ALBANIE
Situation économique et financière
Depuis la reprise post-covid, l’Albanie connaît une conjoncture macroéconomique favorable (croissance de 3-4 %), grâce à son secteur touristique en expansion et à une demande domestique dynamique. Son modèle de croissance compte néanmoins quelques fragilités : faible diversification, exposition aux chocs externes, marché du travail tendu, climat des affaires et informalité. La gestion des finances publiques est prudente, ce qui laisse des marges de manœuvre pour des politiques plus ambitieuses. La dette publique est contenue (env. 53 % du PIB), mais les besoins de financement (13 % du PIB) sont importants.
La croissance se normalise à 3,5 % en 2025 après une période de reprise vigoureuse (4,3 % en moyenne entre 2022 et 2024). Depuis la sortie de la crise, l’économie albanaise est portée par le développement rapide du secteur touristique (~25 % du PIB) et de la construction, mais aussi par une consommation domestique solide (inflation modérée, pouvoir d’achat soutenu par l’appréciation du lek vis-à-vis de l’euro, hausse des revenus). Les exportations reculent pour la 3e année consécutive (-6,1 % en 2025), tandis que les importations sont stables[i]. Pour 2026, la croissance est estimée entre 3,4 % (FMI) et 4 % (statistiques nationales), reflet d’une normalisation de l’activité touristique.
L’inflation est limitée (2,2 % en 2025). Pendant la crise de 2022, l’appréciation du lek a permis de modérer la transmission de l’inflation importée (6,7 % en 2022, 4,8 % en 2023). En 2024, la Banque d’Albanie a entamé l’assouplissement de sa politique monétaire, avec des baisses successives de son taux directeur de 3,25 % à 3 % (juillet 2024), puis à 2,75 % (novembre 2024), et, après une période de prudence, à 2,50 % en juillet 2025. La cible d’inflation (3 %) de la Banque d’Albanie a été atteinte en mai 2026 (conformément aux anticipations).
Le secteur bancaire est bien capitalisé (ratio Tier 1 à 18,45 %) et liquide. Le ROE du secteur est de 15,9 % et le ROA de 1,9 %. Le taux de prêts non-performants, bien que relativement élevé, est à son plus bas (3,8 %). Malgré la croissance des crédits au secteur privé (+13 %), ils ne pèsent que 37 % du PIB, et le ratio crédits/dépôts est à 68 %. L’exposition souveraine du secteur bancaire est élevée (25-30 % de leurs actifs ; 65 % de la dette publique domestique) et l’exposition à l’immobilier s’accroît, les emprunts immobiliers représentant 20 % des actifs bancaires (15 % en 2022) et 66 % des prêts aux ménages ; c’est un des vecteurs de lekisation des bilans bancaires (46 % libellés en EUR).
Les moteurs de la croissance albanaise sont principalement externes (tourisme, IDE et remises de la diaspora), ce qui appelle à des efforts de diversification. L’exposition à des chocs climatiques est un risque latent, sachant que la production nationale d’électricité dépend quasi-intégralement de barrages hydroélectriques. L’Albanie partage certains déficits structurels de ses voisins : crise démographique (vieillissement, faible natalité, émigration) et tension sur le marché du travail (chômage à 8,3 %, hausse nominale du salaire moyen de 8,7 %), sous-développement du capital humain, environnement des affaires compliqué et prégnance de l’informalité (env. 30 % du PIB).
A la faveur de recettes touristiques plus élevées qu’attendu, le déficit courant se réduit à 0,7 % du PIB. Les recettes touristiques enregistrées au T3 2025 se sont élevées à un niveau record (2,3 Md EUR, et 5,7 Md EUR sur l’année), augmentant sensiblement l’excédent dans les services (de 15 à 16,4 % du PIB sur un an), et permettant ainsi de compenser un déficit commercial toujours substantiel (21,8 % du PIB). Il reflète à la fois les besoins d’importations croissants pour alimenter l’activité (tourisme, construction) et satisfaire la demande des ménages, et la fragilité du secteur manufacturier (hormis l’industrie textile, bien insérée dans les chaînes de valeurs italiennes). Les transferts de fonds (5 % du PIB) réduisent encore davantage le déficit courant (0,7 % du PIB en 2025). Enfin, l’attractivité de l’économie albanaise est confirmée par des entrées d’IDE régulières (6 % du PIB en 2025, flux bruts), concentrés dans le secteur de la construction et du tourisme.
L’appréciation du lek vis-à-vis de l’euro n’est pas un risque outre mesure. C’est une tendance de long-terme, qui s’est accélérée depuis quelques années, reflétant l’attractivité de l’économie albanaise. Entre décembre 2021 et décembre 2025, le taux de change moyen du lek pour 1 euro est passé de 121 à 97. Officiellement, la Banque d’Albanie ne s’en inquiète pas, mais elle intervient activement sur le marché des changes. Les réserves officielles plus de 7 mois d’importations.
Une trajectoire budgétaire raisonnable. Le déficit pour l’année 2025, comme en 2024, a certes été moindre que prévu, mais il a augmenté (de 0,7 % du PIB en 2024 à 1,8 % du PIB en 2025, contre 2,4 % prévus dans le Budget). Cela est dû à la fois à une hausse des dépenses (+10 % : salaires, pensions, investissements), qui a largement dépassé celle des recettes (+6,2 %), et à une sous-réalisation des investissements. La mise en œuvre de la Stratégie de Revenus à Moyen Terme (adoptée fin 2024) et la conjoncture favorable ont amélioré la collecte (+ 25 % pour l’impôt sur le revenu et + 11 % pour les contributions sociales). Le déficit public est prévu à 2,3 % du PIB en 2026.
La réduction de la dette publique en proportion du PIB est un signal positif, mais son profil de maturité et les importants besoins de financement sont un point de vigilance. La dette publique a reculé à 53 % du PIB en 2025 – soit une baisse de 10 points de PIB depuis 2022 – grâce à l’accumulation d’excédents primaires, mais aussi à l’appréciation du lek et à l’inflation. En revanche, les besoins de financement sont élevés (13 % du PIB/an entre 2025 et 2030), et le profil de maturité de la dette reste court (maturité moyenne à 2,6 ans). La dette domestique est intégralement libellée en lek. Reflétant la conjoncture macro-financière favorable, la notation souveraine de l’Albanie a connu trois réévaluations entre 2024 et 2025 (S&P en mars 2024 de B+ à BB-, puis en mars 2025 de BB- à BB ; Moody’s en octobre 2024 de B1 à Ba3) mais reste dans la catégorie spéculative.
La dette publique est à 43 % externe, ce qui peut induire un risque de change. La dette externe est libellée à 82 % en euro en 2025 (59 % en 2015) et elle est détenue à hauteur de 43 % via des Eurobonds, 41 % par des organismes multilatéraux et 16 % par des créanciers bilatéraux (dont bailleurs). Le trésor albanais a émis un Eurobond de 650 M à 10 ans en février 2025. La dette extérieure totale a été réduite de 64 % du PIB en 2020 à 39 % du PIB en 2025.