La filière du coton en Azerbaïdjan

La culture du coton commence à se développer dès la fin du XIXe siècle et atteindra son apogée à l’époque  soviétique. Après l’indépendance du pays, cette filière disparaîtra presque totalement. Malgré plusieurs échecs de relance du secteur, le gouvernement azerbaïdjanais persiste dans ses efforts et finit par obtenir des résultats significatifs à partir de 2017.

Un secteur traditionnel largement développé à l’époque soviétique

La culture de coton est connue dans le Caucase du Sud depuis VIIe siècle av. J.-C. Des restes de graines et de fibres de coton datant du Ve siècle ont été découverts près de la ville Mingatchevir en Azerbaïdjan. Plusieurs sources indiquent que les tissus de coton fabriqués dans les villes médiévales azerbaidjanaises comme Barda, Ganja, Beylagan ou Shamahki étaient exportées vers la Russie et d’autres pays de la région. À la fin du XIXe et au début du XXe, le pays disposait déjà d’importantes plantations de coton sur son territoire. En 1913, la surface des plantations s’élevait à plus de 100 000 hectares avec une production atteignant 64 000 t.

Après le rattachement de l’Azerbaïdjan à l’URSS en 1920, ce chiffre a progressé de 4 à 5 fois au cours des années suivantes. Le développement de l’industrie textile de l’Union Soviétique exigeait d’accroitre la surface et la productivité du coton dans les Républiques Soviétiques d’Asie centrale et d’Azerbaïdjan, où le rendement était le plus élevé du pays en raison du climat favorable.  Les travaux de sélection portant sur les variétés et la mise en place de systèmes d’irrigations ont aussi contribué à la hausse de la production dans les années 1970-80. C’est à cette époque-là que l’Azerbaïdjan a enregistré sa meilleure récolte en dépassant la barre du million de tonnes en 1981 et en devenant le quatrième producteur de coton de l’URSS.

L’or blanc, en supplément de l’or noir ?

Or, l’effondrement de l’Union Soviétique et par conséquent d’une bonne partie de son industrie a entrainé la dégradation progressive, puis la disparition presque totale de cette filière en Azerbaïdjan. Quelques tentatives désordonnées du gouvernement azerbaidjanais pour relancer le secteur en 2000 ou 2005 n’ont pas pu renverser la situation devenue catastrophique. Ainsi, en trente ans (1985-2015), la surface des plantations est passée de 300 000 hectares à 20 000 hectares. La production quant à elle a chuté de 800 000 tonne à 35 000 tonne par an.       

Durant une visite des plantations de Barda en 2017, le Président Ilham Aliyev exprime son vif mécontentement en constatant le faible rendement de la production. Le problème de l’irrigation, la qualité de la semence et des pesticides sont évoqués par le Président comme principaux facteurs ayant empêché d’atteindre les objectifs fixés par le gouvernement. Un nouveau plan est lancé. On construit à Neftchala et à Sumgaït en 2017 une usine de pivots d’irrigation et une usine de pesticides pour résoudre ces problèmes. On procède au cours des trois années suivantes à l’achat de 15 700 machines agricoles dont 403 machines à récolter du coton pour une valeur de 529 M AZN (environ 284 M €).

À la suite de la chute du prix du baril en 2014 provoquant une forte baisse de revenus budgétaires, le gouvernement a lancé un programme de diversification de l’économie jusque-là basée essentiellement sur les hydrocarbures. Ainsi, pour développer le secteur agricole et agro-industriel, plusieurs filières ont été identifiées comme prioritaires : l’élevage, le maraichage, le tabac mais aussi le coton. Un programme d’État pour le développement de la filière coton couvrant les années 2017-2022 a été adopté par le gouvernement. L’État subventionne donc actuellement le secteur en fournissant des machines, des pesticides et du diésel aux producteurs. Le prix d’achat du coton fixé par décret a augmenté en 2018 d’environ 80 €  pour atteindre à 350 € par tonne. Dans le cadre du nouveau mécanisme de subvention, il est prévu à partir de 2020 de subventionner la culture de coton de 118 € par hectare et 54 € par tonne. Dans ce cas, un agriculteur qui parvient à un rendement de 30 quintaux l’hectare recevra au total 280 €, ce qui va lui permettre à couvrir 55% de ses dépenses.      

Grâce aux mesures prises par le gouvernement, la production de coton a augmenté de 8,2 fois depuis 2015. La récolte en 2019 s’est élevée à 294 000 tonne pour 100 000 hectares. Malgré la diminution de la superficie cultivée de 32 000 hectares par rapport à l'année précédente, la production de coton a augmenté de 61 000 tonne et le rendement moyen de 11,8 quintaux par hectare.

En 2018 une nouvelle usine d’égrenage de coton a été inaugurée à Ujar au centre du pays, avec une capacité annuelle d’égrenage de 40 000 tonne. Le Parc industriel de Mingatchevir, composé de 9 usines de textile devrait être opérationnel d’ici 2021, deux usines fonctionnent déjà.

Le passage de l’agriculture extensive à l’agriculture intensive

Ces mesures ont été critiquées par certains experts locaux ou étrangers, comme le représentant de la Banque mondiale en Azerbaïdjan, en estimant que le pays ne disposait pas actuellement de conditions suffisamment favorables pour la production du coton et qu’il ne sera donc pas en mesure de concurrencer les producteurs internationaux comme l’Ouzbékistan, la Chine ou l’Inde. Ce n’est que grâce aux aides, subventions et autres mesures incitatives du gouvernement que le rendement moyen des plantations azerbaïdjanaises a pu atteindre 2,9 tonne par hectare en 2019. Pour information, ce chiffre s’élève à 4 tonne en Chine, 3 tonne au Brésil et 2,5 tonne aux États-Unis.

Le développement de la filière coton, fortement encouragé par le gouvernement, se ferait par ailleurs au détriment du secteur de l’élevage, alors même que les importations des produits d’origine animale ne cessent d’augmenter. La surface des plantations du coton est ainsi passée de 51 000 hectares en 2016 à 135 000 en 2017. Ayant observé les mauvais impacts de cette augmentation sur les autres secteurs agricoles, le gouvernement a dû diminuer les surfaces dédiés à cette culture qui désormais s’élèvent à 105 000 hectares (février 2020).

Le nouveau Ministre de l’Agriculture, Monsieur Inam Karimov,  nommé par le Président Aliyev en avril 2018 pour mener à bien des réformes destinées à redynamiser le secteur, a déclaré que la politique du gouvernement ne sera plus d’accroitre les surfaces de plantations du coton, comme c’était le cas depuis 2015, mais de mettre désormais l’accent sur l’amélioration du rendement en utilisant des méthodes et des technologies nouvelles.

Serge KREBS

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