ARGENTINE
Indicateurs et conjoncture
| 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | 2026(p) | |
| PIB nominal (milliards USD) | 486 | 634 | 649 | 637 | 681 | 688 |
| Population (millions) | 45,8 | 46,2 | 46,7 | 47,1 | 47,5 | 47,9 |
| PIB par habitant (USD) | 10 610 | 13 702 | 13 908 | 13 539 | 14 355 | 14 356 |
| Croissance du PIB réel (%) | 10,4 | 6,0 | -1,9 | -1,3 | 4,4 | 3,5 |
| Inflation (fin de période, %) | 50,9 | 94,8 | 211,4 | 117,8 | 31,5 | 25,0 |
| Chômage (moy. annuelle, %) | 8,8 | 6,8 | 6,1 | 7,2 | 7,4 | 7,2 |
| Solde budgétaire (% du PIB) | -4,3 | -3,8 | -5,3 | 0,3 | 0,2 | 0,2 |
| Dette publique (% du PIB) | 81,0 | 84,3 | 154,6 | 84,7 | 80,3 | 70,4 |
| Solde courant (% du PIB) | 1,4 | -0,6 | -3,2 | 0,9 | -1,1 | -0,8 |
| Dette extérieure (% du PIB) | 55,0 | 58,8 | 119,3 | 49,0 | 44,6 | 43,7 |
| Perception de la corruption (rang du classement Transparency International) | 96 | 94 | 98 | 99 | 104 | / |
Source : FMI, INDEC, Banque centrale, Transparency International
L’Argentine est le 8ème pays du monde par sa superficie (2,8 millions de km², soit plus de 5 fois la France), et compte la 4ème plus grande population d’Amérique latine avec près de 48 millions d’habitants, derrière le Brésil, le Mexique et la Colombie.
Avec un PIB nominal de 681 Md USD en 2025, l’Argentine est la 3ème plus grande économie d’Amérique Latine, après le Brésil et le Mexique, et la 25ème économie mondiale. Le pays se positionne en outre dans le peloton de tête des pays d’Amérique du sud avec le revenu par habitant le plus élevé, derrière le Guyana, l’Uruguay et le Chili en 2025 selon les données du FMI (ajusté en parité de pouvoir d’achat). Au-delà de son revenu par habitant élevé, l’Argentine fait partie des rares pays de la région à se classer dans la catégorie « très haut niveau de développement humain » de l’ONU, avec un IDH de 0,865 en 2023.
Pays riche en ressources naturelles et agricoles, l’Argentine est un des principaux exportateurs mondiaux de soja, maïs, blé et viande. Le secteur de l’agroalimentaire (incluant les produits transformés) constitue le principal poste d’exportations du pays (3/5ème du total) et une source majeure d’entrée de devises. Le pays est aussi doté d’abondantes ressources énergétiques, avec des sols riches en lithium (4ème producteur mondial et 3ème en termes de réserves), en cuivre (4ème réserves mondiales), et du gaz (2ème plus grand gisement de gaz de schiste dans le monde). Malgré ce potentiel immense, le développement de l’Argentine a pâti de plusieurs crises économiques au cours de son histoire (9 défauts de paiement ; 23 programmes FMI ; près d’une année sur deux en récession sur les 40 dernières années ...) : le pays, qui représentait 35 % du PIB sud-américain dans les années 1960, n’en représente désormais plus que 15 %.
L’arrivée au pouvoir de Javier Milei a marqué un tournant en matière de politique économique
Javier Milei a été élu en novembre 2023, dans un contexte économique extrêmement dégradé. En 2023, l’Argentine avait été touchée par sa plus grave crise économique depuis 2001, avec une récession (−1,9 % du PIB), un taux d’inflation très élevé (161 % g.a en novembre 2023), une pénurie de devises, et un creusement des déficits jumeaux (atteignant −5,3 % du PIB pour le solde budgétaire et −3,2 % pour le solde courant) et de la brèche cambiaire (écart entre le cours officiel du peso et les cours sur les marchés parallèles, à 200 % fin 2023).
La « thérapie de choc » menée par l’exécutif a reposé sur plusieurs piliers :
- Un assainissement drastique des finances publiques : en 2024, le solde budgétaire a affiché un excédent historique de +0,3 % du PIB (excédent primaire de +1,8 %), en grande partie adossé à une baisse des dépenses primaires de −27 %, essentiellement via la réduction des retraites et de l’investissement public.
- Un ajustement en matière de politique cambiaire pour rétablir l’équilibre externe : la dévaluation massive du peso (54 %) lancée dès le mois de décembre 2023 pour éviter à court terme un défaut de paiement (avec également le paiement à retardement des importations), a été suivie par la mise en place d’un régime de parité glissante (crawling PEG) avec un rythme de dépréciation mensuelle de 2 % face à USD (réduit à 1 % en février 2025). Couplé à la normalisation des conditions climatiques (grave sécheresse en 2023), le solde courant était redevenu excédentaire en 2024 (+0,9 % du PIB). La brèche cambiaire avait également largement reculé, à moins de 10 % fin 2024.
- Une politique monétaire restrictive pour combattre l’inflation : sous l’effet de la dévaluation de décembre 2023, l’inflation avait dans un premier temps connu une forte hausse, à +25,5 % g.m. en décembre 2023. Puis, le quasi gel de la quantité de peso en circulation, le peso fort et l’arrêt de la monétisation du déficit ont permis de réduire l’inflation jusqu’à +1,5 % g.m. en mai 2025.
- Au niveau microéconomique, le gouvernement s’est lancé dans une politique de dérégulation et d’ouverture commerciale matérialisée par le vote de la Ley de Bases à l’été 2024, qui prévoit notamment la privatisation de nombreuses entreprises et organismes publics, la dérégulation dans plusieurs secteurs et la mise en place d’un régime d’incitation aux grands investissements (RIGI).
Si dans un premier temps, ce plan d’ajustement a pesé sur l’activité et les indicateurs sociaux, en particulier au S1 2024, ceux-ci se sont ensuite rétablis au. Alors qu’elle était déjà en recul en 2023, l’activité s’était de nouveau contractée en 2024 (−1,3 %), suite à l’ampleur du plan d’ajustement, bien qu’à un niveau moindre qu’initialement escompté. Parallèlement, le taux de pauvreté (mesuré selon les standards argentins), qui s’était envolé au S1 2024 à 52,9 % (après 41,7 % au S2 2023), a depuis nettement reculé à 28,2 % au S2 2025.
L’année 2025 a été marquée par la signature d’un nouveau programme FMI et par un rebond de la croissance après deux années de récession
La croissance du PIB réel a fortement augmenté en 2025, pour s’établir à +4,4 %. Cette forte croissance a avant tout été portée par un important effet de base après deux années consécutives de récession. L’analyse du PIB par la demande révèle qu’en 2025 la croissance a été tirée par i) la consommation privée (+7,9 %, contribution de 5,7 pp), dynamisée par la baisse de l’inflation (passée de +117,8 % en décembre 2024 à +31,5 % en décembre 2025) et la hausse du salaire réel, ainsi que par la reprise du crédit au secteur privé, ii) l’investissement (+16,4 %, contribution de 2,9 pp), lui aussi boosté par la reprise du crédit, iii) les exportations (+7,6 %, contribution de 1,7 pp), tirées par des vagues successives de baisses des taxes à l’exportation pour stimuler les exportations agricoles. A l’opposé, la hausse spectaculaire des importations (+27,0 %) a contribué négativement à l’activité (–6,7 pp), portées par le double effet d’un peso fort sur l’année (en particulier avec le régime de crawling PEG en vigueur jusqu’à avril 2025 qui entrainait une forte appréciation réelle du peso) et de la stratégie d’ouverture commerciale de l’exécutif. En parallèle, l’équilibre budgétaire a été maintenu, avec un nouvel excédent de +0,2 % du PIB.
Pour rétablir l’équilibre externe, l’Argentine a aussi conclu en avril 2025 avec le FMI un 23ème programme, pour un montant de 20 Md USD sur 4 ans, avec un décaissement initial de 12 Md USD. Le précédent programme, de 44 Md USD sur 4 ans, avait pris fin en décembre 2024. Dans la lignée du programme FMI, l’Argentine a flexibilisé son régime de change et partiellement levé le contrôle des changes. Le régime de change est ainsi passé d’une parité glissante à une bande glissante : le cours officiel du peso fluctue désormais dans une bande comprise entre 1000 et 1400 ARS/USD, avec un élargissement de cette bande initialement fixé à 1%/mois (désormais indexé sur l’inflation). Le contrôle du change a également été largement assoupli, avec en particulier la fin du plafond à 200 USD d’achat mensuel de devises pour les personnes physiques, la facilitation des importations, et la possibilité pour les entreprises étrangères de rapatrier les dividendes réalisés depuis le 1er janvier 2025.
En ce début 2026, le Président Milei dispose de plus de marges de manœuvre pour poursuivre sa politique même si la croissance pourrait marquer le pas
En octobre 2025, le parti de Javier Milei a remporté les élections législatives de mi-mandat, obtenant 41 % des suffrages contre 32 % pour l’opposition, ce qui lui a permis d’amplifier plusieurs réformes structurelles. En janvier 2026, il a fait adopter le premier budget depuis son arrivée au pouvoir, confirmant son orientation orthodoxe (excédent budgétaire, maîtrise des dépenses). En mars 2026, il a fait voter une réforme du marché du travail, qui vise à le flexibiliser, à accroitre le pouvoir des employeurs, et à réduire le coût de l’emploi formel pour inciter à la formalisation (environ 50 % d’emplois informels dans le pays). En avril 2026 il a fait voter une révision de la « loi sur les glaciers » assouplissant les règles permettant l’usage de l’eau pour les grands projets miniers.
Si la croissance devrait se poursuivre en 2026 (attendue par le FMI à +3,5 %), le pays doit encore relever certains défis :
- Une activité au dynamisme inégal et des risques sur l’emploi : la reprise de l’activité est très hétérogène avec des secteurs liés à l’agriculture et l’extraction de ressources naturelles (hydrocarbures et mines) dynamiques, tandis que d’autres (industrie, construction), intensifs en emplois, sont en difficulté, impactés par l’ouverture commerciale, le peso fort, et la réduction de l’investissement public. Ainsi, en dépit d’une croissance à +4,4 % en 2025, le taux de chômage a augmenté sur l’année pour atteindre 7,5 % au T4 2025 (contre 6,4 % au T4 2024).
- Un cadre macroéconomique délicat à maintenir : d’une part, l’inflation demeure élevée, s’établissant à +32,4 % g.a. en avril 2026 (+2,6 % g.m.). En variation mensuelle, l’inflation peine à reculer, et progresse désormais plus rapidement que les salaires, entrainant une contraction des salaires réels et un faible dynamisme de la consommation privée. D’autre part, l’excédent budgétaire pourrait être difficile à maintenir en 2026 puisque les recettes fiscales sont en berne (en recul en avril 2026 pour un 9ème mois consécutif en termes réels), et nécessitera, pour être maintenu, une réactivation des recettes et/ou de nouvelles coupes dans les dépenses.
- Des réserves de change à renforcer : mi-mai 2026, les réserves de change s’établissent à environ 46 Md USD en termes bruts et –9 Md USD en termes nets (mesure FMI : déduction faite de certains passifs et des propres déboursements du FMI). Certaines cibles du programme FMI n’ont pas été atteintes en la matière, ce qui a nécessité des interventions plus directes de la Banque centrale pour en accumuler (achats de près de 7,2 Md USD de réserves entre janvier et avril 2026) et un ajustement du régime cambiaire. Une telle accumulation est décisive alors que le pays a d’importantes échéances de dette en devise, et que le risque pays – autour de 520pb début mai 2026 – n’a pas encore permis (à date) de retrouver l’accès aux marchés internationaux de la dette.