La Hongrie, atelier performant au sein de la chaîne de production européenne, est rappelée à l’ordre par les derniers classements internationaux en matière de compétitivité (48ème sur 140 d’après le Forum économique mondial et 53ème sur 190 selon la Banque mondiale). Non seulement ses concurrents régionaux se rapprochent, mais son environnement institutionnel, juridique et son retard en matière d’innovation sont perçus comme un désavantage à moyen et long terme

1. Un classement satisfaisant au niveau mondial, mais en-deçà de la moyenne régionale 

Performance générale de la Hongrie (WEF)

Classement WEF - Performance de la Hongrie

Au sein du classement du Forum économique mondial (WEF), le score de la Hongrie, en moyenne du score de chaque rubrique, est de 64/100. Elle se classe ainsi au 48ème rang sur 140 - contre 69ème sur 138 en 2017, et 63ème sur 140 en 2016, ce qui a donné l’opportunité aux autorités du pays de saluer cette progression.

Néanmoins, si cette performance permet de placer le pays en bonne position au niveau mondial, elle masque des disparités fortes selon les différentes rubriques analysées. Il apparaît en effet sur le graphique ci-dessus que seuls 4 secteurs détiennent un score supérieur ou égal à 64. Le bon classement de la Hongrie est en fait tiré vers le haut par les critères de stabilité macroéconomique, d’infrastructure et de santé tandis que les résultats des autres rubriques  sont bien inférieurs à la moyenne. En revanche, le pays enregistre des performances particulièrement faibles, parmi lesquelles la qualité des institutions, le dynamisme du secteur privé ou encore la capacité à innover. De manière générale, la Hongrie affiche, pour la totalité des secteurs analysés à l’exception des infrastructures et de la stabilité économique, des résultats inférieurs à la moyenne des pays occidentaux. 

Au sein du classement Doing Business de la Banque mondiale : avec un score de 72,28/100 (rang 53ème sur 190), la Hongrie se situe en-dessous de la moyenne de l’OCDE (77,8/100), mais aussi largement en-dessous de la Pologne (33ème), de la République tchèque (35ème), et même de la Moldavie (47ème). La Bulgarie se trouve quant à elle non loin du pays, à la 59ème place. 

Classement de la Hongrie par pilier (Banque mondiale, Doing Business)

Hongrie - classement Doing Business

 

2. La nouvelle méthodologie WEF désavantage la Hongrie

Si la méthodologie du Doing Business a été légèrement revue, celle du Forum économique mondial (WEF) a été modifiée plus en profondeur et explique le déclin de la Hongrie au classement. Pour cette édition 2018, le WEF a usé d’une nouvelle méthodologie afin de prendre en compte davantage des facteurs plus déterminants à l’ère de la « quatrième révolution industrielle ». Sont donc mis en exergue le rôle du capital humain, de l’innovation, de la résilience ou encore de la flexibilité. Ils viennent compléter les piliers plus traditionnels que sont les infrastructures physiques et informatiques, la stabilité macroéconomique, les années de scolarité etc.

Le classement repose sur l’évaluation de 12 piliers organisés en 4 catégories :

  • Environnement favorable : institutions, infrastructures, adoption des TIC, stabilité macroéconomique,
  • Capital humain : santé, compétences,
  • Marchés : marché des produits, marché du travail, système financier, taille du marché,
  • Ecosystème de l’innovation : dynamisme des affaires, capacité d’innovation.

Il en ressort que ce changement de méthodologie est défavorable à  la Hongrie et met en exergue ses faiblesses structurelles. La Hongrie, qui est indéniablement  attractive pour les investissements étrangers dans le secteur industriel, se trouve donc desservie par cette approche globale de la compétitivité.

3. Des faiblesses structurelles solides qui nécessitent des mesures correctives

Selon le rapport du Forum économique, les plus gros freins en Hongrie sont donc les suivants:

  • La qualité des institutions.

Au sein de ce pilier, on observe des points très critiques, tels l’efficacité de la législation pour contester l’action du gouvernement ou les réglementations existantes (134ème sur 140, avec un score de 18) ; la législation concernant les conflits d’intérêt (121ème sur 140) ; l’orientation future du gouvernement (96ème sur 140), l’indépendance judiciaire (103ème) ou encore les contraintes réglementaires (95ème). Par conséquent, la qualité des institutions en Hongrie se trouve bien en-deçà de la moyenne des pays de l’UE.

  • La capacité à innover.

Alors que la Hongrie tire son épingle du jeu du côté de la qualité des instituts de recherche, des dépenses en R&D en proportion de son PIB, ou encore de la qualité des publications scientifiques, c’est la capacité à innover des entreprises qui est entravée. En effet, elle enregistre un classement très bas concernant la diversité de la main-d’œuvre (139ème) et avec une trop faible coopération entre les différents acteurs (101ème).

  • Le dynamisme du secteur privé.

Alors que le délai pour lancer une entreprise est plutôt court (7 jours en moyenne), la Hongrie reste très prudente face au risque entrepreneurial (134ème) et les entreprises sont réticentes aux « idées disruptives » (132ème). En conséquence, la croissance des entreprises innovantes reste limitée (111ème). La Banque mondiale se montre également critique à cet égard : le secteur des affaires est ralenti par sa forte dépendance à une main-d’œuvre à bas-coût, résultant d’un marché du travail trop réduit : l’indicateur concernant la facilité à recruter des employés qualifiés place en effet la Hongrie 138ème sur 140 (WEF – à titre indicatif, la Mongolie et l’Angola sont derrière elle).  

  • Le marché des produits.

C’est essentiellement le niveau des taxes qui est pointé du doigt : l’indicateur sur l’effet de distorsion dû aux taxes et aux subventions sur la concurrence place la Hongrie 127ème sur 140. En conséquence, le niveau de concurrence dans le secteur tertiaire est trop faible (101ème). La complexité du système tarifaire est élevée (112ème).

Par ailleurs, la Banque mondiale, quant à elle, met en avant la nécessité d’accélérer les procédures relatives à de nouveaux investissements, tels l’obtention de licences de construction, ainsi que la nécessité de simplifier les procédures fiscales pour les entreprises afin d’encourager les investissements et l’innovation.   

Il en ressort que les facteurs les plus défavorables à une plus grande compétitivité du pays risquent de constituer des barrières à plus ou moins long terme au développement économique à moyen et long terme. Qu’il s’agisse du niveau de santé, du manque de qualification de la main-d’œuvre, ou du dynamisme du secteur privé, ajoutés à des institutions défaillantes, tous ces facteurs nécessitent pour les auteurs du rapport des politiques publiques de long terme pour remédier à ces lacunes. Aussi, si la Hongrie ne met pas en place rapidement des stratégies de long terme pour se réformer, elle est en situation d’être rejointe  par le reste des pays d’Europe centrale et orientale – comme c’est déjà le cas dans le classement de la Banque Mondiale. 

4. Mais aussi des points forts, qui restent à améliorer

La Hongrie dispose aussi d’avantages compétitifs par rapport à ses voisins européens. La bonne santé du système bancaire est à souligner – en dépit d’une faible confiance des ménages et des entreprises dans les institutions financières.

La qualité des infrastructures et leur densité est relevée dans les classements : le pays est, en effet, bien connecté et met à disposition un réseau ferroviaire et routier dense et fonctionnel, ce qui est non seulement un atout pour les habitants mais surtout pour le transport logistique, essentiel pour ce pays au centre géographique de l’Europe.

En dépit d’une culture et d’une maîtrise du numérique faible, l’adoption des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) est elle aussi bien répandue – en termes d’utilisation de téléphones portables, connexion au haut débit, souscriptions à la fibre optique et l’usage d’internet. Cela constitue un signal positif, cependant la digitalisation de la société, au-delà de l’usage des TIC par les habitants, devrait constituer un enjeu fort pour les années à venir. Considérée comme essentielle pour la compétitivité, le rapport considère qu’elle devrait être promue via l’éducation, via la e-gouvernance mais aussi dans les services privés, une culture qui reste encore insuffisamment implantée en Hongrie.

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