Après une timide récupération en 2016, qui faisait suite à trois ans de dégradation, les échanges commerciaux du Pérou connaissent en 2017 une forte hausse de 16%. Cette progression s’explique par une croissance exceptionnelle exportations (+21,8%), dopées par les produits miniers et en particulier le cuivre, ainsi que par une reprise des importations (+10%) après plusieurs années de repli. Ces résultats s’accompagnent néanmoins de l’accroissement de la dépendance du pays à la Chine, qui capte maintenant un quart des échanges extérieurs du Pérou, ainsi qu’au secteur minier dont la part dans le total des exportations atteint près de 60 % en 2017. Voir les détails dans les pièces jointes.

 

1) Les échanges extérieurs du Pérou progressent fortement en 2017

Les échanges commerciaux du Pérou connaissent une année de forte progression, après plusieurs années de recul ou stagnation. En 2017, ils atteignent un total 84 Mds USD contre 72,5 Mds USD en 2016, soit une hausse de 15,9%. Il s’agit du plus haut niveau des échanges extérieurs atteints après l’année 2013 (85,2 Md USD, avec cette année-là un niveau très élevé et record des importations).

Cette forte augmentation s’explique en grande partie par la remontée des cours des matières premières, et en particulier des cours des métaux. Du côté des importations, la reprise de la demande interne a tiré l’importation de biens de consommation et de produits intermédiaires.

Le Pérou connaît ainsi un excédent commercial qui atteint 4,5 Md USD, plus conforme aux caractéristiques structurelles de son commerce extérieur, après la parenthèse déficitaire de 2013-2015 (un faible excédent de 162 M USD avait été enregistré en 2016). Le taux de couverture récupère son niveau d’avant 2013 et s’établit à 111,3%.

 

2) L’exceptionnelle performance des exportations est surtout due au secteur minier mais presque tous les secteurs progressent

a) Les exportations en 2017 atteignent 44,2 Md USD, soit une très forte hausse de 21,8% par rapport à 2016 (36,3 Md USD). Il s’agit du plus haut niveau historique pour le Pérou et l’un des taux de croissance les plus élevés dans le monde.

Les produits issus des secteurs traditionnels (mines, hydrocarbures, pêche et produits agricoles) représentent la majeure partie des exportations péruviennes (73,3%, soit 32,4 Md USD) et enregistrent une hausse de 27,5%. Celle-ci est principalement due à la hausse des cours des ressources extractives sur l’année.

Le Pérou est le premier producteur latino-américain d’or, de zinc et de plomb ; il se situe parmi les premiers producteurs mondiaux d’argent et de zinc et également dans les premiers rangs des producteurs de molybdène et d’étain. Les exportations de produits miniers atteignent 26,4 Md USD, soit 59,8% de leur total (+ 1,8 point par rapport à 2016) et enregistrent une hausse de 25,6%.

Deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili, le Pérou voit ses exportations du métal rouge augmenter de 5,3 % en volume mais de 36,1% en valeur à hauteur de 13,8 Md USD (prépondérance de l’effet prix) et gagner 3,3 points par rapport à 2016 dans la part des exportations totales (31,3%). Ce résultat est largement dû à la hausse d’environ 21% du prix du cuivre (sur le LME de Londres) en 2017.

Les hydrocarbures (7,6% du total des exportations, soit 3,4 Md USD; +51,5%) et les produits issus de la pêche (4%, 1,8 Md USD; +40,9%), comme la farine de poisson (+46% ; 1,5 Md USD) ont connu également des progrès conséquents lors de l’exercice 2017.

En revanche, les produits agricoles (1,9% ; 822,8 M USD) ont connu un recul (- 6,3%), en conséquence du phénomène climatique du « niño costero » qui a ravagé les champs de culture de sucre (-35,4%) et du coton[1] (-21,2%) de la côte péruvienne. Le café, poste le plus important du secteur (1,61% des exportations), connaît un net recul (-6,9%) dû à une baisse des prix à l’exportation.

Les produits non traditionnels[2] (agroalimentaire, textile et confection, chimie), qui représentent 26,5% des exportations, progressent de 8,4% par rapport à 2016 et atteignent un record historique avec un total de 11,7 Md USD. L’agroalimentaire/ agroindustrie[3] représente 43,4% des exportations non traditionnelles et a connu une progression de 8,5% à 5,1 Md USD. La bonne performance des exportations non-traditionnelles s’explique par la demande soutenue des marchés traditionnels tels les Etats-Unis, les Pays-Bas ou le Chili. Cependant, leur dynamisme est moindre que celui des produits traditionnels et leur poids dans le total des exportations baisse par rapport à 2016 (-3,3 points).

b) La Chine est de loin le principal client du Pérou (part de 26,3% soit 11,6 Md USD; +36,9%), suivie par les Etats-Unis (15,6% du total soit 6,9 Md USD;  +10%), la Suisse[4] (5,3% soit 2,3 Md USD; -8,6%), la Corée du Sud (4,8% soit 2,1 Md USD; +53,2%) et l’Inde (4,4% soit 2 Md USD ; +110,9%). On remarque que les exportations vers la Suisse diminuent pour la deuxième année consécutive (-12% en deux ans) et celles du Canada chutent de moitié pour la même période, l’évinçant du top 5 des clients. Dans les deux cas, la raison en est la chute des exportations d’or vers les deux pays dans un contexte où, paradoxalement, les exportations d’or péruvien à l’étranger ont augmenté (surtout à destination de l’Inde). La France, 26ème client, perd 2 places par rapport à 2016, reculant pour la deuxième année consécutive, et représente quant à elle 0,5% des exportations péruviennes, soit 239,5 M USD, en baisse de 0,9%[5].

 

3) Une nette reprise des importations après 3 années de recul

a) La valeur des importations a augmenté de 10% en 2017 par rapport à 2016, pour atteindre un montant total de 39,8 Mds USD, après trois ans de baisse progressive. Ce niveau se situe toutefois encore en retrait par rapport aux années 2013 et 2014 (Cf annexe).

On remarque une progression du segment des biens de consommation (+8,6% ; 23,7% des importations) qui atteignent le record de 9,4 Md USD. L’élargissement et la consolidation de la classe moyenne peuvent expliquer cette progression tant pour les biens durables (+5,1%) que pour les bien non-durables (+11,5%). Ce résultat montre aussi la difficulté de la production nationale à satisfaire la  consommation finale des ménages (+2,5% par rapport à 2016) et la consommation publique (+4,4%).

Les importations de matières premières et de produits intermédiaires ont augmenté de 10,3% en volume et de 17,7% en valeur, atteignant 18,6 Md USD (46,7% des importations). Toutes les sous-catégories progressent : les « combustibles » (+38,8% ; 5,6 Md USD) ; les « intrants pour l’agriculture » (+21,3% ; 1,6 Md USD) ; et les « intrants pour l’industrie » (+9% ; 11,3 Md USD ; 61% des intrants). Ces derniers se rattrapent après 2 ans de déclin.  

Les importations de biens d’équipements (part de 29,6%) se situent à 11,8 Md USD en 2017 à un niveau quasiment stable (+0,6% en valeur ; +1,6% en volume) après une chute marquée de 20% en valeur entre 2013 et 2016. Ce résultat est le reflet du recul de l’investissement public (-2,3%) et de la stagnation de l’investissement privé (+0,2%).

Hormis la catégorie « équipement de transports » (23,9% des biens d’équipement ; 2,8 Md USD) qui a cru de 4,6%, les principales autres sous-catégories ont connu un repli. Le poste « matériel de construction » (9,9% des biens d’équipement; 1,2 Md USD) a reculé de 4,2% par rapport à 2016 et de 27,6% depuis 2012. Les « biens d’équipement industriels » (64,9% des biens d’équipement; 7,6 Md USD) stagnent (-0,02%). Paradoxalement, le volume des importations d’ « équipement de transports » a chuté de 10,5% tandis que ceux de « matériel de construction » et « biens d’équipement industriels » ont augmenté respectivement de 1,8% et 9,8% ce qui indique une importante influence de l’effet prix.

b) Les principaux fournisseurs du Pérou sont : la Chine (22,3% du total soit 8,9 Md USD; +7,7%), les Etats-Unis (20,3% soit 8,1 Md USD; +13,7%), le Brésil (6,2%, 2,5 Md USD; +15,3%), le Mexique (4,5%, 1,8 Md USD; +5,9%) et l’Equateur (4%, 1,6 Md USD; +42,6%). La France reste le 20ème fournisseur, et représente 0,8% des importations péruviennes, soit 332,8 M USD, en hausse de 0,8% après une forte baisse en 2016.

 

4) Les échanges extérieurs sont toujours plus concentrés sur la Chine

La répartition géographique des échanges est marquée par la progression continue de la Chine, premier partenaire économique du Pérou (24,4% du total en 2017, 20,5 Md USD; en hausse de 22,5%), devant les Etats-Unis (17,8%, 14,9 Md USD; +12%). Alors que la part de la Chine, dans l’ensemble des échanges, augmente de 1,32 point (24,4 %), celle des États-Unis a reculé de 0,63 point (17,8 %). Les deux superpuissances accaparent à elles seules 42,2% du commerce extérieur péruvien, une progression de 0,7 point par rapport à 2016.  

 Les trois autres principaux partenaires commerciaux sont : le Brésil conservant sa place de 3ème partenaire (4,8% des échanges, 4 Mds USD; +21,4%), la Corée du Sud (3,8%, 3,2 Mds USD ; +18%) et le Japon (3,5%, 2,9 Md USD ; +26,6%). La Suisse qui était le 3ème partenaire du Pérou en 2016, a reculé de 4 places (-9%) en raison d’une forte baisse de ses importations, tandis que le Canada qui était 3ème en 2015 et 6ème en 2016, chute à la 14ème position pour la même raison, avec un recul des échanges de 21% entre 2016 et 2017. 

La France se classe au 24ème rang. Avec un volume total de 572,3 M USD, elle représente 0,7% du total des échanges commerciaux du Pérou, en hausse de 4,1% en valeur par rapport à 2016, et sa part de marché diminue de 0,1 point. La France se classe 8ème pays européen après l’Espagne (6ème rang, 3,5% des échanges, 2,9 Mds USD), la Suisse (8ème rang, 3% des échanges, 2,5 Md USD), l’Allemagne (13ème rang, 2,4% des échanges, 2 Mds USD), les Pays-Bas (15ème rang, 1,6% des échanges, 1,4 Md USD), l’Italie (16ème rang, 1,6% des échanges, 1,3 Md USD), le Royaume-Uni (19ème rang, 1,2% des échanges, 993,8 M USD) et la Belgique (21ème rang, 0,8% des échanges, 686 M USD). Le Chili, le Mexique et la Colombie, partenaires du Pérou au sein de l’Alliance du Pacifique, se classent respectivement aux 10ème (2,7% du total, 2,2 Md USD), 11ème (2,6%, 2,2 Md USD) et 12ème rangs (2,6%, 2,15 Md USD)./.



[1] Pour l’« or blanc » péruvien de jadis, les inondations ont aggravé une tendance structurelle à la baisse.

[2] Les produits non-traditionnels sont des produits ayant été transformés et à valeur ajoutée qui historiquement ne faisaient pas partie des échanges du pays. Formellement, ces produits sont recensés dans le Décret Suprême 076-92-EF.

[3] Dans cette rubrique figurent notamment les exportations de raisin frais (653 M USD), d’avocat frais (581 M USD), d’asperge fraîche (410 M USD), de myrtille (362 M USD) et de mangue fraiche (192 M USD).

[4] L’or représente 99% des exportations péruviennes vers la Suisse, qui elles-mêmes représentent 95% des échanges commerciaux entre les deux pays. Ce seul flux fait de la Suisse le 8ème partenaire commercial du Pérou.

[5] Les statistiques péruviennes font apparaitre un excédent en faveur de la France dans notre commerce bilatéral alors que les douanes françaises affichent le résultat inverse : ces divergences statistiques ne sont toutefois pas inhabituelles (comptabilisation FOB vs CIF).