Indicateurs et conjoncture (octobre 2020)

La croissance économique angolaise, qui avait atteint 12,9% en moyenne par an sur la période 2005-2008, a considérablement ralenti aux alentours de 4%-5% en 2009-2014. La baisse des prix du pétrole à partir de la mi-2014, et la crise économique qui en a résulté, ont entrainé des taux de croissance négatifs en 2016 (-2,6%), 2017 (-0,2%), 2018 (-1,2%) et 2019 (-0,9%). Les prévisions pour 2020 étaient initialement positives, mais pointent maintenant vers une cinquième année de récession (-3,6%) suite à l’effondrement du prix du baril et à la pandémie du Covid19. Depuis le début de la crise, l’investissement public est bridé par de très fortes contraintes d’endettement et le secteur privé n’investit pas non plus. La consommation a été fortement affectée par une forte inflation, une croissance minime des revenus et la crise sanitaire. Le chômage augmente rapidement: de 19,9% en 2016, le taux de chômage global de la population est passé à 32,7% au deuxième trimestre 2020. Pour la population jeune (15/24 ans), la plus affectée par ce phénomène, le pourcentage de chômeurs atteint 50,8%.

La balance courante, largement dépendante du cours du pétrole, était excédentaire depuis 2004 (à l’exception de 2009, du fait de la crise économique mondiale). Elle a plongé dans le déficit en 2014 (-2,6% du PIB) et surtout 2015 (-8,8%), avant de se redresser en 2016 (- 3,1 %) et 2017 (-0,5% du PIB). En 2018 elle a renoué avec les excédents : (+7% du PIB sur l’année et +6% du PIB en 2019). Ce redressement a été permis à la fois par la forte compression des importations de biens et services et par la remontée du cours du baril par rapport aux années précédentes. Elle n’est que très légèrement déficitaire sur le premier semestre 2020 en raison de la diminution en valeur des exportations de pétrole mais aussi d’une compression des importations en raison de la crise.

Le réajustement de la parité de change a mis fin à la surévaluation du kwanza, qui favorisait les importations et permettait les transferts d’avoirs à l’étranger à un taux de change très favorable. Le mouvement amorcé entre décembre 2014 (1 USD = 103 AOA) et mars 2016 (1 USD = 165 AOA) a repris début 2018. Les réserves de change ont été mises à contribution pour défendre le change fixe : elles sont passées de 31 Mds USD en 2014 à 9 Mds à fin septembre 2020. En octobre 2019, la BNA a cessé de réguler directement les offres des banques lors des enchères de devises. Le taux est encore soutenu par des obstacles administratifs à l’achat de devises mais le kwanza évolue assez rapidement vers un régime de flottement total. Fin septembre 2020, le taux s’établissait à 620 AOA/USD soit une dépréciation de 274% depuis le début de 2018.

Les finances publiques ont été impactées par la baisse des cours, car les revenus de l’Etat proviennent des hydrocarbures pour plus de 60%. Dans un mouvement largement contracyclique, le gouvernement a comprimé les dépenses publiques, passées de 40% du PIB en 2013-2014 à environ 20% pour 2019 et 2020. Ce colossal effort d’ajustement a permis de contenir le déficit budgétaire en 2016 et 2017 et de dégager un excédent en 2018 et 2019. Pour 2020, le budget révisé (début août) prévoit un déficit public de 4% du PIB. L’estimation du prix du baril est conservatrice (33 USD/baril contre 42,8 USD/baril dans les dernières projections du FMI) et limite donc le risque pesant sur les finances publiques. Les recettes fiscales non pétrolières sont relativement peu affectées par la crise sanitaire (-7,5% par rapport au budget 2020 initial) grâce notamment à la mise en place depuis deux ans de nouvelles sources de recettes (introduction de la TVA en octobre 2019, révision des tranches de l’IR, taxation des revenus des militaires, …). Ceci alors que les recettes pétrolières baissent très fortement selon ce scénario pessimiste du gouvernement (-47% par rapport au budget 2020 initial).

Les transferts vers l’étranger, très contrôlés entre fin 2015 et mi-2019, sont redevenus relativement fluides : le délai réglementaire d’attribution de devises est désormais de 5 jours. Un marché parallèle des changes s’est développé pendant la crise : l’écart avec le taux officiel, après avoir atteint 240% mi-2016, est retombé sous la barre des 20% depuis janvier 2020. Depuis le début de la crise sanitaire, l’écart est reparti à la hausse et oscille autour des 30% selon les périodes. Cela peut être dû soit à un manque de profondeur du marché parallèle qui est moins approvisionné depuis la fermeture des frontières ou bien à une augmentation des obstacles administratifs posés par les banques commerciales et la BNA.

La composante externe de l’endettement public représente environ 92% du PIB et près de la moitié de sa composante interne est indexée sur le dollar. Le ratio dette/PIB a donc été très impacté par la dépréciation rapide de la monnaie. La récession a par ailleurs entraîné un effondrement des rentrées fiscales et donc un creusement du déficit public. On observe ainsi une envolée de la dette publique, passée de 39,8% du PIB en 2014 à 120% fin 2020. Sa soutenabilité a été remise en cause suite à la baisse des cours du pétrole

Le 8 décembre 2018, une Extended Funding Facility (EFF) a été signée avec le FMI, d’un montant de 3,7 Mds USD sur 3 ans, assortie de nombreux engagements, notamment liés à la soutenabilité de la dette publique. Alors que son avis sur la soutenabilité de la dette angolaise se faisait attendre par tous les bailleurs pour poursuivre leurs opérations dans le pays, le Fonds a décaissé la 4ème tranche de sa facilité le 16 septembre 2020. Il a aussi décidé d’augmenter l’enveloppe du programme de 3,7 à 4,5 Mds USD.

Ce vote de confiance du FMI sur la soutenabilité de la dette angolaise repose sur des hypothèses optimistes (cours du baril, rythme des réformes…), mais également sur la mise en place d’accords de reprofilage de la dette de l’Angola (sur la base de moratoires) vis-à-vis de ses principaux créanciers (Chine et Club de Paris). Il s’agit dans tous les cas d’un signal de confiance fort de la communauté financière internationale à l’égard des autorités angolaises et notamment de leur Président, engagé dans des réformes de structures depuis son élection. L’Angola poursuit ses négociations sur la dette avec ses partenaires, notamment avec la Chine.

 

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