Exits en 2017 : ralentissement ou maturation ?

Les estimations du volume des exits des startups israéliennes (acquisitions, introductions en bourse et buyouts) en 2017 publiées par au moins deux sources différentes (PwC ; IVC-Meital) montrent que celles-ci se sont établies autour de 7 Md$, sans inclure les opérations d’ampleur exceptionnelle que constituent l’acquisition de Mobileye par Intel pour 15,3 Md$ et celle de Neuroderm par Mitsubishi pour 1,1 Md$. Ces dernières montrent toutefois la sensibilité de l’indicateur du volume des exits aux choix méthodologiques : Mobileye, Neuroderm, comme probablement d’autres sociétés considérées comme israéliennes de par leur origine étaient déjà cotées à l’étranger (ici au Nasdaq), quand bien même une partie de leur effectif et de leur actionnariat demeurait israélien. Différentes approches peuvent donc conduire à des appréciations divergentes de la dynamique à l’œuvre : l’étude IVC-Meital mesurait le volume d’exits en 2016 à 10 Md$ là où le rapport de PwC le positionnait à environ 3,5 Md$, prenant le parti d’exclure de son compte des opérations majeures à l’instar du rachat de Playtika par le chinois Giant Interactive Group pour 4,4 Md$. Selon les chiffres d’IVC, si l’on exclut les « mega-deals » d’un montant supérieur à 1 Md$, le volume des exits est passé de 5,6 Md$ en 2016 à 6,6 Md$ en 2017, soit une augmentation proche de 20% alors que le nombre de transactions a diminué de 119 à 110. Dans ce périmètre, le montant de 2017 est toutefois inférieur à ceux de 2014 (7,4 Md$) et de 2015 (7,6 Md$). Par ailleurs, si l’on restreint encore le périmètre aux seules acquisitions (excluant les IPO et les buyouts), la tendance est orientée à la baisse depuis 2014 (cf. figure 1), ce qui dénote un ralentissement qui contraste avec la dynamique des levées de fonds des startups, lequel aurait atteint, selon les premiers rapports des cabinets spécialisés, un volume record de 5 Md$ en 2017.

Au-delà du volume financier total des opérations, l’évolution entre 2017 et 2016 se caractérise en particulier par une diminution du nombre d’acquisitions d’environ 20% (selon IVC) en parallèle d’une augmentation de la taille moyenne des deals. Celle-ci se manifeste en particulier par un accroissement fort des acquisitions d’un montant compris entre 100 M$ et 500 M$, que l’étude IVC-Meitar estime être passés de 8 à 15 en nombre et de 2,2 à 3,3 Md$ en montant total (voir figure 2 pour les principales exits de 2017). Cette tendance s’observe avec davantage d’acuité encore du côté de l’investissement dans les startups, puisque les levées de fonds supérieures à 30 M$ atteignent des records : leur nombre a bondi de 26 à 41 entre 2016 et 2017 tandis que leur volume financier total est passé de 1,4 Md$ à 2,2 Md$. En parallèle, le nombre de levées de fonds early stage a chuté sous la barre des 400 alors qu’il était supérieur à 600 par an depuis 5 ans. Au total, ces différents indicateurs témoignent d’une évolution de l’usine à startups qu’est l’écosystème israélien sur les 4 dernières années vers une concentration des opérations. Celle-ci peut être le signe d’un ralentissement ou d’une moindre prise de risque tout comme d’un effet de maturité qui conduirait à une sélection plus rigoureuse des projets par les nombreuses structures qui constituent l’écosystème (VC, incubateurs, accélérateurs) et filtrent le deal flow des projets, l’orientant davantage vers les secteurs à fort potentiel (automobile, cyber-securité, etc.).

figure1

figure2

Brèves de l’écosystème

  • [Defence, IA] L’armée israélienne a dévoilé la création en 2014 d’une unité spécialisée dans l’analyse de données pour le renseignement opérationnel (field intelligence), dite unité 3060 ou encore „purple unit“, constituée de 400 membres dont une moitié de réservistes et de conscrits. L’unité travaille en lien étroit avec les autres experts technologiques de l’armée et le monde académique. Les membres seraient recrutés notamment parmi les jeunes issus des programmes élitistes de l’armée et encadrés par les meilleurs spécialistes de l’analyse de masses de données. L’unité exploite notamment des outils d’intelligence artificielle pour l’appui aux décisions opérationnelles à partir de données issues des sources variées (services de renseignement, de photographies ou vidéos aériennes, du web, etc.). Cette unité constitue donc, aux côtés de la prestigieuse unité 8200, une source de talents qui, au terme de leur service, alimenteront le secteur de la high tech israélienne.  
  • [CES] Plus de 50 sociétés israéliennes dont une quinzaine de startups constituant la délégation „officielle“ ont exposé au CES de Las Vegas du 9 au 12 janvier. Ce décompte occulte néanmoins la présence de technologies israéliennes au sein de nombreux produits IoT ou automobile, à l’image de la puce Wi-fi 802.11ax annoncée par Intel.
  • [Smart mobility] Présent au CES de Las Vegas, le CEO de Mobileye Amnon Shashua a annoncé le lancement de 15 nouveaux systèmes en 2018 (contre 6 en 2017), qui seront installés chez 14 constructeurs automobiles dans le monde, dont 4 chinois. Les produits de Mobileye seraient d’ores-et-dejà installés dans 24 millions de véhicules.
  • [Crowdfunding] OurCrowd, la plate-forme de crowdfunding israélienne, a annoncé la création de Cognitiv, un fonds de 100 M$ visant les startups early stage dans les domaines de l’IA, de l’IoT, de la robotique et de l’industrie du futur.
  • [Space] Le Technion et l’agence spatiale israélienne (ISA) annoncent le lancement de trois nanosatellites (d’une taille de 10x20x30 cm et pesant 8 kg) avant fin 2018 par l’entreprise hollandaise Innovative Solutions in Space. Ces satellites navigueront en formation contrôlée et constitueront la première constellation de ce type au niveau mondial. La technologie a été développée entièrement en Israël : de la propulsion au krypton mise au point par Rafael aux instruments de mesure et de navigation conçus par le Technion en passant par le récepteur numérique fourni par Israel Aerospace Industry. Ce projet permettra la validation de technologies qui ouvriront la voie à des constellations beaucoup plus importantes et de nombreuses applications civiles.
  • [Fundraising, Imaging] Vayyar Imaging, qui développe des solutions à bases de capteurs pour l’imagerie 3D pour des applications allant du médical au smart building, a annoncé une levée de fonds en série C de 45 M$, ce qui porte à 79 M$ les fonds levés par l’entreprise depuis sa création en 2011.
  • [Fundraising, medtech] InSightec, qui développe une solution de traitement à partir d’ultra-sons guidés par IRM, a annoncé la plus grande levée de fonds d’une medtech israélienne, à hauteur de 150 M$, avec une participation majeure du fonds Koch Disruptive Technologies, qui réalise sa première opération.
  • [Fundraising, cyber] Aglosec, fournisseur d’un logiciel de gestion de la sécurité des réseaux, annonce une levée de fonds de 36 M$. L’entreprise emploie 350 personnes dont 200 en Israël.