dépendance de l’économie du pays aux marchés extérieurs : le tissu industriel est vulnérable aux facteurs extérieurs, tels que la baisse du prix des métaux sur le marché mondial et la baisse de la demande des principaux clients européens en temps de crise économique ;
  • la faiblesse du stock d’investissements directs étrangers, dont les flux sont très faibles depuis 2007;
  • un chômage élevé, de l’ordre de 20,5%, et touche très largement les jeunes.
A contrario, on note, parmi les avantages comparatifs du pays :
  • la position géographique, sa proximité avec l’Union européenne ;
  • la relative stabilité macroéconomique et financière, avec des déficits budgétaires contenus, sous le contrôle du FMI, et des niveaux d'endettement modérés. La mise en œuvre de l’Agenda des réformes, fixé en 2015, vise à réduire encore le déficit budgétaire en limitant la progression des dépenses publiques ;
  • de véritables expertises industrielles, combinées à un faible coût du travail, les deux expliquant que la sous-traitance pour des clients étrangers, principalement européens, représente environ un tiers des échanges du pays ;
  • la diaspora importante, première source de financement de l’économie, devant les IDE, les transferts courants représentant entre 10 et 11 % du PIB. Une fois la situation politique et économique stabilisées, la diaspora pourra devenir un investisseur potentiel et contribuer plus largement au développement du pays.
Les autorités travaillent à soutenir la croissance en :
  • réduisant le secteur public en faveur du secteur privé faiblement développé, disposant d'un potentiel pouvant conduire à une croissance économique du pays ; les PME-PMI dynamiques devraient jouer un rôle important ;
  • améliorant le climat d’affaires afin d’attirer les investissements (étrangers ou locaux) dans la production et ainsi augmenter l'emploi et les exportations.

La priorité du pays est aujourd’hui la mise en œuvre de l’Agenda des réformes, essentielle pour un développement économique durable.  L’accompagnement financier du FMI et de la Banque mondiale conforteront  ce processus.

 
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