Angola // Point de situation économique et financière (Octobre 2021)

Alors que 2021 devait être l’année du retour de la croissance après cinq années de récession, les prévisions officielles et du FMI se sont progressivement assombries et pointent aujourd’hui vers une croissance nulle à légèrement négative cette année. Malgré la très bonne orientation des cours du pétrole, la baisse de la production locale reste la principale raison de cette situation. La consolidation budgétaire qui se poursuit et l’instabilité du cadre macroéconomique ne sont a priori pas de nature à renverser la situation même si on peut s’attendre à davantage de dépenses d’investissement et d’aides sociales à l’approche des élections d’août 2022. Dans ce contexte déprimé, Moody’s a tout de même pris la décision de rehausser la notation souveraine du pays au mois de septembre, du fait de l’amélioration de la situation des finances publiques. Après avoir nettement assaini l’environnement macroéconomique dans le cadre du programme du FMI (qui arrive à son terme), le gouvernement doit désormais accélérer dans la mise en œuvre des réformes qui permettront de diversifier l’économie, un objectif fixé de longue date, mais qui peine à se matérialiser.

Une reprise économique repoussée à 2022 malgré la hausse des cours du brut

Une production pétrolière en diminution et une diversification économique qui se fait attendre

Au cours de l’année 2021, la plupart des prévisions de croissance ont été revues à la baisse. Entre le début de l’année et la fin du second trimestre les prévisions du FMI sont ainsi passées de -0,1% à - 0,7%. Selon l’INE (Instituto Nacional De Estatísticas), le PIB angolais s’est contracté de 3,4% au premier trimestre, par rapport à la même période l’an passé. Il n’a repris que de +1,2% au second trimestre – alors même que l’activité était particulièrement déprimée à cette période en 2020, au plus fort de la crise. La baisse de la production pétrolière, qui s’est poursuivie au premier semestre, malgré la forte progression des cours, explique en grande partie les contreperformances de l’économie angolaise en 2021.

Par ailleurs, l’augmentation du PIB non-pétrolier n’atteint toujours pas les niveaux espérés, malgré les dispositifs d’incitation mis en place par le gouvernement. Le FMI tablait sur une croissance de la production non-pétrolière de l’ordre de 2,3% en 2021 mais elle sera probablement moindre. La politique de diversification économique et de substitution des importations PRODESI ne parvient pas, pour le moment, à se traduire sur le terrain, du fait de l’accès difficile au crédit qui se conjugue à la difficulté pour les banques de trouver des projets « bancables ».

La consommation a fortement baissé en 2020 (de -6% selon le think tank de l’Université Catholique d’Angola). Le retour à davantage de sobriété budgétaire de la part du gouvernement a mis un terme à certains dispositifs de protection sociale et de soutien à la consommation. La mise en place de la TVA a aussi affecté le pouvoir d’achat des ménages, au moins pour ceux qui se fournissent dans le secteur formel. Toutefois, le maintien de l’inflation à des niveaux élevés (+25% sur un an au mois d’août) reste le principal facteur limitant pour la consommation privée.

Le FMI table sur une croissance du PIB de 2,4% en 2022. A noter qu’on constate généralement, en année électorale, une hausse de l’investissement et de la consommation des ménages (grâce à une augmentation des aides sociales).

Une inflation toujours très élevée mais une monnaie qui s’apprécie

L’inflation reste élevée en 2021 et cela devrait perdurer en 2022. Après un taux d’inflation moyen de 16,9% en 2019 (le plus bas depuis 2015), les prix sont repartis à la hausse en 2020 (+25,1%), une tendance qui se prolonge en 2021 (+24,7% en glissement annuel à la fin août 2021 ; une prévision FMI de 24,4% à la fin de l’année), loin de la cible fixée à +18,7%. Le resserrement de la politique monétaire au mois de juillet (la première depuis trois ans), ainsi que la stabilisation du taux de change, devrait normalement être de nature à réduire les pressions inflationnistes dans les prochains mois. De même, la suppression des subventions sur le carburant, déjà reportée à 2021, ne devrait au final pas intervenir avant les élections d’août 2022. Le FMI table ainsi sur une inflation à 14,4% en 2022.

La dépréciation de la monnaie angolaise a marqué un coup d’arrêt à partir de novembre 2020. Le kwanza (AOA) a subi une perte de valeur de 45% par rapport à l’euro entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020, suite à la libéralisation du régime de change au mois d’octobre 2019. Depuis novembre 2020, il s’est stabilisée. On observe même une appréciation notable du kwanza à partir de juin, et surtout depuis la mi-septembre 2021.

Sur un an (entre le 1/10/2020 et le 30/09/2021), le kwanza a ainsi progressé de 4,1%. Sur le dernier mois (1/09 au 30/09/2021) l’appréciation atteint 8,2%. Par ailleurs, l’écart entre le taux de change officiel et le taux sur le marché informel a eu tendance à se réduire : la prime est actuellement inférieure à 10% (ce qui a un impact positif en matière de confiance dans la monnaie).

L’appréciation et les perspectives d’appréciation sont liées à des aspects d’offre (impact positif de la hausse des cours sur la liquidité en dollars, allocation de Droits de Tirage Spéciaux du FMI à hauteur d’1 Md USD) et de demande (impact de la politique monétaire restrictive sur la liquidité en kwanzas, impact du moratoire sur le service dette sur la demande de dollars, diminution du pouvoir d’achat des ménages et donc des importations).

 

Une situation financière et des équilibres extérieurs qui s’améliorent

Une balance courante et des réserves de change en augmentation

Au premier trimestre 2021, la balance des transactions courantes a affiché un solde nettement positif de 1,9 Md USD, alors qu’il était tombé à un point historiquement bas en 2020. Compte tenu de la bonne orientation des cours du pétrole et de la faiblesse de la demande interne, le FMI table, pour la fin de l’année, sur un retour de l’excédent courant aux niveaux pré-Covid, aux alentours de 7% du PIB.

Les bons résultats de la balance courante, conjugués à l’allocation générale de DTS se sont traduits par une augmentation des réserves nettes de près de 10% sur les dix premiers mois de 2021, après une diminution de 25% en 2020. Elles couvrent désormais le niveau confortable d’un an d’importations.

Un excédent budgétaire attendu grâce à la conjoncture pétrolière et au maintien de la rigueur

Les revenus de l’Etat, bien meilleurs qu’espérés grâce aux surprofits réalisés par les compagnies pétrolières et à un budget qui avait été élaboré sur la base d’un prix du baril de 39 USD (contre 85 USD à la mi-octobre), associés à la mise en œuvre de l’initiative de suspension du service de la dette (Debt Service Suspension Initiative – DSSI), ont permis une nette amélioration de la situation budgétaire. En 2021, l’excédent budgétaire devrait être supérieur à 2% du PIB, selon les dernières prévisions du FMI. Le ratio d’endettement public devrait aussi s’améliorer de manière substantielle, compte tenu également de l’évolution positive du taux de change ces derniers mois : pour atteindre environ 113% du PIB à la fin de l’année, contre 120% prévu initialement et 135% à fin 2020 selon le FMI. En écartant la matérialisation de nouveaux chocs majeurs, le FMI prévoit un retour à un ratio d’endettement inférieur à 100% dès 2023. Les perspectives positives apportées par le niveau des cours du brut (paradoxalement) et les signaux envoyés par le gouvernement sur la poursuite de sa politique de consolidation budgétaire ont poussé l’agence de notation Moody’s à améliorer, le 13 septembre, la note souveraine de l’Angola à B3 (toujours six crans en territoire « spéculatif »). Standard & Poor’s et Fitch ont quant à elles décidé de maintenir leurs notes très dégradées au vu des risques importants, notamment sur le remboursement de la dette à moyen et long termes.

 

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