La remontée inattendue des cours du pétrole, qui semble se maintenir au-dessus de la barre symbolique des 60 USD, vient tout d’abord conforter les perspectives de reprise de la croissance après 5 années de récession mais aussi d’amélioration des comptes publics. Elle devrait ainsi contribuer à soutenir l’entrée de devises dans un contexte de morosité économique qui s’imposait jusqu’alors. La hausse des cours pourrait soutenir l’effort de consolidation du gouvernement, et à plus long terme, stabiliser le niveau de la dette qui a approché le niveau record de 130% du PIB en 2020. Plus globalement, la hausse des cours du brut constitue le déterminant principal du risque souverain de l’Angola et de la stabilisation du marché des changes. Ce cercle vertueux demeure conditionné au maintien du cours du baril au-delà de 50 USD dans les mois à venir, mais aussi par le niveau de la production angolaise (en diminution tendancielle du fait d’un sous-investissement chronique dans le secteur ces dernières années) et bien entendu à la poursuite par le gouvernement d’une politique budgétaire sérieuse.

A court terme, une reprise de la croissance économique et une amélioration des comptes publics

Impact sur la croissance et le solde budgétaire

L’échelle des prévisions de croissance du PIB varie de 0 à +3% pour 2021 en ce début d’année, ce qui souligne les fortes incertitudes qui demeurent (volatilité des cours du pétrole et plus largement incertitudes relatives à l’évolution de l’épidémie dans le monde et dans le pays – programme de vaccination). Face à la faiblesse des données disponibles sur l’économie angolaise, les modèles de prévisions montrent aussi leurs limites. Malgré ces écarts, le consensus des économistes est que l’économie angolaise, tirée par les cours du pétrole et les réformes économiques, sortira de la récession dès 2021 (voir figure 1). Les prévisions du FMI (+0,4%), de la Banque Mondiale (+0,9%)[1] et du gouvernement privilégient pour l’heure une approche prudente. En revanche la BAD et Moody’s, dont les prévisions sont les plus récentes, se veulent plus optimistes avec respectivement +3,2 et +2,7% de croissance en 2021. Les deux institutions justifient cet optimisme par la combinaison de la hausse des cours et par le fait que les réformes menées en Angola ces dernières années (probablement les plus importantes mises en œuvre en Afrique sub-saharienne) vont commencer à porter leurs fruits, après avoir eu un fort impact récessif :  libéralisation du taux de change, privatisations, assainissement du secteur bancaire, de la diversification économique ou encore de la réforme du système fiscal (TVA notamment).

La hausse des cours du pétrole va permettre au pays de renouer avec les excédents budgétaires dès 2021[2], soit a minima 0,4% du PIB (selon le ministre d’Etat rencontré en février) contre un déficit de 2,1% prévu dans la loi de finances votée en fin d’année dernière. Cette perspective d’amélioration des comptes publics s’explique en grande partie par le fait que le budget 2021 a été élaboré sur la base d’un cours du pétrole à 39 USD/baril. Mais aussi par la prolongation de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) dont l’Angola est un grand bénéficiaire. La part des recettes de l’Etat issues du secteur pétrolier dans le budget, annoncées à 51% pour 2021, devraient connaitre un rebond et se rapprocher de 60%, niveau moyen observé lors des années où le cours a été plus favorable (voir figure 2). D'après certaines projections, si le cours se maintient à 60 USD d’ici juin, avec une production équivalente à celle de février[3], alors l’excédent budgétaire pourrait représenter l’équivalent de 4,5 Mds USD soit 8% du PIB.

La faiblesse de la production angolaise demeure cependant aujourd’hui un facteur limitant (voir figure 3) : en février 2021, la production est ainsi descendue à 1,12 million de barils après 1,17 en janvier même si elle est remontée à 1,16 en mars (contre 1,2 millions de barils en moyenne mensuelle en 2020), en raison d’un manque d’investissements ces dernières années, des difficultés conjoncturelles liées au covid-19 et à un déclin naturel important.[4] Cependant, selon différents économistes, les gains de croissance relatifs à la hausse du cours du baril devraient l’emporter à court terme sur les pertes dues à la baisse de production en 2021. A noter que selon ce qui est observé traditionnellement, un cours à plus de 50 USD incite les opérateurs pétroliers à investir dans l’exploration / production. C’est en fait déjà le cas, les fournisseurs du secteur pétrolier nous indiquent ainsi que les compagnies pétrolières préparent actuellement des appels d’offres pour des investissements qui avaient été retardés et qui devraient se matérialiser par des mises en production vers 2024. Sur le long terme, les choix d’investissement dépendront aussi de l’évolution de la réglementation et de la fiscalité du secteur — avec le risque que les investissements prévus en Angola ne se reportent vers des pays où les coûts d’exploitation sont moins importants et les ressources plus faciles à extraire.

Amélioration des réserves et financement du développement

L’excédent généré par des recettes supplémentaires permettrait de retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Grace à l’effort réalisé en matière de transparence et d’utilisation plus vertueuse des finances publiques depuis l’arrivée au pouvoir du président Lourenço, les capacités de financement supplémentaires pourraient contribuer à combler un déficit important d’infrastructures dans l’ensemble du pays, surtout dans une perspective pré-électorale (les élections générales se tiendront en 2022). Les dépenses sociales pourraient également en bénéficier, alors que la population ne cesse de s’appauvrir (2810 USD/hab en 2019 contre 1950 USD/hab en 2022 selon le FMI). Elles compléteraient le programme « Kwenda » de transferts sociaux lié au second appui budgétaire apporté par la BM. En 2021, les réserves de change pourraient augmenter nettement pour la première fois depuis 2017, après avoir conclu l’année 2020 juste au-dessus du seuil minimal fixé par le FMI, à 8,09 Mds USD (voir figure 4). L’amélioration du compte courant devrait aussi se traduire par un impact positif sur la monnaie, qui permettra sans doute dans un premier temps de la stabiliser. Ainsi, la stabilité de la monnaie deviendrait un élément incitatif pour l’attraction des capitaux extérieurs (IDE, futurs Eurobonds, …) ce que souhaitent les autorités de ce pays. Indirectement, l’amélioration prolongée des finances publiques pourrait aussi se traduire par la réduction de l’effet d’éviction et améliorer le financement bancaire en faveur du secteur privé.[5]

Un cercle vertueux en termes de diminution de la dette et du risque pays à plus long terme

Un impact positif sur le ratio d’endettement

Au-delà de l’effet direct via des soldes budgétaires excédentaires, l’appréciation du kwanza permettra indirectement de réduire mécaniquement la partie de la dette publique libellée en devise exprimée en monnaie locale. L’amélioration du cadre macro-économique devrait donc permettre d’améliorer le ratio d’endettement plus rapidement qu’anticipé par la FMI et la Banque Mondiale. Ce ratio a atteint un niveau record de 127,8% selon le FMI et la Banque Mondiale, mais pourrait être supérieur en 2020 en raison d’une nouvelle estimation du PIB plus faible que prévu (-5,1%). Sur la base d’un prix du baril à +/- 50 USD, les deux institutions tablent sur un ratio dette / PIB qui refluerait dès 2021 –  à 119,9% et jusqu’à 78,2% (FMI) et 83,4% (BM) en 2025.

Vers une amélioration de la notation souveraine et du risque pays ?

Sur des bases déjà fragiles (fragilités héritées de la présidence Dos Santos ; baisse tendancielle de la production pétrolière ; récession prolongée, notamment sous l’effet d’importants efforts d’assainissement budgétaire et plus généralement mise en œuvre de réformes d’ampleur), les chocs externes de 2020 ont placé l’économie et les finances publiques de l’Angola dans une situation très difficile en 2020, ce qui s’est traduit par une dégradation de la notation souveraine du pays.[6] En termes d’impact sur le rendement à dix ans, si la situation s’améliore et que le risque diminue, la baisse des taux qui en découle permettrait de retrouver des marges de manœuvre grâce à la baisse du service de la dette. Le cours du brut n’a retrouvé son niveau pré-crise que depuis le début de l’année et les finances publiques demeurent somme toute fragiles (poids de la dette) ce qui ne devrait pas se traduire par une modification à court terme des ratings sur la dette. Mais les facteurs positifs liés à cette hausse des cours (qui semblent pour l’instant se maintenir), le maintien d’une discipline budgétaire dont le pays fait preuve depuis maintenant trois ans et le bol d’oxygène procuré par les moratoires sur la dette (notamment vis-à-vis de la Chine) permettent d’envisager les exercices 2021 et 2022 avec beaucoup plus de confiance que ce qui était encore le cas en fin d’année dernière.

 

Le Conseiller économique


[1] A noter également que ces prévisions se basent sur un déflateur relativement élevé (de l’ordre de 29%)

[2] Aujourd’hui seul le solde primaire est excédentaire.

[3] Environ 1,1 M de barils par mois

[4] Selon l’agence nationale du pétrole, les dépenses d’exploration et production ont baissé de 77% sur les 5 dernières années

[5] Cela étant dit, le problème du financement du secteur privé ne serait pas réglé pour autant. La faiblesse et l’inadaptation du système d’évaluation du risque et des projets au sein des banques restera un problème – de même que la faiblesse des informations disponibles sur le risque crédit. Enfin, il convient de souligner que du fait d’une faible culture entrepreneuriale dans le pays, les banques commerciales peinent à trouver des projets bancables.

[6] B3 à Caa1 pour Moody’s et B- à CCC pour Fitch en septembre 2020, et B- à CCC+ pour S&P en mars 2020