Le Japon a relevé sa taxe à la consommation (de 8 à 10%) pour tenter de rétablir l’équilibre budgétaire et financer certaines mesures sociales. Le Gouvernement japonais a introduit un taux réduit pour les produits alimentaires, les boissons non alcoolisées et les repas à emporter. Il se montre prudent quant à un éventuel effet récessif sur la consommation des ménages, et a mis en place des mesures temporaires de soutien au pouvoir d’achat.

hausse TVA au Japon

1. La hausse de la taxe à la consommation est une mesure nécessaire pour rétablir à terme l’équilibre japonais.

Depuis 2012, le Gouvernement Abe privilégie à court-terme la relance économique via un fort stimulus budgétaire et vise à moyen terme une trajectoire d’assainissement des finances publiques. En 2018, le Japon a enregistré un déficit public de 3,7% selon le FMI. L’objectif d’équilibre du solde primaire (hors intérêts sur la dette) a été officiellement repoussé à 2025.

Le budget de l’Etat pour l’exercice fiscal 2018/2019 a atteint un record à 101 457 Mds¥ (+4%, 825 Mds€). Les dépenses budgétaires sont en forte croissance sous l’effet du vieillissement de la population nippone. Une hausse des recettes fiscales est donc inéluctable. La TVA est à ce jour la seconde source de recettes dans le budget de l’Etat : 157 Mds€ en 2019. Le Gouvernement a annoncé que les recettes liées à cette hausse de la TVA seraient affectées au rééquilibrage budgétaire pour une part, au financement de mesures sociales d’autre part (dont la gratuité de l’école maternelle).

 

2. La précédente hausse de la taxe, en 2014, avait eu un impact fortement récessif. Aussi le Gouvernement a-t-il pris des précautions pour soutenir momentanément le pouvoir d’achat des consommateurs.

L’économie nippone repose en grande partie sur sa consommation intérieure (56% du PIB du pays). La croissance du PIB est donc particulièrement sensible à l’évolution de la consommation des ménages. Lors de la précédente hausse de la TVA de 5% à 8% en avril 2014, la consommation privée s’était contractée de 4,8% en variation trimestrielle selon les chiffres du Cabinet Office. Déterminé à éviter tout nouveau choc récessif, le gouvernement a annoncé une série de mesures temporaires en faveur du pouvoir d’achat.

En théorie, la hausse de la TVA va grever le pouvoir d’achat annuel des japonais de 46 Mds€, plus exactement 42 Mds€ compte tenu l’introduction d’un taux réduit pour les produits de première nécessité. Néanmoins, la population bénéficiera de la gratuité de l’école maternelle à compter du 1er octobre et de certaines améliorations du système de sécurité sociale  (aide financière aux petites retraites, augmentation du nombre de crèches etc.) ce qui devrait représenter au gain de 26 Mds€. Pour neutraliser les 16 Mds€ restants à la charge des consommateurs japonais, des mesures temporaires ont été décidées :

  • un programme de récompense pour les paiements dématérialisés dans les magasins de proximité, valable 9 mois (récompense de 2% à 5% du montant des paiements dématérialisés soit une enveloppe budgétaire globale de 2,3 Mds€)cashless payments japan
  • des bons d’achat de 5000¥ valables 6 mois pour les ménages modestes (1,4 Mds€)
  • des allégements fiscaux pour les acquéreurs de logements à revenu modéré (1,7 Mds€) 
  • un programme de renforcement des infrastructures et de prévention des catastrophes naturelles (11 Mds€). Si ce dernier dispositif participe à l’effet d’annonce pour rassurer le consommateur, l’impact en termes de soutien à la consommation privée est jugé quasi nul (l’impact se faisant davantage sentir sur la consommation publique).
 
3. Selon nos premières observations, les commerçants n’ont pas profité de la hausse de la taxe pour augmenter leurs prix HT.  

Les sondages réalisés avant la hausse de la taxe révélaient que 51% des 23 600 entreprises japonaises s'attendaient à des répercussions négatives de la hausse de la TVA (sondage Teikoku Databank), et 50% des personnes sondées sont en désaccord avec la mesure (sondage Mainichi). L'indice de confiance des consommateurs a continué de baisser en septembre. La presse relatait par ailleurs des difficultés de mise en oeuvre des mesures gouvernementales (système de récompense des paiements dématérialisés, gestion d'un taux de TVA réduit...).

Le pôle Economie et Finance du SER a réalisé une enquête terrain entre le mois de septembre et d'octobre. Les premiers constats s'avèrent plutôt positifs tant pour les entreprises que pour les ménages japonais.

  • Les commerçants (alimentation, produits pharmaceutiques, boissons alcoolisées, services…)  ne semblent pas avoir profité de la hausse pour augmenter leurs prix HT. En revanche, nous avons observé une augmentation significative de prix dans le secteur de la restauration (+5% en moyenne sur le prix TTC sur les restaurants interrogés).
  • Les premiers chiffres du gouvernement montrent que le nombre de magasins participant au programme de récompense pour les paiements cashless était de 520 000 et le gouvernement en prévoit 610 000 à fin octobre. Le taux d’utilisation des moyens de paiements hors espèces (pratique dite du « pei-katsu ») aurait donc bien augmenté depuis le 1er octobre.
  • Les ventes de détail ont augmenté en septembre à leur rythme le plus important depuis plus de 5 ans (+9,1%). Pour autant, elles n'ont pas atteint le niveau qui avait été atteint en 2014 le mois précédent la hausse de la TVA de 5 à 8% (+11%).