Indicateurs et conjoncture

L’Albanie a connu une récession moins forte qu’envisagée à -3,5 % du PIB en 2020. La dégradation rapide du compte courant albanais, combinée au coût des mesures budgétaires de soutien à l’économie dans un contexte de diminution des recettes, a amené l’Albanie à accroître ses émissions obligataires et à solliciter l’assistance du FMI et de l’UE pour répondre à ses besoins de financement.

1/  Les chocs externes successifs ont accru les besoins de financement de l’Etat albanais
A- Un retour au niveau de PIB 2019 attendu en 2022 après une récession marquée en 2020

La croissance de l’économie albanaise avait décéléré en 2019, à +2,2 % du PIB, contre +4,1 % en 2018, en raison dune pluralité de facteurs, dont la baisse de la production hydroélectrique, la finalisation de grands chantiers et le séisme du 26 novembre 2019[1], responsable selon la CE d’une baisse de la croissance de l’ordre de ‑0,5 pp en 2019.

En 2020, la pandémie de Covid-19 a constitué un second choc externe majeur, eu égard :

  • le poids du secteur touristique dans l’économie, (26,3 % du PIB en 2018 selon la Banque Mondiale, 23,0 % de l’emploi) ;
  • la dépendance du pays aux remises de la diaspora[2], (9,7 % du PIB en 2018 selon la BM) ;
  • la dépendance commerciale vis-à-vis de l’Italie (47,9 % des exportations albanaises en 2019).

La récession de l’économie a été de -3,5 % en 2020 ; dans ses prévisions d’avril dernier, le FMI a anticipé sur une reprise de la croissance à +5,0 % en 2021 puis +4,0 % en 2022. Le taux de chômage a augmenté à 12,5 % en 2020 (contre 11,5 % en 2019). Cette baisse du chômage s’est accompagnée d’une baisse d’1 pp du taux d’emploi, qui atteint 68,7 % en 2020. La crise a mis en évidence les faiblesses de la  protection sanitaire[3] et sociale, à laquelle seule une faible proportion des travailleurs est, en raison de l’importance de l’économie informelle, éligible[4]. Selon la Banque Mondiale, le taux de pauvreté pourrait augmenter de +4 pp, renvoyant ainsi le pays à un niveau de pauvreté comparable à celui connu en 2012. En 2020, le PIB/hab. PPA n’atteint que 31 % de celui de la moyenne de l’UE27.

Malgré la diminution du déficit commercial (-0,6 pp pour atteindre 20,3 % du PIB), le déficit courant s’est dégradé de -1,6 pp, à 9,60 % du PIB, en raison notamment de la contraction des exportations nettes de services (-15,8 % en 2020). L’important déficit de la balance commerciale des biens demeure partiellement compensé par :

  • D’importants flux nets de remises migratoires, estimés à 5,2 % du PIB en 2020 par la Banque mondiale (5,2 % en 2019), malgré des coûts de transfert élevés[5] ;
  • Le dynamisme des exportations nettes de services du pays (au premier rang desquelles le tourisme), malgré les restrictions de déplacement en 2020[6] - avec un solde excédentaire réduit à 8,1 % du PIB en 2020 selon la Banque mondiale (contre 9,3 % en 2019) ;
  • Les flux d’IDE entrants, de l’ordre de 7,1 % du PIB en 2020 (contre 7,9 % en 2019).
B- Un retour au niveau de PIB 2019 attendu en 2022 après une récession marquée en 2020

Dans le contexte de la crise liée au Covid-19, le déficit et la dette publics se sont établis respectivement à  6,7 %  et 76,0 %  du PIB en 2020. Le gouvernement a adopté deux paquets de mesures de soutien, pour un montant total de 362 M EUR (2,8 % du PIB 2019). Pour répondre à ses besoins de financement, l’Albanie a accru ses émissions obligataires, dont 0,7 Md€ d’euro-obligations émises en 2020.

Le déficit du compte courant s’est détérioré (-9,6 % en 2020 contre -8,0 % en 2019) en raison de l’aggravation du déficit de la balance commerciale des biens et services (passant de ‑13,8 % du PIB en 2019 à -14,8 % en 2020, en lien avec la baisse des recettes touristiques notamment) et de la baisse des remises de la diaspora (principalement installée en Grèce et en Italie). En 2020, le déficit courant n’est plus compensé par les IDE (6,9 % en 2020, contre 7,6% en 2019). La dette externe totale a atteint 65,0 % du PIB fin 2020 (majoritairement libellée en euro).

L’Albanie fait face à une ample euroïsation[7] de son économie, elle-même liée à l’ampleur de l’économie informelle (30-50% de l’activité selon les secteurs), qui réduit l’influence de la Banque centrale.
2/ Les mesures de soutien à l’économie réelle restent modestes

L’Albanie a bénéficié du soutien international et européen, dont 1,15 Mds EUR (74 % de prêts) promis par la conférence des donateurs suite au séisme de novembre 2019, 174 M EUR de prêt d’urgence du FMI, et 180 M EUR d’assistance macro-financière de l’UE.

A- Un retour au niveau de PIB 2019 attendu en 2022 après une récession marquée en 2020

L’Assistance Macro Financière de l’UE est soumise à des conditions (pour le versement de la seconde tranche qui devrait être versée à horizon 12 mois, la 1ère tranche de 90 M€ ayant été versée le 31 mars 2021), concernant notamment :

  • Les recettes publiques : mise en œuvre, sur assistance conjointe UE-FMI, d’une stratégie de moyen terme pour les revenus (recettes fiscales de seulement 25,4 % du PIB avant la pandémie) ;
  • Les dépenses publiques : publication, de façon ventilée, des arriérés selon un calendrier régulier, afin de tenter freiner la tendance récurrente à la hausse des arriérés. L’UE demande également à l’Albanie de procéder au règlement (sur 2020 et 2021) des arriérés dus de TVA (en soutien à la liquidité des entreprises) ;

Le droit des faillites : adoption de trois règlements d’application pour permettre la mise en œuvre de la réforme du droit des faillites. La part des NPL (prêts non performants) demeure élevée, bien qu’elle ait diminué de manière significative (de 25,0 % en 2013 à 8,3 % en septembre 2020) : elle se stabiliserait à 9,5 % fin 2020 mais pourrait atteindre 15 % en 2021.

B- La lutte contre le blanchiment demeure une priorité [8]
En réponse à un rapport d’évaluation de Moneyval (2018), qui avait révélé des failles en matière de lutte anti-blanchiment, l’Albanie avait adopté un paquet législatif[1] en juin 2019. Le GAFI a, en février 2020, placé l’Albanie sur la liste « grise » des juridictions sous surveillance renforcée en février 2020. Dans le cadre du calendrier conjointement agréé au sein du GAFI, la date limite du plan d’actions demandé par le GAFI a été reportée à février 2022. Le MoU pour l’AMF de l’UE rappelle, en la matière, trois exigences : reprise des 4èmeet 5ème directives, création d’un registre des bénéficiaires effectifs, établissement d’un registre bancaire centralisé pleinement opérationnel.


[1] Le coût total engendré par le tremblement de terre du 26 novembre 2019 est estimé à 985 M€.

[2] Plus d’un million d’albanais seraient installés à l’étranger, notamment en Grèce et en Italie, sur une population de 2,9 millions d’habitants.

[3] Les dépenses publiques de santé ne représentaient en 2017 que 4,3 % du PIB, contre 7,0 % en moyenne dans l’UE27.

[4] Seule une faible proportion des travailleurs est éligible à l’assurance chômage, non seulement en raison de la part importante de l’économie informelle (33 % de l’emploi en 2013 selon l’OIT), mais également en raison de strictes conditions d’éligibilité au versement de l’indemnité chômage (12 mois minimum de cotisations sociales).

[5] Les coûts de transfert de remises migratoires de la Suisse vers l’Albanie (10,0 % au T1 2021) et du Royaume-Uni vers l’Albanie (10,1 %) sont parmi les plus élevés au monde.

[6] Selon le PRE 2021-2023, les recettes touristiques ont chuté de -55,3 % sur les 9 premiers mois de l’année 2020 en g.a..

[7] Près de 50 % des prêts sont libellés en euros

[8] Inégalement partagée par les autorités albanaises : l’adoption d’une loi de juillet 2020 sur l’octroi de la citoyenneté albanaise (golden passport) et un projet d’extension des casinos à certaines rues du centre de Tirana constituent, par exemple, de sérieux motifs de préoccupations, de même que l’absence de tout plafond légal aux transactions en « cash » entre particuliers, et de toute régulation sérieuse des « boutiques » de change.

 

 

data

Publié le