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Point sur le développement du nucléaire civil et des énergies alternatives au gaz en Egypte

 

Le projet russo-égyptien de construction d’une centrale nucléaire à Dabaa a été abordé à de nombreuses reprises ces derniers temps : lors du déplacement du ministre des Affaires étrangères égyptien à Moscou le 21 août ; à l’occasion de la rencontre entre le directeur général de Rosatom et le ministre de l’Electricité le 27 août au Caire et lors de l’entretien entre les Présidents Sissi et Poutine au sommet des BRICS le 04 septembre.

Le projet a été relancé dès les débuts de la présidence Sissi, le russe Rosatom étant officiellement attributaire du marché depuis février 2015 suite à la signature d’un protocole d’entente lors de la visite du Président Poutine en Egypte. Le projet a ensuite été précisé dans l’accord intergouvernemental du 19 novembre 2015 prévoyant la fourniture de 4 réacteurs de génération 3+ (normes post-Fukushima) d’une capacité de 1200 MW chacun. Un protocole financier additionnel prévoit un prêt russe de 85% du montant total du projet, soit environ 25 Mds$,les 15% restants étant financés par l’Egypte et couvrant essentiellement le génie civil.

Depuis novembre 2015 cependant, les négociations sont conduites de façon à signer « en bloc » les quatre composantes du contrat (fourniture et installation des réacteurs ; formation et accompagnement ; fourniture et retraitement du combustible ; maintenance), ce qui serait à l’origine d’un retard global rendant de plus en plus difficile le respect du calendrier initial. Celui-ci prévoit la mise en route du premier réacteur en 2024 (les quatre réacteurs devant être opérationnels en 2029). Ces dernières semaines, l’Egypte a accéléré les mesures internes pour l’avancée du projet en publiant un appel d’offres aux consultants étrangers pour la création d’un organe de régulation des sites nucléaires et en annonçant l’ouverture début novembre de l’Ecole de Sciences nucléaires de Dabaa. Le Président Poutine a répondu favorablement à l’invitation à se rendre en Egypte pour la signature des contrats,qui pourrait intervenir avant la fin de l’année.

Sur le plan financier, le projet représenterait un endettement important pour l’Egypte, à l’heure où sa dette extérieure (plus de 40% du PIB) fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre des politiques d’ajustement macroéconomique du FMI mises en place en 2016. L’Egypte affirme que le projet s’autofinancera grâce à l’activité de la centrale qui permettra de générer les bénéfices suffisants (19 Mds$ nets anticipés entre 2023 et 2029) pour couvrir la dette de 25 Mds$ contractée auprès de la Russie, qu’elle commencera à rembourser en 2029, à un taux d’intérêt de 3% et pour une durée de 22 ans. Le projet prévoit en effet l’exportation d’une part importante de l’électricité produite, bien que les destinataires restent encore inconnus.

Outre le nucléaire, l’Egypte explore le développement des énergies renouvelables et du charbon pour la diversification de son mix énergétique. En effet,la deuxième mouture du Feed-in-Tariffs (FIT),qui bénéficie du soutien des bailleurs (BERD, SFI, BAFD, Proparco, AIIB) devrait permettre la concrétisation d’investissements privés dans le solaire à partir de 2018. Plusieurs projets éoliens sont aussi engagés dans le Golfe de Suez, notamment un projet BOT de 250 MW porté par Engie et Toyota et un projet de 2 GW porté par Siemens. Enfin, le projet de centrale à charbon d’Hamrawein – 6 GW pour un montant de 6 Mds USD -doit être lancé mi-2018 pour un achèvement des travaux prévu en 2024. Les candidatures de trois consortiums sont toujours à l’étude par EEHC : Shanghai Electric et Dong Fang Electric, un consortium nippo-américain mené par General Electric (GE) et un consortium mené par Mitsubishi-Hitachi Power Systems (MHPS).

Le plan stratégique Egypt Vision 2030 prévoit ainsi de hausser la part des énergies non-carbonées dans le mix électrique de 9% actuellement à 44% d’ici 2030, permettant une réduction des émissions de CO2 de 10%. Néanmoins, le charbon devrait s’imposer comme la principale source de production d’électricité (30%), devant les hydrocarbures (27%) et les énergies solaire (16%), éolienne (14%) et nucléaire (9%).

Si elle souffrait il y a encore quelques années d’un déficit de capacité de génération (près de 5 GW en 2015), la situation est corrigée depuis 2016 et l’Egypte pourrait se trouver en situation de surcapacité de production les prochaines années en raison de la multiplication des projets de génération d’électricité. Notamment, la construction par Siemens de trois centrales à gaz à cycle combiné d’une capacité de 4,8 GW chacune devrait lui permettre d’accroître de 50% sa capacité de production électrique à l’horizon 2018.


Publié le 26/10/2017