L’écosystème high-tech poursuit sa croissance & se transforme

Les levées de fonds ont atteint un niveau record au premier semestre 2018, alors que les exits sont en recul, en nombre comme en valeur. Ces évolutions de l’écosystème high-tech, qui souffre toujours d’un manque de main d’œuvre qualifiée, sont des signes des ambitions de maturations des entreprises, qui ne recherchent plus nécessairement une vente rapide.

Les levées de fonds du premier semestre ont atteint 3,2Md$ (auxquels s’ajoutent 650M$ en juillet), un record qui correspond à une croissance d’environ 10% par rapport au premier semestre 2017, alimentée notamment par la levée de 300M$ par Landa. Les niveaux moyens plafonnent à 3M$, plateau atteint en 2017 après une période de croissance continue depuis 2013. L’on compte en revanche seulement 58 exits au premier semestre 2018, pour une valeur de 6,22Md$ portée par les ventes d’Orbotech (3,4Md$)  et NDS (1Md$). Sans ces deux mega-deals, la valeur moyenne des exits est en baisse de 50% et le nombre d’exits de 20% par rapport à 2017. Cet écart entre les levées de fonds et les exits traduit une volonté des entreprises de scale-up mais peut s’avérer risqué : certains investisseurs devront faire face à une valeur de rachat inférieure à la valeur des fonds levés. Certains indicateurs dénotent de ce fait une maturation de l’écosystème : le pays compterait désormais 10 licornes (start-ups évaluées à plus d’1Md$) et 20 entreprises dont la valeur est autour de 500M$, ce qui constitue un record, et démontre que certaines entreprises ont choisi la croissance intensive plutôt que les sorties. De plus, le nombre d’investissements additionnels par des investisseurs déjà engagés est en hausse, et le nombre d’investissements supérieurs à 5M$ est en hausse (alors que le nombre d’investissements inférieurs à 5M$ diminue). Tel Aviv Start-up Central qui observe l’évolution des start-ups israéliennes constate enfin une baisse des ouvertures et une hausse des fermetures, et donc une forme de stabilisation de l’écosystème, les mécanismes de la concurrence provoquant l’élimination ou la croissance. Une explication complémentaire du moindre nombre d’ouverture est le déficit de main-d’œuvre qualifiée, une question structurelle majeure, l’Autorité de l’innovation évaluant à environ 10 000 le nombre de travailleurs qualifiés manquant au secteur de l’innovation israélien. Il faut désormais que des exits de tailles importantes viennent rentabiliser ces stratégies de croissance, et rémunérer les investissements.

Parmi les différents secteurs, celui de l’intelligence artificielle monte en puissance, captant 26% de l’ensemble des fonds levés au premier semestre, en forte croissance depuis 2017. Le secteur de la cyber sécurité maintient le cap, avec notamment des investissements renouvelés par les premiers investisseurs. Enfin, dynamisé par le plan d’investissement décidé par Benyamin Netanyahu en mars, le secteur de la santé et des biotechnologies connait une forte croissance.

 

Les ambitions de coopération sino-israélienne dans l’innovation se confirment

Plusieurs événements ont confirmé les intentions des autorités et des acteurs économiques d’intensifier la coopération sino-israélienne dans l’innovation. Le ministre des Sciences et Technologies chinois, Wang Zhigang a visité Israël en juillet afin de préparer la visite du Vice-Président chinois Wang Qishan en octobre, fraîchement nommé à la tête du comité conjoint sino-israélien pour l’innovation, et qui sera le dirigeant chinois le plus haut placé à visiter Israël depuis dix-huit ans. Des signes d’intensification de la coopération sino-israélienne dans l’innovation ont de fait émergé durant l’été. Le groupe d’investissements chinois DayDayUp (au sein duquel investissent les géants Alibaba et Xiaomi, présents en Israël) a notamment annoncé l’ouverture d’un incubateur de grande taille (14 000m²) à Tel Aviv dans le but d’accompagner les entreprises souhaitant s’installer en Chine. Il avait précédemment lancé un programme d’accompagnement des entreprises israéliennes en Chine à Pékin. Le groupe ColorChip, spécialiste de la transmission data pour les entreprises et dont Facebook est client, a été racheté fin août par des investisseurs chinois pour une somme autour de 300 millions d’euros. Le groupe Mantis Vision a lui levé 55M$, dont une part non négligeable a été engagée par le groupe chinois Luenmei Quantuù. Le groupe opère déjà en Chine via une société commune avec Luenmei Quantom et est en charge d’intégrer une caméra 3D dans le smartphone Xiaomi Mi8 et pour le Galaxy S10. Dans un interview à la presse israélienne, le milliardaire chinois Qingxi Huang a par ailleurs indiqué compter investir des sommes comprises entre 500 000 et 3 millions de dollar dans plusieurs dizaines d’entreprises israélienne, par le truchement d’ICB Biotechnology Investments, le fond dont il est l’actionnaire majoritaire. Si les statistiques s’améliorent (hausse de 73% des exportations vers la Chine au premier semestre par rapport à 2017), les volumes d’investissements chinois dans l’innovation (13% du total en Israël selon le ministre de la coopération régionale) ainsi que les rachats d’entreprise israéliennes par des entreprises ou des fonds chinois restent pour le moment très inférieurs aux investissements américains voire européens. Les différences culturelles et les tensions réglementaires expliquent ces difficultés des relations à décoller, malgré des intentions certaines. Pris ensemble, ces différentes opérations et déclarations d’intentions laissent néanmoins penser que la coopération technologique sino-israélienne est passée à la vitesse supérieure, ce qui risque de se ressentir quantitativement dans les années qui viennent.

Brèves de l'écosystème

  • [BpiFrance] BpiFrance a investi substantiellement dans la levée de fonds de 200M$ réalisée par Jerusalem Venture Partners (JVP), le premier fonds Venture israélien (parmi les 6 meilleurs au monde d’après Preqin).
  • [Investissement public – Cyber] L’Autorité de l’innovation, le ministère de l’économie et la direction nationale à la cyber sécurité ont annoncé un plan de soutien d’environ 90MNIS (22M€) au secteur de la cyber sécurité pour les trois prochaines années. Une réforme de la direction à la cyber sécurité, dont les ambitions économiques étaient importantes à sa création est en cours. Elle lui donne pour le moment des ambitions sécuritaires importantes.
  • [Intelligence artificielle] Le Premier ministre a chargé Isaac Ben Israël de composer une commission de 80 experts, divisée en plusieurs groupes de travail, en charge d’établir une stratégie politique pour la gestion du secteur. Isaac Ben Israël avait déjà été chargé de deux commissions similaires pour déterminer les politiques de cyber sécurité.
  • [Accélérateur] Elbit systèmes a annoncé un investissement de 100M$ dans l’accélérateur Vive X d’HTC. Celui-ci visera les secteurs de la réalité augmentée, de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle. Elbit accompagnera également les entreprises sélectionnées par l’accélérateur pour quatre mois d’accompagnement à la mi-septembre. Il s’agit du plus grand accélérateur au monde dans ces domaines, avec un portefeuille de plus de 85 start-ups.
  • [VC] Israël Aerospace va lancer son fond d’investissements. Il devrait rapidement obtenir l’accord du gouvernement nécessaire aux groupes publics pour investir. Israel Aerospace a annoncé vouloir investir entre 500 000 et 1M$ chaque année dans cinq start-ups en lien avec le secteur spatial.
  • [Fundraising, Cyber] Le groupe Twistlock a levé 33M$ en (séries C). Cela double les montants déjà levés par le groupe, qui passent à 63M$ au total.
  • [Fundraising, Cyber] La compagnie ThetaRay a levé 30M$, élevant son total a plus de 60M$. Parmi les investisseurs, JVP (déjà premier investisseur) a été rejoint par la banque Hapoalim et General Electric. Thetaray utilise des techniques de Machine Learning pour détecter des anomalies dans les systèmes et des menaces comme le hacking des distributeurs automatiques de billets ou les fraudes à l’assurance. Sa technologie aurait également permis de découvrir un réseau de blanchiment servant à financer Daech au sein d’une grande banque européenne.
  • [Exit, marketing] Salesforce a acheté l’entreprise d’analyse de données à des fins de marketing Datorama pour plus de 800M$. Datorama s’appuie sur des techniques d’intelligence artificielle qui ont été intégrées notamment à l’interface Alexa d’Amazon. Datorama avait levé 50M$ auprès de Lightspeed.  
  • [Exit, software] Facebook a racheté Redkix afin de renforcer sa plateforme collaborative workplace, pour plusieurs dizaines de millions de dollar. Cette acquisition fait partie de la stratégie de Facebook pour concurrencer Slack comme système de messagerie interne des entreprises. Redkix était parvenue à lever 17M$ (seed). Facebook poursuit son marché en Israël après les rachats d’Onavo et Face.com pour 150M$ et 100M$ respectivement.