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Chine

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La croissance économique de la Chine ralentit, même si les chiffres publiés pour le T3 (6,8% en glissement annuel, après 6,9% au premier semestre) montrent que l’objectif de croissance de 6,5% pour 2017 sera dépassé. Au demeurant, le souci désormais affiché d’un objectif plus qualitatif de développement devrait conduire la Chine à poursuivre sur une tendance au ralentissement de la croissance. Dans son discours introductif du XIXème Congrès, le Président Xi n’a ainsi mis en avant aucun indicateur quantitatif. Il entend poursuivre la politique de « réformes structurelles du côté de l’offre », lancée en 2016, dont l’objectif est d’encourager la montée en gamme de l’économie et l’émergence d’entreprises d’Etat de rang international. En effet, le cycle de croissance consécutif à la crise financière de 2008 pose question quant à sa soutenabilité, eu égard à l’évolution récente de l’endettement, aux questions environnementales et au vieillissement démographique. S’agissant du secteur financier, le FMI a ainsi souligné les risques induits par une croissance des agrégats de crédit beaucoup plus rapide que celle de l’économie réelle. Les réformes visant à prévenir la montée des risques financiers, les mesures qualitatives ou incitatives dans le domaine environnemental (marché carbone) ainsi que la montée en gamme dans le secteur industriel ont pris la mesure de la nécessité de changer de paradigme.

1. Le « miracle » économique chinois

La Chine, très largement bénéficiaire de la globalisation de l’économie mondiale, est aujourd’hui la deuxième économie du monde, tout en restant un « pays à revenu intermédiaire supérieur » selon la classification de la Banque mondiale. La Chine a connu, depuis le début de son processus d’ouverture et de réformes au début des années 1990, un rattrapage exceptionnel : une croissance réelle de 9% par an en moyenne, un revenu par habitant passé de 700 à 13 000 USD (en parité de pouvoir d’achat), un salaire réel dans le secteur manufacturier multiplié par 14… Ce « miracle », fondé sur une main-d’œuvre abondante et bon marché, des investissements étrangers et des exportations de biens manufacturiers, en particulier depuis l’accession de la Chine à l’OMC en 2001, a permis au pays, selon la Banque mondiale, de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté absolue.

 La crise économique de 2008 a mis en lumière les limites du modèle économique chinois de rattrapage. Face à l’effondrement de la demande extérieure lors de la crise internationale de 2008-2009, les autorités chinoises ont mis en place un plan de relance de 11% du PIB s’appuyant particulièrement sur l’endettement des collectivités locales et des entreprises publiques. D’importantes surcapacités sont apparues, en particulier dans l’industrie et la construction, dégradant la productivité de l’investissement. Par ailleurs, la société fait face au défi du vieillissement avec une population active qui baisse en valeur absolue depuis 2012 et des salaires qui augmentent plus vite que la productivité. Enfin, l’industrie est particulièrement consommatrice de matières premières et contribue à la dégradation de l’environnement, préoccupation majeure pour la population.

2. Un ralentissement de la croissance qui s’inscrit dans le rééquilibrage du modèle économique

Le rééquilibrage de l’économie chinoise vers un modèle de croissance reposant davantage sur la consommation privée et les services est en cours et contribue au ralentissement de la croissance. Du côté de la demande, le rééquilibrage se traduit par une hausse de la part de la consommation dans la croissance, au détriment de celle de l’investissement. Du côté de l’offre, le rééquilibrage se traduit par une importance croissante des services dans le PIB (52% en 2016). Les déséquilibres externes sont tendanciellement en voie de réduction. L’appréciation du RMB (+45% du taux de change effectif réel entre fin 2005, année des premières réformes de libéralisation des cours, et fin 2015) s’est accompagnée d’une réduction de l’excédent courant, revenu de 7% du PIB en 2005 à 1,7% en 2016.

3. Une politique économique résolument tournée vers le soutien à la croissance

Pour éviter un « atterrissage brutal » de l’économie, les autorités mènent des politiques monétaire et budgétaire accommodantes. La politique monétaire, qualifiée de « prudente et neutre », apparaît en fait accommodante : en dépit des récentes hausses par la Banque centrale de ses taux de marché, l’objectif de croissance monétaire reste élevé, à 12% pour 2017, dans un contexte de hausse de l’inflation (+2,1% en 2016). Le gouvernement a présenté un budget expansionniste. L’objectif de déficit public, annoncé à 3,0% du PIB en 2017, devrait être à nouveau dépassé. En particulier, la forte croissance des investissements en infrastructures, en majorité financés sur fonds publics, se poursuit en 2017 (+21% au S1 en g.a.). En intégrant les finances des gouvernements locaux, selon une méthode proche des critères de Maastricht, le FMI calcule un déficit public élevé, de 12,4% en 2016 et de 12,6% estimés sur 2017.

4. Des vulnérabilités qui s’accroissent

L’endettement total de l’économie est passé de 150% du PIB fin 2007 à près de 260% fin 2016, selon la BRI, avec un endettement des entreprises particulièrement élevé (170% du PIB). Les créances douteuses du secteur bancaire atteignent des niveaux préoccupants, à 13% des crédits aux entreprises d’après le FMI. De plus, une part importante du financement à l’économie se fait via un « shadow banking » très dynamique, qui permet aux institutions financières de contourner les obligations prudentielles et d’alimenter des produits de placement (« wealth management products », assurance-vie « universelle », sociétés fiduciaires…). Malgré les mesures adoptées par les régulateurs, le FMI continue de faire état, notamment dans son dernier rapport de stabilité financière publié en décembre 2017, d’un risque lié à la trajectoire explosive de la dette et de l’opacité des circuits financiers. Le risque d’un ajustement brutal de la croissance pourrait ainsi être induit de manière endogène par un incident de financement sur le marché interbancaire et de manière exogène par des sorties de capitaux résultant par exemple d’une normalisation plus rapide qu’escompté de la politique monétaire américaine. Reflétant ces préoccupations, Moody’s a baissé d’un cran la notation souveraine de la Chine en mai en raison de la poursuite de la dynamique d’endettement ; Standard&Poor’s lui a emboîté le pas en septembre.

La Chine a connu de fin 2014 à début 2017 d’importantes sorties nettes de capitaux (1 309 Mds USD hors réserves). Face aux pressions à la baisse sur un taux de change administré, avec un objectif de stabilité par rapport à un panier de devises, les autorités sont intervenues massivement afin de limiter la dépréciation (-2,2% en 2016 contre le panier de référence et -6,6% face à l’USD). Les réserves ont baissé de 913 Mds USD depuis juin 2014 et s’élèvent à 3119 Mds USD fin novembre 2017, niveau toujours très élevé au regard des seuils de référence du FMI. Le recul des incertitudes sur la croissance, la dynamique de dépréciation de l’USD et le renforcement des contraintes sur les dépenses à l’étranger (en particulier les investissements), ont conduit à un tarissement des sorties de capitaux, puis à des entrées nettes de capitaux. Le RMB s’est ainsi nettement apprécié face au dollar au cours des onze premiers mois de 2017 (+5%), tendance que les autorités monétaires souhaitent à tout le moins freiner.   

Face à l’accumulation des risques dans le secteur financier, les autorités centrales ont pris depuis décembre 2016 une série de mesures : resserrement de la politique monétaire (hausses de taux de marché et renforcement du cadre macro-prudentiel, notamment en ce qui concerne les crédits immobiliers), multiplication des nouvelles règlementations et des contrôles dans le secteur financier, ouverture de nombreuses enquêtes contre des personnes physiques et des entreprises en vue. Ces différentes mesures conduisent à un net renchérissement du financement et ont été accueillies favorablement par le FMI.   

Ressources

  • Bulletin économique Chine n°84 - Novembre 2016 - 31/08/2017

    Au sommaire : Les relations économiques entre la Chine et l’Union européenne Les ambitions chinoises dans le secteur agricole Les achats chinois de biens de luxe – point de conjoncture Illustration concrète des Nouvelles routes de la soie : l...

  • Bulletin économique Chine n°85 - Janvier 2017 - 31/08/2017

    Au sommaire : Le fret ferroviaire en ChineVers une nouvelle inflexion de la politique d’ouverture du compte de capital ?Politique sportive chinoise et nouvelles opportunités économiques Indicateurs de l’économie chinoiseCroissance  : La croissan...