La biomasse représente la première source d’énergie renouvelable en Hongrie, devançant de loin la géothermie, l’éolien et le solaire. A la faveur d’un territoire majoritairement agricole et forestier, la Hongrie dispose d’une grande quantité de ressources qui lui permettent de produire de l’énergie biomasse tout en assurant sa sécurité alimentaire. Bien que la filière soit confrontée à des enjeux pour assurer son développement futur, notamment sur la question de la gestion des déchets, les ressources naturelles du pays permettent de conforter la vigueur du marché de la biomasse solide. En revanche, les filières du biogaz et des biocarburants présentent un potentiel d’expansion encore peu exploité.

1. Etat des lieux

1.1. Une filière de première importance parmi les énergies renouvelables, dominée par la biomasse solide

Approvisionnement total en énergie primaire (2015, source IEA 2017)

En 2015, l’ensemble des sources d’énergies renouvelables représentaient 12,7% de l’approvisionnement total en énergie primaire, avec une part de 11,7% pour la biomasse seule. La biomasse est la première source ENR, tant en production d’électricité (61% de la production issue des ENR), qu’en production de chaleur (68% de la production issue des ENR). En somme, la biomasse est la filière qui a permis à la Hongrie d’augmenter significativement la part des ENR dans son mix énergétique pour pouvoir se conformer aux objectifs européens.

La filière biomasse, et plus spécifiquement les centrales de cogénération produisant de la chaleur, est traitée prioritairement  par le gouvernement dans le cadre de la promotion des ENR pour atteindre les objectifs de 14,65% et 20% respectivement en 2020 et 2030.  Parmi les énergies biomasse, la biomasse solide est utilisée très majoritairement (84%), devançant les  déchets industriels et municipaux (7%) et les  biogaz (3%).

L'industrie, le transport et le commerce sont quant à eux des débouchés minimes pour l’énergie biomasse puisqu’à eux trois ils représentent 14% de la consommation. 

  •  La biomasse solide, largement majoritaire

L’énergie biomasse est majoritairement issue de la biomasse solide, avec une production de 2.6 Mtep en 2016, situant la Hongrie 13ème plus grande consommatrice de biomasse solide en Europe, avec une moyenne par habitant significativement plus élevée que la moyenne de l’UE. La plus grande partie des ressources proviennent du secteur agricole (estimation d’environ 3 M tonnes en 2015) et du secteur forestier (pellets de bois) qui représentent environ 3,5 M m3 en 2015. Certains acteurs de la biomasse, tel Veolia, promeuvent une utilisation importante de la paille, dont le coût est plus faible.

La biomasse solide permet une production d’électricité à hauteur de 1500 GWh. L’énergie produite par la biomasse solide est essentiellement consommée par le secteur domestique (60%) en chauffage, tandis que 26% sont utilisés à des fins de cogénération dans des centrales de transformation.

La compagnie française Veolia s’est progressivement imposée comme leader sur ce marché en Hongrie, puisqu’elle opère entre autres la centrale de Pécs (la plus importante du pays) et poursuit sa politique d’acquisitions avec récemment l’achat des centrales biomasse de Szakoly (2016) et d’Ajka (2018). En 2016, le groupe fournissait de la chaleur à plus de 120.000 foyers ainsi qu’à une trentaine de sites industriels.

  • Le biogaz, un marché encore sous-développé

Sources de production de biogaz en Hongrie

Le marché du biogaz est peu développé, notamment compte tenu du potentiel théorique du secteur : la Hungarian Biogas Association estime que la quantité de biomasse disponible pourrait couvrir les besoins de 800 centrales biogaz. On décompte actuellement une cinquantaine de centrales biogaz en Hongrie (l’objectif du gouvernement est d’accroître leur nombre à 150 d’ici 2020), 15 stations d’épuration et 6 sites de décharge.

La production primaire de biogaz en Hongrie s’élève en 2016 à 80,5 ktep, ce qui la place en 17ème position au sein de l’UE. La majorité de la production est issue de la fermentation anaérobie (57%) (unités

décentralisées de biogaz agricole, unité de méthanisation des déchets municipaux solides, de méthanisation industrielle, unité centralisée de codigestion et multi-produits). En Hongrie, le biogaz produit essentiellement de l’électricité (375 GWh en 2016, contre 316 GWh en 2015) et peu de chaleur (38,3 GWh en 2016).

  • Les biocarburants : une production importante destinée à l’export

En 2016 en Hongrie, la production de biocarburants s’élève à 570 000 tonnes, tandis que la consommation totale est de 208 000 tonnes. En termes de consommation de biocarburants dans le secteur du transport, la Hongrie se situe 16ème sur 28 au sein de l’UE, cette dernière s’élevant à 174 000 tep en 2015. Malgré une augmentation en 2016, qui a porté ce total à 183 570 tep en 2016 (dont 75% de biodiesel contre 25% de bioéthanol et 0% de biogaz – à l’instar de tous les pays européens sauf l’Allemagne), la Hongrie se situe néanmoins bien en-deçà de ses voisins polonais (707 400 tep) et tchèque (284 000 tep) en 2016.

Le secteur du bioéthanol est dominé par Pannonia Ethanol Zrt. (dont la centrale a été lancée en 2012), et Hungrana Zrt. Ces deux acteurs exportent notamment vers l’Allemagne.

1.2. Un territoire propice au développement de la filière

La superficie de la Hongrie est de 9.3 millions d’hectares, dont près de 6 millions d’hectares sont des terres agricoles, une part parmi les plus élevées en Europe. 77% de ces terres agricoles sont arables. Les forêts représentent quant à elles environ 20% du territoire. La Hongrie bénéficie donc d’un territoire aux conditions agricoles et écologiques propices à l’amélioration de la compétitivité de la production d’énergie biomasse. Les ressources agricoles du pays à elles seules permettent en effet de produire une quantité suffisante de biomasse tout en assurant la sécurité alimentaire, sans besoin de développer des cultures énergétiques spécifiques. 

1.3. Un vecteur de développement socioéconomique pour les zones rurales

Le thème des énergies renouvelables a été corrélé par les stratégies nationales avec celui des inégalités de revenu et de développement qui persistent entre les différentes régions de Hongrie. Les facteurs identifiés comme « clés » pour le développement durable sont la communauté, l’économie, les infrastructures, le système institutionnel ainsi que l’environnement naturel. Certaines études mettent en avant que tous ces facteurs sont connectés avec l’utilisation de sources d’énergie locales. Ainsi, la stratégie hongroise pour le développement des ENR met l’accent sur le fait que le développement rural passe en partie par l’amélioration du secteur énergétique. Le Plan d’Action National pour les Energies Renouvelables 2010-2020 consacre donc une partie spécifique au développement de la biomasse. Au-delà de l’aspect énergétique, la production d’énergie biomasse fait l’objet d’une politique publique ciblée. En effet, il s’agit pour de promouvoir tout particulièrement l’installation de centrales de petite à moyenne capacité avec un impact local, permettant de produire de l’énergie thermique dans la zone où elle se trouve, plutôt que de favoriser la construction de centrales de grande capacité. L’objectif général tel qu’il est énoncé est de faire des secteurs agricole et forestier ainsi que des acteurs ruraux les véritables bénéficiaires de l’utilisation de la biomasse, grâce à l’augmentation de leur revenu qui en découle.

 

2. Perspectives et limites

2.1. Potentiel de la filière

Bien que la biomasse soit majoritaire tant dans la production que la consommation d’énergies renouvelables, dans le bouquet énergétique, elle n’en demeure pas moins largement distancée par le gaz naturel et le nucléaire, respectivement majoritaires en production de chaleur (70%) et d’électricité (>50%). L’extension de la centrale nucléaire (projet Paks II), dont les travaux de construction devraient commencer en 2019, laisse augurer que la part du nucléaire sera à terme maintenue et que le développement de la biomasse soit freiné dans la production d’électricité. En revanche, concernant la production de chaleur, dans le cadre de la volonté de diversification de l’approvisionnement énergétique afin de limiter la dépendance au gaz russe (la Hongrie importe plus entre 80 et 90% du gaz), on peut supposer que le recours à la biomasse, notamment pour le chauffage urbain, se développe encore. A cet égard, il faut noter que les capacités de production issues de la biomasse ont fortement progressé entre 2000 (5 MW) et 2010 (469 MW) mais ont régressé puis stagné depuis lors (202 MW en 2012, 422 MW en 2015). Les estimations quant au potentiel théorique maximal de l’énergie biomasse varient selon les sources mais se situent généralement entre 100 et 300 PJ.  

2.2. La gestion des déchets ménagers : un enjeu pour le développement de la filière

L’une des principales limites du développement de la biomasse provient d’un recours peu efficient aux des déchets organiques ménagers. En effet, ces ressources représentent, comme ailleurs, environ 15-20% du potentiel énergétique de la biomasse. Toutefois,  la Stratégie Energétique Nationale 2030 indique que contrairement aux pays hautement industrialisés pour qui la transformation de ces déchets en énergie conformément aux standards technologiques et environnementaux n’est plus un problème, la Hongrie ne dispose pas actuellement de l’avancée technologique nécessaire pour permettre la transformation de plus de 60% de ses déchets. En 2017, on estime qu’environ 4 millions de tonnes de déchets sont générés chaque année, dont 2/3 sont jetés, 25% recyclés et seulement 10% incinérés. En 2015, une seule centrale d’incinération avec récupération d’énergie (située à Budapest) est en exploitation en Hongrie.