CONFÉRENCENCE DÉDIÉE AUX LIENS ENTRE FINANCE ET SDG (SUSTAINABLE DEVELOPMENT GOALS) JAPONLe 7 décembre 2018 Le Japon prend de plus en plus conscience de la nécessaire réallocation des placements financiers pour favoriser la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD). Les acteurs financiers publics et privés japonais ont désormais une forte volonté de concilier rendement financier et impact positif pour la société. Le pôle économie/finance du Service Economique Régional a ainsi assisté le 7 décembre 2018 à Tokyo à une conférence organisée par le Nikkei, dédiée aux liens entre finance et ODD (Objectifs de Développement Durable des Nations-Unies, ou SDG). Cet événement a rassemblé quelque 500 personnes sur un thème de plus en plus porteur au Japon. Des intervenants japonais de premier plan ont partagé leurs pratiques en matière d’investissement responsable et leurs attentes en matière de financement.La mise en valeur des recommandations internationales et les ou

 

CONFÉRENCENCE DÉDIÉE AUX LIENS ENTRE FINANCE ET SDG (SUSTAINABLE DEVELOPMENT GOALS)

JAPON

Le 7 décembre 2018

Le Japon prend de plus en plus conscience de la nécessaire réallocation des placements financiers pour favoriser la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD). Les acteurs financiers publics et privés japonais ont désormais une forte volonté de concilier rendement financier et impact positif pour la société.

Le pôle économie/finance du Service Economique Régional a ainsi assisté le 7 décembre 2018 à Tokyo à une conférence organisée par le Nikkei, dédiée aux liens entre finance et ODD (Objectifs de Développement Durable des Nations-Unies, ou SDG). Cet événement a rassemblé quelque 500 personnes sur un thème de plus en plus porteur au Japon. Des intervenants japonais de premier plan ont partagé leurs pratiques en matière d’investissement responsable et leurs attentes en matière de financement.

La mise en valeur des recommandations internationales et les outils à disposition

La première session était consacrée au Programme des Nations Unis pour le Développement (UNDP), présenté comme une source d'opportunités commerciales pour les entreprises, estimées à 12 000 Mds dollars d’ici 2030 selon la BSDC (Business and Sustainable Development Commission), notamment dans les secteurs suivants : villes / alimentation et agriculture / énergies et matériaux / santé et bien-être. Selon les estimations de l’ONU, 5 000 à 7 000 Mds dollars de capitaux seront nécessaires à la mise en place des ODD chaque année jusqu’en 2030. Si les financements publics jouent un rôle central, ils ne suffiront pas à satisfaire tous les besoins d’investissement. Le recours à l’investissement privé et au financement privé est indispensable pour répondre au défi de la réalisation des ODD. Les acteurs liés à la finance doivent jouer le rôle de passerelle entre les investisseurs et la société.

La seconde session était articulée autour d'une présentation de la Banque Mondiale sur la pauvreté et l'émergence des innovations numériques : 700 millions de personnes vivent avec moins de 1,9 $ par jour, 1 million de personnes vivent sans électricité, 2 millions de personnes vivent sans accès à l’eau potable salubre; tous ont par contre accès au téléphone portable. L’innovation technologique est un outil pour le développement, pour preuve, le téléphone portable a offert des opportunités pour améliorer le développement humain et économique en fournissant un accès aux informations en matière de santé, d’agriculture, en autorisant des paiements dématérialisés dans les régions les plus pauvres.

Les travaux du TCFD (Task Force on Climate related Financial Disclosures) ont également été abordés à l’occasion de cette conférence. Le verdissement du système financier est affiché comme objectif par ce groupe de travail, lancé par 8 banques centrales, convaincues que la stabilité climatique fait partie, à long terme, des déterminants de la stabilité financière. Des stress tests prospectifs sont d’ailleurs à l’étude pour mesurer l’impact sur les banques et assurances des scénarii de changements climatiques.

Au plan international, les gestionnaires d’actifs ont désormais des outils plus nombreux à disposition pour mettre en œuvre leur stratégie d’investissement responsables :

  • la création d’indices boursiers tel que le MSCI Low Carbon Index a permis une réallocation du capital vers des sociétés moins exposées au risque climatique et plus adaptées à l’émergence d’une économie à faible intensité carbone.
  • les émissions d’obligations vertes connaissent un essor considérable qui répond à une forte demande.
  • les émissions d’obligations sociales sont moins connues dans le monde. La plus ancienne obligation sociale avait pour objectif de financer des campagnes de vaccination. Les « Vaccins Bonds » ont été émises à partir de 2006 par IFFI (International Finance Facility for Immunisation) et ont permis de lever plus de 4 Mds dollars au total. Des « Women in Business Bonds » ont été par ailleurs émises par la Banque Mondiale en 2013 pour aider les femmes entrepreneurs dans les pays émergents.

La volonté d'un engagement renforcé du secteur privé japonais.

Le Président du Keidanren a promu la société 5.0 que souhaite développer le Japon, une initiative qui se veut au centre du développement des objectifs de développement durable. Comme à l'accoutumée, le patronat japonais a insisté sur les apports positifs que pourrait entraîner le recours à l’intelligence artificielle dans plusieurs domaines: climat, santé, agriculture, logistique, fintech.

Les témoignages des présidents de nombreuses sociétés financières nippones ou fonds d’investissement japonais ainsi que d’un représentant de l’autorité de contrôle des marchés financiers (Financial Services Agency) ont illustré la volonté du secteur de la finance japonais de rattraper son retard en matière de développement durable et de jouer un rôle plus important dans la réalisation des ODD. Si le financement participatif (crowdfunding) permet d’orienter les investisseurs individuels vers des projets à impact positif pour la société, les institutions financières ont une force de frappe bien plus forte et sous-exploitée au regard des actifs gérés au Japon.

Le segment des Green Bonds décolle au Japon, sous l’impulsion d’émetteurs privés. Les manifestations d’intérêt sont de plus en plus nombreuses. Mitsubishi UFJ, Sumitomo Misui Banking Corporation, Mizuho ont émis des obligations vertes au profit de projets d’énergies renouvelables, Japan Development Bank et Nomura ont émis des obligations vertes pour financer la construction de bâtiments écologiques, Tokyo Metropolitan Government a émis des obligations vertes pour financer des infrastructures intelligentes à l’approche des Jeux Olympiques, Japan Railway a émis une obligation verte pour la promotion du trafic ferroviaire. Enfin, Toda Corporation a levé des fonds via un green bond pour construire un parc éolien marin.

Les gestionnaires d'actifs japonais ont évoqué quelques axes nouveaux de leur stratégie de gestion de portefeuille:

  • une méthode d’exclusion, qui consiste à supprimer d’un portefeuille les placements contraires aux valeurs sociétales, environnementales ou de bonne gouvernance.
  • des investissements privilégiant les critères d’ESG, afin de privilégier les entreprises dont le modèle d’affaires repose sur la protection de l’environnement, l’amélioration du bien-être et de la santé, la garantie des droits de l’homme ou la lutte contre la corruption.

À ce titre, les professionnels de la finance ont plaidé pour une réallocation massive des actifs financiers vers des placements SDG, qui présentent un double avantage : un moindre risque de placement et une amélioration des rendements. Le prix de tout actif financier est en effet fonction de 3 facteurs : les flux de trésorerie attendus, le risque encouru, et enfin la durabilité des flux attendus; dès lors que l’investissement est socialement responsable, il élève l’espérance de durée des flux, ce qui bonifie de facto le prix de l’actif. 

Enfin, un académique et un professeur de l’université d’Hitotsubashi ont clôturé cette conférence en présentant les résultats encourageants de leurs recherches, établissant une corrélation entre le prix d’une action et l’engagement sociétal de l’entreprise cotée.

 

Le Japon est en retard dans la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable. Au sein du G20, le Japon obtient un piètre classement à la 17ème position selon l’indice SDG Dashboards. Pour autant, le pays affiche une position volontariste et les initiatives se font plus nombreuses : l’United Nation Global Compact Japan (UNGCJ) regroupe désormais 291 entreprises japonaises (1 200 en France) et se veut être un lieu d’échanges pour initier, développer et partager les démarches de responsabilité sociétale des entreprises japonaises.  Cette prise de conscience semble s’élargir à la sphère financière qui pourrait représenter un levier très important compte tenu des actifs financiers gérés (27 000 milliards d’USD d’actifs financiers au Japon, soit 600% du PIB). Le Green Finance Network Japan (GFNJ) a été lancé début novembre 2018. Le gouvernement japonais réfléchit également à une éventuelle émission d'obligation verte souverain.

 

 Forum SDG


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