Le secteur agricole en Azerbaïdjan : une grande priorité pour le gouvernement azerbaïdjanais dans le cadre de sa politique de diversification

L’agriculture azerbaïdjanaise est largement tournée vers l’exportation, héritage de l’époque soviétique où elle fournissait les autres républiques. Elle représente le premier secteur parmi ceux retenus par le gouvernement pour diversifier l’économie du pays, encore très dépendante du secteur des hydrocarbures. Elle bénéficie d’une feuille de route spécifique accompagnée de nombreuses mesures de soutien, prêts concessionnels, subventions et aides diverses.

Des conditions climatiques favorables pour une production variée

Avec 9 zones climatiques différentes, l’Azerbaïdjan présente des conditions climatiques et géologiques favorables pour une production agricole très variée tout au long de l’année. Les terres agricoles cultivables représentent 55,1% de la surface totale et les terres agricoles exploitables atteignent 1,9 M hectares (ha). En 2019, les terres cultivées atteignent 1,72 M ha. Une grande partie de ces terres nécessite une irrigation en raison de précipitations insuffisantes.

Le secteur agricole s’est en effet bien développé depuis l’indépendance. La production est passée de 3,5 Mds AZN en 2008 à 7,8 Mds AZN[1] en 2019 (hausse de 80% pour les récoltes et de 186% pour le bétail), dont 3,8 Mds proviennent des cultures et 4,1 Mds de l’élevage. Par comparaison, en 1990, les cultures dominaient largement le secteur (64%) alors que l’élevage représentait 36% de la production agricole totale. La production agricole connaît une bonne dynamique ces dernières années puisqu’elle a augmenté de 6,6% en 2015, 2,6% en 2016, 4,2 % en 2017, 6,2 % en 2018 et 7,2 % en 2019.

Les principaux produits récoltés en 2019 sont les céréales (3,5 M tonnes), les fruits et légumes (2.8 M tonnes), les pommes de terre (1 M tonnes), le thé (0,93 M tonnes), le coton (0,3 M tonnes), la betterave sucrière (0,24 M tonnes) et le raisin (0,2 M tonnes).

L’élevage prend une place grandissante dans l’agriculture azerbaidjanaise. On recense en 2019 2,5 M de têtes de bovins, 7,7 M de têtes d’ovins et 30,4 M de volailles. De même, 326 000 tonnes de viande, plus de 2 M de tonnes de lait et 1,7 Mds d’œufs ont été produits en 2018.

Le degré d’autosuffisance de la production végétale et animale est respectivement 99 % et 77%.

 

Une production fortement tournée vers l’exportation 

La production locale est majoritairement destinée à l’exportation, notamment vers les pays de la CEI. En 2019, on estime par exemple que de la production de fruits et légumes a été exportée à plus de 90% en Russie. En 2018, les produits les plus exportés sont donc les fruits, noix-noisettes et les agrumes (326 M USD), les légumes et les tubercules (233 M USD), les sucres et confiserie à base de sucre (25 M USD). En 2018, les exportations des produits agroalimentaires se sont élevées à 705 M USD.

La coopération et les échanges commerciaux entre la France et l’Azerbaïdjan se développent  également dans le secteur agricole et agroalimentaire. Les exportations des produits des industries agroalimentaires de la France vers l’Azerbaïdjan ont augmenté de 7,6 M EUR à 11,6 M EUR entre 2018 et 2019, alors que les importations ont baissé de 0,18 M EUR à 0,08 M EUR. Les produits laitiers, les plantes vivantes, les boissons alcooliques sont les produits agroalimentaires les plus exportés de la France vers l’Azerbaïdjan.

Les autres secteurs à fort potentiel sont les équipements agricoles, les semences et le bétail. La France de son côté importe d’Azerbaïdjan en premier lieu des noisettes et des jus de fruits.

Photo : Président Aliyev visite le stand français dans le salon agricole CaspianAgro en 2019

Photo : Président Aliyev visite le stand français dans le salon agricole CaspianAgro en 2019

Un secteur largement privatisé qui reste très important en termes d’emploi

Avec le rétablissement de l’indépendance en 1991, le secteur agricole, comme les autres secteurs de l’économie, s’est ouvert aux investisseurs privés. La loi sur la réforme agraire adoptée en 1996 a aboli les kolkhozes et sovkhozes et partagé les terres entre l’État, les municipalités et les propriétés privés. Ainsi, aujourd’hui les entreprises publiques ne représentent plus qu’environ 10 % du PIB agricole (9,4 % en 2018). Les exploitations agricoles azerbaidjanaises se caractérisent par leur petite taille. 71% d’entre elles ne disposent que de 3 ha ou moins et 82% possèdent de 1 à 10 têtes de bétail.

Malgré la multiplicité des acteurs privés, quelques grands groupes comme Azersun, Gilan ou Pasha occupent une place prépondérante dans la production agricole. Quelques autres groupes de moindre importance comme PMD group (Agro parc Yalama- élevage) et « Susenagro » LLC (Padarchol - Agsu- production de céréales) leur font concurrence. Certaines entreprises comme Milk Pro et Atena sont spécialisées dans la production et la transformation des produits laitiers.  

Si le secteur agricole ne représente qu’environ 6% du PIB (5,7% en 2019), il emploie 36% de la main d’œuvre nationale, ce qui représente un enjeu social important et souligne qu’une partie de la population dépend pour sa survie de petites productions vivrières.

Culture du coton

Des soutiens financiers importants pour les agriculteurs et les exportateurs

L’Azerbaïdjan mène une politique de soutien vigoureuse à l’agriculture avec de nombreuses agences chargées de distribuer des aides directes, des prêts bonifiés ou des subventions à l’exportation. On peut citer quelques organismes, notamment Agroleasing chargé de vendre aux agriculteurs des engrais à prix préférentiels et l’agence d’État des crédits agricoles qui octroie des prêts concessionnels pour l’achat de matériel, le lancement de projets agricoles, l’achat de bétail, etc.

Les subventions de l’État peuvent aller jusqu’à 70% du coût initial. Le volume des subventions au secteur agricole s'est élevé à 34 M AZN en 2018 et à 37,9 M AZN en 2019.

 

Une feuille de route pour l’amélioration de la production

L’agriculture est un des secteurs prioritaire de la politique de diversification de l’Azerbaïdjan. À ce titre, elle bénéficie d’une feuille de route stratégique adoptée en décembre 2016 couvrant la production et la transformation des produits agricoles. Trois étapes ont été prévues : 2017- 2020, 2021-2025 et au-delà de 2025. La première prévoit le développement de technologies locales propres, l’amélioration de la productivité, la simplification du crédit et des prêts, le soutien aux investisseurs privés, l’accroissement de la fertilité des sols, la promotion de l’agriculture verte, le soutien à la recherche et à la formation, la sécurité alimentaire et le développement de l’expertise. Ces mesures devront permettre d’ici à 2020 de doubler le PIB agricole et de créer  de nouveaux emplois. L’État souhaite aussi développer des partenariats publics-privés pour quelques grands projets.

Afin d’augmenter la productivité et la compétitivité, il incite également les petits producteurs à se réunir en coopératives agricoles. La création des clusters agricoles et d’agro parcs est par ailleurs devenue une priorité de l’État. Depuis 2014, le gouvernement a l’intention de créer 51 agro-parcs dans les régions. À cette fin, les investissements pourront s’élever à 2,4 Mds AZN dont 196 M AZN ont été déjà alloués aux investisseurs par le gouvernement sous forme de prêt bonifié. À ce jour, 33 agro-parcs sont opérationnels.

Toutefois, le financement reste un problème majeur du secteur agricole, malgré l’augmentation par 5 du volume des crédits bancaires durant ces 10 dernières années (423 M AZN en 2018 et 212 M AZN en 2019). Sur la même période, la part des crédits agricoles parmi la totalité des crédits accordés aux entrepreneurs (13 Mds AZN en 2018) a baissé de 6,8% à 3,3%. Les experts locaux estiment que le volume des crédits bancaires accordés au secteur agricole doit attendre au moins 1 Mds AZN par an. Afin de faciliter l’accès des agriculteurs au financement, une mesure est prévue dans la feuille de route stratégique agricole. Elle a été mise en œuvre par le décret sur les mesures supplémentaires pour le développement du secteur agricole  signé le 11 avril 2017 par le Président de la République. Ce décret vise à améliorer les mécanismes de crédits et à mettre en place un système d’assurance flexible pour les entreprises agricoles, le secteur des assurances agricoles étant actuellement sous-développé.

La feuille de route envisage également des réformes institutionnelles. À titre d’exemple, la qualité et les normes des produits agricoles sont contrôlées par 8 institutions administratives, ce qui freine largement le processus de production, d’importation ou d’exportation. Le Président a signé un décret en février 2017, prévoyant la création d’une agence unique, l’Agence pour la sécurité alimentaire, opérationnelle depuis le 1er janvier 2018.



[1] 1 AZN= 0.54 EUR (avril 2020)

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